La laîcité à la sauce Moudenc Toulouse

Au Capitole, la laïcité n’est plus en odeur de sainteté

Suite à l’affaire Merah, le conseil municipal du 24 mai 2013 créait officiellement le Conseil de la Laïcité de Toulouse. Ce conseil, composé des représentant-es de tous les cultes et d’associations de défense du principe de laïcité tel que la Ligue des droits de l’Homme et certaines obédiences maçonniques, s’est réuni régulièrement et a travaillé sur la question de la laïcité et ce, jusqu’à l’élection du nouvel édile de la ville, Jean-Luc Moudenc.
En effet, aucune nouvelle de ce conseil depuis le 30 mars dernier. Pire, sur le site de la mairie de Toulouse, on ne trouve même plus la page dudit conseil qui a été supprimée. Cette page précisait pourtant l’été dernier que ce conseil prendrait une nouvelle forme très bientôt, quel « teasing » ! Depuis, silence radio à propos de cette assemblée qui avait pourtant produit des éléments de réflexion significatifs sur un sujet aussi décisif que celui la laïcité.
Certes, il y a débat, depuis longtemps à gauche, sur le contenu même de la laïcité, et ce débat traverse naturellement Casa Nova. Une partie d’entre nous considère, avec force argument, que la laïcité étant l’affaire de tous et de toutes, elle n’a pas à être abordée dans un conseil de ce type, même s’il comporte des libres penseurs.  Les questions relatives aux cantines par exemple, n’ont pas à être préemptées par des représentants d’églises.
Toutefois, nous parlons d’une collectivité, dont nombre de missions concernent plus ou moins directement les cultes : possession en patrimoine de certains lieux de culte par exemple, mais aussi questions liées à l’abattage, droit de l’urbanisme… Des interactions existent donc de fait, et qu’elles soient encadrées dans un organe portant le beau nom de laïcité n’est pas en soi un problème.
Ce n’est pas au titre d’une conception extensive de la laïcité, en tous les cas, que Monsieur Moudenc ne réunit plus le Conseil. Bien au contraire. Et sur ce point, « casa et nova » sont bien d’accord….
Mais alors, que dissimule ce vide récent à propos des intentions de M. Moudenc ?

Quelle définition de la laïcité pour le nouveau maire de Toulouse ? 

Dans le cadre de la dernière campagne municipale, le candidat Moudenc, tout comme son adversaire d’alors, Pierre Cohen, a répondu aux questions que lui posait le Diocèse de Toulouse. Cette interview, disponible sur le site http://toulouse.catholique.fr nous éclaire sur la vision du nouveau maire de la Ville Rose en ce qui concerne la laïcité.
On y apprend notamment qu’il a « toujours accordé une grande importance à l’ensemble des mouvements associatifs et en particulier catholiques (…) ». On serait tenté de lui demander aujourd’hui si c’est bien le rôle du maire de Toulouse d’accorder une importance « en particulier » à « des mouvements associatifs » catholiques. Au détour d’une autre question, notre actuel maire déclarait notamment ceci : « Je souhaite remettre en place un climat d’apaisement entre l’Eglise de Toulouse et la municipalité. Un certain nombre d’évènements depuis le changement municipal ont conduit à « des petites vexations » qui me paraissent stériles dans une époque comme la nôtre où le bien commun doit être le maître mot dans la conduite de la gestion municipale. ».
Alors, nous nous posons la question de savoir de quelles vexations exactement parle Monsieur Moudenc ? Est-ce la réaction de l’ancien maire Pierre Cohen qui se scandalisait de l’implantation de l’Opus Dei à l’Eglise de la Dalbade ? Notre nouveau maire cautionnerait-il alors l’implantation d’un ordre religieux hyper réactionnaire ayant comme racine le franquisme dans une ville aussi marquée par la résistance républicaine espagnole ?
Ou bien peut-être est-ce les positions de Pierre Cohen dénonçant en 2011« une laïcité en danger » suite à l’attaque du théâtre Garonne par certains extrémistes catholiques traditionalistes – des ecclésiastiques de la Fraternité de Saint-Pie-X ou de l’Institut du Christ-Roi et l’association Civitas en tête – contre la pièce « Golgota Picnic » ?  Est-ce peut-être la loi Taubira ouvrant le mariage à tous, soutenue par l’ancien Maire, et pour laquelle M. Moudenc avait manifesté son désaccord jusque dans la rue ?
Ou alors, est-ce à dire tout simplement que c’est la création du Conseil de la Laïcité qui fût une de « ces petites vexations stériles » ? Tout cela n’est pas très clair – d’ailleurs, notons au passage que sur une multitude de ces sujets, nous n’avons pas vraiment entendu Monsieur Moudenc.
Toujours au cours de cette interview, le candidat Moudenc nous livrait alors sa définition de la laïcité en se déclarant« (…)très attaché au respect des lois de la République et en particulier la loi de séparation de 1905 », et en poursuivant avec la même ferveur que « La laïcité ne doit pas renvoyer l’Eglise contre l’Etat ou l’Etat contre l’Eglise. Un état laïc doit respecter les institutions religieuses en donnant à chacune une place spécifique bien définie dans le respect de la loi républicaine ». Jean-Luc Moudenc concluait que « la laïcité est un espace de neutralité partagé entre tous les citoyens, mais qui ne combat pas ni n’ignore les religions. ».
Mais alors, si l’on suit cette dernière idée,  pourquoi ne plus réunir cette instance d’échange portant sur les questions bien concrètes qui se posent à la ville de Toulouse ?

La réalité ? Un double discours dangereux

Dans un portrait du journal Libération à l’occasion de son élection, Monsieur Moudenc reconnaissait volontiers ses liens personnels avec l’institution catholique toulousaine : «C’est vrai que je vais parfois à la messe le dimanche. Mais, je ne suis pas une grenouille de bénitier.». « Certes, » poursuit le journaliste, « l’église où il se rend a pour nom l’Eglise-du-Christ-Roi. ‘Mais, ce n’est pas moi qui l’ai baptisée ainsi, dit-il en souriant. Et, c’est l’église du quartier où j’habite depuis vingt ans !’».Le journaliste de Libération indiquant par ailleurs que « (…) la République est son credo. Il revendique d’avoir été un élève de l’école publique laïque. Et d’avoir usé de l’ascenseur social. Le fait de lâcher, incidemment, à la presse qu’il irait à l’office le 30 mars, jour du vote, ne pouvait que conforter son électorat le plus conservateur. Il voudrait toutefois persuader que ‘ce n’était pas un calcul électoral‘. Se présenter comme un gentil croyant républicain respectueux des pensées du pape et du président de la République n’est pas, selon lui, un artifice intellectuel. »
        
Si Monsieur Moudenc doit vivre tranquillement sa religion, est-ce bien nécessaire lorsque on est le maire, le premier des Toulousain-es, de multiplier les sorties médiatiques à ce propos (on retrouve le même genre de propos tenus dans Le Point) ? Cela ne crée-t-il pas un décalage vis-à-vis des autres croyants ou des athées ?  Ne doit-on pas, lorsqu’on souhaite représenter tous les citoyens de sa ville, se garder d’annoncer le jour même du deuxième tour de l’élection municipale, sa « programmation œcuménique » matinale ?
Dans la même veine, on peut se poser la question de l’utilité du communiqué que faisait déjà Monsieur Moudenc en juin 2013 se félicitant de « rencontrer le nouveau souverain pontife ». La pertinence, pour un député de la République Française alors candidat à la mairie de Toulouse de rapporter la parole « papale » en terre Toulousaine, tient dans cette assertion : « Dans le monde tourmenté d’aujourd’hui, le Pape François rappelle, avec force et justesse, que la lutte contre la pauvreté et pour la dignité de la Personne Humaine doit constituer la priorité des priorités ».
Il y avait aussi la « mise au point » en réponse à un article du site « Riposte Laïque » du 19 mars 2010 s’intitulant « La mairie de Toulouse finance l’Islam et soutient les prières musulmanes illégales » qui l’attaquait violemment. Dans cet article était visé une décision du 13 mai 2005 de Monsieur Moudenc suite à l’implantation de préfabriqués Algeco « en vue du relogement provisoire de la mosquée de Bellefontaine ».
Pourquoi donc Jean-Luc Moudenc s’est-il senti obligé de fendre d’une mise au point vis-à-vis de ce site islamophobe, xénophobe, catholique traditionaliste, raciste et complotiste qu’est Riposte Laïque ?  Et ce dernier de se justifier: « Contrairement à ce que vous écrivez, je n’ai pas « favorisé la construction de mosquées tous azimuts » à Toulouse. J’ai exprimé mon opposition à l’idée d’ « une grande mosquée de Toulouse », préférant des lieux de culte musulmans plus petits dans les quartiers où est présente une forte communauté musulmane. » 
On trouve aussi en ligne la réponse du candidat député Moudenc daté du 14 juin 2012 à un questionnaire du « collectif pour l’humanité durable », collectif composé notamment de Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Béatrice Bourges et Laurence Tchang Reynes, les chefs de file de «la manif pour tous». Ce collectif passait au crible chaque engagement du nouveau Président de la République François Hollande et sondait les futurs élus en leur demandant de se positionner.
Voici la réponse de Jean-Luc Moudenc et Laurence Arribagé : « Vous m’avez adressé un questionnaire destiné à soutenir votre collectif pour l’humanité durable. En réponse, je vous renvoie ce document signé qui exprime clairement les convictions profondes que j’ai toujours défendues et que je défendrai à l’Assemblée Nationale si je suis élu : le respect de la vie, la promotion de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, le respect des droits familiaux de l’enfant, le respect de la liberté d’éducation des parents, le respect des libertés de conscience, de pensée, de religion ». On notera bien l’absence du principe de laïcité.
Ainsi, Monsieur Moudenc n’était « pas du tout d’accord » avec l’engagement 21 de la loi sur la fin de vie, « pas du tout d’accord »avec l’engagement 31 relatif à la légalisation du mariage et adoptions d’enfants par les couples de même sexe, « pas du tout d’accord » avec les engagements 37, 39 et 40 « qui changeront la vie des femmes », notamment en matière de contraception et d’IVG et enfin, « pas du tout d’accord » avec les engagements 36 à 39 et 46 relatifs à « l’aide massive à l’enseignement public et la constitutionnalisation de la laïcité ». Lui, le Républicain, le fier produit de « l’école publique laïque » celui du portrait de libération, à peine « croyable »!
Monsieur Moudenc a bien compris qu’il était préférable, pour être élu, de savoir adapter cyniquement son discours en fonction de son auditoire afin de capter les facettes plus ou moins croyantes de son électorat. D’ailleurs, le jour même du vote décidant de la création du conseil de la laïcité, dans un reportage de France 3, ce dernier tentait désespérément de s’approprier cette initiative en déclarant « qu’en réalité c’était un de mes amis et colistier Jean-Luc Forget qui [l’avait] proposé initialement ». Il rajoutait alors que « l’essentiel (…) c’est l’intérêt général, je crois que quand l’intérêt général est en jeu et la laïcité, c’est une question d’intérêt général, on peut converger que l’on soit de droite de gauche ou du centre ».
Le fait est qu’un conseil portant le nom de laïcité n’a pas longtemps survécu à l’élection de Monsieur Moudenc, dont l’allergie au concept nous saute aux yeux. En matière de laïcité, il n’y aura eu pour l’instant qu’un seul « évènement municipal » depuis mars 2014. Il s’agit de l’accueil du Colloque International par Monsieur Lesgourgues s’intitulant « le contrôle des religions par l’Etat: hier et aujourd’hui » organisé par l’Institut Catholique de Toulouse, une ouverture dans la Salle des Illustres où l’archevêque de Toulouse invitait à la réflexion suivante sous l’approbation de l’adjoint à la diversité et à l’égalité: « La France devrait s’inspirer plus largement du modèle Italien en matière de laïcité »tout un programme