A l’écoute de Christophe Suquet, enseignant à Empalot

Mercredi 12 novembre, des enseignant-es et des parents d’élèves d’Empalot ont organisé une marche pour demander le maintien des écoles du quartier en « Réseau Education Prioritaire ».
Nous avons souhaité en savoir plus et avons interrogé Christophe Suquet, enseignant d’Empalot syndiqué SUD Education, en lutte pour le maintien des écoles du quartier en Réseau Education Prioritaire.

Sortir Empalot du réseau prioritaire, ça parait ahurissant de prime abord. Comment en arrive-t-on là ?

Le Ministère a décidé de revoir la carte scolaire de l’Éducation Prioritaire. Un des nouveaux critères qui entre en ligne de compte pour que les écoles primaires restent dans ce dispositif est que le collège de secteur auquel les écoles sont rattachées soit en Éducation prioritaire. Or, cela n’a jamais été le cas depuis que le dispositif a été mis en place à Empalot. Et c’est heureux, comme ça, les élèves qui sortent d’Empalot vont dans des collèges « mixtes ».

Mais les écoles elle-mêmes ont besoin de rester dans le réseau ! La population n’a pas changé, la situation des habitants du quartier s’est même dégradée; donc il n’y a aucune raison de sortir de ce dispositif.

Ce mouvement dessine-t-il une solidarité parents-enseignants?

Bien sûr ! C’est enfin un moyen de rencontrer les parents hors moments institutionnels, et on se rend compte que les parents comptent énormément sur l’école. Comme il m’a été dit à plusieurs reprises, dans le quartier d’Empalot, il n’y a rien à part les associations et les écoles.
Ils y attachent beaucoup d’importance et ont le sentiment d’être abandonnés.

Comment la mobilisation s’est construite?

La mobilisation s’est construite très rapidement,  quand nous avons appris cette nouvelle, personne n’y croyait. Empalot est un quartier dense avec 6000 habitants, un grand village… Et il y a environ 600 élèves dans le quartier donc presque 600 familles concernées.

Qu’est-ce que les mesures liées au REP apportent aux élèves ?

  • Avoir moins d’élèves par classe pour pouvoir aider les élèves en difficulté, c’est un dispositif Education Prioritaire.
  • Avoir des moyens financiers pour organiser des sorties ou acheter du matériel pédagogique, c’est un dispositif Education Prioritaire.
  • Avoir des enseignants surnuméraires (plus de profs que de classes), pour faire de la co-animation ou travailler en petits groupes, c’est un dispositif Education Prioritaire.
  • Pouvoir scolariser les enfants de moins de 3 ans, ce qui peut éviter l’échec scolaire, c’est aussi un dispositif Education Prioritaire.

Enlever ces moyens va encore moins motiver les enseignants qui ne sont pas légion à vouloir venir travailler dans ces quartiers.
De plus, quitter l’Éducation Prioritaire a des conséquences plus larges : le personnel mairie n’aura plus de primes (Atsem, dames de services, médiathèques,..), les associations de quartier également*…

Merci Christophe Suquet.

* Ce dernier point ne sera pas exact au regard des futures règles de la politique de la ville prévoyant que le zonage ne dépend plus que des seuls indicateurs sociaux