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Arnaud Bernard: le charme et la pagaille

Au début du mois de janvier, le comité de quartier d’Arnaud Bernard diffusait une lettre ouverte adressée aux autorités et élus pour attirer une énième fois leur attention sur les problèmes que connaît ce beau quartier de Toulouse.

Nous disons dès le début de cet article que nous sommes en accord avec l’objet de leur pétition et l’esprit de leurs propositions. Nous nous proposons en outre de contribuer au débat à notre tour.

C’est un beau quartier, Arnaud Bernard.

On y croise du monde aux terrasses, on est à quelques pas de la somptueuse St-Sernin, de la charmante rue du Taur et de la superbe place du Capitole. En dix minutes nous voilà à l’Université, en vingt minutes les pieds sur les berges de la Garonne. Les façades y sont colorées, les gens aussi, les bars sont bruyants et animés, les gens aussi. Sa place manque assurément de verdure, de quelques jeux pour enfants et de bancs, mais elle n’est malgré tout jamais désertée.

C’est un quartier que l’on dit « populaire »,

Car les grandes enseignes de marque n’y sont pas implantées, car vous croisez tous les 10 mètres des vendeurs de produits « fortement taxés » et de produits illicites, car les prix des consommations n’y sont pas élevés, car il y a une véritable vie associative et culturelle. Populaire car il y a de la vie et de la castagne, car il y a le marché, car les prix de l’immobilier y sont encore moins chers que 300 m plus loin en partant vers les Chalets ou vers St-Sernin. Car les tags recouvrent les murs de la minuscule rue Gramat, car le jardin d’Embarthe est charmant, car la place des Tiercerettes fait du bruit.

On le dit populaire car c’est le quartier historique de Toulouse où se sont implantées les différentes vagues d’immigration:
les maraîchers de la campagne qui venaient vendre en ville, les italiens des années 20, la Retirada de ceux et celles fuyant le franquisme, et nos contemporains immigrés d’Afrique du Nord. On le dit populaire car c’est ici que s’est crée l’un des premiers comités de quartier de Toulouse, dans les années 70, lui donnant ce trait démocratique et participatif. On le dit populaire car les marchands de sommeil y firent leur beurre, ce qui poussa à en faire l’une des opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH) dans les années 80.
Voilà ce que contient certainement le terme de « populaire » et chacun retiendra dans ces qualificatifs, ce qu’il trouve péjoratif ou mélioratif. On ne peut pas faire le tri dans cette histoire du quartier, même si l’on peut regretter ou ne pas apprécier certains de ses traits.

Il est clair que les auteurs de cette pétition aiment leur quartier.

Cela se ressent dans leur énergie à demander aux pouvoirs publics de « faire quelque chose », plutôt que de vouloir quitter le quartier. Et c’est parce que nous aussi nous aimons le quartier Arnaud Bernard que nous pensons qu’il est temps de « faire quelque chose ».
Il faut regarder en face la réalité quand ils rapportent les propos machistes et in-sécurisant que subissent les femmes qui traversent le quartier. Elles sont beaucoup à en témoigner et font la différence avec le niveau habituel, dans le reste de la ville, de ces vexations. Il faut regarder en face la réalité de la place du trafic de stupéfiants dans l’économie du quartier, et il n’est pas possible de l’accepter car cette économie souterraine vit de l’absence d’imposition, de l’absence de règles, de la violence de ses acteurs.
Si, à Casa Nova, nous pourrions aborder tranquillement le débat de la légalisation et l’encadrement du commerce du cannabis (comme ceux du tabac et de l’alcool le sont), nous ne pourrions regarder béatement le « deal » avec des yeux complaisants, dans un esprit faussement libertaire ou festif. Ajoutons à ces éléments fiscaux et économiques la question de l’ordre public, qui est troublé par les trafics de stupéfiant et leurs infractions connexes (violences, intimidations, dégradations…)
Nous ne voyons donc pas avec fatalité le lien qui est fait entre le quartier Arnaud Bernard et ses trafics illicites. Nous affirmons la nécessité d’investir de l’énergie dans ce quartier, pour le remettre entre les mains des habitants, des acteurs culturels, des commerçants de proximité et le rendre vraiment agréable aux piétons et piétonnes de passage.
Nous soutenons bien sûr les propositions avancées par le comité de quartier: une intégration du quartier dans les mutations urbaines que connaît la ville de Toulouse, une implication directe des habitants (via leurs instances représentatives) dans la vie et l’aménagement du quartier et une politique de prévention spécialisée et de médiation de rue pour aborder les questions des troubles à la tranquillité avec un esprit d’apaisement et une ambition éducative.

Nous proposons également, et nous en faisons l’annonce ici, qu’un poste de police municipale de proximité soit installé sur la place Arnaud Bernard.

Profitant de son droit de préemption, la mairie pourrait aménager un ou plusieurs actuels locaux commerciaux de rez-de-chaussée pour en faire un poste de proximité aux missions généralistes de police de quartier: guichet pour certaines formalités, accès aux droits, à l’aide aux victimes et à la médiation judiciaire, lieu de stationnement des patrouilles cyclistes et pédestres, bureaux de prise des mains-courantes, salles de réunion pour stages de sensibilisation, etc.
Nous pensons que cette installation d’un poste de police pourrait avoir un effet dissuasif sur ceux qui nuisent à la tranquillité du quartier, et un effet rassurant pour les habitants et les commerçants.
De plus, un projet qui prévoirait également un volet accès aux droits et guichet administratif pourrait contribuer à donner une image généraliste et « service public » à la police municipale.
Enfin, l’intérêt opérationnel est évident: rapidité d’intervention accrue dans les zones piétonnes de l’hypercentre, pour les patrouilles pédestres et cyclistes. La municipalité actuelle aura, à la fin du mandat, doublé les effectifs de la police municipale (objectif de 300 agents, contre 150 auparavant). Nous ne sommes pas favorables à supprimer ces emplois, nous organiserons cependant leur mutation (nous nous interrogeons par exemple sur la nécessité de l’existence d’une brigade motorisée) vers des métiers de « police de proximité » (secteurs d’affectation sur la durée, missions généralistes, patrouilles pédestres et cyclistes…)
Les caméras de vidéosurveillance sont inefficientes (rapport effets/coûts), même si elles peuvent se révéler efficaces ponctuellement (plusieurs affaires ont été résolues et des drames sûrement évités). De plus, elles ont eu un effet « plumeau » sur les lieux de ventes des produits stupéfiants (qui se seraient déplacés sur les boulevards et les rues périphériques du quartier). Nous sommes favorables à leur démantèlement et à l’utilisation des sommes économisées dans le financement du poste de police municipale dont nous proposons la création.12828446_487014861490898_3011313778900659772_o
Casa Nova aime Arnaud Bernard, ses façades, sa proximité du centre-ville, sa chaleur méditerranéenne, son bruit, les terrasses de ses bars et les fresques urbaines de ses murs. Mais le quartier d’aujourd’hui, reconnaissons-le, voit sa convivialité (toujours réelle) ternie par certains commerces et troubles au sentiment de sécurité des passants et des passantes.

Pour une approche anthropologique du quartier:http://framespa.univ-tlse2.fr/actualites/slimane-touhami-arnaud-bernard-ou-quand-l-autre-fait-la-ville-29248.kjsp