Euro 2016 à Toulouse : humaniser le « rendez-vous » !

Le 11 septembre dernier, à l’Elysée, aux côtés des autres maires de villes accueillant les matchs de l’Euro 2016, Jean-Luc Moudenc assistait à une réunion de travail organisée par le Président de la République et le Premier ministre. Entre le 10 juin et le 10 juillet 2016, la France va vibrer au rythme de ce grand rendez-vous sportif et Toulouse accueillera quatre matchs dont un huitième de finale.  A l’issue de la réunion, le maire a tenu à commenter : « Par les temps tumultueux qui courent, notre pays a vraiment besoin d’un moment d’optimisme et de communion nationale. L’Euro 2016 pourra être ce moment ». Le Maire est ici dans son rôle en soulignant l’importance de l’enjeu aussi bien national que local mais après avoir dit cela, la question reste entière : comment Toulouse va-t-elle se mobiliser pour faire de ce rendez-vous un moment de communion réussi ?

La pire des méthodes consisterait à déléguer son entière organisation, la Ville se bornant alors à rentrer dans un cadre pré-établi nationalement.
Sous l’égide de l’UEFA et de son Président, Michel Platini, une structure dédiée a été mise en place : la Société par Action Simplifiée EURO 2016, présidée par Jacques Lambert, ancien directeur du comité d’organisation de la Coupe du Monde 1998. Détenue par l’UEFA (à 95 %) et la Fédération Française de Football (à 5 %), elle est chargée de l’organisation de la compétition et des événements associés. Elle est responsable de la sûreté et de la sécurité et assure la promotion de l’événement.
Le gouvernement français et les collectivités locales, quant à eux, fournissent les sites, les infrastructures, les services publics et le transport. Ils sont également responsables de la sécurité du public et assurent la promotion du pays et des villes hôtes. Mais faut-il en rester là?

Logistique, sécurité et promotion au centre de la feuille de route toulousaine

L’organisation de la Coupe du monde 2014 au Brésil a montré que les aspirations sociales et environnementales ressurgissaient derrière la vitrine que proposaient les autorités publiques. Et régulièrement, les travées du stade servent la propagande, nourrissent la haine, le racisme et la violence à travers les réactions de ses supporteurs. Mais en France, on se souvient également de cet état d’esprit si particulier qui régnait en juillet 1998, lorsque la France entière, encourageant son équipe métissée, hurlait à tous les coins de rue sa fierté nationale mais aussi son bonheur de partager ce moment, dans la richesse de sa diversité.
Le foot est fort de ses paradoxes et sa dimension populaire en fait un formidable objet social. La communion que Jean-Luc Moudenc appelle de ces vœux ne se décrète donc pas. Elle se construit ! Et localement, il nous appartient de réunir les conditions pour faire de cet évènement un succès populaire, une grande mobilisation et un moment de réunion fraternelle. C’est bien cela, au delà des résultats sportifs, qui va conditionner la réussite de l’évènement ; c’est la capacité qu’auront les Toulousain-es de montrer un beau visage de leur ville. Plus elle sera animée, plus elle sera sûre.  Dans cette perspective, les autorités locales ont un rôle moteur à jouer.

Tirer les retombées du bon côté, vers une dynamique populaire

Alors, certes, à environ 600 jours du « rendez-vous » -le slogan officiel de l’Euro 2016- la ville a le temps de voir venir mais, pour reprendre une métaphore sportive, il s’agit de ne pas rater le départ et de monter progressivement en puissance. Or, pour l’heure, l’équipe municipale  semble tarder à en faire une priorité. Lors du Conseil municipal du vendredi 26 septembre, une délibération présentée par l’adjointe au maire en charge des Sports, Laurence Arribagé, a évoqué le sujet mais… sous le seul angle financier. Il s’agissait d’approuver la redevance prévue par la SAS Euro 2016 pour la mise à disposition des équipements qui permettront l’hébergement et l’entraînement des équipes participantes.
Face à l’enjeu social, une méthode s’impose qui passe par la concertation et la mobilisation des forces vives de la métropole. En ce qui concerne les acteurs et actrices économiques au premier rang desquels les hôteliers et restaurateurs, les inquiétudes ne sont pas grandes quant à leur capacité à tirer profit de l’événement. En ce qui concerne la mobilisation des services de la Mairie et de la Métropole, les agents de l’État assurant la sécurité publique, ils et elles sauront assurer les missions qui leur seront confiées. En ce qui concerne les acteurs et actrices de la mobilité urbaine et notamment les salarié-es de Tisséo, les choses devraient aller pour le mieux.
Mais les acteurs et actrices associatifs-ives investi-es sur le domaine sportif ou culturel, ceux et celles  intervenant dans le champ de la solidarité ne se mobiliseront pas spontanément et surtout de façon homogène si la mairie de Toulouse n’impulse rien de son côté.
C’est bien à elle d’offrir un cadre de dialogue permettant de faire naître les initiatives, de les coordonner, de les accompagner, de les optimiser. C’est bien à elle, ensuite, de leur donner tout l’écho qu’elles méritent. Et, dans cette perspective, le temps qui nous sépare de l’Euro 2016, ne sera pas de trop. Sans attendre, la Mairie et Toulouse Métropole (si l’on veut étendre la dynamique à l’ensemble des communes de l’agglomération), doivent proposer un calendrier de travail assorti de réunions régulières. Ce cadre de concertation ne peut évidemment être conçu autrement que de façon ouverte. L’enjeu premier consistant à favoriser la créativité, il faut favoriser l’implication des acteurs du sport de masse, mais aussi de tous ceux qui peuvent s’emparer de l’engouement pour atteindre des objectifs favorisant le lien social.

Libérons la créativité et nous aurons de belles surprises !

Pour s’en tenir au domaine sportif tout d’abord, pourquoi ne pas imaginer une compétition associée qui viendrait enrichir l’Euro 2016 ? Avignon a son festival de théâtre officiel mais que serait l’évènement sans la multitude de troupes qui interviennent en marge ? Alors, pour rester dans l’univers du ballon rond, pourquoi ne pas imaginer un tournoi national de foot de sable ou de futsal accueilli en parallèle à Toulouse ? Pour rester dans le local, pourquoi pas un tournoi de foot de rue interquartiers réunissant différents jeunes amateurs de l’agglomération ? Des initiatives solidaires peuvent également être envisagées. Une coupe du monde des sans-abris a par exemple été organisée à Rio en 2010. Ce complément non officiel mais à l’enjeu bien réel permettrait d’élargir le cercle habituel de supporters. De fait, tout le monde n’ira pas au stade mais tout le monde doit pouvoir participer à la fête.
Pour élargir au champ culturel ensuite, peut-on concevoir qu’au delà des rencontres programmées, Toulouse puisse proposer une multitude d’animations, à l’image de celles proposées à l’occasion de grandes journées de lutte contre certaines maladies ? Le football, le sport pourraient légitimement constituer le thème central d’expositions, spectacles et autres initiatives artistiques. Et pourquoi pas un carnaval dans les rues de Toulouse sur ce thème ? Il est certain que le COCU, comité d’organisation du carnaval toulousain, et les batucadas locales sauraient mettre une ambiance festive pour le plus grand bonheur de toutes et tous.
Au delà de ces quelques pistes, c’est bien aux entraineurs de footballeurs en herbe, aux animateurs et animatrices de quartier, aux artistes, aux habitant-es, sportifs et sportives du dimanche ou pas du tout, … de s’exprimer aujourd’hui.
C’est à eux et elles de dire ce qu’ils attendent de cet Euro 2016 à Toulouse et la façon dont ils et elles entendent concourir à sa réussite. Alors, ouvrons un instant la porte du stade et imaginons, ensemble, une belle rencontre !