Brigade SDF à Toulouse : vers une politique de harcèlement des sans domicile fixe

Après la chasse aux prostituées, après le signe réactionnaire et dangereux sur le plan sanitaire constituant à ne plus vacciner les chiens des personnes sans domicile (comme si cela allait les dissuader de venir à Toulouse, ou même, tenez, de vivre dans la rue…), la droite de plus en plus radicale régnant sur Toulouse, à rebours de la raison politique, s’acharne encore sur les plus fragiles dans la ville.
Pourtant, jamais notre ville n’a voté pour une orientation de ce type : au contraire Monsieur Moudenc a pleurniché sur ses origines chrétiennes démocrates et prétendu incarner la modération au cours de la campagne électorale.
Nous aurons donc droit, sous l’égide de Monsieur Arsac, adjoint à l’agitation du chiffon rouge, à une BRIGADE SDF. Nous ne vivons pas à Béziers, mais bien à Toulouse… mais pour combien de temps encore ?
Lier un service de police à une catégorie de la population… C’est du jamais vu dans la République. 
Tout cela fleure bon les années 40, celles qui sont célébrées par Monsieur Zemmour, dont Monsieur Arsac est un grand fan, assistant avec ferveur et enthousiasme à son récent meeting à Toulouse. Pourquoi pas une brigade arabes ? Une brigade jeunes ? Une brigade vieux pervers ?
Créer une brigade SDF c’est signifier directement que ces personnes sont, par essence, des délinquants. 
Le fait d’être SDF, vert, jaune, bleu, violet, charpentier, bûcheron, myope, ne détermine nullement qu’on va commettre des délits. Ce qui détermine un délinquant c’est la commission du délit, et seulement l’acte. La République, c’est l’égalité des droits et des devoirs. Par conséquent, personne ne peut être assigné de fait à un acte qu’il n’a pas commis. Oublier cela, c’est rompre le pacte social, c’est revenir à une société de la pure force, de l’arbitraire, où le droit ne protège pas le citoyen-ne mais peut le viser, en le caractérisant par avance, sans égards pour ce qu’il fait ou pas.
Sur le plan de la pensée, c’est un fait très grave. Et on peut se demander si cette création ne devrait pas être l’objet d’une attaque en justice pour discrimination. Pourquoi pas d’ailleurs ? Nous y réfléchirons.
D’ailleurs on nous explique carrément que cette brigade aura une fonction répressive ciblée sur les sans domicile fixe. Comprenez : être SDF ça se réprime.
Bien évidemment, nos édiles sur la pente plus que glissante savent qu’ils poussent le bouchon, pour faire oublier leur passivité effarante sur à peu près tous les sujets (à part les gels et les suppressions). Donc on met un grain d’humain….. Des infirmier-es accompagneront les tournées « répressives » de ces « spécialistes » de la traque du clochard, accompagnés de chiens. On ne sait jamais, on pourrait se salir. On souhaite à ces cellules « médico-sociales » (on embaucherait des médecins et des travailleurs sociaux ? Évidemment que non) bon courage pour donner sens à leur travail. Personne ne verra le début d’une intervention sociale.
Dans un de ces euphémismes typiques de la violence sociale (« voir les publics empêchés »), la mairie appelle cela une politique de « distanciation ». Pour ne pas dire qu’on les fait dégager du centre. Ou la droite reconnait les siens, c’est à dire la bourgeoisie. Monsieur Arsac et consorts détestent les « bobos » (les gens qui lisent et sont de gauche), mais les bos-cons, bourgeois conservateurs, ils adorent. Et sont prêts à tout pour « purifier » leurs points de vue.
La droite avait insisté pendant la campagne sur les faubourgs censés être oubliés. Les faubourgs apprécieront d’être considérés comme la solution pour apaiser une clientèle « up » en hypercentre.
Comme ces gens cyniques ne manqueront pas de nous traiter de « laxistes », disons de suite que nous n’aimons pas être agressé-es ou violenté-es, nous-même, en tant que citoyen-es. Non, nous n’aimons pas cela : scoop !
Mais nous sommes assez civilisé-es pour ne pas jeter tout principe à la poubelle parce que l’insécurité existe, et que l’explosion de la misère la nourrit. Que croyait on ? Que la décomposition de la société marchande ne produirait pas de violence ? C’est bien naïf. Bien entendu, la crise de civilisation que nous vivons suscite des troubles à l’ordre public. On doit y faire face, mais pas au mépris de nos libertés fondamentales, ni de celles des plus vulnérables, qui n’ont jamais droit à la parole.
Évidemment la police municipale doit travailler. Elle doit le faire en congruence avec les interventions sociales. Mais les personnes en errance doivent être traitées comme les autres, sur la base de la loi. La police municipale a un rôle de prévention et de répression, de droit commun, concernant tous les risques, tous les troubles.
Une grande ville doit se doter d’accueils de jour suffisants pour les sans domicile, insuffisants, même par rapport à Bordeaux, ville de droite. 
Que faire, sinon errer ? La question ne semble pas monter au cerveau « ferme » de Monsieur Arsac.
Une société dérape quand elle commence à désigner une population, d’office, comme la cause mais aussi en ce cas scandaleux comme l’auteur d’avance, de tous les maux. C’est un climat de haine, de méfiance, de ressentiment, que l’on diffuse dans la ville. Le poisson pourrit par la tête. Et la tête de notre ville ne tourne pas rond.
En 2006 déjà….
Rappelez-vous, le 12 septembre 2006, un étudiant nommé Edouard Rihouay meurt sur le Pont-Neuf à toulouse, tué par un groupe de quatre marginaux. Le maire de Toulouse d’alors, Jean-Luc Moudenc, politise alors le drame, rend un hommage appuyé à la victime, et s’émeut du développement de la mendicité agressive dans la ville. Il propose, dans la foulée d’un rendez-vous avec Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, un plan contre les marginaux de tous bords : squats, sdf, toxicos… avec une logique toute droitière : vote le 20 septembre 2006 d’un arrête anti-camping sauvage, création d’une brigade anti-marginalité (mixte Police Nationale/Municipale), et création d’une nouvelle délégation pour lutter contre la marginalité agressive confiée à Jean Diebold.
Aujourd’hui le même Jean-Luc Moudenc récidive avec sa brigade anti SDF.
Pour autant le contexte a changé depuis 2006 : la situation des SDF s’est encore plus précarisée, avec pas moins de 141 500 personnes  sans domicile en France métropolitaine début 2012, soit une progression de près de 50 % depuis 2001 (chiffres Insee)
Sur Toulouse, pas moins de 8 000 personnes sont SDF, et entre 25-30 % sont des salariés, des travailleurs pauvre : le fantasme du SDF oisif et improductif est donc à revoir. La crise économique, renforcée par le coût prohibitif du logement dans les revenus des ménages, poussent de plus en plus de personnes à la rue.
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Au niveau municipal, la logique de développement des arrêtés est à son maximum : il est déjà interdit de consommer de l’alcool sur la voie publique, l’arrêté contre la mendicité agressive existe déjà et un arrêté anti-mendicité n’est pas à l’ordre du jour selon l’adjoint à la sécurité. Forcément car le juge administratif bloque usuellement ces arrêtés car trop liberticides, comme les récents cas de Nice ou de Hénin Beaumont le prouvent.
Depuis quelques mois, la ville de Toulouse fait régulièrement la une des faits divers, avec de nombreux épisodes de délinquances : agressions aux personnes et aux biens, homicides, braquages (Lardenne, St Cyprien, Empalot, Centre-ville). Les riverains et commerçants s’inquiètent de la dégradation du climat général et demandent une réponse des pouvoirs publics. Aucun des meurtres et vols spectaculaires récent n’a été le fait d’un SDF, et pourtant on va créer une police spécialisée… Allez comprendre.
Les habitants et commerçants indiquent véritablement ressentir une insécurité. Sauf que l’insécurité ressentie ne provient pas que des sdf, mais s’apprécie plutôt comme une dégradation globale de l’espace public. Les riverains indiquent clairement que l’espace public n’est pas géré : peu d’éclairage public, pas de référence d’autorité sur le site, zones délaissées…

Alors, de quoi parlons-nous ? De sécurité ou de signaux envoyés pour flatter des pulsions assez peu républicaines ? Liberté, égalité, fraternité disions-nous ?