La gratuité des musées à Toulouse, cela fait-il une politique culturelle ?

Gratuité ou trompe l’œil ? Les musées au risque de la vitrine

Depuis le 27 septembre 2014, l’entrée dans les musées de Toulouse est gratuite le week-end, pour les habitant-es de Toulouse uniquement. CASA NOVA approuve cette décision et le respect par Monsieur Jean-Luc Moudenc d’un engagement de campagne. Cependant, l’euphorie du Maire envers cette mesure est un peu surjouée. Elle n’a rien d’« un signal fort qui signifie que [la majorité municipale est] favorable à la culture pour tous et à l’excellence pour tous ».

Gratuité n’est pas démocratisation

            
La gratuité des musées n’est pas la démocratisation de l’accès à la culture, elle n’en est qu’une petite partie et ne suffit pas à elle seule, loin s’en faut. Cela a été prouvé, évalué et réévalué, et c’est une réalité qui fait consensus chez tous les spécialistes et chercheurs du domaine culturel.             
            
Certes si nous entendons démocratisation comme le rétablissement des chances et probabilités pour les différents groupes sociaux d’accéder aux musées, alors la gratuité peut être un outil intégrant une stratégie de démocratisation. Elle permet en effet théoriquement d’accroitre la fréquentation des musées, même si un tarif modéré le permet aussi.             
                      
Cependant, comme l’a démontré la sociologie, les pratiques culturelles n’ont rien à voir avec la comparaison tarifaire entre deux supermarchés. Ce n’est pas homo-economicus qui va au musée, mais homo sapiens.  Ce serait bien limité que de croire que c’est le coût qui empêche les pauvres de se cultiver, tout comme de s’imaginer que seuls des gens qui ont les moyens parcourent les musées…
            
Donc si nous entendons démocratisation comme un accès sociologiquement élargi  à des lieux culturels alors le débat demeure sur les manières de rassembler les publics, de les connecter, de donner envie d’aller vers ces lieux, et d’abaisser les obstacles symboliques, mais aussi psychologiques, qui restreignent les usages.

Quelle médiation culturelle ?

            
Cette barrière psychologique reste d’autant plus forte que la gratuité ne s’accompagne d’aucune médiation culturelle. Cette médiation est indispensable, c’est le constat que firent les musées de Dijon qui mirent en place de nombreuses actions dans les 5 musées qui ont rouvert aux publics gratuitement en septembre 2013. Des actions de médiation existent également à Toulouse, et notamment au Muséum d’histoire naturelle où elles se sont développées ces dernières années.             
                      
Seront-elles sacrifiées sur l’autel des suppressions de postes ? Nous le verrons. D’une part, le salaire du  « cost killer », nouvelle fonction créée par Jean-Luc Moudenc va représenter plusieurs postes de médiation culturelle à lui tout seul, d’autre part, pour augmenter l’effectif des policiers municipaux, la mairie a annoncé qu’elle ne remplacerait plus les départs dans les autres services. Le tout comptable et le tout sécurité non garanti se paieront-ils de l’abandon culturel et de musées gratuits mais vides faute de lien social ?             
            
De plus, au-delà des actions de médiation au sein des musées, il semble fondamental de faire de l’école et de la petite enfance, compétences municipales, un moteur de la médiation culturelle.          
            
La fin du mandat de la gauche avait été marquée par un grand dynamisme de la culture dans la petite enfance, avec un festival artistique d’ampleur impliquant les parents. Cette dynamique semble stoppée, en tout cas personne n’en entend plus parler. Les affiches de la mairie parlent de « pouponnage », restreignant l’ambition du service public.    
La fin du mandat précédent avait vu le jour d’une carte MonToulouse donnant accès à la piscine et autres services municipaux. Le fait que la gratuité des musées n’ait pas pu être ajoutée à la carte existante confirme la précipitation de l’équipe Moudenc qui -dirait-on- est en manque d’applaudissements et d’évènements marketing. La procédure jusqu’en janvier 2015 pour obtenir la carte MuséeLibre est un retour en arrière. Mais sur le site de la mairie, on se vante d’avoir délivré 5000 cartes MuséeLibre en un mois.

Quid du Passeport pour l’art et du Quai des savoirs ?

            
Que deviendra le Passeport pour l’Art, principale réussite culturelle au crédit de la gestion de gauche, si les moyens humains nécessaires à l’accompagnement des enfants venaient à manquer ? De nombreuses interrogations demeurent également sur le maintien d’un certain nombre de contrats d’avenir utilisés dans ce travail de médiation.             
                  
En ce qui concerne la culture scientifique, le quai des savoirs, qui devait devenir une sorte de palais de la Villette local, très tourné vers l’élargissement des publics, ne semble pas passionner la mairie, alors qu’il doit théoriquement ouvrir en 2015. S’agira-t-il d’un lieu de pure consommation ou d’un outil au service des acteurs ? On ne sait pas.             
            
Ajoutons que la gratuité réduite aux habitant-es de Toulouse uniquement, et non de la métropole, a quelque chose de ridiculement clochemerlesque : qu’illustre cette gratuité toulousaine à part une vision étroite de l’intercommunalité ?  Les grands équipements culturels acquièrent nécessairement une dimension de centralité. Il serait temps tout de même de sortir de ces représentations étriquées de la vie quotidienne qui veulent que l’on soit considéré différemment à Saint-Orens et à Toulouse.             
                       
Non seulement cette gratuité partielle est symbolique, mais on peut se demander si elle n’est pas aussi une manière de justifier d’autres régressions, plus discrètes, par la voie budgétaire. Ainsi, les directions « publiques » de la ville ayant été averties de saignées dans leurs moyens pour 2015. Tout cela est bien dans le genre habituel de Monsieur le Maire, habile en diversions et tours de magie.             
Avoir une ambition pour ouvrir la culture à tous et toutes c’est bien plus qu’ouvrir quelques musées aux Toulousain-nes pendant quelques journées. Nous attendons de Jean-Luc Moudenc et de Francis Grass, son adjoint, un projet culturel qui offre notamment toute sa place aux cultures alternatives et expérimentales ainsi qu’à l’éducation populaire.             
                       
CASA NOVA suivra pas à pas les évolutions, afin de s’assurer que cette gratuité ne soit pas la fausse vitrine du laisser-tomber culturel.             
Privatisation aéroport Toulouse Blagnac

Qui veut gagner des n’avions ?

Ou comment le projet de privatisation de l’aéroport de Blagnac révèle les impasses du capitalisme sur un territoire.

Pour justifier la privatisation de l’aéroport Toulouse-Blagnac, la première raison avancée est économique : cela rapportera immédiatement 150 millions d’euros au budget de l’État, de quoi permettre de rembourser un peu plus les banquiers pour combler leurs dettes de jeu. Une analyse à courte vue qui fait fi de l’intérêt général car pourquoi céder des parts dans un aéroport rentable et en offrir la gestion à une entreprise privée ?

Un aéroport est-il un service public ?

S’il est difficile de répondre à cette question, ce qui est certain c’est qu’un aéroport est un élément clé pour le développement d’une économie locale. La composition des détenteurs du capital est révélatrice de cet enjeu important ; ainsi, le capital de Toulouse-Blagnac était-il détenu jusque-là par l’État, la région Midi-Pyrénées, la Communauté Urbaine de Toulouse, le département et la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie) de Haute-Garonne.

En choisissant l’intérêt pécuniaire à court terme, l’État se comporte comme n’importe quel actionnaire avide. En vendant sa participation, l’État se prive de la possibilité d’influer sur l’avenir et les choix d’organisation d’un secteur essentiel, le transport aérien. Il abandonne purement et simplement l’idée de gestion maitrisée d’un aéroport (n’avez-vous pas remarqué comment le hall de l’aéroport ressemble de plus en plus à une vaste galerie marchande ?).

Il renonce aussi à contrôler la filière et les coûts de fabrication. Car comme pour les autoroutes, ce sont les fournisseurs (Vinci, Eiffage etc) qui souhaitent être les premiers opérateurs des aéroports. Comme cela, ils contrôleront les débouchés de leurs principaux clients et pourront maitriser leur prix, en déjouant les principes de la concurrence non faussée… Au demeurant, notons qu’il existe des techniques qui permettraient à l’État de recevoir immédiatement les fruits futurs de l’exploitation mais en conservant le contrôle de l’aéroport. Apparemment, nos stratèges inspecteurs des finances ne veulent pas en entendre parler, peut-être parce qu’ils préparent déjà leurs futurs atterrissages dans ces entreprises désormais en inceste flagrant avec l’État.

L’intérêt général à la renverse, les intérêts privés au choc frontal

Au-delà de cette appropriation privée des moyens collectifs, la privatisation de l’aéroport de Toulouse souligne une contradiction. En effet, les maitres des forges locaux que sont Airbus et ses filiales ont fait savoir, par la voix de députées socialistes, qu’ils voyaient d’un mauvais œil cette privatisation : Airbus se sert de l’aéroport comme piste de décollage et d’exposition de ses appareils. Pour cela, Airbus bénéficie de conditions financières très intéressantes et craint qu’un opérateur privé cherche à rentabiliser au maximum en lui faisant payer des services obtenus aujourd’hui à vil prix.

Et l’on se retrouve dans la situation paradoxale qui voit les intérêts privés d’un groupe puissant contrecarrer la rapacité de financiers et de promoteurs. Étonnant, non ?

Après le service des eaux, après une grande partie du foncier municipal, après les concessions des parking, la vente « des bijoux de famille » continue à tous les étages.

« Sans JJ Laffont et Jean Tirole, il aurait été difficile de légitimer la privatisation des grands services publics français » (Jean Gadrey)

Alors, que vaut vraiment le prix d’une banque, fut-il celui de la banque centrale de Suède, si nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question politique essentielle : voulons-nous vivre tel un gibier effrayé, dans un Jurassik Park de multinationales ou dans un monde soumis à des critères démocratiques ?

Casa Nova trouve déplorable que les élu-es ne s’érigent en l’espèce qu’en défenseur-es des intérêts partiels des uns ou des autres et refusent de poser cette question, à défaut de pouvoir la trancher.

 

Elérika Leroy Toulouse Résistance Déportation de juifs

Vichy a-t-il « protégé » les juifs, vu de Toulouse : la parole à Elérika Leroy

Les propos d’Eric Zemmour réhabilitant le pétainisme et affirmant, avec un aplomb inouï, que la collaboration aurait protégé les juifs français (opposés avec perversité aux « juifs étrangers », ce qui est à la fois faux et abject…), doivent être combattus avec la plus grande détermination.

L’ultra droitisation de l’ancienne droite dite républicaine ne manque pas de nous interpeller. Elle passe par l’effacement du gaullisme, dont les propos de Monsieur Zemmour sont une manifestation patente.

Toulouse fut un foyer très important de la résistance au nazisme et à ses auxiliaires zélés. Nous avons demandé à Elerika Leroy de nous dire ce que valent les propos révoltants de l’intellectuel organique du rapprochement entre la droite et l’extrême droite.

Spécialiste de l’histoire de la Résistance, auteure et co-auteure de plusieurs ouvrages sur ce thème [1], Elérika Leroy travaille pour la mémoire : par les écrits, conférences, expositions photos et circuits de mémoires qu’elle anime dans Toulouse. L’historienne rend hommage au souvenir de ces femmes et de ces hommes qui ont su dire non. Ce travail de proximité rend possible pour chacun l’appropriation de cette histoire.

Elérika Leroy, vu de Toulouse, l’affirmation selon laquelle Vichy aurait « sauvé » des juifs, vous inspire quelles observations ?

De Toulouse comme d’ailleurs, ma réponse va être d’une certaine banalité : c’est du n’importe quoi. Cette affirmation montre le manque de culture historique de celui qui la profère, ou plutôt la crie sur toutes les chaînes de radio et de télévision, un non sens. Des personnalités éminentes, comme Robert O. Paxton mis en cause par cet homme (qui, je le rappelle, a le soutien de Jean-Marie Le Pen), ou Daniel Cordier, devenu historien après avoir été un acteur (puisqu’il était dans la clandestinité le secrétaire de Jean Moulin) ont répondu à M. Zemmour. Moi je lui conseillerais seulement une lecture attentive des ouvrages d’historiens, tels que Henry Rousso, Marc-Olivier Baruch, Denis Peschanski ou encore Laurent Joly (Vichy dans la solution finale : histoire du commissariat général aux questions juives ou encore L’antisémitisme de bureau)

Pouvez vous nous rappeler le rôle de Vichy dans les déportations toulousaines ?

Après avoir promulgué les statuts des Juifs (le premier dès octobre 40 sans aucune pression allemande) qui faisaient des Juifs français et étrangers des sous-catégories de citoyens, au seul motif d’être né Juifs… les internements (sur décision de l’administration française) se sont multipliés, transformant ces camps du sud-ouest en anti chambre de la mort.

D’après Jean Estèbe (Les Juifs à Toulouse au temps de Vichy) et les études de Serge Klarsfeld, le bilan des déportations s’élève à 6400 Juifs déportés depuis la région (97 à 98% n’ont pas survécu). Il faut rappeler également les spoliations et la politique d’ « aryanisation » des biens juifs mis en place par le régime de Vichy en zone sud.

Les principales rafles et convois ont eu lieu pendant l’été 1942, suscitant des réactions de la population, et en particulier celles de deux hauts membres du clergé, l’archevêque de Toulouse, Jules Géraud Saliège et l’évêque de Montauban, Pierre-Marie Théas. Ces derniers firent lire dans leur diocèse des lettres qui s’insurgeaient contre le sort réservé aux Juifs, traités de manière inhumaine par l’administration française. Ces lettres épiscopales ont eu un écho important dans la population. Les religieux et religieuses ont organisé de nombreuses actions de secours envers les Juifs et notamment les enfants.

L’entraide et le secours de la population a eu également un rôle important dans le sauvetage des Juifs. Les historiens considèrent que le sort des Juifs dans la région a été « meilleur » qu’ailleurs. Des fonctionnaires ont fait preuve d’un courage extraordinaire pour ne pas appliquer les mesures répressives ordonnées par le régime de Vichy. Le cas le plus important à Toulouse est celui du commissaire Jean Phillipe qui refuse de dresser les listes de Juifs que Vichy lui demande et préfère démissionner plutôt que s’y soumettre (en écrivant une lettre de démission remarquable de courage

« Je refuse-et sous mon entière responsabilité – de persécuter des israélites qui à mon avis ont droit au bonheur et à la vie, aussi bien que M. Laval lui même »

Ces quelques exemples relèvent d’un courage individuel et évidemment, ce n’est pas Pétain qui les a suggérés…

Pourquoi, à votre avis, de telles énormités scandaleuses sont elles proférées maintenant ?

Ce n’est pas nouveau malheureusement. Le négationnisme est un phénomène ancien comme la théorie du complot, du reste. Peut être M. Zemmour est-il en mal de notoriété ? C’est un habitué me semble-t-il de ce genre de sorties médiatiques. Ce qui est regrettable, c’est l’audience qu’il a. Ce qui serait inquiétant, c’est que des gens puissent le croire, surtout à une heure où, les témoins disparaissent. Il faut donc contribuer à diffuser l’histoire auprès des jeunes pour que ce genre d’inepties soit contrebalancé par d’autres versions.

Quel a été le rôle de Vichy dans la répression de la Résistance dans notre région ?

Il y a eu plusieurs étapes. Au début, le régime de Vichy, et donc les policiers français, se sont focalisés sur les étrangers et les communistes. Le cas le plus représentatif ici, à Toulouse, est celui de Mendel « Marcel » Langer, qui, selon le procureur, cumulait toutes les tares : juif, étranger, communiste et « terroristée » (puisque c’est ainsi que Vichy et les nazis qualifiaient les résistants). Mendel Langer fut guillotiné pour simple transport d’explosifs. Les Allemands ne sont pas intervenus dans le processus qui a conduit Langer à l’échafaud en juillet 1943. Les jeunes (dont beaucoup étaient Juifs) de la brigade FTP MOI (Francs Tireurs et Partisans de la Main d’œuvre étrangère), appelée 35ème brigade Marcel Langer, se sont vengés en exécutant le procureur responsable, Lespinasse. Cette exécution « refroidit » la véhémence des magistrats chargés de la répression contre des résistants.

A partir de là, à Toulouse, la justice sera plus clémente. Le jeune étudiant de 22 ans, Boris Frenkel, arrêté en août 1943, après avoir exécuté un franc-garde de la milice, fut condamné à « seulement » 20 ans de travaux forcés. Mais livré aux Allemands, il meurt dans un camp d’extermination…

La répression de l’administration de Vichy s’est signalée à Toulouse à travers deux personnages : le responsable du Commissariat général aux questions juives, Joseph Lécussan, un fanatique antisémite, envoyé ensuite dans la région lyonnaise où il exécuta, entre autres, Victor Basch, le président de la Ligue des droits de l’homme. Et l’intendant régional de police Pierre Marty, arrivé à Toulouse avec sa propre brigade de policiers, surnommée par les résistants, « la brigade sanglante ». Il a utilisé les moyens les plus odieux dont la manipulation et la torture contre les résistants de la région. Pierre Marty quitta Toulouse avec les Allemands au moment de la Libération, mais fut intercepté à Sigmaringen par les Américains, jugé par la Cour de Justice de Toulouse et exécuté.

Merci beaucoup, Elérika Leroy.

[1] De l’auteure

Républicains espagnols en Midi-Pyrénées (Presses Universitaires du Mirail, 2004)

Toulouse, mémoire de rues (Mairie de Toulouse, 2006)

Germaine Chaumel, femme photographe (Ed. Privat, 2012)

Toulouse cosmopolite, rebelle et savante (Ed. Autrement, 2013)

 

 

Les places sont les visages des villes : rendons leur le sourire !

Parfois, le diable se cache dans les détails. Des détails insignifiants mais qui peuvent mettre en lumière une conception plus large des choses. Casa Nova est allée de place en place toulousaine : nous avions envie de nous interroger sur ces lieux de vie particuliers, loin des stéréotypes des briques roses…

Force est de constater que la forme des places, leur conception urbanistique influent sur de nombreux autres points de la vie de la cité et de celle des citadin-e-s. Historiquement, les villes européennes ont construit leur urbanité et bien souvent leur lien social autour de cet espace public qu’était la place du marché ou la place de l’église. Politiquement, les places Taksim et Tian’anmen ont puissamment rappelé à notre bon souvenir à quel point les places étaient cruciales au mouvement social. La capacité des citoyen-nes à s’approprier cet espace, à le faire vivre, à avoir envie ou non d’y flâner, d’y créer rassemblements, spectacles et concerts de rue, révèle de nombreux traits distinctifs de la ville ; son vivre ensemble, sa culture commune. Nous n’irons pas jusqu’à dire que la place fait la ville… mais finalement, le maillage des places publiques participe de la construction de la vie en société. Chaque réseau de places dessine le visage de nos villes, et Toulouse ne fait pas exception à la règle.

Qu’est ce qu’une place toulousaine ?

La Place des Pradettes à Tououse
La Place des Pradettes à Toulouse

Prenons la place des Pradettes, caricature de la place toulousaine, qui a été conçue selon les principes pompidoliens selon lesquels « La ville doit s’adapter à la voiture » : circulaire, laidement bétonnée, entourée de commerces, on peut en faire le tour en voiture car son centre est matérialisé par un terre-plein. Personne n’y passe, personne n’y flâne jamais, sauf lors de kermesses, vide-greniers ou autres rares activités organisées. Elle est donc pratique et triste.

En vérité, le fétichisme de la voiture fait obstacle à la raison d’être de la place. Les voitures polluent l’espace et vident de leur sens les places publiques. Elles transforment le terre-plein central en vulgaire rond-point, au point que le promeneur se croirait à un embranchement de rocade. Pourquoi s’y asseoir ? Pour regarder passer les voitures comme la vache regarde les trains ? Il n’y a même pas d’arbres pour se mettre à l’ombre ni d’herbe à mâcher…

Les autres places toulousaines n’échappent pas non plus à la règle. Y compris la place principale de la ville, où un saint esprit a pensé un jour y implanter un parking souterrain en cours de résidentialisation, concomitamment avec la piétonnisation de la surface. Du Capitole, qui occupe une place si particulière dans le cœur des toulousain-es, surgissent une à une les berlines et autres véhicules, comme autant de laides et polluantes perturbations.

Pourtant les toulousain-es sont normalement constitué-es. A l’instar de la plupart des gens, leur préférence va aux lieux sans voitures, aux espaces verts et à toutes les parcelles de nature sur lesquelles on peut tomber nez à nez au détour d’une rue. Ainsi prennent-ils souvent d’assaut la prairie des Filtres, les quais de la Garonne et autres jardins, et plus récemment le Square de Gaulle.

Mais pourquoi tant de haine… pour de jolies places sans voiture ?

Tentons ici d’apporter un début de réponse :
Prise en otage par le fonctionnalisme, la piétonnisation est réduite à la circulation et aux fonctions marchandes, au mépris de toutes les autres considérations qui participent de la composition et de l’harmonie d’un lieu. Cette vision quasi exclusivement marchande des quartiers piétons imprègne nos déambulations ; or, se balader en ville, ce n’est pas forcément faire du lèche-vitrines ! Nos centres-villes sont devenus des espaces gris et rutilants de consommation, avec ses banques et ses opticiens, conséquence des répercussions urbaines de l’économie de marché et de la tertiarisation.

Ne vous y trompez pas : nous ne nions pas les avancées de la dernière municipalité, qui a entamé la mue du centre-ville sous la houlette de Busquets.
Mais à l’exception du Square De Gaulle, la politique de piétonnisation s’est un peu limitée à des couloirs de déambulation, très pratiques mais tristounets : Nous aurions souhaité que la piétonnisation aille dans le sens de créer aussi des lieux de rencontre ou de flânerie, où auraient fleuri des terrasses de cafés et des jardins. Telle la vie qui reprend sur les quais de Garonne, réhabilités autour des anciens ports, les places Saint-Pierre et de la Daurade. À quand des réalisations à la fois naturelles et modernes, où toutes les générations de Toulousain-es viendraient se rafraichir à l’ombre d’un arbre lors d’un été trop chaud ou faire des rencontres lors d’un week-end trop long ?

Faire des places toulousaines les cœurs de la ville rose

La question des places n’est pas juste une question de bien vivre et de bien-être. C’est aussi une histoire de cœurs de quartiers, des cœurs qu’il convient de faire battre et d’alimenter, de crainte de voir notre ville dépérir sous le coup de l’inactivité.  
Toute réflexion sur les cœurs de quartiers devrait passer par là. En effet, le Toulouse d’aujourd’hui, agrégation des anciens faubourgs et villages périphériques à la ville ancienne, doit valoriser ses cœurs de quartier au-delà de la place du Capitole : la Place du Marché aux Cochons aux Minimes, la place du marché à Saint-Cyprien, la Place Abbal à la Reynerie. Aujourd’hui, ce sont des lieux de passages, mais qui se réduisent souvent à des parkings à ciel ouvert et à des espaces commerciaux.
 
La place de la voiture empiète ainsi sur ce lieu public non bâti et empêche l’émergence d’un lieu commun, d’une place publique. On discute peu de voiture à voiture ; on y reste enfermé-e. Dans notre ville, le collectif se retrouve ainsi souvent dans la clandestinité d’un local associatif que les participants peinent à retrouver, ou au sein d’un bar refermé sur sa clientèle d’habitué-es. 
Il faut s’éloigner de la vision paranoïaque qui ne parle de vivre ensemble ou de collectif qu’avec le ressentiment aigre de la nostalgie ou l’instinct grégaire de la lutte contre l’étranger.  Nous ne nions pas l’existence et les dangers du communautarisme, d’ailleurs réfléchir à des lieux inédits permettant la cohabitation et la mixité serait un moyen efficace de les faire reculer.
Un autre exemple : le quartier Arnaud Bernard avec sa place, est resté, malgré la gentrification et les problèmes de tranquillité liés aux trafics, un lieu populaire et festif. Il y a, avec cette place, ce quartier, un défi à relever notamment en termes d’amélioration de la tranquillité et donc d’image, pour qu’elle se libère des préjugés actuels.
Casa Nova est fière que Toulouse soit une ville qui a accueilli l’immigration espagnole et maghrébine, nous sommes sa descendance : il faut redonner à Arnaud Bernard cette image de lieu de concorde et de culture méditerranéennes. 
Penser la place et ses abords pour y remettre le collectif est un défi que toute la gauche devrait relever en priorité. La place est un outil puissant pour lutter contre le repli sur soi, pour permettre aux individus de se réapproprier la chose publique, la politique, pour mener la bataille culturelle vers plus de partage, plus d’envie d’être ou faire ensemble.
 
La cohabitation de crèches et de bas d’immeuble est une avancée, mais nos politiques doivent être encore plus audacieuses. Pourquoi ne pas articuler des foyers de logements et d’artisanat par exemple ? Pourquoi ne pas faire de nos places les vitrines communes de l’art, de la production locale et de l’animation ? La politique patrimoniale municipale pourrait et devrait accompagner l’émergence de lieux inédits, qui seraient le moyen de brasser, de croiser, de redonner vie à notre ville rose. Nous ne voulons plus que Toulouse se contente d’être une superposition d’indifférences, un mille-feuille froid qui fait la part belle à l’entre soi.
La création de places piétonnes et végétalisées, véritables lieux de sécurité et de douceur, serait le  catalyseur d’une politique urbaine cherchant à créer un vivre ensemble effectif. C’est en ces lieux que se créent la collectivité et ses histoires, et donc l’identité de la ville.
Casa Nova refuse que les ambitions urbaines et sociales de Toulouse se réduisent à la place du Capitole et au Square De Gaulle attenant ! Les irréductibles de la gauche toulousaine doivent s’en souvenir : c’est en ces lieux que la gauche s’est construite, elle doit y revenir et y faire revenir ceux et celles qu’elle aspire à défendre aujourd’hui. 

Pas de salle de shoot à Toulouse, parce que, « la drogue… c’est mal »

La droite capitolesque dit non d’office (de la tranquillité sans doute) à l’expérimentation des salles de shoot.

Prévisible, n’est-il pas ? La drogue, c’est mal. Ça fait du mal. Donc non. Voilà tout. On est habitués à ce mode de réflexion primaire de leur part. Ce serait un « mauvais message » apporté aux « jeunes ».

Et pourtant …

Peut-on sérieusement penser que les promoteurs de ces expériences, qui émanent des milieux sanitaires engagés pour sortir les concernés de la toxicomanie, soient de vils irresponsables ne connaissant rien à leur affaire ? Bien sûr que non.

Voici pourquoi :

Aujourd’hui, il n’ y a pas de salles de shoot. Est-ce que cela empêche quelqu’un de se droguer ?

Non bien-sûr. Pense-t-on vraiment que c’est l’existence de ces salles (bonjour le stigmate anti-jeune, comme si le shoot était réservé à une tranche d’âge) qui deviendrait demain la cause d’une bascule dans une pratique que les psychologues analysent comme forme de suicide permanent ? C’est une vue de l’esprit.

Quel est le milieu le plus propice à la diffusion du shoot ? La rue, le squat.

Et certainement pas une salle encadrée professionnellement ou ne sont présentes, justement, que des personnes déjà enfermées dans le piège mortifère du shoot. Rappelons-le, le shoot expose immédiatement à des risques mortels : overdose, maladies transmissibles, dont le sida.

Les salles de shoot visent ainsi plusieurs objectifs :

  •  La réduction des risques individuelle, pour des personnes répétons-le, enfermées dans la dépendance, dont il est extrêmement difficile de sortir. Il s’agit d’éviter des décès, des accidents gravissimes, mais aussi des contaminations.
  •  La réduction des risques collective, puisqu’en contrôlant le processus en direct, on limite la diffusion à l’extérieur de la pratique, et on lutte contre l’épidémie de sida (et autres risques sanitaires).
  •  Enfin, c’est une solution de préservation de la tranquillité publique, puisque ces salles peuvent limiter les shoots de rue, avec tout ce que cela suppose de conséquences in-sécuritaires.

Les autoproclamés champions de la sécurité… ignorent tout simplement ici les nécessités de la sécurité urbaine.

Ajoutons-y le fait que les salles seraient gérées par des équipes pluridisciplinaires pouvant ainsi tisser un lien étroit avec des personnes pour lesquelles des alternatives sont proposées (subutex, méthadone, engagement dans une cure, démarché psychothérapeutique…). Les salles de shoot sont un moyen de connecter un public désaffilié, en grande perdition, à notre système de soins.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de réaliser des salles n’importe où et n’importe comment, au risque de créer des points de fixation du public. Mais ceci, la droite le sait parfaitement, car Toulouse dispose de lieux de réduction des risques, où l’on vient échanger les seringues, prendre son traitement substitutif dans le cadre d’un suivi. Cela existe depuis les années 90 et a fait ses preuves, la Municipalité connaissant très bien ces lieux et les subventionnant parfois aux côtés de l’Agence Régionale de Santé (tout sauf des babas cools). Ces lieux ont appris depuis longtemps à gérer leur environnement et à passer contrat avec les usagers pour que tout se déroule au mieux.

Encore une fois, comme pour la vaccination des chiens des personnes sans domicile, le réflexe politicien court-termiste, électoraliste, bas du front et flatteur frontiste, prend le dessus sur l’intelligence collective, les exigences de santé publique, les acquis de l’évaluation et des recherches. Franchement, c’est triste. Quand le pouvoir flatte les préjugés et la pensée sommaire, quand il brandit de froides morales abstraites plutôt que de songer au soin des individus réels, une cité peut être pessimiste sur son devenir.

La caution jeune en politique - casanova toulouse metropole

La caution « jeune », le témoignage grinçant de la vie d’une « jeune » en politique

En poursuite de notre réflexion sur la jeunesse, nous vous proposons un témoignage édifiant d’une « vie de jeune en politique », de la part d’une (jeune) membre de Casa Nova.

« Je ne remercierai jamais assez les personnes qui ont éveillé ma passion pour ce gros mot qu’est la chose publique, en créant notamment des instances participatives telles que le Conseil Municipal des Jeunes. Élue d’abord Maire d’un CMJ, j’avais été repérée par quelques cumulards locaux comme « la jeune à suivre », bien implantée dans le milieu associatif local et surtout, surtout, engagée, à gauche c’est toujours mieux.

2008. Le saut dans la cour des grands.

Élue parmi les grands élus. J’ai découvert au travers de cette expérience ce que signifiaient les notions de bien vivre, de vivre ensemble, de solidarité et de proximité. Pas seulement dans les mots, mais dans les actions menées par nos représentant-es.

J’ai surtout pris conscience de l’importance de la communication, qui à mon sens, ne devait pas s’effectuer seulement du haut vers le bas mais dans tous les sens, une communication multidirectionnelle, qui signifie être autant à l’écoute que l’on souhaite être écouté-e.

Cette communication deviendra mon métier. Du haut de mes vingt ans, j’avais alors répondu à de vieux universitaires parisiens : « la communication d’une ville de 5000 habitants, ce n’est pas la communication du pot de fleur, c’est savoir répondre aux vraies interrogations des vrais gens et pas seulement celles de l’habitant professionnel, celui qu’on voit partout, tout le temps. Le but difficile de la communication, c’est de toucher ces gens et de répondre à leurs questions en mettant en place les politiques publiques adéquates – et si le pot de fleur fait partie des questions, alors nous devons y répondre ».

Une fois l’euphorie des premiers mois passés comme conseillère municipale et de ce tourbillon communicationnel « oui dans cette ville nous avons la plus jeune conseillère municipale du département, quelle fierté, seulement 18 ans », vient le moment de passer à l’action et de mettre en place notre programme.

Et là… commencent  les difficultés. Sois jeune et tais-toi.

Ah d’accord. Tout est une histoire de communication. J’étais devenue la caution jeune. Voire pire, la caution « société civile ».
Non je ne souhaite pas être membre d’un quelconque parti politique à la couleur rose. Mais pourtant, c’est bien là que tout se décide. Le conseil municipal n’est devenu qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises la veille par une section locale. En séance, les débats n’existent pas. Les caciques locaux pensent, les bêtes que nous sommes votons. Malheur à celui qui osera proposer : « tu n’es pas là pour ça, insignifiant petit conseiller municipal, assied-toi, on a besoin de toi pour notre quorum ».

Et nous créons, et nous créons, de nouvelles instances participatives telles que les conseils des sages ou les conseils économiques sociaux et environnementaux, véritables fantômes d’instances participatives, aussi écoutées qu’un vieux vinyle de Mike Brant mais… « on l’avait dit, c’est dans le programme, on le fait ! …et ça fera bien dans l’bilan ».
Ces instances participatives, parlons-en. Dans une ville de 5000 habitants, tout le monde se connait. Plus ou moins. Alors on va essayer de choisir les habitants sympas, ceux qui ne font pas de vague et qui sont déjà d’accord avec nous : SURTOUT, ÉVITONS LE DÉBAT.

J’ai eu 18 ans durant 6 ans. LA CAUTION JEUNE.

Elle est peut-être là l’explication : le désintérêt des jeunes pour la politique et leur forte abstention aux derniers scrutins s’expliquent peut-être par la représentativité de nos élites politiques françaises. Les jeunes se reconnaissent-ils dans nos marionnettes locales, régionales, gouvernementales ? Se reconnaissent-ils dans les politiques menées et surtout dans leur manière d’être menées ?
La classe politique est vieillissante et son image, déplorable. Vos jeunes ont des idées ! ÉCOUTEZ-LES ! »

 

Réforme territoriale interco toulouse métropole jean-luc moudenc AFP Remy Gabalda

Toulouse Metropole, tu l’aimes ou… tu l’aimes !

Un peu d’histoire et de pédagogie…

Le District du Grand Toulouse est créé dans les années 90. La ville centre et 12 communes limitrophes entendent la demande des forces économiques de l’agglomération et admettent la nécessité d’harmoniser les niveaux de contribution fiscale des entreprises, la taxe professionnelle à l’époque. Le District s’efforce donc de limiter la concurrence entre territoires et choisit de faire profiter à tous de l’accueil des nouveaux acteurs économiques. Il se fixe un objectif : le développement du secteur aéronautique en utilisant des outils mutualisés, en mettant en œuvre des politiques publiques concertées de promotion où d’aménagement d’infrastructures favorables au secteur. Le Grand Toulouse prend donc naissance sur un consensus pragmatique, dicté par les éléments financiers et l’intérêt économique. Mais en dehors de cette coopération, l’intercommunalité toulousaine peine à rattraper son retard vis à vis d’autres regroupements créés dès la fin des années 60, à commencer par la Communauté urbaine de Bordeaux. Quand d’autres ont su rapidement étoffer leur portefeuille de compétences et de projets, l’intercommunalité toulousaine a une histoire récente et lente, bâtie dans une approche coopérative et consensuelle.

A partir de 2001 seulement, la Communauté d’Agglomération élargit ses champs d’intervention aux domaines des transports et de l’assainissement… L’époque est fortement marquée par la catastrophe consécutive à l’explosion de l’usine AZF et des nécessaires conclusions qu’il faut en tirer. Reconnaissons-lui ce mérite ! La Communauté d’Agglomération a su rebondir en se tournant vers des secteurs innovants de la santé, des bio-technologies. Encore une fois, si le développement économique est un enjeu largement partagé, bon nombre de compétences restent embryonnaires. Que dire du sport ? Mis à part le marathon et, dans une moindre mesure, le Fil vert, aucun grand événement ne parvient à trouver une dimension intercommunale dans une région pourtant riche de pratiquants et de palmarès. Que dire de l’environnement ? Mis à part, le soutien à quelques associations investies dans le domaine, la politique menée manque cruellement de souffle et d’envergure. Que dire du logement quand le niveau de réalisation de logement social n’a pas su progresser dans la plupart des communes périphériques ? Que dire de l’assainissement ? Quand l’enjeu premier consiste en l’harmonisation des politiques anciennement municipales tant du point de vue des modes de gestion que des tarifs pratiqués, la Communauté d’Agglomération peut-elle faire valoir des avancées significatives? Non, les élu-es semblent replié-es sur leur territoire communal, incapables de porter une vision, un projet d’agglomération. Et dans ce consensus de l’inaction, on rate l’occasion d’agir sur un périmètre cohérent correspondant à la réalité du bassin de vie grand toulousain. Ainsi, le rapprochement avec le SICOVAL au Sud-Est et les communes du Muretain au Sud-Ouest s’avère impossible.

Dès 2009, la Communauté urbaine acquiert de nouvelles compétences majeures telles que l’urbanisme, l’eau, la gestion des déchets, la voirie. Là encore, le processus est lent pour dépasser la simple juxtaposition de politiques publiques de portée municipale. Si l’enjeu urbanistique métropolitain appelle à s’incarner dans un Plan Local de l’Urbanisme intercommunal, force est de constater qu’il n’a pas encore vu le jour. Là encore, le consensus s’opère presque par défaut, sur la question de l’effort financier qu’il convient de réaliser pour combler le déficit financier du Syndicat Mixte des Transports en commun laissé en héritage par la droite toulousaine mais le consensus dépasse la question budgétaire et les élu-es de l’agglomération parviennent à s’entendre sur une politique de déplacements urbains irriguant l’ensemble du territoire. Le compromis fait ici consensus. Ce n’est peut-être qu’un simple « plus petit dénominateur commun » mais, au moins, il dessine le contour d’une action collective. C’est un équilibre subtil et parfois fragile entre les intérêts des communes périphériques dont les habitant-es veulent rejoindre rapidement le cœur de l’agglomération et l’intérêt contraire de la ville centre dont les habitant-es souhaitent préserver la qualité de vie de ses quartiers. La polémique et la mobilisation des quartiers de Lardenne jusqu’à Saint-Cyprien, lors de la dernière campagne municipale, en est certainement l’exemple le plus vif.

Entre 2009 et 2014, la Communauté prend de l’envergure et exerce toute sa pertinence, notamment en matière d’habitat où, enfin, le logement social s’étale sur l’ensemble du territoire d’agglomération. En matière environnementale, le cadre est maintenant fixé avec le Plan Climat et appelle désormais une concrétisation. Pour autant, bon nombres de compétences peinent toujours à s’affirmer, à l’image de la politique culturelle métropolitaine. Le « minimum syndical » concerne la gestion commune des équipements culturels d’intérêt métropolitain. Trois structures sont suivies : L’usine à Tournefeuille, la Grainerie à Balma et Mix Art Myrys, à Toulouse. Mais le risque est grand que la culture métropolitaine se résume au transfert d’équipements ou de structures culturels, dictée par d’uniques considérations budgétaires : le transfert de l’Orchestre National de Chambre de Toulouse à l’échelon métropolitain présente ce risque s’il n’est pas accompagné d’une volonté forte permettant de partager les retombées du rayonnement de l’orchestre sur l’ensemble du territoire. Alors certes, faire jouer l’Orchestre, un soir d’hiver à la salle des fêtes de Moudouzil ne coule pas de source ! Mais la discussion mérite d’être lancée afin de trouver et développer les initiatives innovantes. Au delà de la gestion des équipements et structures, la Métropole peut soutenir activement un certain nombre de grands événements culturels. A Lille, Marseille ou Lyon, on a su rassembler autour d’événements majeurs. La culture est un marqueur d’identité. A n’en pas douter, elle peut, elle doit faire éclore une identité métropolitaine et la renforcer. Mais cette identité commune, quelle est-elle dans l’agglomération toulousaine ? La culture occitane ? C’est en effet un dénominateur commun mais peut-elle constituer l’unique élément d’une politique culturelle ? On peut en douter. Pierre Cohen souhaitait promouvoir la culture scientifique et technique, déclinée à travers un festival, La Novela, et des équipements publics tel que le quai des Savoirs. L’idée était bonne sur les terres de l’aéropostale, du concorde et de l’A380 et des satellites mais le concept restait difficile à cerner, à l’image de La Novela dont la ligne éditoriale était pour le moins brouillonne. Une politique culturelle métropolitaine n’est pas, à ce jour, clairement définie et l’on attend du nouveau Président de la Métropole qu’il y participe en tenant les différents bouts de la chaine : la qualité culturelle bien évidement mais aussi le développement économique, l’attractivité du territoire et la cohésion sociale.

Depuis son élection à la présidence de la Communauté urbaine de Toulouse Métropole, en avril 2014, Jean-Luc Moudenc est en recherche de consensus. Le contexte est différent de celui de la ville de Toulouse où le clivage Gauche/Droite est plus marqué et le rapport de force entre majorité et opposition plus large. L’intercommunalité, dans le droit fil de son histoire, semble appeler une nouvelle gouvernance de consensus.

Jean-Luc Moudenc l’a bien compris en distribuant les postes clefs non pas seulement aux fidèles de l’UMP mais aux maires des communes les plus importantes en termes de population et ce, quelque soit leur couleur politique. Ainsi, la maire socialiste de Colomiers est en charge de l’Habitat; le maire radical de Blagnac s’occupe du développement aéronautique; le maire de Tournefeuille et Président du Groupe socialiste est chargé du dossier culturel. Dans la même logique, les présidences et vice-présidences des commissions ont été distribuées aux élu-es de tout bord dessinant un apparent consensus de gouvernance renforcé par un discours, une posture du nouveau Président mettant en avant sa volonté d’apaisement, de rassemblement et souhaitant donner aux maires un rôle de tout premier plan. Mais attention ! Le spectre du consensus de l’inaction n’est pas loin si la gouvernance se borne à l’exercice d’un quasi droit de véto des maires qui reviendrait finalement à bloquer bon nombre de projets. L’avenir dira si le consensus de façade évolue vers une action collective même minimale ou vers un repli de chacun-e sur sa commune.

Un consensus difficile…

Dans une posture consensuelle, Jean-Luc Moudenc a donc été élu Président de Toulouse Métropole avec une large majorité : 90 voix contre 40. Mais s’agit-il d’un rapport de force politique définitif  ? Non, car l’intercommunalité présente l’intérêt de sa complexité et, dans ses instances délibératives, il y a non pas une majorité mais des majorités fluctuantes. Le rapport de force Gauche/Droite s’est resserré après les élections municipales de 2014 et le « marais » composé de maires sans étiquette reste important. Le rapport de force peut aussi prendre des détours moins prévisibles : ville centre contre villes périphériques, villes riches contre villes moins aisées.

Et l’unanimisme de façade a vite volé en éclat. Lors du conseil communautaire du 11 juin 2014, Jean-Luc Moudenc soumet à l’ordre du jour une délibération relative au retrait du projet d’aire de grands passages des gens du voyage. Le maire de Toulouse veut passer en force pour honorer une promesse de campagne mais trouve devant lui un rassemblement de circonstance. Les maires indépendants, les socialistes, écologistes et communistes, tous soucieux d’honorer une obligation légale, font front et empêchent l’adoption de cette délibération que la droite métropolitaine est obligée de remettre dans sa poche en espérant des jours meilleurs. En s’éloignant du consensus, en agissant à l’encontre du discours de façade, la droite a commis sa première faute politique.

Mais un consensus nécessaire

Le contexte métropolitain a changé depuis 2014 et va connaître de profonds bouleversements à partir de 2015. Le premier élément contextuel est majeur et concerne la baisse des dotations de l’État. Avec des recettes diminuées, les choix se posent évidemment autrement. Dès lors, une politique d’une importance telle que celle concernant les déplacements et transports de l’agglomération peut-elle rester consensuelle ? A recettes diminuées, peut-on financer et le lancement de la réalisation de la troisième ligne de métro et le maillage en transports communs permettant d’améliorer la desserte du territoire élargi ? C’est difficile à croire. Est-il possible de hiérarchiser les priorités sans étaler les réalisations à un horizon aussi lointain qu’inacceptable ? C’est difficile à croire. Le consensus ou l’art de se projeter dans la discussion comme «nous ensemble» plutôt que «toi contre moi» a donc du souci à se faire.

Le deuxième élément contextuel est lié au changement de statut de l’intercommunalité toulousaine avec, au 1er janvier 2015, le passage en Métropole. Elle ne va certes pas se construire en un jour mais le processus est lancé : acquérir de nouvelles compétences ou étoffer les compétences existantes et, pour ce faire, contractualiser avec l’État, le Conseil régional ou départemental. De fait, plus les compétences vont s’enrichir, plus le clivage politique va s’affirmer, entretenu notamment par la pression sociale et citoyenne.

Ce clivage croissant sera accentué par un troisième élément qui dessinera le contexte de demain : l’élection au suffrage universel direct des conseillers métropolitains et de leur Président. Sera-t-il mis en œuvre dès 2020 ou plus tard ? Nous le verrons mais, indéniablement, il fera évoluer la nature du débat politique local et rendra nécessaire la définition et la promotion d’un projet politique métropolitain de gauche, non pas le fruit d’un « consensus mou » résultant de négociations d’antichambres mais un projet ambitieux et novateur, intégrant une vision contradictoire avec ce que la droite peut porter.

Bref, le conflit plutôt que le consensus !

 

Moudenc Toulouse Dette zéro Politique nulle

Dette nulle pour politique zéro (et inversement)

La campagne municipale est un moment propice à de nombreuses promesses. Monsieur Moudenc n’y a pas échappé. Une fois élu, comme tant d’autres maires, il en vient à découvrir un objet local non identifié par son équipe : la communauté urbaine Toulouse Métropole. Or nous le savons, de nombreuses compétences s’exercent non pas au sein du conseil municipal mais bien au sein de la communauté urbaine. De nombreux projets se décident dans cette assemblée. Après le temps des annonces, vient donc celui des choix pour les maires et notamment celui de Toulouse.

Jean-Luc Moudenc, à l’occasion d’un séminaire des élu-es de la métropole, a donc évoqué l’éventualité d’une hausse des taux des impôts locaux dans le prochain budget. Rien n’est certain, car il n’a pas non plus fermé la porte à un recours à l’emprunt.

Notre droite est passionnante : béate devant les recettes libérales qui ne fonctionnent pas (moins de cotisations, moins de protections, moins d’administration), elle change de logiciel sitôt aux affaires locales. Elle n’est pas immunisée de la tentation d’augmenter les impôts.

Le culte de la « dette zéro » coûtera certainement aux ménages de la métropole. Plutôt saigner les gens que d’emprunter. Pourtant, les taux sont très bas, et l’emprunt aurait ainsi pu être peu coûteux. Tout le monde comprend qu’il est intelligent d’emprunter sur plusieurs années pour un investissement sur le long terme… Étalé sur 30 ans, l’emprunt ne coûte pas beaucoup, rapporté aux effets positifs qu’il induit sur le bien-être collectif, sur le dynamisme d’un territoire, surtout quand il s’agit d’infrastructures de transport…

Mais il n’est pas question pour nous de faire l’ode à l’endettement de la collectivité, mais de réfléchir avec un peu plus de recul.

De même, il ne nous est pas impossible d’imaginer une hausse de certains prélèvements obligatoires, mais il faut le faire en gardant en tête les effets déjà connus de la conjoncture : les classes populaires et moyennes sont celles qui pâtissent le plus de la fiscalité dans le pays. (lire notre interview de Régis Lagrifoul, des Finances Publiques). Le niveau de la TVA ainsi que l’impôt sur le revenu aux tranches trop peu nombreuses et trop peu progressives y sont pour beaucoup. Quant aux prélèvements sur les entreprises, Toulouse Métropole dispose du levier de la cotisation foncière des entreprises (CFE), mais dont l’augmentation pourrait avoir un effet négatif sur les petites et moyennes entreprises, alors que les professions libérales et les grands groupes seraient moins touchés. Alors, dans un contexte fiscal national « injuste », peut-on envisager une hausse de la fiscalité locale ?

Endettement, diminution des dépenses ou hausse de la fiscalité ?

Pourquoi être face à ce choix ? Parce que l’austérité est quelque chose de concret, de tangible, de comptable. L’État, tout en faisant les poches aux collectivités, leur coupe les robinets. Le portefeuille s’allège considérablement. Ainsi, pour la métropole, ce sera 35 millions par an de moins, soit 270 millions entre 2013 et 2020. Inutile de rappeler que cette politique a été impulsée par Nicolas Sarkozy dès le début de la crise.

Dans les mots, la droite se veut rigoureuse et responsable budgétairement, et voudrait repeindre la gauche en camp des dispendieux. Seulement, sa manie de privatiser pour faire économiser fait perdre des millions d’euros à la collectivité. Les gestions publiques municipales sont souvent moins coûteuses que les délégations et privatisations.

Pour en revenir au débat budgétaire métropolitain, pourquoi partir de prévisions comptables pour ensuite réfléchir aux investissements qu’il faudra faire ? Pourquoi les élu-es de la métropole n’ont-ils pas d’abord débattu de la question des défis à venir pour la métropole ? L’intérêt général nécessite l’action de la collectivité, et les financements sont trouvés et délibérés en conséquence.

C’est l’idée que nous nous faisons de la question budgétaire : elle n’est pas une fin en soi, le budget est au service des autres politiques publiques.

Ainsi, débattons dans un premier temps des grands défis des prochaines années pour la métropole, dont le « poids fiscal » est plus important que celui des communes qui en sont membres.

Outre la LGV et le projet du Parc des expositions qui concentrent une grande partie des investissements métropolitains, quid de la politique des transports (que M. Moudenc a renvoyée vers Tisséo pour ne pas aborder le débat avec les élu-es, alors que la dotation est de 108 millions d’euros en 2014) ?

Pour que les élu-es qui nous représentent puissent se prononcer intelligemment sur des premières pistes budgétaires, particulièrement sur les impôts qui frappent les ménages, c’est ce débat qu’il faut provoquer, M. Moudenc ! Pourquoi ne pas poser enfin devant les citoyens et citoyennes les enjeux tels qu’ils se posent afin de sortir des frontières municipales : quelle métropole souhaitons-nous ? Pourquoi ne pas s’interroger également sur les mutualisations possibles entre communes ?

Ce débat fiscal peut être, doit être, l’espace qui permet de parler enfin des enjeux, des projets métropolitains. Il est impensable de le court-circuiter en le réduisant à la simple question : impôt ou endettement ?

Quelques soient les arbitrages concernant les investissements à venir (volume, objectifs, durée), il serait insupportable que les ménages payent davantage d’impôts pour supporter les baisses de dotation de l’État.

Mais l’équipe de M. Moudenc en est capable, malheureusement.

Régis Lagrifoul Intw Casanova

A l’écoute de… Régis Lagrifoul de Solidaires Finances Publiques

Régis Lagrifoul, Syndicat Solidaires Finances Publiques 31
Régis Lagrifoul, Syndicat Solidaires Finances Publiques 31

Régis Lagrifoul est secrétaire départemental de Solidaires Finances Publiques 31, syndicat majoritaire dans cette administration qui s’est toujours assigné comme rôle, en sus de la défense des intérêts matériels et moraux des agents, celui de mener le débat citoyen sur l’utilité des missions données.

Que peux-tu nous dire sur la situation qui remonte des contribuables locaux ?

Le solde de l’impôt sur le revenu était à régler il y a quelques jours et on a constaté dans nos services des incompréhensions, des doutes sur le sens de l’impôt mais aussi une augmentation des difficultés de paiement dans la période sociale actuelle.

Les incompréhensions étaient bien sûr pour les redevables qui constatent des augmentations d’impôt. On retrouvait dans cette situation beaucoup de personnes âgées qui subissent l’effet plein pot de la suppression lissée sur 5 ans d’une demi part pour personnes seules ayant élevé un enfant ou bien les parents de 3 enfants qui voient leur majoration de pension fiscalisée cette année. Or ces retraité-es ne sont pas obligatoirement parmi les plus riches et la situation créée en précarise beaucoup. On a aussi vu de fortes augmentations pour des redevables des classes moyennes cette année.
Du coup, on voit exprimés dans nos services, des doutes sur la justice des prélèvements mais aussi des références claires à l’actualité (après Cahuzac l’an dernier, Thévenoud cette année) ou l’expression que « l’on  tape » plus facilement les salariés que les vrais fraudeurs. Nous voyons de façon très nette, et cela devrait alerter profondément, s’installer plus qu’un doute, une contestation silencieuse ou exprimée de la justice de notre système fiscal. Cela se cristallise sur l’Impôt sur le revenu alors que, rappelons le, il pèse peu proportionnellement à d’autres pays européens dans notre système fiscal. Il est aussi censé être le « marqueur de gauche » sur les questions fiscales eu égard à l’histoire de notre pays. Or il est devenu incompréhensible de par les multiples niches fiscales qui se multiplient mais aussi la grande complexité des mécanismes de « rustine » ou bien la baisse de sa progressivité.

Nous regrettons largement, alors que des promesses ont été faites sur ce sujet, de ne pas voir ouvert le chantier d’une réelle réforme fiscale nécessaire plus que jamais dans sa globalité mais aussi sur l’enjeu majeur du consentement à l’impôt. Rappelons que des révolutions et des révoltes se sont faites avec cette question comme point de départ. De plus, la vision chez les citoyens de la justesse des prélèvements socialisés pour mettre en œuvre des politiques publiques est au cœur du projet de transformation sociale. Ce recul du consentement est donc bien un signal d’alerte majeur.

On peut constater que les élu-es nationaux et locaux se sont peu impliqués sur cette question de redonner du sens à l’impôt dans le débat public, de faire œuvre de pédagogie mais aussi d’en faire un enjeu du débat public citoyen.

Enfin on constate fortement depuis deux ans que les difficultés de pouvoir d’achat ne sont pas abstraites pour les usagers de notre administration. Les demandes de délais de paiements sont ainsi en augmentation de 20%. On voit aussi une augmentation des demandes gracieuses pour enlever une partie des impositions.

La décentralisation va encore être bouleversée. Et la fiscalité la dedans ? Avez-vous des propositions ?

La fiscalité locale représente environ la moitié des recettes des collectivités locales.
On doit donc ouvrir en préalable la réflexion sur la justice des impôts nationaux qui servent à financer les dispositifs de péréquation ou financements directs des collectivités locales. Encore une fois nous sommes favorables à un réel débat public pour de réelles réformes de fond de notre système fiscal qui est profondément déséquilibré. Voici quelques axes pour réfléchir sur ces sujets :

  • concurrence internationale et européenne exacerbée qui nécessite une réelle harmonisation,
  • tendances lourdes à la baisse des impôts directs au bénéfice des impôts indirects,
  • poids démesuré de la TVA,
  • faible part de l’impôt sur le revenu et de sa progressivité,
  • faible taxation des revenus du patrimoine,….

Tout cela nécessite un chantier de fond et syndicalement, nous nous efforçons d’être disponibles pour initier des discussions citoyennes et vers les élu-es. N’oublions pas la question de l’égalité de traitement des territoires et l’injuste répartition des ressources.

Concernant la fiscalité locale elle-même, il convient aussi de se questionner sur ses effets. Nous constatons qu’elle cumule deux handicaps majeurs. En premier lieu de par sa base de référence, la valeur locative (VL) des locaux particuliers ou professionnels, dans son calcul, est particulièrement injuste car archaïque. Cette VL a sa base de référence calée sur des données calculées dans les années 70. Même si un coefficient la « réactualise » chaque année, elle est ainsi datée sur des critères obsolètes. Par exemple les logements du quartier du Mirail sont en comparaison sur-taxés par rapport au logement du Centre ville toulousain. Il convient dès lors de se questionner sur cette base de calcul et par exemple envisager des critères plus ancrés dans les réalités, tels la valeur vénale (à la vente) des logements.

Par ailleurs la fiscalité locale ne prend pas assez en compte les inégalités de revenus ou de patrimoines dans son calcul. Il faudrait ainsi envisager de lier plus ces impôts locaux avec une progressivité eu égard aux revenus.

Il convient enfin de regarder les réalités de la baisse continue de la part de la fiscalité locale liée aux entreprises depuis la transformation/suppression de la Taxe Professionnelle. Certains secteurs sont clairement gagnants (professions libérales, grandes entreprises) quand des petites et moyennes entreprises ont vu flamber leur contribution. C’est ce qui a été constaté dans l’agglomération toulousaine à la création de la Contribution Foncière des Entreprises avec une forte augmentation du « minimum » de cette taxe.
Plus globalement le lien avec la réforme territoriale est peu lié aux questions des ressources dans le débat public. Or alors que l’Etat se désengage massivement et affaiblit de manière majeure les collectivités, cette problématique gagnerait à être réellement en discussion avec les populations.

L’application du pacte de compétitivité, ça se passe comment sur le terrain ?

Dans nos services, l’administration des finances publiques a été particulièrement sollicitée pour faire « réussir » l’application du pacte de compétitivité, en particulier la mise en œuvre du CICE. Dans les Services des Impôts des Entreprises c’était clairement la priorité numéro 1 et tout le reste était mis de coté. Nos collègues ont eu l’impression d’être des « guichets ouverts » pour les entreprises puisqu’on nous donnait pour consigne de ne surtout pas contrôler. Du coup, les éléments soulignés par certains parlementaires sautent aux yeux avec des doutes sur la réalité du caractère dynamique pour l’emploi et l’investissement de ce crédit d’impôt. On le voit bien sur le secteur de la grande distribution, certaines professions libérales mais aussi le BTP, Vinci,…. L’Entreprise Sanofi qui supprime tant d’emplois dans notre agglomération va ainsi bénéficier de 47 millions de Cice tout en augmentant la distribution de dividendes cette année.

Il y a bien une ambiance « Open Bar » sans critères ni conditions qui est particulièrement choquante quand on voit par ailleurs la logique d’austérité qui est donnée au pilotage des politiques de la puissance publique.

Dans le même temps on constate actuellement les difficultés des entreprises avec une baisse du chiffre d’affaire des entreprises fortes en 2013. En particulier dans l’industrie, le btp,. Les défaillances de paiement sont également en forte hausse en 2013/2014 dans notre département, tout comme les procédures collectives (redressements et liquidations judiciaires) ou la saisine de commission de conciliations financières.

Toulouse a été le volcan du mouvement social français depuis longtemps. On a l’impression que ce n’est plus le cas. Pourquoi à ton avis ?

Avant de parler de Toulouse, il faut bien comprendre que c’est tout le mouvement social qui est en questionnement. Il n’y a pas que les politiques qui doivent se remettre en cause ou se questionner sur leur responsabilité à relayer la parole des citoyens-es et des salarié-es. Alors que de nombreuses batailles se sont menées face à des gouvernements de droite, il y avait des attentes fortes de « changement maintenant » et c’est une désespérance qui s’installe quand on ne voit rien de concret. Du coup le doute est grand : que faut-il faire ? Peut-on obtenir quelque chose ?

Prenons un exemple concret. En 2010, une des plus grandes mobilisations sociale s’est construite sur le sujet des retraites. Toulouse a été d’ailleurs un lieu particulièrement exemplaire dans cette lutte, que ce soit dans une intersyndicale combative que dans les manifestations ou actions interprofessionnelles. Or au final la contre réforme s’est mise en œuvre. La seule « victoire » a été d’ancrer l’enjeu de la redistribution des richesses dans le débat public, ce qui est, nous semble t-il, une des raisons du vote politique pour l’alternance en 2012. Voir un gouvernement de gauche, dont les militant-es et responsables étaient avec nous dans les rues de Toulouse, aller encore plus loin que la droite dans les reculs, c’est un aspect qui tétanise clairement, y compris les militant-es les plus convaincu-es.

Bien sûr aussi le mouvement social doit se questionner fortement en particulier sur sa capacité à parler et représenter les nouvelles couches du salariat, dans les petites entreprises, chez les précaires. Partout la question du pouvoir confisqué, des discours d’en haut, des méthodes routinières, de la bureaucratie, sont aussi une réflexion à aborder de face. Trop souvent les salarié-es ne se reconnaissent pas.

Par contre la spécificité toulousaine dont vous parlez est toujours présente dans cette période difficile pour le mouvement social. Bien sûr il ne faut pas attendre un « volcan » ni une quelconque « avant-garde » car c’est une vision datée des luttes sociales. Il n’y a pas de raccourcis, ni de sauveurs suprêmes, ni de projet clef en main.
Par contre on trouve bien des éléments qui donnent espoir dans notre ville. On constate régulièrement une intersyndicale (Cgt, Solidaires, Fsu) qui s’efforce d’impulser du lien interprofessionnel mais aussi des actes de résistance. La mobilisation des intermittent-es et précaires a été ainsi particulièrement soutenue chez nous. La lutte des Sanofi a été aussi une lutte exemplaire dans la durée dans un secteur peu mobilisé jusque là. Ce qui s’est passé très récemment au Conseil Général de Haute Garonne pour dénoncer les choix d’austérité qui pénalisent l’accompagnement des jeunes majeurs est aussi exemplaire et on ne retrouve que chez nous ce niveau de mobilisation sur ce type de sujets.
Dans mon secteur des Finances Publiques par exemple, nous sommes souvent regardés par les autres départements comme particulièrement actifs avec une intersyndicale Solidaires-Cgt-Fo-Cfdt qui a multiplié les actions et interpellations depuis deux trois ans.

En résumé le mouvement social est clairement en recherche de solutions mais surtout de la manière dont il faut représenter la parole des salarié-es. cela nécessite beaucoup de remise en question et d’efforts. C’est ce que beaucoup cherchent sur Toulouse. On n’est peut être pas un « volcan » mais la « flamme » est intacte même si le chantier est immense.

Merci Régis !

Avec vous toutes et tous pour porter le flambeau.