Aire de Montredon Toulouse Moudenc

Aire de grand passage à Toulouse : nouveau passage à vide pour la droite

Depuis 14 ans, la loi (Louis) Besson oblige les villes de plus de 5 000 habitant-es à assurer un accueil correct des populations nomades ; ce qui leur permet dès lors de lutter contre les campements sauvages.

Cette règle confirmée par droite et gauche, se heurte régulièrement à l’opposition des riverains, ces fameux Nimby (« Not in my backyard ») qui refusent tout ce qui est nouveau et a fortiori pas comme eux… Et quelquefois, les politiques s’engouffrent dans la brèche, jouant allégrement sur les peurs les plus obscures.

Cette obligation légale est nécessaire pour encadrer une réalité de terrain : les gens du voyage viendront de toute manière (pèlerinage religieux, fête …) alors, autant gérer au mieux leur venue. En effet, lorsque la ville ne dispose pas d’outils pour les accueillir dignement, les gens du voyage s’installent où ils peuvent, choisissant un terrain adéquat, public ou privé. Il arrive quelquefois que les conséquences soient financières et que des réparations soient à envisager, toutes payées par le contribuable ; ce fut le cas lors de l’occupation de l’Oncopole pour une somme de 100 000 €.

A Toulouse, l’offre en aire de stationnement est faible et il n’existe aucune aire de grand passage. L’Etat a ainsi obligé la communauté urbaine à répondre à ces enjeux, en implantant 2 aires de grand passage sur son territoire, dont une sur la ville de Toulouse.

En 2011, l’équipe Cohen prend le sujet à bras le corps, dans une optique volontariste pour résoudre une situation collective devenue intenable pour ces populations comme pour les Toulousain-es. A noter le courage politique de l’équipe Cohen qui assume dès le départ cette position républicaine tout en sachant pertinemment que cela ne lui rapportera rien électoralement parlant.

Le choix se porte sur Gabardie-Montredon, un terrain vague et boisé, enclavé, en bord de rocade, avec toute la logistique (eau, électricité) et un accompagnement social organisé, notamment un suivi pour limiter les nuisances. En septembre 2011, la délibération est présentée à la Métropole et adoptée à l’unanimité absolue des votants (dont Jean-Luc Moudenc).

Sauf que les riverains s’en mêlent, un collectif se monte, jugeant ne pas avoir été consulté, des pétitions se signent, des rumeurs de fermeture d’entreprise et de suppression emplois apparaissent…  La situation s’envenime. Les riverains proposent des sites alternatifs, les sachant impossibles ou hors d’atteinte. C’est à ce moment-là que la situation échappe à la mairie : sur la défensive, elle s’arc-boute sur sa position, jugeant « innégociable » le site choisi et multiplie, a posteriori, les réunions avec les riverains, sans convaincre.

La droite s’engouffre dans la brèche, juge alors que le site n’a pas été suffisamment étudié et s’engage auprès des riverains à le faire fermer, quoi qu’il en coûte. Un tract anonyme apparait même dans les boites aux lettres pendant l’élection…

L’échec de la gauche : un problème de méthode évident

Le débat pouvait–il être réalisé en amont pour désamorcer la crise ? Sur des sujets aussi épineux, rares sont les élu-es qui s’y frottent. Pour autant, l’équipe Cohen a tout simplement loupé l’étape la plus importante quand on porte un projet de gauche, celle de la conviction.

Pour avoir assumé le projet avec trop de rigidité, voire du mépris ou en tous cas une pédagogie lacunaire, pour ne pas avoir voulu en faire un vrai débat de société, mais un simple sujet de quartier, pour ne pas avoir clairement exprimé l’importance d’un tel projet pour la ville et la métropole, le sujet s’est enkysté dans une chaussure socialiste devenue bien trop étroite.

La gauche sait pourtant que pour gagner ses combats face aux forces conservatrices, elle doit toujours assurer ce travail de conviction et le porter sans ambages ni fioritures devant l’agora populaire.

Le contexte national, franchement hostile aux gens du voyage n’a pas aidé et a renforcé le sentiment d’insécurité. Les méthodes niçoises, la montée du Front National, accompagné des relents du débat sur l’identité nationale cher à Sarkozy ont fortement accentué les fantasmes, favorisant petit à petit un rejet rampant de l’autre.

Enfin, le simple fait que cette question soit restée ancrée sur un quartier, et n’a jamais été assumé comme un véritable débat de société : le débat est resté complètement bloqué sur la dimension du conflit de voisinage et n’a jamais réussi à le dépasser.

Quant à la droite, elle a eu recours à une solution simpliste, la solution de facilité : « vous ne voulez pas de gitans chez vous, nous non plus » voici l’argumentaire entendu. Tout en se gardant bien de dire où elle souhaiterait implanter cette aire de grand passage.

La Droite face à ses contradictions : démons populistes et chocs du réel

Campagne gagnée, Capitole reconquis, Métropole à terre, la droite de Jean-Luc Moudenc reprend le dossier et demande au conseil communautaire de rejeter le site de Montredon.

Et là, surprise, le vote est négatif, alors qu’elle pèse la majorité des voix…

Que s’est-il passé ?

Jean-Luc Moudenc aurait donc été trahi par les siens, ces élu-es de la métropole qui n’auraient pas voulu voir cette aire sur leur commune, ou juste rappeler le vote unanime précédent, ou alors serait-ce une tactique politicienne à plusieurs bandes ?
Hypothèses en suspens, doute dans l’esprit, certains éléments sont cependant sûrs : Oui, M. Moudenc a flatté les peurs des habitants, s’engageant à fermer ce site, sans pour autant proposer de solution alternative. En faisant cela, il veut clore le débat.

Il ne peut tout simplement pas assumer d’enlever cette aire de Montredon pour la mettre ailleurs, car il s’agissait, comme le disait son vote favorable de 2011, du meilleur site sur la ville. Au sens politique des responsabilités, Jean-Luc Moudenc préfère la stratégie de l’autruche, cachant un débat aux Toulousain-es pour ne pas avoir à le résoudre, reportant la faute sur la Métropole.

Pour autant les conséquences seront importantes car les gens du voyage continueront de s’installer n’ importe où sur la ville et la note sera payée pour les Toulousain-es : qu’ils en soient conscient-es, car année après année, elle va devenir salée.

Sans aire, la ville se met ainsi dans l’illégalité : elle ne respecte pas ses obligations républicaines, bafoue les droits de ces populations nomades et s’expose à des amendes devant les tribunaux.

Mais le véritable coût sera politique : en laissant une telle situation pourrir, en laissant perdurer dans l’illégalité la venue des gens du voyage, la droite va développer les comportements populistes les plus sombres dans la population, jouant sur cette précarité pour solidifier un certain électorat.

La suite ?

Suite au vote communautaire, qui a de nouveau validé l’aire de grand passage de Montredon, la droite municipale est bloquée. Soit elle accepte le vote, et dans ce cas-là, elle trahit sa promesse de campagne, soit elle suit sa promesse, et alors, elle devra indiquer où et comment sera positionnée cette aire de grand passage.

Sauf qu’aujourd’hui, trouver un site alternatif sur la ville de Toulouse sera très difficile, et les habitant-es s’appuieront alors sur la « jurisprudence » Montredon : autant dire qu’il sera très difficile de faire accepter une aire de grand passage durant ce mandat.