Photographie Cyril Almeras

21 juin, 14 juillet : le retour de l’ a-culture à Toulouse

En seulement deux dates, 21 juin et 14 juillet 2014, la « nouvelle » mairie de la vieille droite toulousaine a démontré l’ancienneté de ses conceptions culturelles et éteint les perspectives d’avenir du rayonnement de celle qui a été toute proche de devenir capitale européenne de la Culture.

Le 21 juin, la mairie a annulé la programmation qui était assurée depuis quelques années par Joël Saurin, le bassiste de Zedba ; programmation que la précédente équipe avait eu le tort de ne pas contractualiser même si dans le milieu musical, les accords tacites avec les tourneurs sont communs.

Deux raisons, entre autres, ont été avancées par l’équipe de Jean-Luc Moudenc : cette affiche était trop lourde financièrement et la « nouvelle » mairie de la vieille Droite toulousaine voulait privilégier des « amateurs ».

Pour ce qui est de privilégier des « amateurs », en effet, nous sommes bien servis avec cette nouvelle équipe. La déprogrammation a été faite de manière brutale, alors que de nombreux artistes toulousains travaillaient et comptaient dessus depuis des mois : El Gato Negro (cumbia), Rémi Panossian (jazz), Sidilarsen (Dancefloor Metal), Undergang (rock-electro), Bernardo Sandoval (flamenco), Anais Constans (chanson lyrique), Kid Wise (pop-rock) groupe qui venait de représenter la région Midi-Pyrénées au Printemps de Bourges…

Toulouse ne serait donc plus fière de ses musiciens ?

En pleine mobilisation des artistes autour du statut précaire des Intermittents, cette annulation du jour au lendemain sur des considérations politiques, témoigne du mépris de la droite toulousaine pour la réalité du milieu artistique en général, et pour la scène talentueuse de notre ville en particulier.

Quant à l’argument « financier », il s’effondre devant la réalité des chiffres : la soirée du 21 juin aura coûté 40 000 € soit 5 000 € d’économies sur la programmation de l’équipe Cohen.

5000 € d’économies le 21 juin… 90 000 € de surcoût le 14 juillet

La programmation du 14 juillet a coûté un bras et deux jambes. 90 000 € rien que pour déplacer l’évènement des Allées Jean Jaurès aux bords de Garonne, une mesure qui ne sert qu’à marquer une différence avec la bonne idée de la municipalité précédente. A 90 000 € la mauvaise idée, le budget de la mairie de la vieille Droite toulousaine va rapidement exploser.

Niveau propositions musicales, nous retrouvons le manque de reconnaissance d’une scène toulousaine accusée de coûter trop cher parce que locale.

Mettre le 21 juin en reflet du 14 juillet est intéressant. Il suffit simplement de regarder la programmation du 14 juillet, purement variété « people ». Où étaient les « amateurs » ?  Maurane, Christophe Mae et Nolwenn Leroy. Pardon, il y avait aussi Amandine Bourgeois, chanteuse révélée dans l’émission culturelle de M6, « la Nouvelle Star » et ayant des liens affectifs avec Tournefeuille (sans doute pour la catégorie « amateurs locaux »)

Aux « gens », la vieille Droite toulousaine a estimé qu’il ne fallait pas proposer des musiques plus riches que celles qui passent sur Chérie FM. Surtout ne pas profiter d’un évènement de masse, qui plus est fédérateur dans sa symbolique, pour permettre l’accès du plus grand nombre à une qualité culturelle plus exigeante que ce que proposent les mass-média. « Du pain et des jeux » comme seul horizon…

Et puis, cette programmation du 14 juillet servira à justifier le budget culture de 2015. Elle est l’exemple type que la musique pour tous n’est pas aujourd’hui la musique de toutes et tous.

Compilation réalisée par Sidilarsen et Undergang
Compilation réalisée par Sidilarsen et Undergang

La musique jouée par les artistes toulousains, ici, maintenant, pourrait être rendue accessible au plus grand nombre, l’aidant à se développer et rayonner, facilitant le rayonnement culturel de notre grande ville.

Mais non, rendormez-vous braves gens. Sur les douces mélopées de Nostalgie.

En affichant une programmation « Variétoche », « people », la mairie annonce clairement ce qui va suivre pour la culture locale. Elle n’est pas désirée, parce que trop coûteuse et trop pro.

Le 21 juin à Toulouse souffre nationalement d’une réputation « apéro géant sans musicien ». La municipalité précédente, en axant son action sur la scène Capitole et en délaissant les quartiers toulousains, a prolongé le souhait des politiques culturelles précédentes et aujourd’hui actuelles, en vendant de la « vitrine » et en délaissant les artistes. Les artistes sont priés de jouer en périphérie dans des villes qui jouent le jeu de l’ouverture aux autres musiques et à l’esprit originel d’une célébration populaire de TOUTES les musiques.

La scène toulousaine n’a jamais été aussi bouillonnante et exportée nationalement et internationalement. La précédente municipalité n’a pas su en prendre la mesure. La vieille Droite toulousaine, elle, a décidé de l’attaquer frontalement.