L'égalité femme-homme selon Jean-Luc Moudenc Mairie de Toulouse

Inventer un fonctionnement municipal anti-sexiste

Les poncifs d’un fonctionnement municipal classique

Casa Nova, organisation de réflexion féministe, s’est penché d’un peu plus près sur une dimension peu connue du fonctionnement de nos institutions politiques : la manière dont elles reproduisent les discriminations genrées.

Dressons d’abord un rapide état des lieux.

La caractéristique la plus évidente de ce fonctionnement genré réside dans le fait que les postes clés sont occupés par des hommes : le Maire, le Directeur Général des Services, le Directeur de Cabinet, la majorité des Directions Générales Adjointes… à Toulouse, Jean-Luc Moudenc a même poussé la domination masculine jusqu’à nommer premier adjoint un homme, Jean-Michel Lattes, contrairement à ce que promettait la liste soumise aux votes des toulousain-es.

Mais cela va beaucoup plus loin. La surreprésentation des hommes dans les postes de direction s’infiltre dans toutes les strates de l’administration municipale. Afin de conserver une apparence de parité relative, on observe toutefois que quelques directions sont confiées à des femmes : les ressources humaines, l’éducation, la petite enfance en font partie. Ce sont des thématiques qui renvoient aux qualités conférées à la féminité par les défenseurs d’une organisation genrée de la société : la capacité d’écoute, et la fibre maternelle.

Autant de stéréotypes archaïques qui rencontrent du succès dans les administrations, ne serait-ce que parce que résister à la féminisation des directions est un bon moyen pour ces messieurs de s’assurer la continuité de leur poste à travers les changements de majorité. Autant de stéréotypes insensés qui légitiment la paroi de verre, celle qui interdit aux femmes d’occuper des postes à responsabilité dans tous les secteurs de l’action publique. Autant de stéréotypes avant tout politiques qui se répercutent également dans la répartition des délégations.

Et si la paroi de verre est une caractéristique déterminante du fonctionnement municipal, le plafond de verre l’est également – vous savez, ce plafond invisible, dont on nie avec véhémence l’existence, et qui pourtant ralentit jusqu’à l’inertie l’avancement hiérarchique des femmes. Comme l’essentiel des catégories A et B sont des hommes, les femmes restent de manière générale cantonnées aux catégories C, à savoir les activités d’exécution, d’assistance et de secrétariats : faiblement rémunérées, toujours précaires.

Alors comment mettre fin au sexisme de nos municipalités ?

Il s’agit avant tout pour nos élu-es de faire preuve de volontarisme politique, et de réussir à dépasser leurs prénotions. Non, le travail de secrétariat ne se conjugue pas au féminin. Non, les thématiques de l’éducation et de l’enfance ne sont pas réservées à des élu-es et des personnels féminins.

En clair : il n’y a pas de sexe plus adapté à une activité ou à un domaine d’intervention publique que l’autre.

Un fonctionnement municipal égalitaire :

  • Est paritaire et intègre à égalité femmes et hommes au sein de sa direction.
  • Met en œuvre la répartition des directions et des délégations en fonction des compétences des agents et des élu-es.
  • Est capable de réflexivité en interrogeant en permanence ses pratiques via un observatoire de l’égalité femme – homme : sur les choix de mises en responsabilités ponctuelles, sur les interventions en réunions, sur les fonds alloués aux politiques publiques, etc.
  • Intègre la problématique de l’égalité femme – homme aux formations organisées en interne afin de sensibiliser l’ensemble des agents (tant pour le travail de bureau que pour le travail de terrain).
  • Est conscient de la violence symbolique que vivent les femmes au quotidien, et lutte contre les inhibitions qui en découlent.
  • Est exigeant vis-à-vis de ses partenaires en requérant de leur part de favoriser les actions d’égalité réelle.
  • Promeut l’émancipation des contraintes genrées qui pèsent sur les agents de la fonction publique par un mode de management adéquat.

Alors, Monsieur Moudenc, à quoi ressemble votre alphabet de l’égalité femme-homme ?

 

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Toulouse est « jeune »… Oui mais encore ???

Pas un éditorial local qui n’arbore la fierté de la jeunesse de notre population toulousaine. Et donc, on en fait quoi ? Ici, force est de constater que les réponses sont rares. Pour reprendre dans un autre sens une phrase fameuse de Pierre Bourdieu : ici pour la politique, « la jeunesse n’est qu’un mot ».

Aucune politique jeunesse digne de ce nom au Capitole

Les jeunes sont pourtant parmi nous. La municipalité doit les reconnaitre, en bâtissant une véritable politique jeunesse transversale, lisible, adaptée à leurs attentes et besoins, tels qu’ils les formulent eux-mêmes. Dans les mots, la « politique jeunesse » existe, mais rien de comparablement structuré à celle pour la petite enfance, ou les personnes âgées.

Il serait temps de changer les représentations : qui subit de plein fouet les crises ? La jeunesse. Étudiante, scolarisée, salariée, ouvrière aussi (on l’oublie systématiquement). La jeunesse est, semble-t-il, traitée par notre société comme l’angle mort, la marge d’ajustement en cas de souci. Cela est inadmissible, car c’est sacrifier l’avenir et rompre l’unité d’une société.

Toulouse, la quatrième ville de France, héberge 46,5% de moins de 29 ans. La part des 15-29 ans est surreprésentée avec 32% de la population. La réalité de la jeunesse toulousaine surpasse largement les moyennes statistiques du pays. Ce particularisme semble ignoré dans la construction des priorités politiques au Capitole.

Relevons d’abord un paradoxe : malgré le nombre de jeunes sur le territoire, ils sont sous représentés dans les sphères de décision publiques et privées (partis politiques, conseil municipal, conseil d’administration, syndicat…).

Non, les jeunes ne se désintéressent pas de la chose publique !

Cela ne signifie pas pour autant que les jeunes se désintéressent de la chose publique :

  • 80% suivent les actualités de la vie politique, 75% d’entre eux ont déjà voté, 7% se sont déjà investis dans un parti politique et 5% dans un syndicat*.
  • A Toulouse, nous avons connu une forte augmentation des inscriptions sur les listes électorales, à l’occasion de la dernière élection présidentielle (+300% entre 2010 et 2011).
  • Les formes d’engagement que les jeunes préfèrent sont non instituées. Ils se retrouvent davantage dans des organisations qui fonctionnent de façon horizontale. A cet égard ils sont sans doute les pionniers d’une nouvelle démocratie.

Le devoir des institutions locales est de tenir compte de cet aspect afin que les jeunes accèdent à la parole et à l’influence dans la cité.

Stop au paternalisme condescendant

Cessons le regard paternaliste sur la jeunesse. Cessons de considérer qu’un jeune, ça « fait la fête » en attendant de vieillir et d’avoir accès aux choses sérieuses.

Il est indispensable d’interroger le regard porté par les autres générations sur les jeunes. Généralement, lorsque nous abordons les représentations des jeunes, c’est sous l’angle d’un problème, voire d’un danger ou encore en les appréhendant comme consommateurs, en particulier de loisirs. On peut être frappé de l’expression, exprimant une crainte: « il y avait là des jeunes, assemblés ». Une logique que Nicolas Sarkozy, au plus haut niveau de l’État, avait embrasée (notamment avec l’interdiction de se rassembler en bas d’immeuble. Mais où se réunir, alors ?).

Éradiquons ces clichés ! La jeunesse toulousaine est aussi une ressource pour la Ville, y compris d’un point de vue économique. Une aspiration forte de la jeunesse est l’action, pas seulement « l’écoute » comme on a souvent tendance à le dire à sa place. On doit donc orienter la réponse publique vers l’incitation et l’appui à l’agir.

Les jeunes générations, on le sait, on pour spécificité d’apporter des compétences inédites, et de ringardiser l’ancien. Nous pouvons reconnaître à la jeunesse la capacité d’innover, de mille façons, ne serait-ce qu’en entendant leurs propositions, qui existent, et prennent forme dans l’action directe artistique, sur les réseaux sociaux, les pratiques latérales que les institutions ignorent et récupèrent des années après, parfois pour les aseptiser. Le contexte toulousain du rapport au travail conduit ces individus à s’adapter comme aucune autre génération ne l’a fait au préalable.

La jeunesse toulousaine ce ne sont pas les « Jeunes Pop » du Wallace !

Nous ne sommes pas, là aussi oublions les clichés, face à une jeunesse dorée. Les jeunes Toulousains sont en effet, particulièrement exposés à la précarité. Plus d’un tiers des ménages pauvres vivant à Toulouse a moins de 30 ans. Notons, que le temps partiel est plus développé que dans les autres villes de France.

Un jeune toulousain sur quatre occupe un emploi précaire. 12,2% des 15-29 ans n’ont ni emploi, ni formation.
58% des étudiants exercent une activité rémunérée pendant l’année dont la moitié pour la satisfaction des besoins primaires, ce qui est signe d’une véritable précarité. C’est la face peu reluisante de la success story universitaire que nos élites et médias arborent.

Pour lutter contre la précarité des jeunes, une ville peut notamment agir en développant une aide au logement et en s’impliquant sur des dispositifs d’insertion socio-professionnelle. Que veut faire l’équipe actuelle sur ces champs ? Mystère.

Pourquoi cette majorité municipale a t-elle raboté considérablement le nombre d’emplois saisonniers destinés aux jeunes au sein de la Municipalité, dont on sait qu’ils entrent de manière intéressante dans le financement des études ?

La ville doit s’impliquer davantage sur le dispositif emploi d’avenir. Cette formule n’est pas forcément simple à accompagner, mais il s’agit d’une réelle opportunité pour faciliter l’insertion socio-professionnelle des jeunes. Or Monsieur Moudenc est resté muet sur la poursuite des emplois d’avenir.

La Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV) a développé en partenariat avec la ville de Toulouse le dispositif de colocation à projet solidaire (KAPS) en quartier populaire. Il s’agit d’un système qui répond à la difficulté de certains étudiants à se loger. En échange, ils donnent de leur temps pour des causes solidaires et d’intérêt général s’adressant aux habitants du quartier populaire sur lequel ils résident. Ces logiques nouvelles seront elles délaissées ?

Il y a des jeunesses et des réalités de vie, des chemins singuliers. Leur point commun, se projeter dans l’avenir, chercher à s’inscrire en société. Aujourd’hui, la trajectoire des jeunes n’a rien de linéaire.

Cette période de vie consiste particulièrement à penser l’avenir mais ce n’est pas une raison pour les oublier des politiques publiques en considérant que les jeunes sont en suspension. Ils existent et vivent au présent, dans cette ville. Les jeunes ce n’est pas seulement au futur.

Main dans la main, les jeunes !

Ils sont mieux placés que quiconque pour exprimer les problèmes qu’ils vivent, et pourtant silencieux dans l’espace public. Excepté lors des manifestations de masse des mouvements lycéens ou étudiants. Localement, ils n’ont pas droit réellement à peser sur les décisions publiques.

Les associer à la construction de politiques est un enjeu de taille. Ils sont capables comme chacun de formuler des avis et critiquer leur environnement de manière authentique. Ils perçoivent distinctement la conjoncture qui produit des effets concrets sur leur quotidien. Aménager des espaces où ils sont acteurs et surtout auteurs est indispensable.

Casa Nova ne fait pas la promotion du jeunisme pour autant. Être jeune ne rime pas forcément avec expertise. Il s’agit simplement de promouvoir une véritable politique jeunesse, ce qui signifie d’abord de considérer la jeunesse comme un acteur politique de premier ordre.

La vie associative, les mouvements d’éducation populaire, les acteurs sociaux, sont particulièrement impliqués sur l’accompagnement des jeunesses. Continuer de financer ces acteurs doit être une priorité. La gauche doit être très vigilante sur les choix budgétaires de la Mairie en période de tension financière. Qui sera la variable d’ajustement ? Le silence politique des jeunes les expose à ce risque.

Une politique jeunesse s’organise de façon transversale au sein de l’administration. En effet, les jeunes sont concernés par différents thèmes. Ils n’ont pas un besoin en particulier, mais c’est la ville qui doit songer à s’ouvrir à tous les âges.

Quelques pistes…

Essayons ici de souligner quelques axes pour mener une véritable politique jeunesse :

  • Accompagner les jeunes démunis
  • Créer un dispositif de financement de projets d’initiatives de jeunesse à vocation d’intérêt général.
  • Accompagner l’autonomie et l’indépendance progressive, notamment financière.
  • Faciliter l’émancipation des jeunes et la participation à la vie de la Cité.
  • Prévenir les conduites à risques.
  • Aider au logement. A cet égard, l’encadrement des loyers doit être revendiqué.
  • Prendre en compte le fait que les jeunes sont les premiers usagers des transports collectifs, et donc qu’ils souffrent de leur insuffisance.
  • Maintenir la modernisation des cités universitaires.
  • Faciliter l’accès à la culture.

Quelle est la politique de la Mairie actuelle ? Où se définit-elle et se discute t-elle avec les acteurs et la population ?

Nous ne saurions trop engager nos concitoyens les plus jeunes à secouer eux mêmes le cocotier, à imposer leur prise en compte. A se constituer eux-mêmes en force incontournable.

* Données issues d’une étude réalisée par l’AFEV en décembre 2013 : http://www.afev.fr/pdf/OJS/2014/Rapport_OJS-2014_VF.pdf

 

 

Groupe Identité socio casa nova 2

Bon mais alors, « ils » vont la dévoiler quand, leur identité ?

Nous n’avons que deux mois mais vous en savez déjà beaucoup sur nous. Vous avez pu lire le premier entretien que nous avons accepté de donner hier, au Journal Toulousain.

Et cependant, les messages continuent d’affluer, pour nous demander encore et toujours QUI nous sommes.

Nous allons le dire, bientôt, dans quelques semaines…

En attendant, voici un billet, nous l’espérons le dernier avant un moment sur ce sujet redondant, qui présente nos divers gènes politiques.

Bien entendu, tous ces gènes composent un ADN. Nous avons ainsi déjà dit ce qu’était notre « socle idéologique » : d’abord et avant tout, l’égalité des conditions, le combat premier à gauche ; la démocratie et la mobilisation populaire aussi, meilleure méthode pour atteindre la précédente ; la nécessaire transition énergétique enfin, fruit de notre mutation idéologique, allant de pair avec les avancées de la connaissance scientifique.

Il n’est donc pas utile de revenir plus longuement sur tout cela ; nous avons produit un texte, que nous avons ambitieusement désigné comme étant notre texte fondateur. Nous cherchons le « commun » de la gauche, ce qui fait sens pour quiconque se réclame de cette famille idéologique. La clé de la porte d’entrée de la maison de la gauche, en somme. Casa Nova, une nouvelle maison, à l’architecture nouvelle, aux fondations renforcées, aux nombreuses ouvertures, à la toiture solide nous protégeant des gardiens de l’ancienne tradition : celle des bunkers et des jardins clôturés ; celle des régisseurs jaloux de leur patrimoine. Celle que plus personne ne veut voir à l’œuvre.

Alors qui sont, dans leur parcours « militant », celles et ceux qui veulent construire et échafauder du neuf ?

Nous avons dit que nous étions antilibéraux, écologistes, partisans d’une démocratie collaborative, voire directe. Nous avons lancé des pistes de réflexion sur la triste victoire de la droite dans notre métropole.

Autour de ces piliers, qui s’est retrouvé pour travailler ?

Une quinzaine de contributeurs et contributrices, tous de gauche, évidemment, tous écologistes. Tous opposés aux politiques d’austérité qui sont appliquées aujourd’hui en Europe et en France, inutiles et injustes, qui mettent les peuples à genoux pour des dettes consenties qui ne seront jamais remboursées.

Certain-es d’entre nous sont étudiant-es, d’autres chef-fes d’entreprise. Il y aussi des fonctionnaires et des salarié-es du privé.

Nous sommes des précaires et des aisés, des « moyens plus » et des « moyens moins ».

Environ un tiers d’entre nous n’est membre d’aucun parti politique. Certaines personnes l’ont été dans le passé.

Parmi les adhérent-es d’organisations politiques, certain-es sont sympathisant-es ou militant-es d’Europe-Ecologie les Verts, d’autres proches ou militant-es du Front de gauche, certain-es se sentent très Nouvelle-Donne, d’autres enfin militent au sein de ce que l’on appelle « l’aile gauche » du Parti socialiste.

Nous avons donc voté, lors des dernières élections soit pour le Front de gauche, soit pour EELV, soit pour le PS ou encore pour Nouvelle Donne.

Lors des élections municipales, certain-es d’entre nous étaient présent-es sur des listes différentes, dans des communes différentes, et étaient même parfois « adversaires ». Mais aucun-e ne regrette son choix d’alors. C’est autre chose que nous faisons là, avec Casa Nova. Nous nous concentrons sur l’essentiel, sur le commun.

Nous n’avons pas créé un nouveau parti politique, et à l’avenir, nous continuerons à ne pas nécessairement voter pour les mêmes candidats ou listes. Nous restons libres, individuellement, de nos prises de position futures. Nous ne voulons pas être jugé-es sur nos appartenances respectives, mais sur nos productions.

Nous nous sommes regroupé-es dans ce collectif pour constituer une opposition solide à la droite réactionnaire de la métropole toulousaine, pour produire de la contre-culture, pour préparer le fond des dossiers, pour contribuer à la reconquête de la Métropole en 2020.

Cela va être compliqué. Cela l’est déjà. Il est compliqué de créer de nouvelles formes d’action. Celle-ci est originale, ambitieuse et, nous l’espérons, visionnaire. Nous devons sans cesse trouver ce qui fait sens pour nous tous, ce qui nous rassemble ; nous nous efforcerons tant que nous le pourrons de nous garder d’exclusives, de mises au pied du mur, de conditions intenables.

Mais tout le monde dit qu’il faut changer ! Et nous les premiers, sur nos « murs », dans nos organisations, dans nos réseaux personnels.

Notre démocratie représentative ne représente plus personne (ou quasiment) et nos partis politiques -malgré la sincérité et le courage de nombreux militant-es de gauche- peinent à parler le même langage que le peuple… Nous entendons partout autour de nous qu’ « il faut faire autrement », qu’il faut revoir tout le logiciel de l’action publique, refondre le rôle des élus, la place des citoyens, la démocratie dans l’entreprise et dans la cité

Alors, qu’attendons-nous ?

Nous, nous y allons ! Tâtonnant, certain-es de rien, doutant de tout, mais convaincu-es que le nouveau monde se fera en dehors des anciens schémas et sans leurs anciens gardiens.

Cassons les murets qui existent entre nous, et construisons-la, cette « Casa Nova » !

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Rocade land Toulouse, enfumage garanti par Moudenc et Lattes

RocadeLand Toulouse, enfumage garanti

En six mois à peine, la droite toulousaine aura concédé l’inanité complète de son programme démagogique du printemps 2014, dispersé à tous vents (on entend même parler de hausse d’impôts ! Le comble pour des maniaques de la traque à la dépense collective).

Mais il faut bien donner le change et amuser la galerie. Alors on lance des idées « en l’air ». Cela ressemblerait à de l’amateurisme, mais connaissant les concernés on songe plutôt à du cynisme. A moins que ce ne soit un hybride. Possible.

Comme il est de bon sens de constater au pied du mur ce qu’ils niaient pendant la campagne :

-que la troisième ligne de métro, si elle est faisable, ne sera pas là avant que la première ne soit rongée par l’érosion….

-que la « deuxième rocade » est simplement impossible à édifier, et ne servirait à rien s’il s’agissait d’un contournement : personne ne veut contourner Toulouse, au contraire, les personnes qui se déplacent en voiture faute de mieux, veulent y venir.

Messieurs Moudenc et Lattes, les têtes pensantes de cette fine équipe, réfléchissent à peupler le ciel de voitures. Ainsi faudrait-il, disent-ils désormais, doubler la rocade en hauteur. Saturer notre ciel, non seulement de gaz carbonique, mais carrément de véhicules.

Au risque de décevoir les fans des films d’action de Bruce Willis où l’on saute d’une route à l’autre, cette idée est ringarde, dangereuse, et encore une fois opiomane, car elle ne verra pas le jour.

Le catholicisme, disons cela sans offusquer les croyances, a beaucoup influencé on le sait les dirigeants de la droite au capitole. Ils en ont retenu une notion phare : promettre le royaume dans un autre monde, lointain, où les derniers seront les premiers…

Le problème de cette promesse quand elle est transposée en politique (pour la foi, ce n’est pas notre souci, chacun ses croyances), c’est qu’on n’en voit jamais la première lueur. Automobilistes stressés, dans le monde post apocalyptique de Messieurs Moudenc et Lattes, vous serez justifiés, et tout sera enfin fluide…

Le souci est que ces consolations spirituelles ne mènent à rien ici-bas.

En premier lieu, ce serait très coûteux et l’État n’honore pas ses engagements déjà souscrits. Il a fallu dix ans pour que le pont qui relie Labège, somme toute modeste au regard d’un doublement de la rocade, même partiel, voie le jour. Avec la contribution de tous, dont le Département, aujourd’hui en difficulté financière. Le dossier de l’élargissement des voies est un serpent de mer qui avance à une vitesse reptilienne.

Ensuite, on sait bien que Monsieur Moudenc n’a jamais été un grand esthète, (souvenons-nous de sa misérable rue alsace lorraine version 1, en toc), mais imaginons un instant le visage de notre ville entourée d’un chainon aérien de voitures… Voulons-nous que notre ville ressemble au « Brazil » de Terry Gillian ?

tout-voiture moudenc toulouse pollutionAvec ces dirigeants, on se croirait dans une fable pompidolienne. Cela rappelle un peu les villes grises, mécanisées, du cinéma pessimiste des années 70, comme par exemple « Buffet froid » de Bertrand Blier.

Évidemment, l’idée que des routes supplémentaires incitent à plus de déplacements automobiles encore, et donc à plus de pollution, avec les dégâts de santé publique grave que nous encourrons, n’effleure pas l’occitaniste Jean-Michel Lattes, qui semble en réalité plus fasciné par la laideur de Los Angeles que par les verts pâturages de « soun Païs ».

Mais pour des raisons purement politiciennes, on a arrêté les programmes en cours : les tramways, le BHNS. La modernisation de nos réseaux, difficile mais réaliste au regard de la triple crise écologique, énergétique et climatique, a été stoppée, parce qu’il fallait surfer sur les exaspérations liées aux conservatismes et aux chantiers pour reprendre le pouvoir, au mépris de tout ce que l’on savait.

Alors nous allons être, nous, perclus d’anxiété dans les embouteillages, gavés d’opiums divers offerts par le Capitole. Aujourd’hui c’est la promesse d’un ciel toulousain traversé de voitures, demain peut-être nous proposera-t-on des catacombes automobiles, qui sait ?

L’essentiel est d’éluder le courage politique, d’éviter de dire aux Toulousains qu’on a changé d’époque, qu’il est temps de s’organiser autrement, de bifurquer :

  • D’imaginer par exemple d’autres temps de la vie urbaine, une concertation approfondie des déplacements.
  • De délaisser sa voiture, ce qui suppose, oui, d’investir collectivement dans le transport collectif moins polluant, moins consommateur, et plus efficace pour gérer les flux massifs.
  • Cela suppose aussi une ville plus dense, et non les palinodies capitulardes de la « densité modérée » égoïste qui sert désormais de dogme passéiste.
  • Cela suppose une politique tarifaire contraire à celle de la droite actuelle, qui incite à la voiture plutôt qu’au déplacement collectif.

Le courage politique c’est affronter le réel, et non espérer la fuite dans les airs.

 

 

 

- "Quoi ? Moudenc augmente les tarifs Tisséo ?"
- "Hé ben ! La gratuité, c'est pas pour maintenant !"

Casa et Nova débattent de la gratuité des transports en commun toulousains

Le thème de la gratuité des transports en commun divise depuis plusieurs années la « gauche » toulousaine. Contribuant à sa confusion (ou la justifiant, cela dépend du point de vue), en tout cas nuisant à une vraie politisation positive des dernières élections municipales, que toute la gauche a subie.

Pour être audible la gauche ne peut pas en rester à un flou, opposant de manière statique et simpliste les partisans de « la saine gestion », des « généreux ». Ce débat noble n’oppose pas des acharnés du goudron à des fanatiques du transport en commun. Il mérite mieux et requiert que l’on tente de le surmonter autrement qu’en se lançant des adjectifs (« conservateur », « ayatollah »)…

C’est ainsi que CasaNova ne tranchera pas aujourd’hui. Il donnera plutôt libre cours à un débat en son sein, entre « Casa » et « Nova »… sous l’arbitrage d’un imaginaire citoyen toulousain.

A chacun de s’en emparer !

Le citoyen toulousain : « Bonjour Casa et Nova, cette affaire de gratuité des transports n’est-elle pas pure utopie ? »

CASA : Ce n’est pas une utopie, car ça existe ailleurs, pas si loin. En plus d’Aubagne et de Châteauroux qui sont le plus souvent citées, 23 réseaux de transports urbains (sur 290) ont fait le choix de la gratuité totale pour les usagers. Parmi eux nous retrouvons sept communes de plus de 40 000 habitants dont Castres pour notre région. Plutôt que de discréditer une idée en brandissant un adjectif comme « utopique », examinons le bilan positif de ces expériences ! Pourquoi ce qui marche ailleurs ne serait pas envisageable ici ?

NOVA : les exemples cités par CASA sont réels, mais concernent des villes compactes, des espaces communaux, où l’égalité d’accès est possible dès à présent. Ce ne sont pas des agglomérations complexes.

La question se pose de manière très différente sur le territoire immense de Tisséo, qui compte des dizaines de communes, très hétérogènes en ce qui concerne la possibilité d’utiliser un transport en commun. La gratuité n’a de sens que si elle est égalitaire, et pas si elle soulève de nouvelles inégalités. Ca ne peut pas encore être le cas sur notre territoire, beaucoup étant privés de l’usage même d’une ligne qui vaille d’être empruntée. J’engage CASA à examiner les rapports sociaux réels sur lesquels débouchent la gratuité, en particulier quand on sait que les couches populaires sont chassées des centre villes pour l’habitat, mais viennent travailler en ville tous les jours.

Le citoyen toulousain : « les partisans de la gratuité disent que ce serait en réalité une mesure de bonne gestion de l’argent public »

CASA : La gratuité des transports en communs présente de nombreux avantages. Les communes qui l’ont instaurée ont vu la fréquentation des réseaux monter en flèche et ont ainsi dégagé des recettes nouvelles. Ainsi à Aubagne elle a été mise en place en mai 2009. Fin 2011 le nombre d’usagers a progressé de 146%. Sur les 6 premiers mois la fréquentation a fait un bon de 70%. A Châteauroux on relève une hausse de 208% de la fréquentation au bout de 10 ans de mise en place. A Vitré (mise en place en 2001) la fréquentation est passée de 47000 à 120000 voyages par an. De plus on oublie souvent les économies de gestion que la gratuité permet, car faire payer et contrôler ça coute très cher.

Il y a aussi une question de principe : se déplacer est devenu un droit, puisque sans déplacement aucune vie économique n’est désormais envisageable, ni participation à la vie de la cité. Le service public de transport mérite ainsi la gratuité.

NOVA : encore faut-il qu’il soit possible de prendre une ligne, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup qui devraient subir trois changement et un parcours deux fois plus long qu’en voiture s’ils utilisaient le transport en commun. La gratuité ne peut augmenter la fréquentation que si le transport est performant et bien structuré : ce n’est pas du tout le cas dans l’agglomération toulousaine; où le contraste est frappant entre le centre toulousain bénéficiant de la croix du métro, et les faubourgs et périphéries. Ce n’est pas le tarif qui est un obstacle pour beaucoup, c’est surtout le fait que la voiture soit beaucoup plus pratique pour eux. Le tarif n’y change rien. Si je dois mettre deux heures plutôt qu’une pour aller au travail, la gratuité ne me poussera pas à consacrer deux heures à mon déplacement quotidien. Je resterai dans ma voiture.

Par ailleurs, beaucoup de lignes ne souffrent absolument pas de problème de fréquentation, bien au contraire. Ainsi va-t-on élargir les quais du métro, victime de son succès. Le problème ce n’est pas l’engouement, c’est la qualité et la quantité de l’offre, insuffisantes pour faire reculer l’usage automobile.

Le citoyen toulousain : « Cette gratuité n’est-elle pas simplement une carotte financière pour les électeurs ? »

CASA : Ce serait une mesure de justice sociale. Les expériences de gratuité ont capté de nouveaux usagers et des passagers à faible revenus. A Châteauroux, 1 nouveau passager sur 10 n’utilisait pas les TC en raison prix du billet. On a noté une hausse du nombre de bénéficiaires CMU parmi les usagers.
La gauche doit être attentive au pouvoir d’achat, et en même temps orienter les ressources vers un modèle de développement alternatif, affrontant la double crise du climat et de l’énergie.
NOVA mésestime les barrières tarifaires : si pour un individu seul l’arbitrage est peut-être peu stratégique, il l’est pour une famille, qui a souvent avantage à prendre la voiture.

NOVA : c’est oublier que notre réseau local bénéficie déja de fortes niches de gratuité : personnes âgées toulousaines, scolaires, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux. La question de l’exclusion par le transport a tout de même reculé sur notre territoire, c’est un fait. Par l’action des collectivités.

Je trouverais pour ma part injuste de faire payer des impôts plus forts à des citoyens qui n’ont pas accès au réseau de manière probante, pour alléger la facture de ceux qui ont une bonne desserte. L’exemple type est la future liaison tramway vers l’aéroport. Serait-il juste de faire financer la gratuité de transport d’un haut cadre qui va à Paris tous les jours, par un employé qui n’a pas accès au métro dans son quotidien ? Je ne le crois pas. Ce serait une redistribution à l’envers.

CASA : Je souhaite préciser que sur le plan du financement, les collectivités avant d’envisager une hausse d’impôts peuvent utiliser la contribution « versement transport » pour compenser la disparition des recettes de billetterie. C’est une solution qui a été utilisée sur le territoire de l’agglomération d’Aubagne.

Précisons que le versement transport est plafonné à 0,6% de la masse salariale pour les agglomérations de moins de 100 000 habitants ; à 1,05% jusqu’à 400 000 habitants ; à 1,8% au-delà, et à 2,6% pour Paris et les Hauts-de-Seine. Les collectivités disposant en outre de transports collectifs en site propre (tramway, métro, tram-train, etc.) peuvent appliquer un taux de 1,8%.

Le citoyen toulousain : « Est-ce vraiment le moyen de nous conduire à laisser la voiture au garage ? »

CASA : les faits sont là. A Aubagne, 35% des usagers des TC viennent d’un report modal. Sur le territoire d’Aubagne, les liaisons entre zone rurale et zone urbaine ont augmenté, par le biais du transport en commun. Une étude indique que l’instauration de la gratuité a permis de réduire de 63% les déplacements polluants, que ce soit pour se rendre à son travail, ou pour les loisirs.

Cependant je ne voudrais pas laisser NOVA caricaturer la position des pro-gratuité : la mise en place de la gratuité ne peut être une politique en soi mais bien un outil parmi d’autres dont l’objectif est de développer les réseaux de TC et permettre à tous et toutes de les utiliser. Ainsi, les infrastructures doivent suivre. L’urbanisme doit être pensé également pour favoriser les TC et modes doux au détriment de la voiture individuelle. A Aubagne, 15% de bus supplémentaires ont été mis en place sur le réseau.
Les pro-gratuité sont conscients des difficultés des couches sociales périurbaines, eux aussi. Ce ne sont pas des « bobos » égoïstes de l’hypercentre comme on voudrait le laisser croire.

NOVA : Je n’utilise jamais le terme de « bobo », qui est une entourloupe pour créer des fractures culturelles entre ceux qui auraient intérêt à s’allier contre les « Bo-cons »…

Ce qui est gênant, ce n’est pas le principe de la gratuité – qui serait contre une bonne nouvelle ? -, c’est son inactualité. En effet, la gratuité maintenant ce serait priver Tisséo de dizaines de millions d’euros par an, nuisant à la capacité d’investissement déjà grevée par un très fort endettement imputable à la gestion passée de Monsieur Moudenc, mais aussi il faut le dire, à l’incapacité pour la gauche à faire revenir le Conseil Général dans le financement du fonctionnement après 2008. Ainsi la gratuité ne ferait que ralentir l’universalité, l’accès à tous les habitants du territoire à une vraie alternative à la voiture, par l’émergence de lignes capables de tenir la dragée haute face à la voiture.

La vraie inégalité, ce n’est pas le tarif aujourd’hui. Et d’ailleurs si le transport en commun est si stratégique pour notre avenir, il est normal d’y mettre le prix quand on a la chance d’avoir accès au réseau. La vraie inégalité c’est la desserte. Les partisans de la gratuité demandent une augmentation du versement transport des entreprises. Car ils savent que l’impôt local a des bases injustes, et qu’il crée des effets de distorsion insupportables quand il augmente trop. Mais il reste que même financée par le VT, la gratuité ralentirait considérablement l’investissement. Elle nous priverait, en gros, de l’équivalent d’une ligne de tramway sur dix ans. Soit un immense enjeu.

Le citoyen toulousain : « Mais peut-on respecter un service gratuit ? »

NOVA : c’est un des problèmes oui. Là il faut faire un peu de théorie. La conception dominante de la valeur dans la société de marché, c’est la valeur d’échange. Le prix. Donc la gratuité en effet, dans ce cadre de pensée, signifie que le service n’a aucune valeur, ne représente aucun travail. La gratuité peut ainsi inciter à ce que Marx appelle « le fêtichisme de la marchandise » : oublier que tout cela a un cout, représente des choix, du travail, des sacrifices humains et financiers. Ce fétichisme se traduit ainsi par du vandalisme, la salissure, mais aussi un comportement égoïste, de consommateur, qu’on vient renforcer. Alors ne nous étonnons pas quand on râle devant les travaux du tramway, puisque déjà tout semble s’obtenir sans contrainte, et seul l’intérêt privé de consommation à un sens. Un service qui a du sens peut-il être considéré sans valeur ? Le fait est que la valeur d’échange, monétaire, est de loin la valeur écrasante aujourd’hui.

CASA : il est certain que la gratuité va de pair avec l’implication des citoyens dans leur ville, sinon on flatte les pulsions consuméristes comme le dit CASA. On doit ainsi réfléchir à ce qui permet d’évoluer d’un service bureaucratique, technique et froid, à un véritable « commun » partagé. Aujourd’hui, rien n’est fait en ce sens, excepté la concertation sur le PDU ou des discussions locales, mais justement toujours un peu étroites (le BHNS). Comment faire en sorte que chacun s’empare du niveau de l’intérêt général ? C’est une question qui dépasse largement les transports. C’est trouver une voie entre l’égoïsme mercantile et la bureaucratie qui rend les gens passifs et les enferme sur eux-mêmes. On ne peut pas en rester à donner des strapontins à une ou deux associations dans un groupe consultatif. On doit inventer une nouvelle manière de concevoir la gestion des services publics.

Le citoyen toulousain : « Un dernier argument ? »

CASA : symboliquement, la gratuité serait un pas décisif pour mobiliser la population vers un nouveau mode de développement, qui engage la survie de la planète. Nous avons besoin de déclencher un changement d’optique, une prise de conscience véritable. C’est aux politiques de donner l’exemple. La gratuité des transports en commun participe d’une bifurcation générale : la transition écologique. On doit dire aux gens la vérité : demain, l’automobile individuelle polluante, ce sera impossible, aussi bien écologiquement que pratiquement à cause des embouteillages. La gratuité des transports préfigure cet avenir.

NOVA : la revendication de la gratuité maintenant, avant qu’on ait réussi à développer le réseau (nous aurions besoin d’un RER régional moderne), c’est un bon exemple des soucis de la gauche française. Elle a oublié le conseil de Jaurès demandant que l’on « parte du réel pour aller à l’idéal ». Notre réel c’est la situation matérielle sur le terrain, et le monopole d’usage des lignes par la population, souvent relativement aisée (ou bénéficiant de la gratuité sociale) du cœur toulousain. Les classes populaires et moyennes excentrées par le prix du logement sont aujourd’hui condamnées à l’automobile. La justice sociale, c’est investir pour leur desserte. On ne doit pas poser la justice de manière abstraite, vaguement idéologique, mais à partir des conditions de vie des gens sur un territoire donné. La nappe périurbaine toulousaine n’est pas une commune comme Aubagne. La politique, c’est la cité, pas les idées en général.

Le citoyen toulousain : « Finalement, vous n’êtes pas tellement différents ? Ce sont les rythmes qui vous séparent. Vous pourriez faire synthèse ? »

NOVA : ce n’est pas impossible.

CASA : c’est possible.

Elu idéal de gauche Casa Nova Toulouse

Portrait idéalisé d’un-e élu-e local-e de gauche

Dans sa contribution à l’analyse de la défaite de la gauche toulousaine, CASA NOVA évoque le rôle de l’élu-e. Nous essayons ici d’y revenir longuement, en considérant que c’est aussi en avançant sur le sentier d’une démocratie profondément remaniée dans ses formes que la gauche peut conserver un futur.

Attention : personne ne dira que c’est chose aisée… Loin s’en faut. Autant donc s’y atteler.

C’est incontestable : les élu-es toulousain-es n’ont pas réussi à rassembler derrière eux sous le mandat de Pierre Cohen. Certains sont restés parfaitement anonymes, d’autres ont même été  conspués en silence et peu sont ceux qui ont pleuré leur départ, excepté les purgés des premiers mois dans le cabinet et l’administration.

La gauche souffre d’un déficit criant de réflexion sur la pratique politique. Si rien ne dit que l’élection soit une panacée de la démocratie, nous fonctionnons avec ce procédé depuis deux cents ans, et il est plus que temps de se demander comment nous devons l’aborder.

Qu’attendons nous d’élus lorsqu’ils sont engagés dans une expérience de transformation sociale ? (les autres ne nous intéressent pas). S’agissant d’une méditation au long cours, nous ne pouvons ici que poser quelques jalons introductifs.

Nous ne ferons l’insulte à personne de rappeler qu’il est besoin pour les élu-es de « travailler ». Et contrairement à ce que tente de répandre la droite, les élu-es de gauche ont « travaillé » bien entendu. Ils ont été présents et n’ont pas compté leurs heures, pour la plupart. Mais la pertinence ne se mesure pas à l’heure de présence. La droite aura beau se promener « sur le terrain » elle ne fera pas oublier ses fautes politiques. Les trottoirs écumés ne rembourseront pas le prix des transports augmentés.

Ce que nous ne voulons pas, ou plus

Pour cerner ce portrait que nous poursuivrons, nous pouvons d’abord essayer de dire ce que nous ne voulons pas :

- Nous ne voulons pas d’élu-es arrogant-es.

Une personne élue n’est rien par elle-même. Elle n’est qu’un serviteur de la communauté légale. Il est indispensable qu’elle s’en souvienne, et qu’on le lui rappelle de temps à autres. A cet égard sans doute les militantes et militants flatteurs sont ils aussi responsables que les concerné-es, lorsque l’arrogance pointe. Il n’y a pas de sujet méprisable dans une ville, parce que le prosaïque de certains peut s’avérer l’essentiel de l’autre. Fermer les yeux n’est pas une solution, ou en tout cas pas durablement.

- Nous ne voulons pas d’élus sectaires.

Une ville n’est pas une majorité électorale. C’est une erreur classique de le croire. La majorité des 50 % est un procédé électif non une réalité sociale permanente et valable pour toute chose. La légitimité est un combat de tous les jours.

- Nous ne voulons pas d’élus technocrates ou apprentis technocrates.

Il y a des fonctionnaires. Les élu-es ne sont pas là pour devenir des « supers fonctionnaires » ou pour vivre une carrière qu’ils n’ont pas vécue. Ils n’en ont d’ailleurs pas les compétences pour la plupart.

- Nous ne voulons pas de phraseurs.

Cela c’est évident. Et pourtant force est de reconnaitre que beaucoup d’élu-es pensent que l’essentiel est la prise de parole et la présence au pupitre (auxquels chacun est de moins en moins attentif, il n’y a qu’à aller à une inauguration). L’avis des élu-es, en réalité, nul ne s’y intéresse vraiment. Ce qu’on souhaite savoir c’est ce qui va survenir en réalité.

- Nous ne voulons pas de courroies de transmission.

L’indépendance des élu-es à l’égard des intérêts particuliers, en particulier économiques, est évidemment essentielle, y compris bien au delà de ce que prévoient les lois. Si la dépendance est dans l’ADN même de l’élu-e de droite, qui ne s’en cache que peu en réalité, la gauche n’est bien entendu pas exempte de ces dérives. Elles sont inadmissibles.

- Nous ne voulons pas de clientélistes.

D’abord parce que c’est injuste, mais ensuite parce que c’est peine perdue. Servir une clientèle c’est en desservir une autre. Cela ne fonctionne donc pas, en tout cas à l’échelle d’une grande cité. De ce côté la mandature de gauche a été un grand progrès, plusieurs domaines étant réformés pour devenir transparents. Mais on aurait pu aller encore plus loin, généraliser ces logiques, y impliquer les habitants. Quant à la droite, qui a tout de suite repris ses réflexes, et confond « la politique » avec l’addition d’aides individuelles, elle aura l’occasion comme dans le passé de se rendre compte des limites de cette méthode gratte misère.

- Nous ne voulons pas d’élu-es « trompe l’œil ».

De celles ou ceux qui chassent la Vice Présidence d’une association internationale quelconque, ou le trophée national de l’initiative locale. Certain-es élu-es ont eu l’occasion de se rappeler que seul l’électeur décernait le véritable trophée : la confiance renouvelée. Nous ne voulons pas non plus d’élu-es gadgétivores. Sur ce plan nous devons admettre que nous avons été servis par la gauche… Pour quel but ? Quelques lignes dans la revue de presse.

- Nous ne voulons pas d’élu-es veules.

Mais des élu-es qui font face pour défendre leurs idées. Face à des acteurs sociaux, et dans les arbitrages internes. La capacité d’insoumission est une qualité de l’élu, contrairement à ce qui est recherché par la plupart des exécutifs.

Un visage se dessine

Tout cela étant dit, essayons donc de présenter un visage plus positif de l’élu-e.

- C’est une personne qui innove.

Elle porte avant tout des idées. Transformer réclame des idées. Des idées pratiques. L’élu-e de gauche ne saurait être enlisé-e dans la gestion, même si sa responsabilité est de vérifier que le quotidien fonctionne. Mais pour permettre ce fonctionnement elle devra avancer, justement. Pour créer du nouveau, on doit faire éclater les cloisons. C’est le défi de l’élu-e : faire travailler ensemble ceux qui ne le veulent pas, empêcher de se recroqueviller, éviter que les procédures ne deviennent le sens de l’action.

Il s’agit donc de jeter des passerelles. Alors que les élu-es tiennent d’abord à leur pré carré… C’est toute une culture politique qui est à revoir.

- C’est un agent de mobilisation 

La société ne peut changer que si les conservatismes sont affrontés et reculent. Pour cela ce n’est pas la délibération en Conseil Municipal qui est l’élément clé, mais la mobilisation de forces. S’appuyer sur des forces mutiples, les reconnaitre, tel est le seul chemin viable pour transformer une ville. Notre élu n’est donc pas un élu étouffoir et frileux devant le pluralisme, bien au contraire. Il sait ce que peut apporter un contre pouvoir quand on parvient à instaurer avec lui un rapport dialectique.

- C’est une personne acharnée.

Car entre l’idée et son aboutissement, il y aura bien des péripéties. La déception vient souvent de l’absence de cet acharnement. L’élu a cru que la phrase suffisait.

- C’est un médiateur, un négociateur.

Il doit favoriser des compromis pour vivre ensemble. Vivre dans une grande métropole dense, cela réclame nécessairement des compromis et des dépassements, entre voisins, entre piétons et voitures, entre producteurs et habitants, entre passants de la périphérie et administrés, entre générations. C’est cet effort que doit mener l’élu.

- C’est un pédagogue de l’action publique.

Il doit en expliquer les contraintes inlassablement, aider les citoyens à ne pas sombrer dans une attitude de consommation qui postule que tout tombe de soi. Les équipements ont un coût, représentent des choix. Il est nécessaire de s’engager pour défendre ces choix ou les contrecarrer.

- C’est un être de pleine responsabilité.

Il décide. Il explique sa décision. Trop souvent la non décision est la sortie de secours de l’élu, et le silence son repaire de repli. C’est la pire des solutions, pourtant ; la plus frustrante. Il est inadmissible de voir un élu « refiler le bébé » à un collègue pour enterrer une difficulté pratique. Et pourtant c’est un classique.

Comprendre pourquoi ce visage reste dans la brume

Examinons alors les conditions politiques pour que cette figure émerge.

L’élu-e en question, pour exercer un tel type de mandat, doit disposer d’autonomie politique. Ce qu’un exécutif fondu dans la logique de la Veme République qui verticalise les institutions, ne peut pas permettre. Une petite révolution serait donc d’accepter cette autonomie, sous réserve de rendre compte et d’assumer.

Pour assumer cette autonomie, ce qui réclame que le Maire l’accepte, conscient de ce qui est à la clé, à savoir la réussite du mandat, l’élu ne peut pas être seul. C’est pourquoi tout-e élu-e doit pouvoir travailler en commission élargie extra municipale ou appuyé-e sur des cercles citoyens (que ce soient des jurys citoyens ou un parlement des acteurs concernés, des « journées » participatives, des conseils thématiques rénovés, etc…).

La démocratie dite participative, deviendrait ainsi créative, élaborative. Cela réclame de quitter la démocratie participative comme procédure séparée, spécialisée, détachée de la gestion en réalité, ritualisée. Chaque politique menée doit être profondément ancrée dans le substrat social qu’elle investit, en cherchant à élargir sa légitimité, sa compréhension, sa portée.

Devenir élu

On saisit alors le niveau d’exigence qui est réclamé de l’élu-e. La question de la sélection de l’élu-e et de sa préparation est donc déterminante.

Les tâches immenses de l’élu-e réclament une liste hautement formée politiquement, consciente de ce qu’elle va vivre, capable de dialoguer avec la technocratie, de projection tactique et stratégique.

Les forces politiques sont elles aujourd’hui en mesure d’accompagner les militants sur cette voie ? En ont elles simplement la volonté ?

C’est ici sans doute que se nichent les écueils les plus criants, les plus compliqués à résoudre.

Les listes municipales sont constituées :

- d’abord pour permettre à un candidat d’être investi. Ce fut le cas avec la candidature de Pierre Cohen en 2008, comme toujours .

-Ensuite la liste doit permettre de mener campagne. Évidemment, le facteur « discipline » comptera, alors qu’on a vu que l’élu-e doit au contraire s’affirmer innovant, transformateur, autonome, et doit imposer sa personnalité dans son domaine d’action. Les symboles compteront aussi. Que sont les symboles ensuite face au quotidien ?

Réussir une campagne interne, puis une élection, c’est une chose. Il y a ensuite six ans de pilotage d’une institution immense, complexe, dans une métropole considérable, puissante, contrastée. Pour parvenir à être réélue, la liste doit être conçue en fonction de toutes les étapes.

Cela a t-il été le cas en 2008 ? On peut légitimement en douter. On sait que le tête de liste n’était pas pressentie, et qu’elle a du négocier au dernier moment une liste avec des « sensibilités » sans égard pour la gestion future. Chaque force représentée dans la liste procède ensuite de même…

Ce précédent doit être retenu en mémoire, absolument. Le respect des citoyens, c’est de se présenter devant eux avec une équipe capable de mener le projet qu’elle dit défendre. Et de s’en assurer.

La crise des partis politiques vient nourrir ces difficultés. Plus les partis sont étroits, quantitativement, sociologiquement, et c’est le cas pour la gauche, y compris sur ce territoire, plus l’émergence de candidats capables de mener ce type de mandat sera envisageable. Et les forces concernées ne joueront pas le rôle de limier pendant le mandat.

Plus les forces politiques sont satellisées, coupées des acteurs sociaux, eux-mêmes affaiblis, moins leurs relations sont construites, plus il sera difficile de rassembler autour de l’action.

Aussi, l’on voit que l‘échec d’une action en appelle à une reconsidération complète des formes de la démocratie. Il n’y a pas de solution miracle. C’est le rapport à la société des élus qui est en question. Ce rapport dépend de leur trajectoire sociale, de leur mode de sélection, de leur relation à l’autorité exécutive, de ce que constitue la vie politique aujourd’hui.

L’atomisation sociale laisse craindre que ce splendide isolement institutionnel perdure.

Seul un effort d’ouverture tout à fait considérable à d’autres horizons de construction programmatique, à d’autres fonctionnements politiques, laisse entrevoir des solutions.