Les risques pour Toulouse, les profits pour les actionnaires de l'industrie.

AZF, un drame pour Toulouse mais une bonne affaire pour « Le Monde de la Finance »

Lundi 21 septembre, il y a 14 ans, encore sous l’émotion de la destruction du World Trade Center de New York 10 jours avant, Toulouse est touchée au plus profond d’elle même par l’improbable mais bien réelle explosion de l’usine AZF

Une explosion que chaque toulousaine et toulousain garde en mémoire à jamais.

Alors que des restes de ce traumatisme subsistent encore dans la ville, Casa Nova se demande quelles leçons ont été tirées de cette catastrophe ?

Et quelles solutions ont été mises en œuvre alors que 2 sites SEVESO* seuil haut (ou sites industriels à haut risque) sont encore présents à Toulouse (celui d’Esso-STCM dans la zone d’activité de Fondeyre et celui d’Herakles-Safran en face de l’ancien site d’AZF) et d’autres sur le reste du territoire métropolitain. A ces sites fixes il convient d’ajouter les risques industriels et technologiques mobiles, comme le transport de matières dangereuses qui traversent la Gare Matabiau et qui a fait l’objet récemment d’un rapport de la part du CODEV (Conseil de Développement de Toulouse Métropole) et la présence des Ballastières à proximité de l’Oncopôle.

Les risques industriels, un dossier lourd pris à la légère : l’exemple du PPRT Héraklès-Safran

La question est donc prégnante sur notre territoire, mais semble prise à la légère, ou plutôt sur l’angle unique du risque financier, le risque humain passant au second plan. Le Plan de Protection des Risques Technologiques Héraklès-Safran en est une illustration parfaite.
Ce Plan de Protection des Risques Technologiques (PPRT qui n’a de protection que le titre) a été approuvé le 3 avril 2014 par arrêté préfectoral, le Préfet ayant fait fi de l’avis défavorable du Conseil général de Haute-Garonne et des nombreuses remarques négatives faîtes par les Comités de quartier concernés au cours de l’enquête publique clôturée en novembre 2013 ( Une action de contestation en justice émanant du Comité de Quartier St Michel est toujours en cours).
Mais pourquoi affirmer que ce document ne protège pas ?
Un PPRT ne sert qu’à délimiter un périmètre dans lequel il est interdit de construire et de circuler ou de façon extrêmement limitée. Ce périmètre est fixé en utilisant un calcul de probabilité qui porte non pas sur la gravité d’un incident mais sur sa probabilité…..probabilité fortement manipulable comme dans le cas du PPRT Héraklès-Safran.
En effet, une probabilité forte impliquait de définir un périmètre de 1500 mètres, qui englobait alors l’Oncopôle, la Cité Universitaire Chapou, le Chemin des Étroits, etc…
Il a donc été demandé à l’exploitant de l’usine de réduire la probabilité d’une explosion, non pas de manière effective en supprimant le danger objectif, mais par l’installation d’hypothétiques dispositifs de sécurité sensés réduire la probabilité de l’accident (on a déjà oublié que la probabilité pour qu’un accident de type AZF se produise était très faible !). 
Ceci étant fait (enfin écrit) le périmètre n’est plus que de 300 mètres. Tout va bien, dormez tranquilles (ou pas !) riverain-es, les intérêts économiques du Groupe Safran sont préservés et pèsent à l’évidence bien plus que votre sécurité !
Car au delà de cette méthode ubuesque de définition du périmètre, comment un tel document a-t-il pu être validé alors qu’il ne fait en rien état d’une étude sur les conséquences d’un accident sur des adultes malades (ce qui semble incongru avec la proximité de l’Oncopole) ou sur d’autres populations et se concentre donc uniquement sur les effets toxiques d’un accident pour des adultes sain-es ? Enfin, comment accepter la présence de ce site industriel dans une zone inondable ?

Les Ballastières : une pollution sournoise de la nappe phréatique

Un autre risque est présent, là encore à proximité de l’Oncopole : le site des Ballastières où sont enfouis 5000 tonnes de nitrocellulose, matière hautement explosive à l’air libre et qui trempe dans la nappe phréatique de Toulouse depuis la fin de la guerre de 14.
Depuis 2009, ce dossier fait l’objet de nombreuses déclarations rassurantes de la part des Ministres de la Défense successifs sans pour autant qu’aucune décision ne soit prise pour permettre la dépollution complète du site et l’élimination de ces matières dangereuses enfouies dans 4 lacs creusés durant la première guerre mondiale.
Des solutions devaient être avancées en début d’année 2014 suite aux engagements pris par la Direction Générale de l’Armement au cours d’une réunion de juillet 2013 du Secrétariat Permanent pour la Prévention des Problèmes Industriels… Las, les riverain-es, les usager-es, les entreprises et le Maire de Toulouse attendent toujours les réponses du Ministère et ce n’est pas le premier ministre pourtant venu inaugurer l’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse Oncopôle en septembre 2014 qui en apporta.
Davantage que l’absence de réponses, il faut comprendre que l’inaction en la matière signifie que ces explosifs s’étant considérablement dilués et écoulés dans les eaux du secteur, il suffira de temporiser et de poursuivre études et investigations pendant encore quelques décennies pour que la masse continue à se diluer et à diminuer : l’argument financier l’a encore emporté sur les conséquences environnementales.
Car où vont les substances qui se diluent? Cela pourrait faire l’objet d’une étude qui ferait aussi gagner une décennie.
Au-delà du raisonnement temporel, et à la lumière des enquêtes de Marie-Monique ROBIN, nous ne pouvons que nous alarmer des risques pour la santé que ces matériaux induisent sur l’ensemble de la pollution. Le cancer, le mal du siècle, est favorisé par la pollution environnementale, et derrière le cancer se presse un cortège de handicaps et de maux en tous genres, qui affecteront les générations à venir. 

Aucune leçon tirée du drame d’AZF

Casa Nova constate à regret que sur un plan humain aucune leçon n’ait été retenue de l’explosion d’AZF : cette explosion qui était statistiquement très peu probable a pourtant eu lieu. 
Les réponses apportées ne sont à la hauteur des dangers encourus qu’au regard de leur aspect financier : car enfin, soyons cyniques mais réalistes, au delà du drame toulousain, Total a fait une bonne affaire financière (pour preuve le titre a gagné en bourse à la suite de l’explosion).
Oui une bonne affaire car Total aurait eu à affronter le démantèlement programmé d’une usine qui produisait essentiellement des engrais chimiques dont l’usage intensif est aujourd’hui largement remis en question et à terme voué à une réduction drastique. L’explosion a tout réglé en un instant, et le coût des dédommagements assumés par Total n’atteindra jamais celui qui aurait été induit par la fermeture de l’usine AZF qui se serait étalée sur de nombreuses années.

On voit donc que la leçon tirée de ce drame ne concerne que l’aspect financier (finalement positif !) et que la protection physique des Toulousain-es n’est toujours pas (ou pas mieux) assurée qu’avant : Casa Nova ne peut pas approuver un social libéralisme qui, nous le voyons encore ici, fait passer le profit de quelques uns avant la sécurité et le bien être de tous . 

*SEVESO : La catastrophe de Seveso s’est produite le 10 juillet 1976. Un nuage contenant de la dioxine s’est échappé d’un réacteur de l’usine chimique Icmesa, située dans la commune de Meda, et s’est répandu sur la plaine lombarde en Italie. Quatre communes, dont Seveso, ont été touchées. Cette catastrophe a donné son nom aux Directives SEVESO  qui imposent aux États membres de l’Union européenne d’identifier les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs et d’y maintenir un haut niveau de prévention.