Je suis Charlie vu de Toulouse, qu'attendre de Jean-Luc Moudenc ?

Après la tempête, que pourrions nous espérer d’un Maire d’envergure ?

Après le temps de l’émotion et de la commémoration, le temps de l’action est indispensable face aux attentats terroristes visant Charlie hebdo, un supermarché casher, des policier-es et passants. On juge les gens à travers leur attitude dans les moments difficiles.

Avant d’aborder l’action, revenons rapidement sur le temps de la commémoration qui a marqué une nouvelle fois la séparation entre les élu-es et la population. Ainsi, Monsieur Moudenc s’est illustré, il est vrai avec énormément d’élu-es de gauche et de droite, en scissionnant le cortège pour aller se faire photographier devant le monument aux morts, piétinant l’esprit populaire et non partisan de la marche, et essayant de s’y  « refaire la cerise » (inutilement, qui est dupe encore de ce genre de choses en de tels moments de gravité ?). La communication, d’abord, toujours, encore. Le réflexe de récupération, vulgaire au regard des circonstances.

Cette démarche de séparation ne peut que convaincre Casa Nova de son intuition de départ : la nécessité de refondre entièrement la conception de la politique. La fuite dans le fanatisme religieux a aussi pour racine la désertion du politique ici et maintenant, dans un monde réel et partagé. Nos élu-es ne peuvent plus proposer de débouchés aux aspirations de la jeunesse. Nous en vivons le paroxysme avec le djihadisme.
Que peut-on donc attendre de notre Maire ? Jean-Luc Moudenc a fait  imprimer des affiches pour les abri bus et une bâche, certes. Mais qui ne l’a pas fait ? Une journaliste de France 2 en est à réclamer que l’on traque ceux et celles qui se sont exemptés de dire « je suis Charlie ». Rien de probant donc, nous attendons beaucoup plus, et ce qui s’est passé en appelle à l’inédit, à une réaction qui engage tout le monde, y compris les collectivités, qui bien entendu ne détiennent pas toutes les clés. Personne d’ailleurs, ne les possède à lui-elle seul-e. Mais nous attendons tout de même de sa part des actes.

Première ligne

Sans doute d’abord d’aller, ainsi que son conseil municipal, auprès des habitant-es les plus concerné-es. D’aller dans les écoles ou le débat a été difficile pour porter un message républicain. D’aller dans les quartiers préoccupés par le djihadisme pour porter une autre parole et affirmer aux habitant-es qu’ils et elles ne seront pas condamné-es au repli, qu’ils et elles sont toulousain-es comme les autres. D’aller vers les lieux de culte concernés, publiquement, pour affirmer le refus de la haine politico-religieuse.
Ensuite, nous pourrions espérer une grande affirmation laïque. La Mairie pourrait expliquer à travers ses nombreux services à la population pourquoi elle est laïque, ce que ça signifie. La laïcité se défend, elle se répand, elle est un combat idéologique. Elle a un sens profond, précis, qui est détourné, falsifié par les intégristes, transformé en agression contre une religion, l’islam, ce qui est mensonger.
La laïcité française est fille des guerres de religion, elle est la solution qui s’est imposée après ces horreurs. C’est l’anti Saint-Barthélemy. C’est le moyen de cohabiter dans la Cité, avec des philosophies différentes. Un Maire doit être au premier rang pour expliquer et défendre cette idée. Auprès des personnels, des usager-es. Pas en les montrant du doigt mais en leur démontrant que la laïcité les protège. Mais nous savons que Monsieur Moudenc a tendance à être laïque pour une seule religion, il n’a pas compris que cela concernait toutes les croyances. Ce serait un bien mauvais pédagogue de la cause.

 Radical : prendre les problèmes à leur racine

Le Maire pourrait clarifier son projet en matière de crèches (on ne sait pas ou il va depuis la campagne)  pour aller vers l’universalité d’accès, un jour. Il aurait aussi pu dire qu’il allait continuer à développer des lieux de soutien à la parentalité (essentiel, mais là aussi, on ne sait rien).
La petite enfance est un moyen essentiel pour attaquer nos maux à la racine. Les enfants y montrent spontanément que vivre tous ensemble n’est pas un souci. Leurs parents se rassemblent autour de ce qui est le plus unificateur, l’enfance (comme c’est le cas avec les solidarités autour des enfants expulsés). Les enfants en souffrance, dans les structures, vivent l’expérience d’une autre relation possible que celle, compliquée, qui les oriente vers la souffrance et le vide : les carburants du sectarisme religieux. Les femmes isolées y renouent des liens déterminants. C’est un lieu de mélange extraordinaire. C’est d’abord là que beaucoup se joue, dans la qualité de la construction des liens.
Nous aurions aimé voir le Maire dire partout que son objectif aurait été de permettre à chaque jeune toulousain-e de « sublimer » ses passions, d’éviter le vide en soi qui expose au sectarisme intégriste, en accédant à la culture, à la pratique artistique, au sport. En se mêlant aux autres, c’est à dire à celui qui n’est pas moi, qui n’est pas comme moi. Mon lointain pas seulement mon prochain.
Il aurait pu aller conforter de paroles de mobilisation les personnels des CLAE, en proie aux doutes qu’on a vus mis en évidence, comme tous les acteurs de l’éducation. Il aurait pu sans tomber dans la surenchère sécuritaire apporter un soutien public aux Agents de Surveillance de la Voie Publique et policier-es municipaux inquiet-es et soucieux/ses des conditions d’exercice de leurs missions
Nous aurions aimé un Maire au front social, politique, culturel, expliquant que nous faisons cité. Que nous constituons un corps politique où chacun-e peut et doit s’engager, prendre des responsabilités, ne pas attendre que tout vienne spontanément. Point besoin de fuite dans des délires fanatiques. Ici et maintenant il est possible d’agir pour donner un sens à sa vie, avec les autres. Mais quand on a joué la carte clientéliste sans cesse, pourquoi tiendrait-on ce discours de mobilisation et de responsabilité citoyenne ?

 Une coïncidence : on renégocie un contrat de ville

Nous aurions aimé un Maire allant dire aux quartiers en difficulté qu’il allait se battre pour une politique de la ville audacieuse, alors que les contrats de ville sont en re-discussion (la mairie ne dit rien à ce sujet). Qu’enfin les habitant-es auront place dans ce processus (la loi prévoit le tirage au sort d’habitant-es à consulter. Sera ce le cas ?). Nous aurions voulu voir un Maire disputer le terrain aux islamistes.  Nous aurions voulu voir un Maire expliquer que la rénovation urbaine se poursuivra et qu’on ne laissera pas les couches populaires à l’abandon.
Photo du profil public Facebook de Philippe Saurel
Photo du profil public Facebook de Philippe Saurel

Nous n’avons pour l’instant rien vu de tout cela. Nous n’avons pour l’instant vu qu’un Maire inaugurer un tramway à Montpellier. Situation schizoïde car ce même Maire arrête les projets de tramway dans sa ville.

 

Notons que nous aurions pu attendre de notre Maire la semaine suivant les attentats une présence auprès d’un certain nombre de personnels municipaux et non à Montpellier même si la collaboration entre les deux métropoles est importante dans le contexte de la fusion des Régions. Que signifie donc cette escapade ? Nous ne comprenons pas ce choix d’agenda, qui en dit peut-être long sur notre Maire.

Nous avons donc vu une Mairie qui disait être Charlie.
Et au delà des mots ? Notre Mairie saura t-elle agir autrement que par le performatif, cette idée saugrenue selon laquelle les mots transforment d’eux-mêmes la réalité ?