lesgourgues

Cachez ce saint que je ne saurais voir… la laïcité Toulousaine sur le divan

Il y a une semaine, Casa Nova s’interrogeait sur la conception de la laïcité de Monsieur Moudenc et de sa nouvelle équipe municipale dans un article s’intitulant Le conseil de la laïcité n’est plus en odeur de sainteté.
A croire que notre article aura créé des remous au sein de cette nouvelle majorité.
En effet, deux évènements successifs nous interrogent et nous inquiètent par leur manque de cohérence entre eux notamment.

S’est récemment tenue, la conférence-débat « Quatre ans après son printemps, où en est le monde arabe? » organisée par le CRIF et la LICRA sur la situation actuelle du monde arabe avec comme invités, Frédéric Encel, Maître de conférence à Sciences-Po Paris et géopolitologue et Hassan Chalghoumi, Président de la conférence des Imams de France : une conférence très riche et intéressante.

Cependant, en tout début de soirée, lors de la prise de parole des différents élus et représentants de l’Etat, Monsieur Lesgourgues, conseiller municipal de son état, ne semble toujours pas avoir complètement saisi ce qu’est la laïcité et ses positions deviennent de plus en plus gênantes vis-à-vis de sa fonction d’élu de la République.

« Une politique de promotion des cultes et pas celle d’une laïcité comme avant »

En premier lieu, il entretient un suspens insoutenable sur « les nouveaux outils de discussion entre les religions à venir à Toulouse ». Nous notons d’abord, dans la construction de « ces nouveaux outils », l’absence totale des non-croyants dans cette discussion.
Peut-être est-ce un oubli, montrons-nous magnanime sur ce point. Là où notre déception grandit, c’est lorsque ce monsieur s’empresse d’ajouter qu’il ne « peut toujours rien nous dire » à propos desdits outils, maîtrise presque parfaite du « trailer ». Nous nous posons la question : pourquoi alors avoir supprimé le conseil de la laïcité, cet « outil de discussion » qui existait déjà ? Est-ce le nom qui ne plaisait plus?
Le mot « laïcité » écorcherait-il certaines oreilles?

En second lieu, ce même conseiller municipal poursuivant tout en excusant Monsieur le maire qui « malheureusement ne pouvait être présent », précisa qu’en tant qu’élu « au culte et à la diversité », il mènera « une politique de promotion des cultes et pas celle d’une laïcité comme avant »… qu’est-ce à dire ? Deux visions de la laïcité s’affronteraient donc au Capitole?

Laïcité de circonstance

Le deuxième évènement, c’est le maire en personne qui fait cette semaine un coup de pub en envoyant un communiqué de presse parce qu’il fait appliquer la Loi. Toute personne doit être à visage découvert dans l’administration francaise, le voile sur le visage d’une femme n’est pas admis. Et là, nous avons la confirmation que Monsieur Moudenc est un fervent défenseur d’une certaine conception de la laïcité… encore hier matin sur BFM TV, à l’émission de Jean-Jacques Bourdin, il préfère lui « dire les choses clairement »: « j’ai pris position », « j’ai fait un simple rappel à la loi ».
Le voile intégral n’a pas le droit de cité, « les services d’état civil, c’est un lieu public », une note interne a donc été rendue publique de manière à « afficher une certaine position de fermeté ». Y aurait-il cette « laïcité à la papa » d’un côté, et de l’autre une « laïcité de complaisance » ?
D’un côté ma laicité suit la loi voté au parlement et l’applique avec zèle, de l’autre elle promet une liberté à une religion en s’effaçant complètement plutôt que de promettre l’égalité des libertés religieuses?

En fait, nous pourrions plutôt parler de « laïcité de circonstance ». Attitude schizophrénique interessante, vous le concèderez…
En clair, pour les femmes musulmanes, la laïcité s’appliquera donc fermement ; pour les catholiques, la laïcité se fera toute petite voire s’effacera devant la calotte, au point qu’on n’entendra même plus le mot « laicité ».

Qui a peur du mot « laïcité ? »

Et puis, qu’est-ce que cela veut dire « une politique de promotion des cultes et pas celle d’une laïcité comme avant »?
Le conseiller municipal délégué « aux cultes et à la diversité » qui ajoutait hier soir avec un sourire en coin : « conseiller délégué aux cultes et à la diversité, que voulez-vous, c’est comme ça ». Quel est le message? Nous qui posons la question : qui a peur du mot « laïcité ? », nous mettons en garde aussi : nous n’appliquons pas le droit Mosellan à Toulouse !
Ici, la laïcité doit s’appliquer de la même manière pour toute et tous.

L’élu a peut-être confondu « politique de promotion de la laïcité » et « politique d’encadrement et d’organisation des cultes » ? La promotion des cultes, ce n’est pas son travail mais celui des religieux… Petits rappels de la loi de 1905 (source : vie-publique.fr): « L’article 4 de la loi de 1905 prévoit que l’Etat prend en compte l’organisation interne de chacun des cultes dans la mesure où cette organisation n’entre pas en contradiction avec les règles républicaines. (…) « La loi de 1905 contient un titre entier consacré à la police des cultes. La religion n’étant pas seulement une affaire privée mais se pratiquant dans des espaces publics et collectivement, l’Etat veille à ce que ces pratiques ne remettent pas en cause l’ordre républicain ou qu’elles ne créent pas de troubles à l’ordre public. »

Dans le guide 2014 de l’Observatoire de la laïcité s’intitulant « laïcité et collectivités locales » on peut lire : « tout agent d’une administration publique, ou du gestionnaire d’un service public a un devoir de stricte neutralité. Il se doit d’adopter un comportement impartial vis-à-vis des usagers du service public et de ses collègues de travail. Les manquements à ces règles doivent être relevés et peuvent faire l’objet de sanctions. » Il est aussi rappelé que « la République laïque garantit l’exercice de tous les droits civils quelles que soient les convictions ou les croyances de chacun. Aucune religion ne peut imposer ses prescriptions à la République. Aucun principe religieux ne peut conduire à ne pas respecter la loi. ».

À la lueur de nos textes existants, la formule « politique de promotion des cultes » semble déplacée dans la bouche d’un élu de la République Française.
Dans ce contexte, il nous semble pertinent de relever ce glissement sémantique et cette confusion des sens. Nous ne voudrions pas d’une telle méprise : imaginez ! Il ne faudrait pas que les gens comprennent que la mairie de Toulouse parodie l’article un de La Ferme des Animaux, dise que les cochons sont égaux mais certains plus égaux que les autres…