saint sernin

Un grand projet à Saint Sernin ?

Place St-Sernin : un projet  étriqué pour un site majeur.

A Toulouse comme ailleurs, 2016 s’ouvre dans la presse par la revue des aménagements métropolitains qui nous attendent.
Comme annoncé: pas de bouleversements, Jean-Luc Moudenc ne voulant toujours  pas « emmerder » les automobilistes, en misant sur des travaux à minima pour son mandat, comme Casa Nova l’évoquait en septembre dernier : Rentrée municipale de Jean Luc Moudenc «un seul mot d’ordre : réaliser» 
Nous sont donc décris pêle-mêle  (entre la rénovation de quelques collèges, l’extension de la Clinique Pasteur, le Centre Commercial de la Cépière, les matches de foot au Stadium, ou le nouveau siège d’Airbus) :
    - les aménagements du centre ville que Casa Nova avait décortiqués dès mars 2015 :« la Débusquetisation de Toulouse est commencée »
    - les transports en commun à minima, avec beaucoup d’études et peu de travaux. (voir notamment  « PDU,une concertation déconcertante… »)
    - des grands projets hypothétiques (comme la LGV, dossier dont les défenseurs butent sur les financements donnant raison à notre article « Ligne à Grande Vitesse : une année zéro s’impose »)
Seul le nouveau Parc des Expositions à Aussonne et Beauzelle semble prendre corps en dépit des critiques sur sa pertinence et de son coût.
Dans cet empilage sans autre ligne directrice  que le clientélisme, l’aménagement de la place St-Sernin aurait pu devenir « le »grand projet … mais las, c’est encore une solution à minima qui semble être retenue.

Casa Nova explique :

Pour l’anecdote,  la reine d’Angleterre en visite à Toulouse aurait déclaré en 2004, avec un humour so british : «Comment peut-on construire un si bel édifice au milieu d’un parking ?»
Le traitement de cette place achoppait sur le coût potentiel des fouilles archéologiques, le sous sol étant effectivement constellé de vestiges, comme l’a confirmé la campagne de sondages réalisés par le service métropolitain d’archéologie. 
Ce service, créé par la municipalité Cohen, donne aujourd’hui à la Métropole une compétence scientifique qu’elle n’avait pas antérieurement (elle se trouvait de ce fait dépendante des expertises d’organismes extérieurs financièrement aventureuses). 
Cet aléa étant levé, les travaux sont devenus envisageables, le coût des fouilles pouvant ainsi être mieux maîtrisé.
Début 2016 et dans l’attente des décisions de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) quant à l’ampleur des fouilles préventives à réaliser au vu des sondages et du projet d’aménagement esquissé par Joan Busquets, on s’oriente clairement  (comme l’indique Annette Laigneau, adjointe à l’Urbanisme, dans La Dépêche du 1er janvier), vers un aménagement de surface dans lequel on creuserait le moins possible afin d’éviter d’avoir à fouiller le sous sol: les trésors archéologiques seraient alors préservés pour les générations futures, mais resteraient sous terre.
D’aucun s’en sont émus, et une pétition a circulé, demandant un aménagement qui intègre une campagne de fouilles sur l’entier de la surface de la place
Mais les financiers et les stratèges de la Mairie ont promptement fait entendre raison, brandissant d’une part le coût à charge de la collectivité et d’autre part les délais nécessaires pour réaliser les travaux de fouilles: un aménagement significatif de la place ne pouvant alors pas être réalisé dans un seul mandat.

Casa Nova propose :

Pour l’aménagement de la place Saint-Sernin, Casa Nova esquisse ce que pourrait être une vraie alternative au projet étriqué que préparent M. Moudenc, ses stratèges et ses conseillers.
La question est: 
Comment pourrait on réaliser à St-Sernin un aménagement qui permette de révéler(et non seulement de préserver) les trésors archéologiques qui dorment sous cette place, avec un financement acceptable pour la Métropole, et une mise en œuvre qui ne transforme pas la place en champ de bataille inhospitalier pendant une décennie ?
Un tel projet se doit d’être partagé avec les Toulousains, mais nul ne doute de leur adhésion vu l’engouement que l’on constate à chaque opération de fouille archéologique. La Métropole aurait à coup sûr l’accord des habitants si un projet crédible leur était présenté : mais quel projet ? 
 
Convenons d’abord qu’il y a là motif à réaliser un « Grand Projet », de l’ampleur de ceux qui sont en débat, tels la Ligne à Grande Vitesse, le Parc des Expositions ou la 3ème ligne de métro: car si d’un point de vue financier ces projets coûteux et contestables sont envisagés, celui du réaménagement de la place St-Sernin ne serait pas plus onéreux et bien moins contestable … mais il intéresse moins les majors des Travaux Publics que sont Bouygues, Eiffage, ou autres Vinci, l’archéologie n’étant pas dans leurs cordes … et clairement ils préfèrent voir couler leur béton et remuer des cailloux et de la terre avec leurs bulldozer pour la Ligne à Grande Vitesse, le métro ou le Parc des Expositions que de regarder les autres explorer le sous sol de St Sernin  à la balayette et au râteau.
Mais admettons, puisqu’il faut sortir des logiques mortifères connues, que la puissance publique soit capable de résister à ces grands groupes : ce serait certes un scoop, mais imaginons que la force culturelle d’un projet soutenu par la population fasse vaciller la logique comptable d’une économie de marché vieillissante.  
Resterait à organiser et à présenter un projet de travaux et d’aménagement qui s’étalerait sur une décennie, et qui soit non seulement accepté mais porté parles usagers et les riverains.
Impossible avec les critères actuels,qui définissent un site en travaux comme un endroit hostile et dangereux qu’il convient d’éviter et donc d’écourter … mais si nous imaginions là aussi autre chose, en ne passant pas la commande suivante :« faire un projet le moins cher possible qui soit livrable pour la fin du mandat, avec le moins possible de travaux en sous sol pour éviter d’avoir à fouiller »
Si au lieu d’une telle commande, nous demandions à Joan Busquets de penser un projet qui prenne en compte la mise en valeur archéologique du site, qui s’étale dans le temps afin que la dépense soit acceptable et que les fouilles soient faites correctement, qui organise les travaux par petites zones afin de ne pas rendre impossible la vie quotidienne à défaut de la rendre aimable.
Enfin, pour compenser les désagréments, le projet pourrait inclure une mise en scène des travaux et des découvertes des archéologues tout le long des fouilles, en y impliquant des compétences diverses comme celle d’un metteur en scène (on en a de très bons à Toulouse) mais aussi les établissements scolaires voire universitaires, qui tour à tour et au fil des travaux pourraient articuler des actions pédagogiques portant sur l’histoire de la ville, qui serait alors vécue par les élèves (et leurs parents) d’une manière dynamique et attrayante.
Ce projet vivrait au fils des ans,rentrerait dans les us et coutumes des Toulousains, serait porté par eux, et se modifierait même au besoin en fonction des découvertes archéologiques successives.
Nous sommes certains que le Professeur Busquets (qui a déclaré « Nous ne voulons pas refaire l’histoire, mais le futur doit être fait avec le passé») saurait y répondre et nous proposerait de petits chantiers de fouilles successifs, un aménagement progressif des espaces libérés ou magnifiés par des découvertes,organisant peu à peu les nouvelles fonctionnalités d’un site mondialement connu.
Car s’il est une chose certaine, c’est que le fonctionnement attendu de cette place aura évolué en 10 ans, et définir aujourd’hui comme intemporels les besoins de l’instant n’a pas plus de sens que de prétendre connaître maintenant les souhaits de la génération qui suivra.
Nous aurions alors un aménagement défini autour des fonctionnalités identifiées en 2016 ou 2017, qui s’articulerait peu à peu autour de traces et des vestiges d’un passé partagé, et qui prendrait le temps de s’adapter à d’éventuels besoins différents ou nouveaux au fur et à mesure de l’avancement des travaux.
Ah ! bien sûr, les conseillers financiers, les stratèges politiques, et les majors du BTP n’auraient peut être pas le même enthousiasme que Casa Nova,l’imagination et les idées nouvelles n’ayant pas une place de choix dans la pensée unique que l’on inculque à nos élites.
Mais faire de la politique autrement c’est d’abord faire preuve d’imagination, de créativité, et pour la place St Sernin se prépare un programme éculé qui génère un projet étriqué … 
Les vestiges sont préservés et les automobilistes pas « emmerdés », mais est-on à la hauteur du lieu, de son histoire, et de son aura mondiale ?
Raté, encore une fois ?  En tout cas, Casa Nova vous offre cette idée en guise de vœux … et si on essayait ?
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Ou de l’inculture à « l’escroquerie intellectuelle »

Des « ramblas » à Jean Jaurès: de l’inculture à « l’escroquerie intellectuelle » 

Une fois de plus à Toulouse on parle de transformer les allées Jean Jaurès en ramblas « selon le célèbre modèle barcelonais », et cette fois c’est le Maire-Président de Toulouse Métropole lui-même qui l’annonce lors de la cérémonie des vœux à la presse.
 
Cette annonce d’aménagement des allées faisait partie des propositions récurrentes des candidats aux élections municipales, révélant chaque fois l’inculture, l’ignorance ou les velléités de manipulation de ceux qui reprenaient les analogies d’urbanistes en mal d’imagination.
 
Jean-Luc Moudenc n’avait pas repris cette idée dans ses propositions pour le mandat 2014-2020, d’aucuns lui ayant sûrement soufflé que c’était une idée de « gôche », comme le tramway !
Mais faisant primer l’opportunisme sur les convictions le Maire-Président vient de se laisser aller à cette annonce qui le fait entre autres rejoindre le club des ignorants ou des manipulateurs.
 

Les ramblas qu’est ce que c’est ?

Le débat sur des Ramblas à Jean Jaurès est, à tort, réduit au fait de placer une promenade piétonne au centre de l’avenue ou sur les côtés, comme si « faire le paseo », (caractéristique Ibère transposée à Toulouse au même titre que les tapas) ne se faisait pas aussi bien au milieu que sur les côtés.
Et laisser croire que se balader au milieu des allées Jean Jaurès serait plus favorable à l’animation recherchée que de se promener le long des façades est une escroquerie architecturale et urbanistique.
 
L’identité  des « ramblas » va bien au-delà du passage latéral des véhicules à moteur et elles se différencient des allées Jean Jaurès par bien d’autres caractéristiques  :
Les ramblas font 35 m de large et près de 2 km de long /Les allées Jean Jaurès font 60m de large et 600 m de long.
Les ramblas ne sont pas composées selon une perspective et sont divisées en secteurs non rectilignes ayant chacun des caractéristiques singulières/Les allées Jean Jaurès sont parfaitement rectilignes et composent une des perspectives majeures de Toulouse depuis la place Wilson jusqu’à Jolimont, en dépit du « M » de la médiathèque posé à Marengo.
La circulation automobile latérale le long des « ramblas » est anecdotique et limitée à une desserte essentiellement riveraine, submergée par le flux piéton, laissant l’impression d’une grande largeur d’avenue et donnant envie de flâner le long des 2 km d’une succession d’esplanades animées.
Sur les allées Jean Jaurès, c’est le moteur à explosion qui domine avec 6 voies de circulation auxquelles il faut ajouter les 4 linéaires bitumés des contre allées et des stationnement  à tel point que les 60 mètres de la plus large percée du centre-ville Toulousain paraissent étriqués faisant du piéton un être incongru et minoritaire qui préfère flâner ailleurs en ville, comme rue d’Alsace qui reste encore, en dépit de l’absence de terrasses de café, l’endroit où l’on « fait le paseo » c’est-à-dire où l’on flâne, ou l’on se rencontre et aussi où l’on se montre. 
 
On voit donc que l’enjeu de l’animation des allées Jean Jaurès ne se situe aucunement dans la position de la promenade piétonne mais bien d’une part dans la réduction drastique du trafic routier, et d’autre part dans l’introduction d’animations culturelles,commerciales et conviviales qui ne pourront certainement pas ressembler à ce qui se passe sur les « ramblas » du fait des différences morphologiques et historiques et culturelles que nous venons d’évoquer. 

Qu’en pense Joan Busquets?

Voyons comment le maître catalan Joan Busquets, prestataire de la Mairie, contorsionne son vocabulaire pour à la fois ne pas désobliger ses clients toulousains mais aussi ne pas faire fi de la spécificité Barcelonaise :
« La rambla est une rue aux lignes naturelles, parfois tournée vers la montagne. Ce n’est pas exactement le cas des allées Jean-Jaurès, même s’il y a, en haut, la colline de Jolimont. Chez nous, à Barcelone, la rambla de la vieille ville est un espace large, dans le centre-ville, où il se passe beaucoup de choses. C’est un endroit pittoresque, sur plus de 2 kilomètres avec des kiosques de fleurs et des oiseaux, des artistes de rue, des fêtes. La rambla est très fréquentée par les touristes. Les Catalans vont plutôt à la rambla de Catalogne, dans la partie haute, moderne, bordée de boutiques. 
En principe les ramblas existent parce qu’il y a eu des raisons historiquement. Mais un tel dispositif peut être recréé. Les allées Jean-Jaurès ont eu autrefois une allure de promenade, si l’on en juge par les anciennes cartes postales. Aujourd’hui, on y mettra d’autres espèces d’arbres, les éclairages aussi seront différents, on y fera peut-être du jogging. C’est une version des ramblas actualisée. 60 mètres de large c’est énorme, cela offre beaucoup de possibilités. »
Autrement dit moins diplomatiquement, on ne peut pas transposer les « ramblas »de Barcelone aux allées Jean Jaurès, il faut inventer autre chose !

Que cache le rideau de fumée des ramblas?

Mais alors pourquoi agiter cette image des ramblas et ce faux débat de la circulation piétonne centrale ou latérale, à laquelle Joan Busquets ne fait même pas allusion ?
Peut-être pour créer un rideau de fumée qui masquerait autre chose, pour que le débat public se déporte sur un non sujet afin de garder les vrais débats entre initiés.
Car derrière l’enfumage du pseudo débat sur les ramblas se dessine le creusement d’un parking sous la pression et pour l’intérêt des majors des Travaux Publics qui construisent et gèrent les parcs de stationnement en l’occurrence pour Toulouse Vinci (devenue INDIGO comme pour faire oublier qu’elle détient déjà une position dominante dans la gestion des Parkings normalement « municipaux » du centre ville).
Car comme l’explique Régis Godec élu d’opposition point n’est besoin de parking à Jean Jaurès :
 « Le 17 décembre dernier, en Conseil Métropolitain, Pierre Trautmann était interrogé… au sujet de ce nouveau parking…il a admis que la fréquentation actuelle du Parking Jean Jaurès (en baisse de près de 2 % en 2014) ne réclamait pas de création de places supplémentaires,et qu’en l’état ce projet n’était pas nécessaire. Pierre Trautmann a lié la création de cette infrastructure au projet de développement de la gare et aannoncé que ce parking serait sollicité par les voyageurs. Une annonce qui peut surprendre quand on sait qu’il y a près d’un kilomètre de distance et qu’un parking public est situé à Marengo (à 200 m de la gare), sous la médiathèque José Cabanis, et qu’il est loin d’être saturé. »
 
L’aménagement de surface (en ramblas ou en autre chose …) n’est donc qu’un prétexte à justifier le creusement d’un parking  et on comprend qu’il est préférable de porter le débat sur la promenade centrale ou latérale que sur d’autres sujets comme la possibilité de nouvelles plantations.

Ou planter des arbres sur les allées Jean Jaurès ?

Chacun s’accorde sur la nécessité d’arborer ces allées, les uns par nostalgie des anciennes cartes postales, d’autres par la prise en compte de la largeur du futur espace car un glacis minéral de 60m de large serait dur à avaler même avec quelques kiosques d’animation.
L’observation de l’aspect étriqué des petits acacias qui vivotent en partie basse des allées coincés entre parking sous terrain, métro, réseaux et sous sol des immeubles, et dont la confrontation avec les majestueux platanes des boulevards et du canal ne fait qu’accentuer la disproportion laisse penser que la partie haute des allées Jean Jaurès devrait être abondamment plantée de sujets à haute tige pour compenser la mièvrerie des arbustes du bas… 
Las le creusement d’un parking supplémentaire sonnera le glas de cette option,même si on nous dira que l’on peut planter des arbres de haute tige dans des grands pots ce qui est faux(1)
Les arbres éventuels seront comme en partie basse rejetés latéralement laissant la partie centrale, celle que l’on veut nous vendre comme le futur lieu de convivialité glabre de toute plantation à haute tige.
Et comme latéralement on aura le bitume nécessaire aux bagnoles et aux bus, Casa Nova s’interroge sur l’aspect et la réussite des « ramblas »de Jean Jaurès vues par Monsieur Moudenc ou plutôt par Indigo Vinci qui vient d’être désigné pour gérer le parc de stationnement de Toulouse et construire le futur parking Jean Jaurès. 
Mais si les allées Jean Jaurès, aujourd’hui désertées des flâneurs méritent d’être transformées en lieu agréable et vivant, cela ne se décrète pas: l‘appropriation d’un lieu par les gens ne se vote pas en Conseil Métropolitain.
Les ramblas ne sont pas un fait urbain mais un fait social et culturel: on y vend et on y achète, on s’y montre, on s’y perd, on se marche sur les pieds, on s’y promène car les autres le font aussi, car une offre y invite et y incite (artistes de rue, commerces, restauration…)
Casa Nova est favorable à l’augmentation de la surface des voies piétonnes et cyclables, à la végétalisation des allées et à l’implantation de petits commerces d’animation et d’échange ainsi que d’artistes de rue, comme sur les ramblas de Barcelone (qui participe de cette attractivité, en plus de la marginalisation des voitures). Cela peut se faire avec une esplanade centrale, comme sur les ramblas et dans le projet de la majorité, avec deux voies de circulation routière en sens inverses de chaque côté. Familles, les aînés et plus jeunes devront y trouver des endroits pour s’asseoir, se rencontrer, se montrer,s’abriter, divaguer et jouer. 
 (1) Un arbre en pot peut vivre longtemps à condition de tailler périodiquement les racines qui envahissent le pot et étouffent l’arbre: ce qui est possible pour un bonsaï de quelques kilos est impossible pour des arbres de plusieurs tonnes.  
terr'eau ciel

Terr’eau ciel : cultiver la ville

« Penser et agir »:

Dans sa première année d’existence Casa Nova s’est faite connaître par un travail de réflexion politique et d’écriture d’articles relatifs à l’actualité métropolitaine, régionale et nationale : le nombre et la qualité de nos lecteurs nous conforte dans la nécessité de continuer ce travail en lien avec l’actualité.  
Pour autant nous ne souhaitons pas nous limiter à ce rôle de veille et d’analyse. Nous avons une ambition politique claire : préparer ce qui doit succéder à la vie démocratique centrée autour des partis, préparer à gauche ce qui doit succéder à la sociale-démocratie libéralisée.
Casa Nova a donc décidé de chercher à identifier localement des pratiques professionnelles  ou sociales susceptibles d’illustrer ce que pourrait être à ses yeux une économie et une organisation sociale durable et enviable.
Nous nous engageons donc dans une série de rencontres de personnes ou de groupes actifs dans la métropole sur des thèmes divers, ayant peu ou prou réalisés l’amalgame entre l’éthique, la durabilité et l’inventivité que promeut Casa Nova et le pragmatisme nécessaire à une indispensable survie économique.
Chaque rencontre en accord avec les divers protagonistes fera l’objet d’une publication.
Ainsi serons nous en mesure de réaliser un état des lieux, certes non exhaustif mais représentatif, de ce que l’on nomme des communaux collaboratifs, que de nombreux promoteurs du développement durable citent en exemple ou appellent de leurs vœux.
Nous aurons  ainsi identifié sur la métropole toulousaine une série de pratique vertueuses, socle pragmatique d’un programme politique qui pourrait être établi . Nous pourrons également ainsi démontrer que les élites actuelles trouveront bien vite des remplaçants. 

Le bureau d’études Terr’eau ciel : cultiver la ville

Nous avons rencontré Florian et Laurent, salariés du bureau d’étude Terr’eau ciel, le 10 novembre 2015, afin de nous faire une idée plus précise de ce que peut revêtir la forme de production agricole qu’est « l’agriculture urbaine ». 
Celle-ci, recommandée par l’ONU, serait l’une des solutions pour nourrir les populations urbaines qui représentent près de 55%  de la population mondiale aujourd’hui et en représenteront 80% en 2030. Ce défi économique et écologique est donc important : créer des pôles urbains qui nourrissent leurs habitants.
Voyons donc Terr’eau ciel comme des « éclaireurs », de notre métropole, des pionniers de ce que nous pourrions y faire.
L’objectif principal de leur activité et de leur engagement  réside dans une contribution pour recréer un lien économiquement rationnel entre l’humain et la planète.

Nous employons le terme d’économiquement rationnel comme antagoniste des modes de production agricole actuels dont les externalités négatives (comme les effets de la pollution ou de l’appauvrissement des sols, externalités non prises en compte dans les coûts de production), empêchent ou nuisent à la viabilité de l’écosystème, et donc aux intérêts de l’humanité.Un modèle rationnel de production agricole est un modèle qui intègre la suffisance des produits et la  minimalisation des externalités négatives ( comme le chômage et la pollution). Terr’eau ciel veut donc créer des lieux et des dynamiques permettant d optimiser les espaces cultivables du tissu urbain.

Cette recherche d’optimisation des espaces cultivables se concrétise par des activités regroupées autour de trois pôles. 
  • Le premier est la création de potagers collectifs, au profit d’écoles, d’entreprises, de logements sociaux ou de copropriétés. Ginestière (2)
  • Le second pôle d’activité est celui du paysagisme comestible, activité consistant à introduire dans les espaces verts des plantes aromatiques ainsi que des arbres et arbustes fruitiers amenant une utilité au paysagisme, complémentaire de son  aspect esthétique.
  • Le troisième pôle de production est purement intellectuel,  destiné aux maîtres d’œuvres et d’ouvrage : Terr’eau ciel produit des études sociales, économiques et environnementales sur l’intégration de projets d’agriculture urbaine lors de la conception d’aménagements urbains (constructions de ZAC, rénovation urbaine…)
La concertation est systématique:
Il faut souligner (outre l’aspect écologique)  que ces trois pôles d’activité ont un point commun  fondamental : ils intègrent des phases de concertation avec les usagers des espaces concernés et établissent des mécanismes permanents de coopération. Ainsi, les usagers modèlent dans la phase de conception le projet en fonction de leur vécu et de leurs besoins, puis par la suite participent à une gestion collective et égalitaire de celui ci. Le renforcement du lien social qu’implique cet aspect est, selon Florian et Laurent, un argument socio-économique non négligeable, notamment lors des commandes publiques (mairies et intercommunalités) ou privées (comme les bailleurs et promoteurs immobiliers), ces formes de production agricole, par leur qualité sociale, apparaissant aussi comme vectrices d’apaisement et de cohésion.NDA PC 1
Nous voyons ici se dessiner trois objectifs de l’agriculture urbaine, connexes à sa fonction primaire d’alimentation:
-Le caractère responsable (contre la pollution des sols, pour la biodiversité ),
-L’amélioration du cadre de vie (le béton et le métal se vivent mieux lorsqu’ils sont intégrés à des espaces verts)
-Le renforcement du lien social. Ce troisième aspect se heurte à un obstacle vertigineux : comment recréer ce que l’économie de marché a détruit ? Quelle énergie collective devrons nous mobiliser, pour construire de nouveaux mécanismes de solidarité?
Terr’eau ciel  existe sous forme d’association depuis deux ans.

Ils envisagent dès que le seuil de rentabilité nécessaire sera franchi, de muter en société coopérative de production (SCOP) et de devenir une entreprise privée. Pour changer de modèle économique et se transformer en SCOP, il faut pouvoir dégager une rentabilité suffisante pouvant amortir une masse salariale correspondant à deux équivalents temps plein (ETP). Selon eux, ils seraient en mesure d’assumer ce basculement mais ils perdraient les avantages du statut associatif qui permet l’appel à des « contrats aidés », à une fiscalité moindre, à des financements publics.

Nous identifions ici la difficulté non négligeable de mettre en œuvre un projet scientifique et urbain avec un objectif socio-politique à travers une activité économique puisque celle-ci, à ce jour, n’est pas encore autonome vis-à-vis de l’artificialité des aides publiques. Pour autant, le jeune âge de la structure explique parfaitement ce statut, qu’il faut considérer comme protecteur pour se lancer dans le bain du secteur concurrentiel.
En termes de revenus de leurs activités, la croissance de Terr’eau ciel est importante : la première année a connu un chiffre d’affaire de 10K€, celui de la seconde s’est élevé à 100K€.  
En se projetant dans un futur politique souhaité nous avons évoqué avec nos interlocuteurs la manière de contribuer politiquement et administrativement à cette forme de production agricole.
  • En premier lieu s’impose l’intégration de ces espaces et mécanismes spécifiques aux outils de planification de l’aménagement du territoire: les plans locaux d’urbanisme (PLU) et les schémas de cohérence territoriale (SCOT), idéalement élaborés dans le cadre d’une intercommunalité.
  • Pour aider à l’attribution de projets à des structures telles que Terr’eau ciel, c’est au commanditaire d’inclure dans la rédaction des marchés des clauses permettant de favoriser l’aspect coopératif et écologique de la production attendue. Si le code des marchés publics, soumis aux règles de concurrence de l’UE, interdit les clauses de « préférence » locale, il est très possible d’inclure d’autres clauses (sociales et environnementales) qui aideraient à l’attribution des marchés à des groupes tels que Terr’eau cielSerre Flottante                        Serre flottante
Le site internet de Terr’eau ciel est ici : http://bit.ly/1H7nZq3 ; et pour aller plus loin, deux articles universitaires qui font loi sur l’agriculture urbaine : http://bit.ly/1j6grrQ et http://bit.ly/1kD1HCD
novés

Laisser Guy Novès à sa place.

Guy Novès … pas de Job à Toulouse

Décidément à vouloir éviter les comportements doctrinaires, peut-on le lui reprocher,Jean-Luc Moudenc s’enfonce dans l’excès inverse en perdant tous les repères: seul un clientélisme sans bornes permet de trouver un fil conducteur à ses actions, ses paroles, ses attitudes et ses décisions.
Et l’annonce par « la mairie » de la dénomination de l’esplanade qui jouxte l’Espace Job du nom de Guy Novès, sélectionneur de l’équipe de France de rugby et ancien emblématique et brillant entraîneur du Stade Toulousain,  vient encore une fois illustrer le propos. 
Car, enfin, pourquoi évite t-on généralement de donner le nom d’une personne vivante à un lieu ?
Pour au moins 2 raisons :
-D’abord, et quelle que soit sa vie antérieure, nul n’est à l’abri d’un dérapage, d’une dérive ou d’une déchéance, qui mettrait alors dans l’embarras  à la fois la collectivité et la personne qui aurait été distinguée de son vivant, même si nous souhaitons et espérons que Guy Novès poursuive sur sa lancée une brillante carrière;
-Ensuite, très peu de personnes ne font l’unanimité de leur vivant car du fait même de leur existence elles interfèrent dans l’actualité; alors qu’une fois disparues, passions et jalousies s’apaisent, laissant place à la seule trace qu’une femme ou un homme a pu laisser dans l’Histoire. 
Et quand, par pur clientélisme, on propose de nommer « Guy Novès » l’esplanade de l’espace JOB aux 7 Deniers, chacun sent bien qu’au-delà des valeurs sportives et de l’aura de l’entraîneur, ce sont ses propos et ses engagements à droite qui sont aussi en question. Engagements certes respectables, mais infiniment moins consensuels et pertinents que son œuvre rugbystique. 
Car, si Novés ne pesait pas en politique, verrait-on riverains et habitants du quartier contester ce projet en rappelant l’histoire de l’usine JOB ?
« Job porte déjà un nom emblématique, celui d’un passé industriel, d’une histoire sociale, de personnes et de citoyens mobilisés pour son renouveau. (…) Dans la ville, l’agglomération et plus largement dans le milieu culturel interrégional, la friche industrielle Job reconvertie est un lieu connu et reconnu, témoin de la vitalité de la métropole toulousaine, comme l’usine LU à Nantes ou la Belle de Mai à Marseille… »
Si les fondamentaux des comportements de bonne gestion d’une collectivité avaient été respectés, cette polémique n’aurait pas lieu tout simplement parce qu’il y a matière (et emplacements) à honorer sans problèmes la personne « Guy Novès » d’une part et l’institution JOB d’autre part.
De plus, comme le soulignent les riverains,« ce choix … a été fait sans aucune concertation avec toutes les personnes concernées par l’histoire du bâtiment,mais aussi les usagers et habitants du quartier ».
La polémique interpelle d’autant qu’elle vient juste après celle qui a concerné Just Fontaine, pour la dénomination du Stadium rénové à l’occasion de l’Euro 2016.

Et  M. Moudenc avait alors écarté la proposition arguant non du fait que notre « Fontaine national«  soit encore vivant, mais du projet municipal de nommer le Stadium d’un patronyme qui rapporte financièrement. Fontaine se voyait alors écarté, au profit d’une institution bancaire ou d’une société d’assurances en mal de publicité, oud’une marque de cassoulet, de saucisse ou de bonbon à la violette souffrant d’un déficit d’image !

L’esplanade Job est-elle monnayable? Espérons que non car alors, après le Stadiumet la Salle des Illustres, ce serait tout l’espace public toulousain qui deviendrait support publicitaire (à l’image du brillant legs à la gloire de Platini et de son Euro 2016 dont bénéficie le square de Gaulle).
 Casa Nova exige autre chose que clientélisme, absence de concertation, et vente « des bijoux de famille » de la part des responsables politiques, et soutient le collectif d’associations qui appelle tous les Toulousains à les rejoindre à l’Espace Job dimanche 24 janvier à 10h30 pour discuter des actions à mener sur ce sujet.
 
toulouse fraternelle

« Toulouse fraternelle », selon Jean Luc Moudenc

Ou comment bafouer l’art du Zen …

Pour la nouvelle année, Monsieur le Maire nous souhaite une « Toulouse fraternelle ».
Au détour d’une promenade le long de notre beau canal du Midi, nous avons pourtant constaté un aménagement, manifestement destiné à empêcher ceux qui n’ont pas de toit à choisir un pont comme maigre substitut.62537_466545630204488_5446713460678798305_n
La météo de décembre ayant décidé de donner une preuve du réchauffement climatique, Casa Nova se promenait à pied à travers le Jardin Compans, puis le long du canal du midi dans une de ses parties les plus urbaines : le boulevard Matabiau.
Le boulevard étant bardé de deux à trois voies de circulation, il fallait se réfugier dès que possible sur les étroits cheminements « doux » qui s’immiscent tant bien que mal entre berges abruptes et voies de circulation automobile.
Parfois, le cheminement « doux » s’interrompt au passage d’un pont, d’une passerelle ou lors d’un croisement, et le marcheur réalise son incongruité dans un univers motorisé : il fait l’expérience de la nudité du piéton ou du cycliste dans un espace « pétrolisé ».
Sous ces passerelles (celle-ci permet de passer du boulevard de l’Embouchure au boulevard de la Matabiau au niveau du quartier des Chalets), des aménagements sont réalisés afin d’éviter au promeneur de côtoyer de trop près les voitures : le cheminement passe sous le pont.
Hélas ce qui partait là d’une bonne intention s’entachait d’un lapsus constructif, aussi révélateur qu’un lapsus locutif dans un aimable discours.
Avec ses tas de cailloux soigneusement disposés et bétonnés de part et d’autre d’un cheminement goudronné, la Mairie de Toulouse ne se contente malheureusement pas d’insulter l’art du jardin Zen ; elle démontre aussi, à nouveau, sa volonté de « stériliser » l’espace public.P3
Car ce lapsus dévoile certes une volonté d’exclusion, mais aussi une inculture, un goût  lamentable, et une incapacité à mobiliser les compétences des agents de la métropole.
Volonté d’exclusion, car chacun sent bien qu’ici, à proximité des quartiers centraux de la Ville (en l’occurrence le huppé quartier des Chalets) le promeneur, bien que minoritaire, ne doit pas pour autant être inquiété par la présence de marginaux ou de sans abris. Le problème est ainsi résolu par un aménagement répulsif qui chasse ces derniers vers d’autres lieux « moins bien habités ».
Inculture et goût douteux, car au delà de l’aspect répulsif de l’aménagement (parfaitement réussi de ce point de vue) la réalisation n’en reste pas moins indigente avec un fond de toupie de béton grossier étalé sommairement et dans lequel ont été plantés  n’importe comment des gros cailloux pointus disgracieux, le tout en bordure du Canal du Midi, patrimoine mondial de l’UNESCO et site classé (pas sûr que l’on ait pensé à demander son avis à l’Architecte des Bâtiments de France). 
Certes, l’endroit n’est pas le plus bucolique de l’œuvre de Riquet, mais dans un site classé, les efforts d’aménagement devraient porter plus sur sa requalification que sur sa dégradation. Et à vouloir créer un endroit inhospitalier, une plantation de pyracanthas (de jolis arbustes buissonnants, mais qui piquent) eut aussi bien fait l’affaire, car pour aussi critiquable que soit un aménagement exclusif, on aurait au moins évité la provocation.
Tout cela a échappé au chef d’équipe des cantonniers du secteur à qui on a du passer la commande en urgence, mais peut on lui reprocher de ne pas savoir qu’un espace urbain, aussi ténu qu’il soit, se doit d’être composé ? Et qu’à défaut de l’être, cela saute aux yeux? Et bien là, paf, ça se voit !
 Casa Nova n’est pas exigeante au point de demander le lancement d’un marché de concepteurs ou d’un concours d’architecture pour aménager le dessous d’une passerelle, pas plus que qu’elle ne demande de consulter l’architecte-conseil de la ville sur tous les petits travaux qui se font chaque semaine.
Mais  la qualité d’un paysage urbain n’est pas faite que de la juxtapositions de grands, beaux et rares projets, elle est aussi autant et même bien plus dans la petite architecture ordinaire et les micro aménagements du quotidien : une clôture, une porte de garage, une reprise d’espace public, la requalification d’un bout d’espace vert, un ravalement de façade, etc…autant de petits lieux qui, aimablement composés, participent de la qualité de notre vie quotidienne. A contrario, ces « petits aménagements » peuvent renforcer ou créer un mal-être ambiant lorsqu’ils se limitent à un empilage rustique de fonctionnalités (Voir article sur la place Olivier).
Or, ce suivi du petit quotidien ne peut s’effectuer qu’en interne et visiblement Toulouse Métropole ne mobilise pas ses architectes ou ses paysagistes et les gaspille dans des tâches administratives, étalant ainsi l’inculture des édiles ou de leurs fonctionnaires qui font l’impasse sur la phase de conception en passant directement les commandes aux services chargés de la réalisation et de l’entretien.
On ne peut pas fustiger la fonction publique et en même temps en valoriser les vertus : on la ridiculise donc en l’utilisant à contre emploi pour justifier les privatisations à venir !
Mais les hasards de l’actualité sont sans pitié et un parallèle étonnant peut être fait avec la mise à la location de la salle des Illustres décidée au Conseil Municipal de décembre. Les plus riches pourront se payer les plafonds couverts de fresques de l’Hôtel de ville, pendant que les plus pauvres, ceux qui vivent dehors, ne pourront même plus jouir de l’abri relatif des dessous de ponts.
Car enfin, Messieurs et Mesdames les Maires qui arborent leur catholicisme et leur sens de la charité fraternelle dans le cadre de leur mandat politique et veulent cultiver le folklore de la crèche sur l’espace public, ce n’est pas dans les Mairies qu’il faut installer celle-ci pour être fidèle aux textes religieux, mais bien sous les ponts.C’est aussi sur ce point que se situe notre exigence.