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A propos des violences policières.

Police : anges ou démons ?

Ce 18 mai 2016 les policiers manifestent pour faire entendre aux citoyens et au pouvoir politique la dégradation de leurs conditions de travail, et plus précisément une certaine « haine anti-flics » qu’ils constatent dans les dernières manifestations contre la loi travail.
Casa nova assume d’emblée que les policiers et gendarmes (qui n’ont pas le droit de manifester) ont raison : leurs conditions de travail sont inacceptables.
Sous les coups des réductions des effectifs, de Sarkozy à Hollande, et des exigences liées à Vigipirate et à l’état d’urgence, les unités de proximité et de maintien de l’ordre ont vu leurs « cadences » s’accélérer considérablement, pour atteindre un niveau de fatigue et d’exaspération rarement constaté dans leurs rangs.
Suite aux attentats, le gouvernement a annoncé le recrutement de policiers et gendarmes, et l’annulation de certaines suppressions dans l’armée, mais cela ne suffira pas à combler notamment les 12 000 postes supprimés par Sarkozy (dans la police et la gendarmerie).
Nous sommes favorables au recrutement  de policiers et de gendarmes, pour bâtir une vraie police de proximité (postes locaux, missions généralistes, affectation durable, ancrage dans le corps social…)
Nous sommes favorables à l’utilisation prioritaire de nos moyens de police pour la lutte contre les réseaux criminels transnationaux : trafics de drogue, d’armes, traite d’êtres humains et entreprises terroristes.
 Les forces de maintien de l’ordre doivent être utilisées à la hauteur de leur savoir-faire et de ce qui fondent leur existence : garantir l’expression démocratique des citoyens, travailleurs et corporations, dans les limites du respect de l’ordre républicain.
C’est-à-dire que les manifestations pacifiques et autres modalités d’action ne mettant pas en danger les personnes et la sécurité du pays (occupations de places, de locaux et de logements, blocages de lieux de production et d’échange, etc) doivent être résolues par la voie démocratique, selon le rapport de force instauré.
Les CRS et gendarmes mobiles ne doivent plus être utilisés comme des empêcheurs de manifester ou des casseurs d’actions politiques.
C’est ici que nous rejoignons l’inquiétude vivement exprimée par la plupart des responsables, commentateurs et témoins sérieux : la brutalité du maintien de l’ordre dans les manifestations de ces derniers jours atteint un niveau très inquiétant. Même s’il convient toujours de prendre avec prudence les images et témoignages, il est flagrant que l’emploi de la force est disproportionné, compte-tenu des troubles réels à l’ordre public.
Il est tout d’abord possible d’expliquer cette brutalité par des facteurs culturels propres aux institutions policières: du côté de l’ordre et sociologiquement plutôt conservatrices, elles sont composées d’individus peu enclins à soutenir des appels au changement de régime ou à la lutte contre le  libéralisme.
Certains éléments utilisent donc leur « liberté de taper » pour passer leurs nerfs sur des manifestants bien éloignés politiquement.
De plus, les conditions de travail difficiles évoquées plus haut (suspension des congés, vacations répétées et longues) peuvent aisément expliquer la nervosité et la brutalité de certains fonctionnaires de police et militaires de gendarmerie qui en perdent souvent leur sang-froid et leur discernement, quand ils ne franchissement pas ouvertement les limites de la légalité (individus frappés alors qu’ils sont menottés, individus frappés à plusieurs alors qu’ils pourraient être maîtrisés par d’autres moyens, etc). Dans ces conditions de travail nous incluons bien évidemment la dangerosité du métier: les jets de pierre, de cocktails Molotov et l’utilisation de barres de fer par des casseurs présentent des dangers évidents.
Qui, parmi nous, risque d’être blessé ou de mourir chaque jour qu’il se rend à son travail ?
Enfin, nous soulignons la responsabilité particulière du pouvoir politique, du Président de la République qui ordonne, jusqu’aux Préfets en passant par le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur.Le pourrissement de la situation et la brutalité policière sont le fruit de consignes particulières ou d’absence de consigne pacificatrices et de retenue.
Heureusement, les chefs de dispositifs et les unités obéissent au pouvoir politique : c’est ce que nous attendrions également d’eux si la gauche progressiste était au pouvoir.
Il suffirait d’une note ministérielle interne pour faire redescendre la tension et enfin pouvoir assister à des manifestations pacifiques sans danger pour les manifestants, dans lesquelles seuls les casseurs bas-du-front seraient visés par les charges de CRS et de gendarmes mobiles. Ces derniers joueraient alors le rôle qui est attendu d’eux : garantir la sécurité des personnes qui manifestent et de celles qui vivent aux abords des parcours autorisés.
Des voix s’élèvent dans les rangs de la police pour dénoncer cette utilisation anti-démocratique du maintien de l’ordre.
Nous savons que des éléments progressistes contestent en interne ces méthodes d’emploi de la force.
Est-ce que la manifestation de ce jour porte sur ces revendications ? Il semblerait que non.
Les membres de Casa nova sont opposés à la loi Travail, à l’usage du 49.3 et à la répression du mouvement social par le gouvernement PS, qui espère rendre impopulaire le mouvement, pour faire passer aisément sa loi perverse, inutile et rejetée par les français.
Nous craignons également que, dans ce climat de brutalité policière et de tension dans le corps social, tout cela se finisse tragiquement, et le pouvoir devra alors assumer.