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Kiosques allées Roosevelt: apologie du pastiche ou appel à la création ?

Toulouse est en émoi : la Mairie a laissé entendre que les huit kiosques des allées Roosevelt pourraient être supprimés !

En cette période où l’on ne sait plus trop où est la gauche et où est la droite et à quelles valeurs se référer on s’accroche à une des dernière valeurs fiables (du moins le croit-on) le patrimoine : touche pas à mes briques, enfin là c’est plutôt à mon béton décoré !
Sauf qu’en l’occurrence les kiosques historiques …ils n’ont que dix ans d’âge !
Et on affirme sans savoir, à l’image d’une journaliste de La Dépêche à courte mémoire qui déclare, espérons le avec bonne foi, que « Réalisés en 1925 par l’architecte alors en vogue sur Toulouse, Jean Montariol, ces kiosques de style Art Déco ne sont pas inscrits à l’inventaire des Monuments Historiques mais ils sont situés dans le périmètre sauvegardé. Autrement dit, il serait impossible de les détruire »
Tout faux, Madame, et nous ne pouvons que vous inviter à relire votre propre article de cette même Dépêche du 17 mai 2005 dans lequel vous expliquiez que « trois kiosques, longtemps installés sur les allées Franklin-Roosevelt, sont depuis une semaine implantés boulevard Carnot. Une décision prise par la ville liée aux travaux de semi-piétonnisation de la place Wilson »
Nos mémoires peuvent aussi se rafraîchir en relisant l’article du même journal du 25 novembre 2005 intitulé « le quartier Wilson va retrouver ses kiosques » ou celui fort intéressant du 27 janvier 2005 qui titrait « la guéguerre des kiosques » et précisait que « depuis que cette place centrale a été réaménagée, les huit kiosques traditionnels ont fait leur retour. Mis aux normes et restaurés dans leur apparence d’époque. » 
Le débat sur les kiosques de Roosevelt n’est donc pas nouveau.
En effet pour effectuer les indispensables travaux de réaménagement de l’espace public liés à l’ouverture de ligne B du métro, le sol des allées Roosevelt fut nivelé et recouvert de granit en 2005.
Or pour refaire le sol, il a fallu enlever les kiosques, et comme ceux-ci sont bâtis en béton et donc non transportables sans dommages, il avait fallu se préoccuper de leur avenir et en premier lieu de leur disparition potentielle.
Ces kiosques n’étaient pas protégés au titre de monument historique; en revanche ils étaient et sont encore installés sur des allées qui elles sont bien inscrites à l’inventaire de Monuments Historiques. Et à ce titre tout ce qui est édifié ou supprimé sur leur sol n’échappe pas à l’avis conforme des Architectes des Bâtiments de France, qui furent bien sûr à l’époque consultés sur le sujet. Leur avis conforme, encore vérifiable, fut sans ambiguïté : pas d’opposition à la suppression des kiosques. 
Donc déjà à cette époque et dans leur état d’origine le caractère patrimonial de ces objets n’était pas reconnu par les gardiens du temple !
La question de leur enlèvement pour réaliser les travaux étant réglée, se posait aussi celle de leur reconstruction avec deux questions essentielles à résoudre :
1- Établir une esplanade apte à recevoir le flux prévu des 80 000 piétons par jour attendus au croisement des deux lignes de métro.
2- Édifier des kiosques aptes à répondre aux activités de leurs occupant-es au regard des normes d’hygiène et de sécurité, du règlement d’occupation du domaine public et des besoins des exploitants 
S’il paraissait utile de garder une animation commerciale sur l’esplanade, il était déjà évident que les petits kiosques carrés façon début 20ème, n’étaient plus dimensionnés pour les activités du 21ème siècle et qu’en lieu et place de huit petits objets non fonctionnels, deux ou quatre éléments plus grands auraient été plus appropriés. Les Bâtiments de France n’étaient pas opposés à cette idée sous réserve qu ‘ils soient de bonne qualité architecturale.
Mais alors que nous étions à deux ans d’élections municipales il fut décidé par Jean Luc Moudenc et Jean Jacques Bolzan, de restituer un fac-similé des anciens kiosques : et ceux que nous voyons aujourd’hui ne sont qu’une restitution des anciens kiosques « néo art déco ».201603291898-full
Ainsi fut fait, au grand dam des spécialistes des Affaires Culturelles qui sont toujours opposés aux restitutions à l’identique d’éléments anciens afin notamment d’éviter toute ambiguïté pouvant créer de la confusion dans l’esprit du public. Ce que nous vivons leur donne raison puisque dix  ans après presque tout le monde est convaincu qu’il s’agit bien de kiosques anciens. 
Facétie de l’histoire, Jean Luc Moudenc et son acolyte Jean-Jacques Bolzan, les acteurs de l’époque, d’abord battus aux élections, puis maintenant réélus sont rattrapés par la réalité  ancienne encore aggravée dix ans plus tard:
 1- D’une part  la fréquentation du métro  sera en augmentation du fait de l’allongement prochain des quais de la ligne A, amenant 100 000 personnes par jour sur cette cette esplanade.
 2- D’autre part les kiosques à l’ancienne étant trop petits, ils dysfonctionnent et chacun peut ou a pu constater que l’écailler a entouré son kiosque d’éléments en acier inox aussi massifs que disgracieux, que le marchand de journaux avait apposé un coffre en bois contre le sien pour ranger ses journaux, que le fleuriste étalait ses fleurs bien au delà d’une emprise raisonnable, que les velléités d’installation d’Octave le marchand de glace ont fondu comme neige (glace ?) au soleil face aux exigences réglementaires et aux normes d’hygiène en vigueur, etc …kiosques
Les pouvoirs publics ont de plus en plus de difficulté à accepter la situation illégale générée par les adjonctions diverses autour des kiosques qui perdurent la nuit et fleurissent le jour. Illégales car le règlement municipal d’occupation du domaine public impose de tout ranger chaque soir à l’intérieur des kiosques (et des magasins), chose impossible vu l’exiguïté des kiosques . Par ailleurs la Mairie ne sévit pas car c’est aussi elle qui en tant que propriétaire, et en toute connaissance de cause, établit les contrat de location et en perçoit les dividendes : cette situation schizophrénique n’est supportable que grâce à la segmentation des services, au fractionnement des délégations et à la dilution des responsabilités.
Alors face à une disparition annoncée des vrais faux kiosques, Casa Nova ne hurlera pas avec les loups d’opposition qui font étalage d’ignorance, de clientélisme et d’irresponsabilité (faites votre choix) en demandant leur maintien.
Casa Nova ne fera pas non plus l’apologie de l’équipe en place, qui est seule responsable de cette situation pour avoir fait preuve il y a une décennie d’un conservatisme qui se retourne contre elle aujourd’hui. 

Casa Nova reste critique mais responsable et propose :

D’une part de faire disparaître ces faux kiosques anciens,
qui dysfonctionnent car ils sont trop petits, obsolètes et de moins en moins adaptés aux besoins des usager-es de l’esplanade (1).
D’autre part de reconstruire deux ou quatre beaux kiosques fonctionnels,
de facture contemporaine (2), amovibles pour pouvoir être déplacés sans dommages, et aptes à recevoir en toute légalité et sécurité les activités utiles pour l’animation  d’une esplanade ou se croiseront 100 000 personnes chaque jour. 
Ceci permettrait de reloger tout ou partie des commerces  installés dans les kiosques actuels, et dont le sort préoccupe aussi Casa Nova.
Un des nouveaux kiosque pourrait aussi être utilisé comme « kiosque des initiatives » pour des personnes qui lancent leur activité.
Et en attendant le réaménagement des allées Jean Jaurès, ces constructions pourraient préfigurer l’avenir, en étant confiées après consultation à des créateurs contemporains; elles seraient pour nous symboles d’un engagement dans un avenir créatif, en opposition aux « délices de l’imitation » qui ne sont que perversion de l’esprit, crainte de l’avenir et refus de l’appropriation nouvelle d’un domaine public partagé et non segmenté.
(1) Ce qui n’empêche pas d’en conserver dans un lieu approprié les éléments authentiques au titre de la mémoire.
(2)Des éléments de décor des anciens kiosques peuvent  aussi  être inclus dans une composition architecturale contemporaine, comme ce fut fait aux « Bains -Douche » St Cyprien, transformés  en Mairie annexe.

 

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Palanca : « boîte à outils du développement durable »

 « Penser et agir »:

Dans sa première année d’existence Casa Nova s’est faite connaître par un travail de réflexion politique et d’écriture d’articles relatifs à l’actualité métropolitaine, régionale et nationale : le nombre et la qualité de nos lecteurs nous conforte dans la nécessité de continuer ce travail en lien avec l’actualité.  
Pour autant nous ne souhaitons pas nous limiter à ce rôle de veille et d’analyse. Nous avons une ambition politique claire : préparer ce qui doit succéder à la vie démocratique centrée autour des partis, préparer à gauche ce qui doit succéder à la sociale-démocratie libéralisée.
Casa Nova a donc décidé de chercher à identifier localement des pratiques professionnelles  ou sociales susceptibles d’illustrer ce que pourrait être à ses yeux une économie et une organisation sociale durable et enviable.
Nous nous engageons donc dans une série de rencontres de personnes ou de groupes actifs dans la métropole sur des thèmes divers, ayant peu ou prou réalisés l’amalgame entre l’éthique, la durabilité et l’inventivité que promeut Casa Nova et le pragmatisme nécessaire à une indispensable survie économique.
Chaque rencontre en accord avec les divers protagonistes fera l’objet d’une publication.
Ainsi serons nous en mesure de réaliser un état des lieux, certes non exhaustif mais représentatif, de ce que l’on nomme des communaux collaboratifs, que de nombreux promoteurs du développement durable citent en exemple ou appellent de leurs vœux.
Nous aurons  ainsi identifié sur la métropole toulousaine une série de pratique vertueuses, socle pragmatique d’un programme politique qui pourrait être établi . Nous pourrons également ainsi démontrer que les élites actuelles trouveront bien vite des remplaçants. 

Rencontre avec Palanca :« boîte à outils du développement durable »

Nous avons rencontré l’entreprise Palanca le 12 novembre dernier. Les tueries du lendemain ont naturellement suspendu la publication de cet article, que nous reprenons et publions désormais. L’actualité médiatique de Palanca dans la presse locale nous a rappelé le caractère intéressant de cet exemple de réussite entrepreneuriale.
Nous étions intéressés par les activité de cette structure dont nous avions entendu parler. Cela concernait à la fois  l’objet de son activité, ses modes de production mais aussi  son éthique.
Nous en avons retiré beaucoup d’éléments permettant d’avoir une approche conceptuelle et concrète qui nous ont fait l’effet d’une « bouffée d’oxygène » :
il serait possible de produire de la richesse intellectuelle et des services à la population dans le cadre d’une économie privée, obéissant à des principes éthiques et écologiques et assurant une rentabilité non subventionnée.
Bien sûr que nous en avions l’intuition, bien sûr que nous avions connaissance d’expériences économiques sociales réussies car rentables, mais nous avons là trouvé un exemple particulièrement vivifiant.
Palanca est donc une société coopérative de production (SCOP) qui existe sous cette forme depuis 2012.
Elle est composée de 8 personnes, de profil bac+5, ingénieurs INSA, master en aménagement, docteur en énergie 

Deux activités principales : bureau d’études et conciergerie. 

Bureau d’études :

Ils produisent et assurent des formations, du conseil et des études en développement durable. Palanca propose à ses clients un accompagnement pour la création de cercles vertueux dans des projets de développement durableL’objectif est de faire faire du développement durable aux autres entreprises. Palanca est ainsi prestataire auprès de petites structures en formation, de groupes de constructeurs, de maîtres d’œuvre ou de maîtres d’ouvrage. Ils aident par exemple à positiver les clauses d’insertion souvent vécues seulement comme une contrainte ; ou encore à prendre en compte la RSE(responsabilité sociale des entreprises). Ils proposent également comme prestations des aides à la mutualisation des moyens pour des corps d’état de même activité.

Conciergerie :
Livraison,réparations, visite de courtoisie… il s’agit d’une activité traditionnelle souvent négligée à l’apparence simple, mais qui nécessite des connaissances techniques, beaucoup de bon sens et de « débrouillardise« , ainsi que de grandes qualités humaines.Pouvant aller de l’organisation (dans le même immeuble on peut avoir par jour 5 ou 6 infirmières et autant de kiné qui interviennent séparément) au petit bricolage (un morceau d’adhésif ou le changement d’un joint suffit parfois à solutionner un dysfonctionnement qui ne nécessite pas forcément de déplacer en urgence un professionnel ou le changement d’un appareil). Leurs clients âgés ou isolés leur demandent de sortir leurs conteneurs ou simplement d’assurer une présence rassurante et créatrice de lien. Leurs clients sont essentiellement des particuliers et des entreprises. Les bailleurs sociaux, la Mairie et le CD31, ainsi que Toulouse Métropole jouent un rôle de « facilitateurs bienveillants« .

Organisation, fonctionnement et perspectives :

La structure de SCOP et la nature du travail de Palanca induisent une minimisation du capital et une survalorisation de l’outil de travail.
Le gérant est régulièrement élu sur la base une personne une voix. Concernant la répartition des bénéfices, ils nous indiquent ces proportions: 95% en salaires et 5% en frais de gestion et investissements.
La société, pour les salariés, assure la mutualisation et la mise à disposition de tous les outils de travail, en plus du salaire(sauf les vélos qui sont personnels). Ils tiennent à ce jour au principe d’égalité des salaires (environ 1500€), bien que les niveaux d’études et les compétences ne soient pas les mêmes. Quand on leur demande si cela pourrait évoluer à l’avenir, avec éventuellement une échelle contenant un écart maximum, ils nous répondent que ce n’est pas exclu, mais que ce n’est pas d’actualité. Ils n’y a  pas aujourd’hui de telles revendications parmi eux. Dans le cadre d’une évolution, ils avancent le rapport de 1 à 2 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut. 
Dans le fonctionnement quotidien comme dans les choix plus stratégiques, ils nous indiquent que le principe de transparence totale: tous les salariés savent tout.
Ils sont aujourd’hui basés dans des locaux que leur loue un bailleur social privé, dans le quartier Arnaud Bernard.
Pour la santé économique de l’entreprise, ils nous indiquent que l’équilibre économique de la structure n’est pas aisé mais se révèle possible. Aujourd’hui, la partie bureau d’étude, qui est bien rémunérée, compense la partie conciergerie dont les marges sont plus réduites, du fait des coûts bas qu’ils proposent.L’objectif est tout de même de développer la conciergerie (ils « flairent » là un réel besoin en puissance et l’aspect éthique est central dans leurs choix). Cette volonté de développer la part des revenus de la conciergerie pose des questions d’équilibre financier réels, et ils envisagent de faire appel à de nouveaux collaborateurs ou entreprises et associations sous-traitées ou associées.AlloBernard-630x0
Nous sommes satisfaits de ce que nous avons appris lors de cet entretien, et nous mettons en avant avec bonheur leurs activités qui répond aux exigences de viabilité économique, de réponse à un besoin humain fondamental et aux exigences éthiques de fonctionnement interne du entreprise sociale et écolo.
Leur site : http://palanca.fr/

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Être jeune à Bagatelle:

Casa Nova rencontre Toulouse 12.

 
Les cités, véritables lieux de vie des agglomérations françaises souffrent d’une image très négative du fait de leurs traitements médiatiques et politiques: à Toulouse, le Mirail n’échappe pas à cette règle.
Jeunes en capuches qui traînent toute la journée s’adonnant à des trafics en tout genre, femmes voilées, violentées et réduites au silence par des maris ou des frères tyranniques et endoctrinés, personnes profitant allègrement de la solidarité nationale en utilisant toutes les failles du système pour vivre aisément sans jamais travailler: tels sont les clichés que nous entendons tous et toutes, que nous soyons  de Saint Georges, de Balma, d’Ancely ou d’Empalot...
Ils ne sont pas le fruit du hasard:  une méconnaissance de ces quartiers, très souvent enclavés et loin des centres villes, est nourrie par des médias aux représentations hyper standardisées , ne s’intéressant qu’aux heurts qui les secouent parfois; mais souvent pas davantage qu‘au centre ville. 
Les gouvernements  successifs systématisent des dispositifs qui génèrent à leur tour des catégories (ZEP, DSU, réussite éducative, ZRU, ZFU, PNRU, ANRU, CUCS, ORU, GPV, ZUS…) ignorant les spécificités locales. Or il nous semble illusoire d’englober  sous un même dispositif les cités de Marseille, de Lyon, de Paris ou de Toulouse, Villeurbanne, Verdun, St Denis et Fort de France
Réunis sous une même étiquette les habitants et les travailleurs de ces quartiers, attachés à leur territoire de vie ou de travail  peinent à trouver leur place.
Toulouse,
quatrième ville de France, jeune, dynamique  bénéficie du plus haut revenu médian et colporte l’image de la Toulouse Baudisienne combinant culture occitane, universités, satellites, Airbus, briques roses, Capitole, Garonne et vieux hôtels particuliers. Mais Toulouse c’est aussi Bagatelle, Reynerie, La Faourette, Bellefontaine, autant de jolis noms de quartier, souvent issus de petits châteaux qui parsèment le grand ensemble du Mirail  (« miroir » en occitan) . Ce Mirail qui compte une université, un lac, des châteaux, des pigeonniers, des espaces verts  le reliant à la Ramée et au Touch, est composé en grande partie de logements sociaux, construits au début des années 60 par l’architecte Candilis dans le cadre d’un appel d’offre lancé par le Maire de Toulouse, Louis Bazerque. Le projet du Mirail, plus grande ZUP (zone à urbaniser en priorité) de France,  est établi sur une surface de 800 hectareset conçu comme l’espace de vie idéal des classes moyennes qui se nomment eux mêmes les « Miraliens » . Ils bénéficient d’un cadre de vie verdoyant, d’un appartement tout confort et de services de proximité (école, piscine, centre culturel, magasins).
Mais sous Pierre Baudis qui succèdera à Louis Bazerque, le Mirail  va connaitre la même transformation que la plupart des grands ensembles français : mal desservi, submergé par la marée pavillonnaire des années Giscard qui  le vide des classes moyennes parties en proche banlieue, les logements sont dévolus aux travailleurs, aux familles immigrées en regroupement familial, et aux ménages fragilisés. Le quartier  ainsi ceinturé de pavillonnaire est coupé de la ville et les avenues infranchissables isolent les habitations des équipements (université, lycée, centre commercial…) 
Ce quartier toulousain ,
devient secteur « politique de la ville » à la fin des années 80 : la moitié des habitants sont d’origine étrangère, un actif sur cinq est au chômage et la population est très jeune. En moins de 20 ans le Mirail est devenu le secteur de la ville de Toulouse qui cristallise le plus de peurs et de fantasmes et les cicatrices de l’explosion de l’usine AZF en 2001 sont encore visibles à Reynerie et Bellefontaine. Depuis 2003, le Mirail est au centre d’un grand projet de ville dit« projet du grand Mirail » qui cherche à remodeler  le quartier, en  mettant en œuvre une requalification urbaine: des immeubles sont détruits et d’autres construits autour d’espaces publics recomposés. Mais si le métro a placé le Mirail à moins d’un quart d’heure du centre ville, dans la représentation collective, il reste perçu comme un territoire ou vivent des immigrés, des classes populaires paresseuses, des jeunes inactifs et désœuvrés. 
Mais  il s’agit toujours d’une vision extérieure.
Que pensent les jeunes et des personnes qui y travaillent et quel est leur quotidien? 
Casa Nova Toulouse Métropole propose de « parler du Mirail depuis le Mirail »  et d’y consacrer  des articles qui relatent les rencontres, parcours et propositions issues de ceux qui vivent le Mirail

Première rencontre/Être jeune et vivre à Bagatelle:

 Anissa Lebbad et Omar Chibli ont tous deux vécu à Bagatelle.
Omar y vit encore. Anissa, elle a quitté la cité mais pour s’installer sur un autre secteur du Mirail, pour rester tout de même proche de la famille. Elle y a vécu de 15 ans à 20 ans et se souvient combien la pression était forte sur les filles « tiens toi droite, ne parle pas aux garçons ». Anissa souligne comment les garçons du quartier se retrouvaient dans leur temps libre pour « tenir les murs » pendant que comme beaucoup de filles elle nouait des relations sociales et amicales hors de la cité.  De ce fait elle ne sent pas de réelle affinité avec ce quartier et se dit très contente d’avoir pu s’en extraire et faire l’expérience de milieux sociaux différents
Elle nous décrit ses différentes expériences notamment avec les services d’accompagnement ou d’insertion comme la mission locale « ils nous dévalorisent beaucoup, nous parlent comme si nous n’étions pas en capacité de comprendre les choses » en insistant sur le poids du stéréotype. 
Les  difficultés liées au stéréotype, 
Omar nous en fera également part mais en évoquant son expérience et son parcours scolaire.
Arrivé à l’âge de 7 ans en France, Omar ne parle pas français, ni même arabe car il est berbérophone. 
Tant au collège qu’au lycée, il est scolarisé dans un établissement situé à mi chemin entre Bagatelle et le centre ville et ses envies scolaires ont souvent buté sur des obstacles posés tant par les copains de classe que par l’institution elle même: « au lycée on te tire vers le bas et très vite j’ai vu que je n’avais pas les mêmes délires que les autres ».
Anissa confirme ce sentiment: « moi je n’ai même pas eu le brevet des collèges, on m’a toujours orientée vers les filières professionnelles. Alors j’ai passé un bac pro pour ne rien en faire de spécial ». 
Et chacun ne réagit pas de la même façon face à cette redondance de stéréotypes. 
Anissa, accepte et se dit qu’elle verra plus tard. Omar lui, s’entête et refuse cette orientation vers ce qu’il perçoit comme une voie peu intéressante . Il prend vite conscience qu’être originaire de Bagatelle, partir en bac professionnel, c’est s’enfermer encore un peu plus car le lycée professionnel regroupe majoritairement des élèves du Mirail: « il est préférable que tu sois bon dans un bac pro que mauvais dans un bac général ». Voilà ce qu’entend Omar durant son parcours scolaire, lui qui, bon élève, prouve ses capacités en obtenant facilement un bac S
Mais les stéréotypes pèsent toujours dans l’étape suivante des études supérieures où l‘école lui renvoie à priori qu’il ne peut pas prétendre à entrer dans une école d’ingénieur car le niveau y est trop haut pour lui. Il résiste, se positionne comme un des meilleurs dans les matières scientifiques et décroche facilement un Bac + 5.
Anissa, elle, est revenue plus récemment vers l’université :« quand tu as fait le tour des plans thunes, tu te dis qu’il faut chercher ailleurs, autre chose ». Pour elle,ce sera les arts du spectacle et du théâtre. Elle a trouvé sa place et poursuit brillamment son parcours. 
Tous deux conviennent que chaque parcours est aussi conditionné par les rencontres:
Celles qui motivent et encouragent ou au contraire cherchent à dissuader, mais « ça forge le caractère ».
Si chacun d’eux semble avoir trouvé sa voie par lui même, il ne se sentent pas pour autant désolidarisés du quartier où ils ont leurs attaches familiales et amicales.
Ils ont des idées et mènent des actions.  
Ils constatent qu’il y a de moins en moins d’inclusion sociale  « mes anciens potes, que je vois toujours, ont tous eu des parcours chaotiques, certains ont même fait de la prison ». Omar nous raconte combien intégrer certains codes sociaux ou tenter de lisser des traits stigmatisants est difficile « certains de mes potes quand ils doivent passer un coup de téléphone pour un boulot par exemple, ils me demandent de le faire à leur place; ils trouvent que je parle mieux qu’eux ».  
Omar explique la nécessité « pour les jeunes de quartier d’ouvrir des possibles, travailler sur les rêves ».
C’est pourquoi, avec quelques autres jeunes du quartier qui ont réussi à  faire des études, ils ont monté une association qui intervient dans des établissements scolaires, sur leur temps libre simplement pour dire aux jeunes élèves « vous avez le droit de choisir, nous l’avons fait, vous pouvez le faire. Si tu as besoin d’aide et qu’on peut t’aider… ».  
Cela ressemblerait à une histoire qui finit bien …
Si Omar ne nous relatait pas son expérience du milieu professionnel! Il n’a pas honte de son origine, de son quartier, mais il se confronte régulièrement au racisme ordinaire de ses collègues « on me rappelle régulièrement que je suis musulman, ou on me dit des choses comme « toi tu viens d’ailleurs ». 
Mais, lucide et aguerri par son parcours, il se contente de nous dire : « oui, nous sommes différents. et alors ? ».
Anissa partage ce point de vue mais souligne l’importance de faire un travail individuel, sur soi, pour s’ouvrir des perspectives. Elle a fait un service civique qui lui a aussi donné l’occasion de s’exercer et d’expérimenter.
Elle reste convaincue que s’il est nécessaire d’ouvrir les jeunes à des pratiques culturelles différentes, dans et hors quartier, il est également important de créer des passerelles entre le centre ville et les quartiers. »Pourquoi est-ce  toujours à eux de se déplacer ? Pourquoi ne pas créer de l’évènement culturel d’envergure au Mirail qui ferait venir le centre ville. Ils pourraient alors se rendre compte que le Mirail c’est un endroit comme un autre« 
Pour elle comme pour Omar : « il faut maintenant ouvrir les portes qui nous séparent ».
Comme l’expriment  Anissa et Omar, Casa Nova Toulouse Métropole partage et souligne l’importance de créer des espaces de rencontres festifs et culturels aptes à décloisonner les différents quartiers de la ville, et pour cela soutenir les actions citoyennes portées par des jeunes qui souhaitent s’investir dans la vie de la cité.
Et aussi, maintenir ou plutôt rétablir les lieux de socialisations communs comme le lycée ou les collèges, qui grâce à la carte scolaire ont longtemps permis une mixité scolaire et sociale, retardant la ghettoïsation.
A suivre : une seconde rencontre à Reynerie .
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Arnaud Bernard: le charme et la pagaille

Au début du mois de janvier, le comité de quartier d’Arnaud Bernard diffusait une lettre ouverte adressée aux autorités et élus pour attirer une énième fois leur attention sur les problèmes que connaît ce beau quartier de Toulouse.

Nous disons dès le début de cet article que nous sommes en accord avec l’objet de leur pétition et l’esprit de leurs propositions. Nous nous proposons en outre de contribuer au débat à notre tour.

C’est un beau quartier, Arnaud Bernard.

On y croise du monde aux terrasses, on est à quelques pas de la somptueuse St-Sernin, de la charmante rue du Taur et de la superbe place du Capitole. En dix minutes nous voilà à l’Université, en vingt minutes les pieds sur les berges de la Garonne. Les façades y sont colorées, les gens aussi, les bars sont bruyants et animés, les gens aussi. Sa place manque assurément de verdure, de quelques jeux pour enfants et de bancs, mais elle n’est malgré tout jamais désertée.

C’est un quartier que l’on dit « populaire »,

Car les grandes enseignes de marque n’y sont pas implantées, car vous croisez tous les 10 mètres des vendeurs de produits « fortement taxés » et de produits illicites, car les prix des consommations n’y sont pas élevés, car il y a une véritable vie associative et culturelle. Populaire car il y a de la vie et de la castagne, car il y a le marché, car les prix de l’immobilier y sont encore moins chers que 300 m plus loin en partant vers les Chalets ou vers St-Sernin. Car les tags recouvrent les murs de la minuscule rue Gramat, car le jardin d’Embarthe est charmant, car la place des Tiercerettes fait du bruit.

On le dit populaire car c’est le quartier historique de Toulouse où se sont implantées les différentes vagues d’immigration:
les maraîchers de la campagne qui venaient vendre en ville, les italiens des années 20, la Retirada de ceux et celles fuyant le franquisme, et nos contemporains immigrés d’Afrique du Nord. On le dit populaire car c’est ici que s’est crée l’un des premiers comités de quartier de Toulouse, dans les années 70, lui donnant ce trait démocratique et participatif. On le dit populaire car les marchands de sommeil y firent leur beurre, ce qui poussa à en faire l’une des opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH) dans les années 80.
Voilà ce que contient certainement le terme de « populaire » et chacun retiendra dans ces qualificatifs, ce qu’il trouve péjoratif ou mélioratif. On ne peut pas faire le tri dans cette histoire du quartier, même si l’on peut regretter ou ne pas apprécier certains de ses traits.

Il est clair que les auteurs de cette pétition aiment leur quartier.

Cela se ressent dans leur énergie à demander aux pouvoirs publics de « faire quelque chose », plutôt que de vouloir quitter le quartier. Et c’est parce que nous aussi nous aimons le quartier Arnaud Bernard que nous pensons qu’il est temps de « faire quelque chose ».
Il faut regarder en face la réalité quand ils rapportent les propos machistes et in-sécurisant que subissent les femmes qui traversent le quartier. Elles sont beaucoup à en témoigner et font la différence avec le niveau habituel, dans le reste de la ville, de ces vexations. Il faut regarder en face la réalité de la place du trafic de stupéfiants dans l’économie du quartier, et il n’est pas possible de l’accepter car cette économie souterraine vit de l’absence d’imposition, de l’absence de règles, de la violence de ses acteurs.
Si, à Casa Nova, nous pourrions aborder tranquillement le débat de la légalisation et l’encadrement du commerce du cannabis (comme ceux du tabac et de l’alcool le sont), nous ne pourrions regarder béatement le « deal » avec des yeux complaisants, dans un esprit faussement libertaire ou festif. Ajoutons à ces éléments fiscaux et économiques la question de l’ordre public, qui est troublé par les trafics de stupéfiant et leurs infractions connexes (violences, intimidations, dégradations…)
Nous ne voyons donc pas avec fatalité le lien qui est fait entre le quartier Arnaud Bernard et ses trafics illicites. Nous affirmons la nécessité d’investir de l’énergie dans ce quartier, pour le remettre entre les mains des habitants, des acteurs culturels, des commerçants de proximité et le rendre vraiment agréable aux piétons et piétonnes de passage.
Nous soutenons bien sûr les propositions avancées par le comité de quartier: une intégration du quartier dans les mutations urbaines que connaît la ville de Toulouse, une implication directe des habitants (via leurs instances représentatives) dans la vie et l’aménagement du quartier et une politique de prévention spécialisée et de médiation de rue pour aborder les questions des troubles à la tranquillité avec un esprit d’apaisement et une ambition éducative.

Nous proposons également, et nous en faisons l’annonce ici, qu’un poste de police municipale de proximité soit installé sur la place Arnaud Bernard.

Profitant de son droit de préemption, la mairie pourrait aménager un ou plusieurs actuels locaux commerciaux de rez-de-chaussée pour en faire un poste de proximité aux missions généralistes de police de quartier: guichet pour certaines formalités, accès aux droits, à l’aide aux victimes et à la médiation judiciaire, lieu de stationnement des patrouilles cyclistes et pédestres, bureaux de prise des mains-courantes, salles de réunion pour stages de sensibilisation, etc.
Nous pensons que cette installation d’un poste de police pourrait avoir un effet dissuasif sur ceux qui nuisent à la tranquillité du quartier, et un effet rassurant pour les habitants et les commerçants.
De plus, un projet qui prévoirait également un volet accès aux droits et guichet administratif pourrait contribuer à donner une image généraliste et « service public » à la police municipale.
Enfin, l’intérêt opérationnel est évident: rapidité d’intervention accrue dans les zones piétonnes de l’hypercentre, pour les patrouilles pédestres et cyclistes. La municipalité actuelle aura, à la fin du mandat, doublé les effectifs de la police municipale (objectif de 300 agents, contre 150 auparavant). Nous ne sommes pas favorables à supprimer ces emplois, nous organiserons cependant leur mutation (nous nous interrogeons par exemple sur la nécessité de l’existence d’une brigade motorisée) vers des métiers de « police de proximité » (secteurs d’affectation sur la durée, missions généralistes, patrouilles pédestres et cyclistes…)
Les caméras de vidéosurveillance sont inefficientes (rapport effets/coûts), même si elles peuvent se révéler efficaces ponctuellement (plusieurs affaires ont été résolues et des drames sûrement évités). De plus, elles ont eu un effet « plumeau » sur les lieux de ventes des produits stupéfiants (qui se seraient déplacés sur les boulevards et les rues périphériques du quartier). Nous sommes favorables à leur démantèlement et à l’utilisation des sommes économisées dans le financement du poste de police municipale dont nous proposons la création.12828446_487014861490898_3011313778900659772_o
Casa Nova aime Arnaud Bernard, ses façades, sa proximité du centre-ville, sa chaleur méditerranéenne, son bruit, les terrasses de ses bars et les fresques urbaines de ses murs. Mais le quartier d’aujourd’hui, reconnaissons-le, voit sa convivialité (toujours réelle) ternie par certains commerces et troubles au sentiment de sécurité des passants et des passantes.

Pour une approche anthropologique du quartier:http://framespa.univ-tlse2.fr/actualites/slimane-touhami-arnaud-bernard-ou-quand-l-autre-fait-la-ville-29248.kjsp

loi travail

La jeunesse sera particulièrement frappée par la « loi travail »

El Khomri dit ne pas comprendre les vives réactions de la jeunesse face à son projet de loi du travail,

et trouver « absurde » qu’elle s’en méfie. Elle dit également ne pas avoir le sentiment de trahir la gauche.

Les jeunes descendus dans la rue le mercredi 9 mars ne sont pourtant pas de cet avis.

La jeunesse de gauche s’insurge face à un gouvernement dans lequel elle ne se reconnait pas.

Le tournant libéral que représente la loi travail suscite l’exaspération : les conditions de licenciement sont par exemple allégées. Cela touche tous les travailleurs, mais particulièrement les jeunes qui sont plus souvent employés en CDD et les premiers touchés par le licenciement en raison de leur moindre ancienneté dans l’entreprise. Les contrats de travail deviennent totalement modulables : par exemple les apprentis de moins de 18 ans peuvent travailler jusqu’à 10h par jour, à raison 40h par semaine, sur simple décision de l’employeur.

Cette « flexibilisation » du marché du travail est censée, selon les rédacteurs de la loi, mettre la France sur le chemin de l’Allemagne ou du Royaume Uni, qui affichent des taux de chômage inférieurs au notre.

La question est de savoir si la course à la performance économique vaut le sacrifice des conditions sociales réelles de la population.

Au Royaume-Uni, les 5,5% de chômage sont atteints au détriment des conditions de travail. Le « contrat zéro heure » est souvent décrié, permettant à l’entreprise d’employer sans pour autant garantir du travail à ses employés. Cette flexibilité du travail poussée à l’extrême a des conséquence réelles : en 2013 l’ONG Oxfam estimait que 2 millions de britanniques sont mal nourris, et qu’un parent sur six se prive régulièrement de nourriture pour subvenir aux besoins de sa famille.

En Allemagne la pauvreté a augmenté de 15% en 2013 pour toucher 12,5 millions de personnes. Les clivages régionaux se sont creusés, et le nouveau salaire minimum entré en vigueur début 2015 (8,50€ brut de l’heure) n’augure aucune amélioration de la situation. Le pays atteint des records de pauvreté depuis la réunification de 90. Voilà le fameux « modèle allemand » !

 Faut-il donc accepter la baisse de la qualité de nos conditions d’existence au nom de la poursuite illusoire d’une meilleure compétitivité par ces politiques de l’offre ?

En plus de nous précariser, ces dispositions ne permettront pas d’améliorer la santé économique du pays.

Les jeunes ont l’ambition d’accéder à davantage qu’à un emploi précaire et c’est tant mieux. Les détails du projet de loi peuvent demeurer flous, c’est pourquoi plusieurs ateliers de sensibilisation sont mis en place notamment à l’université Jean Jaurès. Une nouvelle mobilisation est prévue pour le 17 mars, et la discussion continue face à un projet de loi très loin de faire l’unanimité parmi les jeunes.

Enfin, outre la particulière fragilisation des jeunes par cette loi travail, les conditions de travail (et donc d’existence) de tous les travailleurs et travailleuses vont se voir dégradées.

C’est pourquoi Casa Nova s’oppose totalement à cette loi, dans sa philosophie et dans le détail. Il ne faut pas l’amender, il faut la retirer et soutenir des politiques publiques qui relancent notre économie de manière écologique, par la consommation populaire et les investissements publics !