Pendule Crédit P. Mestre

35 heures : le temps libre et le droit à la ville

Les lubies de ce gouvernement ne dérogent pas des précédents. Sous l’apparence d’une alternance de camp politique, l’orientation économique, sociale et politique reste inchangée. Inchangée ? S’il fallait être honnête – vous l’aurez compris, c’est plutôt notre genre – nous dirions même qu’elle accélère. « Séparation du MEDEF et de l’Etat ! » : le slogan des intermittent-e-s est devenu d’un triste réalisme. C’est le coup d’état permanent d’une poignée sur le grand nombre, la fusion pernicieuse du programme de François Hollande, déjà pas « jojo », et de celui du glouton de l’accumulation de capital, qui asservit les être humains et saccage l’éco-système.

Les négociations franco-allemandes ne semblent pas déboucher sur la remise en cause du primat de la finance, mais plutôt sur la poursuite de son propre programme, la France affichant sa volonté, à travers la voix de son jeune ministre issu des rangs bancaires, de mettre fin à la durée légale de travail, en permettant des « accords » dérogatoires… C’est-à-dire des accords obtenus pistolet sur la tempe dans le contexte d’équilibre des forces entre employeur et salarié.
Or, nous ne pouvons pas imaginer la ville humaine pour laquelle nous militons, sans remettre le travail à sa juste place. Et en le partageant.

Le temps du travail

Dans les « réformes impératives » l’attaque des 35h a une place de choix. Et pour cause, dans un premier temps, elle se matérialise surtout en baisse des salaires. C’est la marge de manœuvre utilisée pour garantir le niveau des dividendes dans un contexte où le productivisme rencontre ses contradictions mécaniques et les conséquences sur notre environnement.
L’industrie a généré sa productivité par la rationalisation du travail et la mécanisation. La richesse produite n’a pas été redistribuée en salaires à l’échelle de sa croissance, cela aurait été légitime dans la mesure où ce sont ceux-celles qui travaillent qui génèrent la richesse. Elle ne s’est pas non plus redistribuée en réduction du temps de travail, dans la mesure où l’on pouvait produire autant en moins d’heures. Ce sont les actionnaires qui ont tiré le plus gros profit de cette transformation de l’industrie.

Il est temps de prendre notre temps en main

Or le travail prend sa source dans la complexification des sociétés qui induit une répartition des tâches. Il a pour but de répondre aux besoins de la société et de ses individus. Le productivisme renverse le schéma en calquant les besoins sur la production dont le but est l’enrichissement d’une minorité.
Pour CASA NOVA, la réduction du temps de travail est une nécessité. D’ailleurs, l’histoire du code du travail, c’est l’histoire de la réduction du temps de travail. Les êtres humains ne sont pas des sujets économiques de production et de consommation. Ils ont le droit au temps libre, celui du jeu, de l’émancipation ou de la citoyenneté. Celui de la liberté en somme. Où est passé le devoir de réserver du temps libre pour la cité ?

Villes : émancipation ou aliénation ?

L’espace urbain est le cœur des sociétés contemporaines. Il concentre de nombreuses activités économiques, culturelles et scientifiques. Il est maintenant pour une grande majorité de nos concitoyens l’espace privilégié de l’émancipation et de la citoyenneté, ou au contraire de leur aliénation. La ville est une construction commune, par l’implication des pouvoirs publics, mais aussi de tous ses habitants, dans leurs quartiers ou leurs associations.
C’est la raison pour laquelle à CASA NOVA, nous préférons dire « bassin de vie » que « territoire » car de la même manière que la République crée la Nation, ce sont ses habitants qui créent la Commune.
Seulement voilà, la ville c’est aussi le lieu d’une course effrénée où les gens courent contre le temps qui semble s’accélérer d’années en années. Nous courons car la ville s’est transformée ainsi. Nos lieux de résidences sont de plus en plus éloignés de nos lieux de travail, de consommation, voire de loisir. Au temps aliénant du travail se rajoute celui des transports et celui de la consommation obligatoire. On éparpille, on disperse, on ventile.

Le droit à la vi(ll)e

Transformer cette fourmilière en une cité qui soit le résultat d’une construction commune demande un autre rapport au temps et à l’espace en ralentissant la ville. La citoyenneté et l’émancipation demandent la libération du temps en raccourcissant les transports, mais aussi en remettant le travail à sa place de nécessité et non de fin en soi, et donc en le réduisant. À quoi nous servent les machines et la technologie, si ce n’est pas pour augmenter le temps passé à devenir meilleur ?
Le droit à la ville, c’est le droit d’y consacrer son temps libre : s’impliquer dans son quartier, faire un potager dans les jardins familiaux, aller au théâtre, en faire, choisir sa consommation, flâner, rencontrer d’autres habitants, donner son avis, apprendre sur son environnement naturel ou le faire découvrir aux enfants…

Nous sommes des citoyen-nes connecté-es

Le libéralisme économique réduit les êtres humains à des acteurs économiques et oublie que nous sommes d’abord des individus dans le collectif, citoyen-ne-s connecté-e-s, parent, ami-e, jardinier ou poète. Les offensives sur le code du travail, qu’il s’agisse de la remise en cause des 35h ou de la précarisation du travail, sont des obstacles à ce droit.
Les conditions matérielles de l’émancipation sont déterminantes, la précarité pousse le quotidien à devenir un test de survie en milieu hostile. Comment s’étonner que les personnes plongées dans cette situation, la tête à peine hors de l’eau, ne puissent s’investir dans la cité ?
CASA NOVA réclame le droit à la vie pour le droit à la ville. Nous suggérons le « pouvoir de vie », au lieu du « pouvoir d’achat », comme critère de développement et progrès. Des alternatives locales existent, qui testent des systèmes de partage et d’échange du temps : il nous appartient de les essaimer à Toulouse. Ou d’en faire émerger de nouvelles.
C’est la raison pour laquelle la défense de la durée légale du travail contre les projets Macron-Gattaz est un impératif, même du point de vue local. Un exemple de l’intrication du global et du territorial qui est au coeur du projet CASA NOVA.

 

Crédit Photo : CharlesDelorme Wikimedia Commons