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« La petite enfance dans la cour des grands »

À l’occasion de la sortie de son ouvrage « La petite enfance dans la cour des grands », Casa Nova a rencontré Jérôme Bonnemaison.

Il a été directeur des politiques petite-enfance à la mairie de Toulouse, poste qu’il a quitté lors de la victoire de la droite au Capitole.

Jérôme, vous sortez un livre sur les enjeux des politiques de petite enfance. Est-ce qu’il s’adresse aux élus ou aux professionnels ?

D’abord merci de cet entretien et je tiens à exprimer toute mon amitié à Casa Nova Toulouse Métropole, dont j’ai été un des fondateurs, pour ensuite bifurquer pour des raisons personnelles et me consacrer à d’autres préoccupations comme l’écriture. Mais je partage encore votre intuition d’une mutation sans précédent du politique et de la nécessité de s’y préparer, notamment en quittant le modèle de la verticalité.

Ceci étant dit, j’ai écrit ce livre pour tous ceux qui ont un intérêt pour ce domaine, malheureusement laissé dans l’ombre, car considéré comme lieu de techniciens de puériculture. S’il y a une seule idée à laquelle je tiens, c’est celle-ci : la petite enfance est une aire de choix politique affirmé, qui ne se pense pas comme telle et je voudrais que ce soit le cas. À mon sens, elle peut être le moyen de redonner une perspective générale à des politiques sociales qui semblent comme stupéfaites par leur échec à endiguer les inégalités et à rassembler la société. Le social tel que nous l’avons vécu repose sur le solidarisme financier et la réparation. Je pense qu’il doit évoluer vers la stimulation du « pouvoir d’agir ». Ça commence avec l’enfance et la mise en mouvement de la parentalité. Et c’est possible, ça existe déjà.

En quoi une crèche peut stimuler le « pouvoir d’agir » ?

Par son rôle en matière d’accompagnement à la parentalité, plus ou moins investi. Beaucoup de nos difficultés sociales se cristallisent dans l’enfance, au sein de familles déboussolées par toutes sortes de fragilisations sociales et culturelles. Les crèches sont capables de nouer confiance avec elles. Ça parait abstrait mais voici un exemple : une éducatrice de jeunes enfants peut conduire une famille à lire avec son enfant, voire à partager des livres entre familles. C’est extrêmement important. Mais encore faut-il que l’accompagnement à la parentalité soit inclus dans le projet petite enfance de la commune et doté d’outils. J’ai quitté mon poste précipitamment mais nous avions par exemple un beau projet central de maison de la famille, baptisé « l’île aux parents », ou réunir des fonctions comme l’accueil-information, l’écoute des questionnements parentaux, une résidence d’artistes en lien avec les familles, des moyens pour permettre à des initiatives parentales d’émerger, et un multi-accueil…

Quel est le projet petite-enfance de la majorité Moudenc ?

Je ne sais pas si on peut parler de « projet ». Mais plutôt d’actes. Ils ont rétabli le clientélisme en contournant le système d’admissions. Ils continuent les constructions lancées par la gauche et les inaugurent en grande pompe, mais je n’ai pas entendu parler d’un schéma nouveau de développement, seulement d’affiches disant « création de 1000 places ». Ceci alors qu’ils suppriment de nombreuses places en ne remplaçant pas les personnels à domicile des crèches familiales qui partent en retraite. Ils ont réorienté la politique d’admission vers les plus aisés en supprimant le critère de revenu, à tel point que le dernier rapport montre un taux effarant de refus des places proposées, car les familles avaient déjà été sélectionnées par des associations qui ne sont plus incitées à entrer en guichet unique avec le service public. En outre, je sais que les remplacements d’absences ne sont plus systématiquement opérés par rigueur budgétaire. Les conseils de parents et la politique innovante d’égalité fille garçons ont été éradiqués ainsi que les grandes initiatives culture/petite enfance qui ne coûtaient pas grand chose mais déplaisent au conservatisme de ces gens. C’est triste. Je sais que les personnels sont en souffrance. J’imagine leur frustration quand ils savent que la mairie achète désormais des places au secteur privé, leurs amis, à 8000€ la place par an, alors qu’une place en public coûte 5000€ et en association un peu plus de 4000€. Voila la réalité de la « vertu » financière de cette équipe de faillite.

Si la gauche était majoritaire au Capitole en 2020, dans quelle direction devrait-elle se lancer sur la question de la petite-enfance?

Si une majorité municipale de transformation sociale revient aux manettes, je pense qu’elle devra absolument développer l’offre, car la démographie locale est puissante. C’est cher mais la coproduction avec les associations à but non lucratif, dans le cadre de vrais contrats d’objectifs sur le fond, est une solution tenable. Elle pourrait aussi continuer le travail partiellement entrepris pour bâtir par la négociation un guichet unique, épargnant aux familles l’inéquité et les dédales bureaucratiques. Puis elle devrait rétablir un système d’admission juste et transparent, équilibré, voire approfondir avec la participation de familles aux commissions. Enfin il faut imaginer des lieux de nature nouvelle, décloisonnant la petite enfance et la culture notamment, et faisant évoluer les crèches vers des plate formes de gardes et d’accompagnement à la parentalité.

Les politiques d’austérité budgétaire ont elles un impact sur la qualité du service public de la petite-enfance ?

Les politiques d’austérité, oui, ont des conséquences. Elles ont notamment conduit les CAF à des tarifications de type « consigne ». On paie à l’heure de garde réellement effectuée, avec badgeage. Cela incite les familles à se voir comme consommatrices et va à rebours d’une politique sociale intelligente. De plus on détruit ainsi la mixité sociale en incitant les crèches à des horaires plus resserrés et à prendre des familles de cadres qui leur assurent dix heures par jour, 5 jours sur 5. Les communes voient leurs capacités d’investissement réduites, et une place de crèche réclame la solidarité du contribuable local pour fonctionner. Donc, même si un droit de tirage national a été ouvert pour développer, la création de places est atrophiée par l’austérité.

Outre la question sociale, est-ce que d’autres politiques publiques peuvent trouver dans le secteur de la petite enfance des occasions de se montrer ? La question écologique ? L’égalité hommes / femmes ?

Les crèches peuvent évidemment tenir leur place dans la transition écologique. J’ai suivi par exemple le chantier d’une crèche au nord de Toulouse chauffée par géothermie profonde. Nous avions souhaité implanter deux crèches dans le quartier exemplaire de la Cartoucherie. L’éducation est primordiale dans l’évolution des modes de vie qui sera inéluctable. Il y a les marchés public d’alimentation, et quand j’étais à Toulouse il y avait 20 % de bio, je ne sais pas trop où la droite a mis le curseur aujourd’hui. Attention tout de même de ne pas donner dans le « gadget vert » ou de rendre intenable la vie des personnels pour afficher de l’écologie active.

Oui, il y a ce grand domaine de l’égalité filles garçons. Je rappelle déjà qu’en elles-mêmes les crèches sont un puissant outil d’égalité face au travail des hommes et des femmes, et c’est là l’essentiel qui passe par leur développement. Mais dans le 93 et à Toulouse on travaille sur l’égalité fille garçons. Contrairement à ce que fantasment les frileux, on ne se substitue pas aux familles, et on ne crée pas de « nouveau genre ». On observe les pratiques d’abord, et on les déconstruit avec les personnels puis les parents, sans préjugé. Ainsi on réfléchit sur l’égalité, qui est tout de même notre principe censé être partagé par tous… Quand on se rend compte qu’on incite une petite fille à ne jouer qu’à la poupée, on peut analyser et se dire « tiens et pourquoi pas les jeux de construction ». Les filles peuvent aussi aspirer à devenir ingénieures. Quand on analyse le fait qu’on ne parle de l’enfant qu’à la maman et non au père, alors on peut améliorer sa communication et la congruence nécessaire avec les parents pour que le bébé se sente bien. Ces expériences remobilisent les personnels avec une approche nouvelle, mais il est difficile d’échapper aux caricatures idéologiques qui les combattent. Quand on explique directement aux familles, je l’ai fait, elles comprennent et adhèrent.

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Cet entretien permet à casa Nova de mettre en avant le constat alarmant de la libéralisation du marché de l’offre des structures de la petite enfance.

Un processus qui tend malheureusement à de plus en plus se généraliser dans le champ éducatif et notamment dans celui de l’enseignement.
Nous pouvons par exemple parler du marché des cours privés, en dehors du système d’enseignement public, qui se développe de plus en plus et crée de fait des inégalités sociales dans la réussite scolaire, ou bien de la volonté de supprimer la carte scolaire pour laisser la possibilité aux usagers de choisir l’école pour ses enfants.
Casa Nova dénonce ce processus de libéralisation dans le champ éducatif qui renforce les inégalités de ressources et d’accès à l’éducation.

Plusieurs études scientifiques mettent en évidence les effets pervers d’une libéralisation du système éducatif, qui a été expérimentée notamment dans les pays d’Amérique du Sud (Argentine, Chilie) aux Etats-Unis et en Europe (Angleterre, Belgique).
L’état et les collectivités territoriales doivent jouer leur rôle dans la régulation des modalités d’accès aux structures éducatives afin de maintenir une mixité sociale et une équité (réduire les écarts entre ceux qui ont des ressources et ceux qui en ont le moins).

Casa Nova par cette interview met en évidence la remise en cause du service public Toulousain dans le champ de la petite-enfance par la nouvelle majorité en place.

 

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Bois & Cie « Vos rebuts bois au service de projets collectifs »

« Penser et agir »:

Dans sa première année d’existence Casa Nova s’est faite connaître par un travail de réflexion politique et d’écriture d’articles relatifs à l’actualité métropolitaine, régionale et nationale : le nombre et la qualité de nos lecteurs nous conforte dans la nécessité de continuer ce travail en lien avec l’actualité.  
Pour autant nous ne souhaitons pas nous limiter à ce rôle de veille et d’analyse. Nous avons une ambition politique claire : préparer ce qui doit succéder à la vie démocratique centrée autour des partis, préparer à gauche ce qui doit succéder à la sociale-démocratie libéralisée.
Casa Nova a donc décidé de chercher à identifier localement des pratiques professionnelles  ou sociales susceptibles d’illustrer ce que pourrait être à ses yeux une économie et une organisation sociale durable et enviable.
Nous nous engageons donc dans une série de rencontres de personnes ou de groupes actifs dans la métropole sur des thèmes divers, ayant peu ou prou réalisés l’amalgame entre l’éthique, la durabilité et l’inventivité que promeut Casa Nova et le pragmatisme nécessaire à une indispensable survie économique.
Chaque rencontre en accord avec les divers protagonistes fera l’objet d’une publication.
Ainsi serons nous en mesure de réaliser un état des lieux, certes non exhaustif mais représentatif, de ce que l’on nomme des communaux collaboratifs, que de nombreux promoteurs du développement durable citent en exemple ou appellent de leurs vœux.
Nous aurons  ainsi identifié sur la métropole toulousaine une série de pratique vertueuses, socle pragmatique d’un programme politique qui pourrait être établi . Nous pourrons également ainsi démontrer que les élites actuelles trouveront bien vite des remplaçants. 

Casa Nova rencontre: « Bois & Cie »

27 avril 2016

Le long du canal latéral, Casa Nova savoure les rayons d’un soleil printanier en allant au rendez vous fixé avec l’association « Bois & Cie » au 64 de la rue Daydé, à l’angle de la rue Kruger qui fait frontière entre les formes urbaines récentes de la ZAC des Ponts Jumeaux et les constructions traditionnelles d’une ville plus ancienne.
Un ancien atelier de mécanique, voué à la démolition, abrite maintenant « Bois & Cie ». Il fait face à une école nouvelle génération conçue en BBC (Bâtiment Basse Consommation)  formant un coin de rue où se côtoient pacifiquement deux visions de la transition, ni antagonistes, ni opposées mais complémentaires.
Là montent jusqu’au toit des empilements de planches et de palettes récupérées. Nous traversons le local dans lequel atelier et bureaux se disputent un espace dans lequel les ordinateurs voisinent avec des machines bien plus bruyantes le tout dans un mélange d’odeurs de sciure et de labeur.
Nous allons à la rencontre de Chloé, une jeune femme brune, qui est chargée de projet à Bois & Cie depuis 3 ans et demi.
chloéElle s’occupe du développement de la collecte bois, de l’animation de la vie associative, d’un peu de finance, de logistique mais aussi de  communication, bref elle touche un peu à tout ! Elle nous raconte qu’après ses études elle est partie au Brésil et au Vénézuela faire un stage dans le microcrédit, qu’elle est revenue à Grenoble (la ville de ses études) pour travailler dans la gestion des déchets par l’économie sociale et solidaire et bien d’autre choses mais que ses pas et son cœur ont finis par la mener à Toulouse où elle met ses compétences à disposition du beau projet de « Bois & Cie ».

« Bois & Cie » c’est qui et pourquoi ?

« L’association a pour but le partage et la transmission des savoirs et savoir-faire autour du travail du bois. Elle accueille des personnes en insertion autour de la collecte et de la valorisation des rebuts bois par réemploi. Elle propose également des formations aux bases du travail du bois ouvertes à tous et met à disposition un atelier et des machines pour les ateliers collectifs. » 
Son dernier projet en date (et pas des moindres puisqu’il a été lauréat des trophées du Développement Durable) est la conception, la réalisation et la commercialisation d’un habitat démontable 100% bois de récupération donc bien écoresponsable et nous sentons de la fierté dans les propos de Chloé pendant qu’elle nous en explique les enjeux et les perspectives .
 L’association qui a fêté ses 10 ans en octobre 2015 partage des savoirs et des savoir-faire autour du travail du bois.
Issue de l’investissement de fondateurs, bien sûr amoureux du bois mais aussi décidés à faire des enjeux écologiques une priorité dans le développement de l’association, la structure est née autour d’un local-atelier, équipé d’outillage et de machines mutualisés : elle s’oriente naturellement vers la promotion de l’éco-construction et du réemploi des « déchets » du bâtiment et de l’industrie.
quelle-anneeL’association qui compte actuellement  prés de 200 adhérents, 7 salariés permanents et 7 salariés en contrat d’insertion, s’investit dans 3 domaines essentiels à partir d’une base commune  « Vos rebuts bois au service de projets collectifs »

 Le chantier d’insertion : 

« Bois & Cie » héberge un Atelier Chantier d’Insertion (ACI) autour de la collecte et de la valorisation des rebuts bois par réemploi.
Les salariés embauchés sur des postes en insertion comme Équipiers de collecte-valorisateurs, sont accompagnés dans une démarche d’insertion socio-professionnelle. Ils collectent différents types de rebuts bois.
Ces rebuts sont valorisés en atelier comme matière première pour la fabrication de diverses réalisations : aménagements de jardin (composteurs, jardinières, placards à outils, abris de jardins, …), cabanons-stands d’exposition, petit artisanat et habitat démontable.
realisationsCes réalisations essentiellement vendues à des collectivités locales ou des structures de l’économie sociale et solidaire sont aussi accessible aux particuliers.

Les formations :

« Bois & Cie » propose aux particuliers de venir se former au travail du bois à travers plusieurs types d’ateliers.
Que ce soit un week-end, plusieurs mercredis ou vendredi, ces formations offrent aux participants l’occasion d’apprendre à utiliser les principales machines et outils d’atelier en sécurité autour d’une réalisation concrète.
Vie_associativeCes formations participent évidemment activement à la vocation de partage et de transmission de « Bois &Cie » et afin de faciliter l’accès à ces connaissances, elles sont proposées à un prix de 6€/h (et peuvent faire l’objet de financements : OPCA, DIF).
 

L’habitat démontable, « Toit & Cie » :

C’est le chapitre le plus innovant de l’activité de « Bois & Cie ».
Le projet, lancé depuis 7 ans est entré dans sa dernière phase de recherche et développement. Mais de quoi s’agit il?
« Bois & Cie » réunit l’insertion par le logement et l’insertion par l’emploi en répondant aux besoins de logement et d’accueil d’urgence à Toulouse par une solution d’habitat démontable et modulable en bois de récupération. Ces habitats sont réalisés dans le cadre d’Atelier Chantier d’Insertion (ACI).hd carré
« Bois & Cie » a déjà construit des prototypes de son habitat: la version 2 qui concerne trois habitations est soutenue par Emmaüs sera inaugurée le 2 juin sur leur site de Labarthe-sur-Lèze.
C’est avec une certaine émotion que Chloé et ses collègues observent les premiers habitants commencer à s’approprier  leurs nouvelles habitations qui pour être durables n’en sont pas moins personnalisables.

Les ressources:

Avec un budget de 260 000 € en 2015, l’association sait pouvoir compter sur une convention avec Toulouse Métropole à minima de 30 000€ pour le montage, démontage et entretien de cahutes construites par l’association.
Les aides pour les postes en insertion représentent environ la moitié du budget.
Les adhésions (35 €) et les formations payantes équilibrent les coûts de ces prestations et de l’entretien des machines.
Le programme d’habitat démontable est soutenu par le Fonds Départemental d’Insertion et par diverses fondations: la Fondation de France, la Fondation Vinci, la Fondation Fédération Française du Bâtiment, la Fondation BTP+, la Fondation Société générale, la Fondation MACIF.

Les perspectives d’avenir :

« Bois & Cie » mise sur un développement de l’habitat démontable qui répond à un besoin immédiat et hélas crucial, comme en témoigne l’intérêt et l’appui manifesté par des collectivités et des institutions . 
Un lien professionnel est tissé avec des Bureaux d’Etudes Technique et de contrôle afin de solidifier le projet: la perspective de production se situe autour de 15 unités par an ce qui pourrait entrainer l’embauche progressive de deux équipes supplémentaires, soit à terme18 emplois.LeProgrammedeRD
Ceci pose aussi la question du local actuel qui deviendra trop exigu, et qui a aussi un caractère provisoire, ce bâtiment mis à disposition par la Mairie en 2009 avait vocation à être détruit … dans les 3 ans !
Casanova soutient, encourage et cite en exemple cette initiative de développement durable dans laquelle on trouve une réponse écologique et environnementale avec la démarche de récupération de matériaux et de production locale et une réponse sociale avec la volonté d’agir concrètement sur les questions d’insertion par l’emploi et par le logement. 
Les 10 ans d’existence de « Bois & Cie » attestent de la viabilité économique d’une démarche pionnière de transition écologique et sociale métropolitaine en plein développement.
13055293_986797184740043_7649286945276179026_n-Pour soutenir ou découvrir cette belle association, Casanova vous invite à l’inauguration de l’habitat démontable de « Bois & Cie », le jeudi 2 juin à 18h, à l’Emmaüs de Labarthe-sur Lèze.  (événement FB : https://www.facebook.com/events/1769761679935912/)
-Visitez leur site http://www.bois-et-cie.asso.fr sur lequel vous trouverez notamment leurs nombreuses productions qui sont à disposition . 
-Retrouvez leur actualité sur leur page facebook.

-Habitat léger démontable  en vidéo, https://youtu.be/gZoBZS6IIqg
 

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Palanca : « boîte à outils du développement durable »

 « Penser et agir »:

Dans sa première année d’existence Casa Nova s’est faite connaître par un travail de réflexion politique et d’écriture d’articles relatifs à l’actualité métropolitaine, régionale et nationale : le nombre et la qualité de nos lecteurs nous conforte dans la nécessité de continuer ce travail en lien avec l’actualité.  
Pour autant nous ne souhaitons pas nous limiter à ce rôle de veille et d’analyse. Nous avons une ambition politique claire : préparer ce qui doit succéder à la vie démocratique centrée autour des partis, préparer à gauche ce qui doit succéder à la sociale-démocratie libéralisée.
Casa Nova a donc décidé de chercher à identifier localement des pratiques professionnelles  ou sociales susceptibles d’illustrer ce que pourrait être à ses yeux une économie et une organisation sociale durable et enviable.
Nous nous engageons donc dans une série de rencontres de personnes ou de groupes actifs dans la métropole sur des thèmes divers, ayant peu ou prou réalisés l’amalgame entre l’éthique, la durabilité et l’inventivité que promeut Casa Nova et le pragmatisme nécessaire à une indispensable survie économique.
Chaque rencontre en accord avec les divers protagonistes fera l’objet d’une publication.
Ainsi serons nous en mesure de réaliser un état des lieux, certes non exhaustif mais représentatif, de ce que l’on nomme des communaux collaboratifs, que de nombreux promoteurs du développement durable citent en exemple ou appellent de leurs vœux.
Nous aurons  ainsi identifié sur la métropole toulousaine une série de pratique vertueuses, socle pragmatique d’un programme politique qui pourrait être établi . Nous pourrons également ainsi démontrer que les élites actuelles trouveront bien vite des remplaçants. 

Rencontre avec Palanca :« boîte à outils du développement durable »

Nous avons rencontré l’entreprise Palanca le 12 novembre dernier. Les tueries du lendemain ont naturellement suspendu la publication de cet article, que nous reprenons et publions désormais. L’actualité médiatique de Palanca dans la presse locale nous a rappelé le caractère intéressant de cet exemple de réussite entrepreneuriale.
Nous étions intéressés par les activité de cette structure dont nous avions entendu parler. Cela concernait à la fois  l’objet de son activité, ses modes de production mais aussi  son éthique.
Nous en avons retiré beaucoup d’éléments permettant d’avoir une approche conceptuelle et concrète qui nous ont fait l’effet d’une « bouffée d’oxygène » :
il serait possible de produire de la richesse intellectuelle et des services à la population dans le cadre d’une économie privée, obéissant à des principes éthiques et écologiques et assurant une rentabilité non subventionnée.
Bien sûr que nous en avions l’intuition, bien sûr que nous avions connaissance d’expériences économiques sociales réussies car rentables, mais nous avons là trouvé un exemple particulièrement vivifiant.
Palanca est donc une société coopérative de production (SCOP) qui existe sous cette forme depuis 2012.
Elle est composée de 8 personnes, de profil bac+5, ingénieurs INSA, master en aménagement, docteur en énergie 

Deux activités principales : bureau d’études et conciergerie. 

Bureau d’études :

Ils produisent et assurent des formations, du conseil et des études en développement durable. Palanca propose à ses clients un accompagnement pour la création de cercles vertueux dans des projets de développement durableL’objectif est de faire faire du développement durable aux autres entreprises. Palanca est ainsi prestataire auprès de petites structures en formation, de groupes de constructeurs, de maîtres d’œuvre ou de maîtres d’ouvrage. Ils aident par exemple à positiver les clauses d’insertion souvent vécues seulement comme une contrainte ; ou encore à prendre en compte la RSE(responsabilité sociale des entreprises). Ils proposent également comme prestations des aides à la mutualisation des moyens pour des corps d’état de même activité.

Conciergerie :
Livraison,réparations, visite de courtoisie… il s’agit d’une activité traditionnelle souvent négligée à l’apparence simple, mais qui nécessite des connaissances techniques, beaucoup de bon sens et de « débrouillardise« , ainsi que de grandes qualités humaines.Pouvant aller de l’organisation (dans le même immeuble on peut avoir par jour 5 ou 6 infirmières et autant de kiné qui interviennent séparément) au petit bricolage (un morceau d’adhésif ou le changement d’un joint suffit parfois à solutionner un dysfonctionnement qui ne nécessite pas forcément de déplacer en urgence un professionnel ou le changement d’un appareil). Leurs clients âgés ou isolés leur demandent de sortir leurs conteneurs ou simplement d’assurer une présence rassurante et créatrice de lien. Leurs clients sont essentiellement des particuliers et des entreprises. Les bailleurs sociaux, la Mairie et le CD31, ainsi que Toulouse Métropole jouent un rôle de « facilitateurs bienveillants« .

Organisation, fonctionnement et perspectives :

La structure de SCOP et la nature du travail de Palanca induisent une minimisation du capital et une survalorisation de l’outil de travail.
Le gérant est régulièrement élu sur la base une personne une voix. Concernant la répartition des bénéfices, ils nous indiquent ces proportions: 95% en salaires et 5% en frais de gestion et investissements.
La société, pour les salariés, assure la mutualisation et la mise à disposition de tous les outils de travail, en plus du salaire(sauf les vélos qui sont personnels). Ils tiennent à ce jour au principe d’égalité des salaires (environ 1500€), bien que les niveaux d’études et les compétences ne soient pas les mêmes. Quand on leur demande si cela pourrait évoluer à l’avenir, avec éventuellement une échelle contenant un écart maximum, ils nous répondent que ce n’est pas exclu, mais que ce n’est pas d’actualité. Ils n’y a  pas aujourd’hui de telles revendications parmi eux. Dans le cadre d’une évolution, ils avancent le rapport de 1 à 2 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut. 
Dans le fonctionnement quotidien comme dans les choix plus stratégiques, ils nous indiquent que le principe de transparence totale: tous les salariés savent tout.
Ils sont aujourd’hui basés dans des locaux que leur loue un bailleur social privé, dans le quartier Arnaud Bernard.
Pour la santé économique de l’entreprise, ils nous indiquent que l’équilibre économique de la structure n’est pas aisé mais se révèle possible. Aujourd’hui, la partie bureau d’étude, qui est bien rémunérée, compense la partie conciergerie dont les marges sont plus réduites, du fait des coûts bas qu’ils proposent.L’objectif est tout de même de développer la conciergerie (ils « flairent » là un réel besoin en puissance et l’aspect éthique est central dans leurs choix). Cette volonté de développer la part des revenus de la conciergerie pose des questions d’équilibre financier réels, et ils envisagent de faire appel à de nouveaux collaborateurs ou entreprises et associations sous-traitées ou associées.AlloBernard-630x0
Nous sommes satisfaits de ce que nous avons appris lors de cet entretien, et nous mettons en avant avec bonheur leurs activités qui répond aux exigences de viabilité économique, de réponse à un besoin humain fondamental et aux exigences éthiques de fonctionnement interne du entreprise sociale et écolo.
Leur site : http://palanca.fr/

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Être jeune à Bagatelle:

Casa Nova rencontre Toulouse 12.

 
Les cités, véritables lieux de vie des agglomérations françaises souffrent d’une image très négative du fait de leurs traitements médiatiques et politiques: à Toulouse, le Mirail n’échappe pas à cette règle.
Jeunes en capuches qui traînent toute la journée s’adonnant à des trafics en tout genre, femmes voilées, violentées et réduites au silence par des maris ou des frères tyranniques et endoctrinés, personnes profitant allègrement de la solidarité nationale en utilisant toutes les failles du système pour vivre aisément sans jamais travailler: tels sont les clichés que nous entendons tous et toutes, que nous soyons  de Saint Georges, de Balma, d’Ancely ou d’Empalot...
Ils ne sont pas le fruit du hasard:  une méconnaissance de ces quartiers, très souvent enclavés et loin des centres villes, est nourrie par des médias aux représentations hyper standardisées , ne s’intéressant qu’aux heurts qui les secouent parfois; mais souvent pas davantage qu‘au centre ville. 
Les gouvernements  successifs systématisent des dispositifs qui génèrent à leur tour des catégories (ZEP, DSU, réussite éducative, ZRU, ZFU, PNRU, ANRU, CUCS, ORU, GPV, ZUS…) ignorant les spécificités locales. Or il nous semble illusoire d’englober  sous un même dispositif les cités de Marseille, de Lyon, de Paris ou de Toulouse, Villeurbanne, Verdun, St Denis et Fort de France
Réunis sous une même étiquette les habitants et les travailleurs de ces quartiers, attachés à leur territoire de vie ou de travail  peinent à trouver leur place.
Toulouse,
quatrième ville de France, jeune, dynamique  bénéficie du plus haut revenu médian et colporte l’image de la Toulouse Baudisienne combinant culture occitane, universités, satellites, Airbus, briques roses, Capitole, Garonne et vieux hôtels particuliers. Mais Toulouse c’est aussi Bagatelle, Reynerie, La Faourette, Bellefontaine, autant de jolis noms de quartier, souvent issus de petits châteaux qui parsèment le grand ensemble du Mirail  (« miroir » en occitan) . Ce Mirail qui compte une université, un lac, des châteaux, des pigeonniers, des espaces verts  le reliant à la Ramée et au Touch, est composé en grande partie de logements sociaux, construits au début des années 60 par l’architecte Candilis dans le cadre d’un appel d’offre lancé par le Maire de Toulouse, Louis Bazerque. Le projet du Mirail, plus grande ZUP (zone à urbaniser en priorité) de France,  est établi sur une surface de 800 hectareset conçu comme l’espace de vie idéal des classes moyennes qui se nomment eux mêmes les « Miraliens » . Ils bénéficient d’un cadre de vie verdoyant, d’un appartement tout confort et de services de proximité (école, piscine, centre culturel, magasins).
Mais sous Pierre Baudis qui succèdera à Louis Bazerque, le Mirail  va connaitre la même transformation que la plupart des grands ensembles français : mal desservi, submergé par la marée pavillonnaire des années Giscard qui  le vide des classes moyennes parties en proche banlieue, les logements sont dévolus aux travailleurs, aux familles immigrées en regroupement familial, et aux ménages fragilisés. Le quartier  ainsi ceinturé de pavillonnaire est coupé de la ville et les avenues infranchissables isolent les habitations des équipements (université, lycée, centre commercial…) 
Ce quartier toulousain ,
devient secteur « politique de la ville » à la fin des années 80 : la moitié des habitants sont d’origine étrangère, un actif sur cinq est au chômage et la population est très jeune. En moins de 20 ans le Mirail est devenu le secteur de la ville de Toulouse qui cristallise le plus de peurs et de fantasmes et les cicatrices de l’explosion de l’usine AZF en 2001 sont encore visibles à Reynerie et Bellefontaine. Depuis 2003, le Mirail est au centre d’un grand projet de ville dit« projet du grand Mirail » qui cherche à remodeler  le quartier, en  mettant en œuvre une requalification urbaine: des immeubles sont détruits et d’autres construits autour d’espaces publics recomposés. Mais si le métro a placé le Mirail à moins d’un quart d’heure du centre ville, dans la représentation collective, il reste perçu comme un territoire ou vivent des immigrés, des classes populaires paresseuses, des jeunes inactifs et désœuvrés. 
Mais  il s’agit toujours d’une vision extérieure.
Que pensent les jeunes et des personnes qui y travaillent et quel est leur quotidien? 
Casa Nova Toulouse Métropole propose de « parler du Mirail depuis le Mirail »  et d’y consacrer  des articles qui relatent les rencontres, parcours et propositions issues de ceux qui vivent le Mirail

Première rencontre/Être jeune et vivre à Bagatelle:

 Anissa Lebbad et Omar Chibli ont tous deux vécu à Bagatelle.
Omar y vit encore. Anissa, elle a quitté la cité mais pour s’installer sur un autre secteur du Mirail, pour rester tout de même proche de la famille. Elle y a vécu de 15 ans à 20 ans et se souvient combien la pression était forte sur les filles « tiens toi droite, ne parle pas aux garçons ». Anissa souligne comment les garçons du quartier se retrouvaient dans leur temps libre pour « tenir les murs » pendant que comme beaucoup de filles elle nouait des relations sociales et amicales hors de la cité.  De ce fait elle ne sent pas de réelle affinité avec ce quartier et se dit très contente d’avoir pu s’en extraire et faire l’expérience de milieux sociaux différents
Elle nous décrit ses différentes expériences notamment avec les services d’accompagnement ou d’insertion comme la mission locale « ils nous dévalorisent beaucoup, nous parlent comme si nous n’étions pas en capacité de comprendre les choses » en insistant sur le poids du stéréotype. 
Les  difficultés liées au stéréotype, 
Omar nous en fera également part mais en évoquant son expérience et son parcours scolaire.
Arrivé à l’âge de 7 ans en France, Omar ne parle pas français, ni même arabe car il est berbérophone. 
Tant au collège qu’au lycée, il est scolarisé dans un établissement situé à mi chemin entre Bagatelle et le centre ville et ses envies scolaires ont souvent buté sur des obstacles posés tant par les copains de classe que par l’institution elle même: « au lycée on te tire vers le bas et très vite j’ai vu que je n’avais pas les mêmes délires que les autres ».
Anissa confirme ce sentiment: « moi je n’ai même pas eu le brevet des collèges, on m’a toujours orientée vers les filières professionnelles. Alors j’ai passé un bac pro pour ne rien en faire de spécial ». 
Et chacun ne réagit pas de la même façon face à cette redondance de stéréotypes. 
Anissa, accepte et se dit qu’elle verra plus tard. Omar lui, s’entête et refuse cette orientation vers ce qu’il perçoit comme une voie peu intéressante . Il prend vite conscience qu’être originaire de Bagatelle, partir en bac professionnel, c’est s’enfermer encore un peu plus car le lycée professionnel regroupe majoritairement des élèves du Mirail: « il est préférable que tu sois bon dans un bac pro que mauvais dans un bac général ». Voilà ce qu’entend Omar durant son parcours scolaire, lui qui, bon élève, prouve ses capacités en obtenant facilement un bac S
Mais les stéréotypes pèsent toujours dans l’étape suivante des études supérieures où l‘école lui renvoie à priori qu’il ne peut pas prétendre à entrer dans une école d’ingénieur car le niveau y est trop haut pour lui. Il résiste, se positionne comme un des meilleurs dans les matières scientifiques et décroche facilement un Bac + 5.
Anissa, elle, est revenue plus récemment vers l’université :« quand tu as fait le tour des plans thunes, tu te dis qu’il faut chercher ailleurs, autre chose ». Pour elle,ce sera les arts du spectacle et du théâtre. Elle a trouvé sa place et poursuit brillamment son parcours. 
Tous deux conviennent que chaque parcours est aussi conditionné par les rencontres:
Celles qui motivent et encouragent ou au contraire cherchent à dissuader, mais « ça forge le caractère ».
Si chacun d’eux semble avoir trouvé sa voie par lui même, il ne se sentent pas pour autant désolidarisés du quartier où ils ont leurs attaches familiales et amicales.
Ils ont des idées et mènent des actions.  
Ils constatent qu’il y a de moins en moins d’inclusion sociale  « mes anciens potes, que je vois toujours, ont tous eu des parcours chaotiques, certains ont même fait de la prison ». Omar nous raconte combien intégrer certains codes sociaux ou tenter de lisser des traits stigmatisants est difficile « certains de mes potes quand ils doivent passer un coup de téléphone pour un boulot par exemple, ils me demandent de le faire à leur place; ils trouvent que je parle mieux qu’eux ».  
Omar explique la nécessité « pour les jeunes de quartier d’ouvrir des possibles, travailler sur les rêves ».
C’est pourquoi, avec quelques autres jeunes du quartier qui ont réussi à  faire des études, ils ont monté une association qui intervient dans des établissements scolaires, sur leur temps libre simplement pour dire aux jeunes élèves « vous avez le droit de choisir, nous l’avons fait, vous pouvez le faire. Si tu as besoin d’aide et qu’on peut t’aider… ».  
Cela ressemblerait à une histoire qui finit bien …
Si Omar ne nous relatait pas son expérience du milieu professionnel! Il n’a pas honte de son origine, de son quartier, mais il se confronte régulièrement au racisme ordinaire de ses collègues « on me rappelle régulièrement que je suis musulman, ou on me dit des choses comme « toi tu viens d’ailleurs ». 
Mais, lucide et aguerri par son parcours, il se contente de nous dire : « oui, nous sommes différents. et alors ? ».
Anissa partage ce point de vue mais souligne l’importance de faire un travail individuel, sur soi, pour s’ouvrir des perspectives. Elle a fait un service civique qui lui a aussi donné l’occasion de s’exercer et d’expérimenter.
Elle reste convaincue que s’il est nécessaire d’ouvrir les jeunes à des pratiques culturelles différentes, dans et hors quartier, il est également important de créer des passerelles entre le centre ville et les quartiers. »Pourquoi est-ce  toujours à eux de se déplacer ? Pourquoi ne pas créer de l’évènement culturel d’envergure au Mirail qui ferait venir le centre ville. Ils pourraient alors se rendre compte que le Mirail c’est un endroit comme un autre« 
Pour elle comme pour Omar : « il faut maintenant ouvrir les portes qui nous séparent ».
Comme l’expriment  Anissa et Omar, Casa Nova Toulouse Métropole partage et souligne l’importance de créer des espaces de rencontres festifs et culturels aptes à décloisonner les différents quartiers de la ville, et pour cela soutenir les actions citoyennes portées par des jeunes qui souhaitent s’investir dans la vie de la cité.
Et aussi, maintenir ou plutôt rétablir les lieux de socialisations communs comme le lycée ou les collèges, qui grâce à la carte scolaire ont longtemps permis une mixité scolaire et sociale, retardant la ghettoïsation.
A suivre : une seconde rencontre à Reynerie .

A l’écoute de Christophe Suquet, enseignant à Empalot

Mercredi 12 novembre, des enseignant-es et des parents d’élèves d’Empalot ont organisé une marche pour demander le maintien des écoles du quartier en « Réseau Education Prioritaire ».
Nous avons souhaité en savoir plus et avons interrogé Christophe Suquet, enseignant d’Empalot syndiqué SUD Education, en lutte pour le maintien des écoles du quartier en Réseau Education Prioritaire.

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Elérika Leroy Toulouse Résistance Déportation de juifs

Vichy a-t-il « protégé » les juifs, vu de Toulouse : la parole à Elérika Leroy

Les propos d’Eric Zemmour réhabilitant le pétainisme et affirmant, avec un aplomb inouï, que la collaboration aurait protégé les juifs français (opposés avec perversité aux « juifs étrangers », ce qui est à la fois faux et abject…), doivent être combattus avec la plus grande détermination.

L’ultra droitisation de l’ancienne droite dite républicaine ne manque pas de nous interpeller. Elle passe par l’effacement du gaullisme, dont les propos de Monsieur Zemmour sont une manifestation patente.

Toulouse fut un foyer très important de la résistance au nazisme et à ses auxiliaires zélés. Nous avons demandé à Elerika Leroy de nous dire ce que valent les propos révoltants de l’intellectuel organique du rapprochement entre la droite et l’extrême droite.

Spécialiste de l’histoire de la Résistance, auteure et co-auteure de plusieurs ouvrages sur ce thème [1], Elérika Leroy travaille pour la mémoire : par les écrits, conférences, expositions photos et circuits de mémoires qu’elle anime dans Toulouse. L’historienne rend hommage au souvenir de ces femmes et de ces hommes qui ont su dire non. Ce travail de proximité rend possible pour chacun l’appropriation de cette histoire.

Elérika Leroy, vu de Toulouse, l’affirmation selon laquelle Vichy aurait « sauvé » des juifs, vous inspire quelles observations ?

De Toulouse comme d’ailleurs, ma réponse va être d’une certaine banalité : c’est du n’importe quoi. Cette affirmation montre le manque de culture historique de celui qui la profère, ou plutôt la crie sur toutes les chaînes de radio et de télévision, un non sens. Des personnalités éminentes, comme Robert O. Paxton mis en cause par cet homme (qui, je le rappelle, a le soutien de Jean-Marie Le Pen), ou Daniel Cordier, devenu historien après avoir été un acteur (puisqu’il était dans la clandestinité le secrétaire de Jean Moulin) ont répondu à M. Zemmour. Moi je lui conseillerais seulement une lecture attentive des ouvrages d’historiens, tels que Henry Rousso, Marc-Olivier Baruch, Denis Peschanski ou encore Laurent Joly (Vichy dans la solution finale : histoire du commissariat général aux questions juives ou encore L’antisémitisme de bureau)

Pouvez vous nous rappeler le rôle de Vichy dans les déportations toulousaines ?

Après avoir promulgué les statuts des Juifs (le premier dès octobre 40 sans aucune pression allemande) qui faisaient des Juifs français et étrangers des sous-catégories de citoyens, au seul motif d’être né Juifs… les internements (sur décision de l’administration française) se sont multipliés, transformant ces camps du sud-ouest en anti chambre de la mort.

D’après Jean Estèbe (Les Juifs à Toulouse au temps de Vichy) et les études de Serge Klarsfeld, le bilan des déportations s’élève à 6400 Juifs déportés depuis la région (97 à 98% n’ont pas survécu). Il faut rappeler également les spoliations et la politique d’ « aryanisation » des biens juifs mis en place par le régime de Vichy en zone sud.

Les principales rafles et convois ont eu lieu pendant l’été 1942, suscitant des réactions de la population, et en particulier celles de deux hauts membres du clergé, l’archevêque de Toulouse, Jules Géraud Saliège et l’évêque de Montauban, Pierre-Marie Théas. Ces derniers firent lire dans leur diocèse des lettres qui s’insurgeaient contre le sort réservé aux Juifs, traités de manière inhumaine par l’administration française. Ces lettres épiscopales ont eu un écho important dans la population. Les religieux et religieuses ont organisé de nombreuses actions de secours envers les Juifs et notamment les enfants.

L’entraide et le secours de la population a eu également un rôle important dans le sauvetage des Juifs. Les historiens considèrent que le sort des Juifs dans la région a été « meilleur » qu’ailleurs. Des fonctionnaires ont fait preuve d’un courage extraordinaire pour ne pas appliquer les mesures répressives ordonnées par le régime de Vichy. Le cas le plus important à Toulouse est celui du commissaire Jean Phillipe qui refuse de dresser les listes de Juifs que Vichy lui demande et préfère démissionner plutôt que s’y soumettre (en écrivant une lettre de démission remarquable de courage

« Je refuse-et sous mon entière responsabilité – de persécuter des israélites qui à mon avis ont droit au bonheur et à la vie, aussi bien que M. Laval lui même »

Ces quelques exemples relèvent d’un courage individuel et évidemment, ce n’est pas Pétain qui les a suggérés…

Pourquoi, à votre avis, de telles énormités scandaleuses sont elles proférées maintenant ?

Ce n’est pas nouveau malheureusement. Le négationnisme est un phénomène ancien comme la théorie du complot, du reste. Peut être M. Zemmour est-il en mal de notoriété ? C’est un habitué me semble-t-il de ce genre de sorties médiatiques. Ce qui est regrettable, c’est l’audience qu’il a. Ce qui serait inquiétant, c’est que des gens puissent le croire, surtout à une heure où, les témoins disparaissent. Il faut donc contribuer à diffuser l’histoire auprès des jeunes pour que ce genre d’inepties soit contrebalancé par d’autres versions.

Quel a été le rôle de Vichy dans la répression de la Résistance dans notre région ?

Il y a eu plusieurs étapes. Au début, le régime de Vichy, et donc les policiers français, se sont focalisés sur les étrangers et les communistes. Le cas le plus représentatif ici, à Toulouse, est celui de Mendel « Marcel » Langer, qui, selon le procureur, cumulait toutes les tares : juif, étranger, communiste et « terroristée » (puisque c’est ainsi que Vichy et les nazis qualifiaient les résistants). Mendel Langer fut guillotiné pour simple transport d’explosifs. Les Allemands ne sont pas intervenus dans le processus qui a conduit Langer à l’échafaud en juillet 1943. Les jeunes (dont beaucoup étaient Juifs) de la brigade FTP MOI (Francs Tireurs et Partisans de la Main d’œuvre étrangère), appelée 35ème brigade Marcel Langer, se sont vengés en exécutant le procureur responsable, Lespinasse. Cette exécution « refroidit » la véhémence des magistrats chargés de la répression contre des résistants.

A partir de là, à Toulouse, la justice sera plus clémente. Le jeune étudiant de 22 ans, Boris Frenkel, arrêté en août 1943, après avoir exécuté un franc-garde de la milice, fut condamné à « seulement » 20 ans de travaux forcés. Mais livré aux Allemands, il meurt dans un camp d’extermination…

La répression de l’administration de Vichy s’est signalée à Toulouse à travers deux personnages : le responsable du Commissariat général aux questions juives, Joseph Lécussan, un fanatique antisémite, envoyé ensuite dans la région lyonnaise où il exécuta, entre autres, Victor Basch, le président de la Ligue des droits de l’homme. Et l’intendant régional de police Pierre Marty, arrivé à Toulouse avec sa propre brigade de policiers, surnommée par les résistants, « la brigade sanglante ». Il a utilisé les moyens les plus odieux dont la manipulation et la torture contre les résistants de la région. Pierre Marty quitta Toulouse avec les Allemands au moment de la Libération, mais fut intercepté à Sigmaringen par les Américains, jugé par la Cour de Justice de Toulouse et exécuté.

Merci beaucoup, Elérika Leroy.

[1] De l’auteure

Républicains espagnols en Midi-Pyrénées (Presses Universitaires du Mirail, 2004)

Toulouse, mémoire de rues (Mairie de Toulouse, 2006)

Germaine Chaumel, femme photographe (Ed. Privat, 2012)

Toulouse cosmopolite, rebelle et savante (Ed. Autrement, 2013)

 

 

La caution jeune en politique - casanova toulouse metropole

La caution « jeune », le témoignage grinçant de la vie d’une « jeune » en politique

En poursuite de notre réflexion sur la jeunesse, nous vous proposons un témoignage édifiant d’une « vie de jeune en politique », de la part d’une (jeune) membre de Casa Nova.

« Je ne remercierai jamais assez les personnes qui ont éveillé ma passion pour ce gros mot qu’est la chose publique, en créant notamment des instances participatives telles que le Conseil Municipal des Jeunes. Élue d’abord Maire d’un CMJ, j’avais été repérée par quelques cumulards locaux comme « la jeune à suivre », bien implantée dans le milieu associatif local et surtout, surtout, engagée, à gauche c’est toujours mieux.

2008. Le saut dans la cour des grands.

Élue parmi les grands élus. J’ai découvert au travers de cette expérience ce que signifiaient les notions de bien vivre, de vivre ensemble, de solidarité et de proximité. Pas seulement dans les mots, mais dans les actions menées par nos représentant-es.

J’ai surtout pris conscience de l’importance de la communication, qui à mon sens, ne devait pas s’effectuer seulement du haut vers le bas mais dans tous les sens, une communication multidirectionnelle, qui signifie être autant à l’écoute que l’on souhaite être écouté-e.

Cette communication deviendra mon métier. Du haut de mes vingt ans, j’avais alors répondu à de vieux universitaires parisiens : « la communication d’une ville de 5000 habitants, ce n’est pas la communication du pot de fleur, c’est savoir répondre aux vraies interrogations des vrais gens et pas seulement celles de l’habitant professionnel, celui qu’on voit partout, tout le temps. Le but difficile de la communication, c’est de toucher ces gens et de répondre à leurs questions en mettant en place les politiques publiques adéquates – et si le pot de fleur fait partie des questions, alors nous devons y répondre ».

Une fois l’euphorie des premiers mois passés comme conseillère municipale et de ce tourbillon communicationnel « oui dans cette ville nous avons la plus jeune conseillère municipale du département, quelle fierté, seulement 18 ans », vient le moment de passer à l’action et de mettre en place notre programme.

Et là… commencent  les difficultés. Sois jeune et tais-toi.

Ah d’accord. Tout est une histoire de communication. J’étais devenue la caution jeune. Voire pire, la caution « société civile ».
Non je ne souhaite pas être membre d’un quelconque parti politique à la couleur rose. Mais pourtant, c’est bien là que tout se décide. Le conseil municipal n’est devenu qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises la veille par une section locale. En séance, les débats n’existent pas. Les caciques locaux pensent, les bêtes que nous sommes votons. Malheur à celui qui osera proposer : « tu n’es pas là pour ça, insignifiant petit conseiller municipal, assied-toi, on a besoin de toi pour notre quorum ».

Et nous créons, et nous créons, de nouvelles instances participatives telles que les conseils des sages ou les conseils économiques sociaux et environnementaux, véritables fantômes d’instances participatives, aussi écoutées qu’un vieux vinyle de Mike Brant mais… « on l’avait dit, c’est dans le programme, on le fait ! …et ça fera bien dans l’bilan ».
Ces instances participatives, parlons-en. Dans une ville de 5000 habitants, tout le monde se connait. Plus ou moins. Alors on va essayer de choisir les habitants sympas, ceux qui ne font pas de vague et qui sont déjà d’accord avec nous : SURTOUT, ÉVITONS LE DÉBAT.

J’ai eu 18 ans durant 6 ans. LA CAUTION JEUNE.

Elle est peut-être là l’explication : le désintérêt des jeunes pour la politique et leur forte abstention aux derniers scrutins s’expliquent peut-être par la représentativité de nos élites politiques françaises. Les jeunes se reconnaissent-ils dans nos marionnettes locales, régionales, gouvernementales ? Se reconnaissent-ils dans les politiques menées et surtout dans leur manière d’être menées ?
La classe politique est vieillissante et son image, déplorable. Vos jeunes ont des idées ! ÉCOUTEZ-LES ! »

 

Régis Lagrifoul Intw Casanova

A l’écoute de… Régis Lagrifoul de Solidaires Finances Publiques

Régis Lagrifoul, Syndicat Solidaires Finances Publiques 31
Régis Lagrifoul, Syndicat Solidaires Finances Publiques 31

Régis Lagrifoul est secrétaire départemental de Solidaires Finances Publiques 31, syndicat majoritaire dans cette administration qui s’est toujours assigné comme rôle, en sus de la défense des intérêts matériels et moraux des agents, celui de mener le débat citoyen sur l’utilité des missions données.

Que peux-tu nous dire sur la situation qui remonte des contribuables locaux ?

Le solde de l’impôt sur le revenu était à régler il y a quelques jours et on a constaté dans nos services des incompréhensions, des doutes sur le sens de l’impôt mais aussi une augmentation des difficultés de paiement dans la période sociale actuelle.

Les incompréhensions étaient bien sûr pour les redevables qui constatent des augmentations d’impôt. On retrouvait dans cette situation beaucoup de personnes âgées qui subissent l’effet plein pot de la suppression lissée sur 5 ans d’une demi part pour personnes seules ayant élevé un enfant ou bien les parents de 3 enfants qui voient leur majoration de pension fiscalisée cette année. Or ces retraité-es ne sont pas obligatoirement parmi les plus riches et la situation créée en précarise beaucoup. On a aussi vu de fortes augmentations pour des redevables des classes moyennes cette année.
Du coup, on voit exprimés dans nos services, des doutes sur la justice des prélèvements mais aussi des références claires à l’actualité (après Cahuzac l’an dernier, Thévenoud cette année) ou l’expression que « l’on  tape » plus facilement les salariés que les vrais fraudeurs. Nous voyons de façon très nette, et cela devrait alerter profondément, s’installer plus qu’un doute, une contestation silencieuse ou exprimée de la justice de notre système fiscal. Cela se cristallise sur l’Impôt sur le revenu alors que, rappelons le, il pèse peu proportionnellement à d’autres pays européens dans notre système fiscal. Il est aussi censé être le « marqueur de gauche » sur les questions fiscales eu égard à l’histoire de notre pays. Or il est devenu incompréhensible de par les multiples niches fiscales qui se multiplient mais aussi la grande complexité des mécanismes de « rustine » ou bien la baisse de sa progressivité.

Nous regrettons largement, alors que des promesses ont été faites sur ce sujet, de ne pas voir ouvert le chantier d’une réelle réforme fiscale nécessaire plus que jamais dans sa globalité mais aussi sur l’enjeu majeur du consentement à l’impôt. Rappelons que des révolutions et des révoltes se sont faites avec cette question comme point de départ. De plus, la vision chez les citoyens de la justesse des prélèvements socialisés pour mettre en œuvre des politiques publiques est au cœur du projet de transformation sociale. Ce recul du consentement est donc bien un signal d’alerte majeur.

On peut constater que les élu-es nationaux et locaux se sont peu impliqués sur cette question de redonner du sens à l’impôt dans le débat public, de faire œuvre de pédagogie mais aussi d’en faire un enjeu du débat public citoyen.

Enfin on constate fortement depuis deux ans que les difficultés de pouvoir d’achat ne sont pas abstraites pour les usagers de notre administration. Les demandes de délais de paiements sont ainsi en augmentation de 20%. On voit aussi une augmentation des demandes gracieuses pour enlever une partie des impositions.

La décentralisation va encore être bouleversée. Et la fiscalité la dedans ? Avez-vous des propositions ?

La fiscalité locale représente environ la moitié des recettes des collectivités locales.
On doit donc ouvrir en préalable la réflexion sur la justice des impôts nationaux qui servent à financer les dispositifs de péréquation ou financements directs des collectivités locales. Encore une fois nous sommes favorables à un réel débat public pour de réelles réformes de fond de notre système fiscal qui est profondément déséquilibré. Voici quelques axes pour réfléchir sur ces sujets :

  • concurrence internationale et européenne exacerbée qui nécessite une réelle harmonisation,
  • tendances lourdes à la baisse des impôts directs au bénéfice des impôts indirects,
  • poids démesuré de la TVA,
  • faible part de l’impôt sur le revenu et de sa progressivité,
  • faible taxation des revenus du patrimoine,….

Tout cela nécessite un chantier de fond et syndicalement, nous nous efforçons d’être disponibles pour initier des discussions citoyennes et vers les élu-es. N’oublions pas la question de l’égalité de traitement des territoires et l’injuste répartition des ressources.

Concernant la fiscalité locale elle-même, il convient aussi de se questionner sur ses effets. Nous constatons qu’elle cumule deux handicaps majeurs. En premier lieu de par sa base de référence, la valeur locative (VL) des locaux particuliers ou professionnels, dans son calcul, est particulièrement injuste car archaïque. Cette VL a sa base de référence calée sur des données calculées dans les années 70. Même si un coefficient la « réactualise » chaque année, elle est ainsi datée sur des critères obsolètes. Par exemple les logements du quartier du Mirail sont en comparaison sur-taxés par rapport au logement du Centre ville toulousain. Il convient dès lors de se questionner sur cette base de calcul et par exemple envisager des critères plus ancrés dans les réalités, tels la valeur vénale (à la vente) des logements.

Par ailleurs la fiscalité locale ne prend pas assez en compte les inégalités de revenus ou de patrimoines dans son calcul. Il faudrait ainsi envisager de lier plus ces impôts locaux avec une progressivité eu égard aux revenus.

Il convient enfin de regarder les réalités de la baisse continue de la part de la fiscalité locale liée aux entreprises depuis la transformation/suppression de la Taxe Professionnelle. Certains secteurs sont clairement gagnants (professions libérales, grandes entreprises) quand des petites et moyennes entreprises ont vu flamber leur contribution. C’est ce qui a été constaté dans l’agglomération toulousaine à la création de la Contribution Foncière des Entreprises avec une forte augmentation du « minimum » de cette taxe.
Plus globalement le lien avec la réforme territoriale est peu lié aux questions des ressources dans le débat public. Or alors que l’Etat se désengage massivement et affaiblit de manière majeure les collectivités, cette problématique gagnerait à être réellement en discussion avec les populations.

L’application du pacte de compétitivité, ça se passe comment sur le terrain ?

Dans nos services, l’administration des finances publiques a été particulièrement sollicitée pour faire « réussir » l’application du pacte de compétitivité, en particulier la mise en œuvre du CICE. Dans les Services des Impôts des Entreprises c’était clairement la priorité numéro 1 et tout le reste était mis de coté. Nos collègues ont eu l’impression d’être des « guichets ouverts » pour les entreprises puisqu’on nous donnait pour consigne de ne surtout pas contrôler. Du coup, les éléments soulignés par certains parlementaires sautent aux yeux avec des doutes sur la réalité du caractère dynamique pour l’emploi et l’investissement de ce crédit d’impôt. On le voit bien sur le secteur de la grande distribution, certaines professions libérales mais aussi le BTP, Vinci,…. L’Entreprise Sanofi qui supprime tant d’emplois dans notre agglomération va ainsi bénéficier de 47 millions de Cice tout en augmentant la distribution de dividendes cette année.

Il y a bien une ambiance « Open Bar » sans critères ni conditions qui est particulièrement choquante quand on voit par ailleurs la logique d’austérité qui est donnée au pilotage des politiques de la puissance publique.

Dans le même temps on constate actuellement les difficultés des entreprises avec une baisse du chiffre d’affaire des entreprises fortes en 2013. En particulier dans l’industrie, le btp,. Les défaillances de paiement sont également en forte hausse en 2013/2014 dans notre département, tout comme les procédures collectives (redressements et liquidations judiciaires) ou la saisine de commission de conciliations financières.

Toulouse a été le volcan du mouvement social français depuis longtemps. On a l’impression que ce n’est plus le cas. Pourquoi à ton avis ?

Avant de parler de Toulouse, il faut bien comprendre que c’est tout le mouvement social qui est en questionnement. Il n’y a pas que les politiques qui doivent se remettre en cause ou se questionner sur leur responsabilité à relayer la parole des citoyens-es et des salarié-es. Alors que de nombreuses batailles se sont menées face à des gouvernements de droite, il y avait des attentes fortes de « changement maintenant » et c’est une désespérance qui s’installe quand on ne voit rien de concret. Du coup le doute est grand : que faut-il faire ? Peut-on obtenir quelque chose ?

Prenons un exemple concret. En 2010, une des plus grandes mobilisations sociale s’est construite sur le sujet des retraites. Toulouse a été d’ailleurs un lieu particulièrement exemplaire dans cette lutte, que ce soit dans une intersyndicale combative que dans les manifestations ou actions interprofessionnelles. Or au final la contre réforme s’est mise en œuvre. La seule « victoire » a été d’ancrer l’enjeu de la redistribution des richesses dans le débat public, ce qui est, nous semble t-il, une des raisons du vote politique pour l’alternance en 2012. Voir un gouvernement de gauche, dont les militant-es et responsables étaient avec nous dans les rues de Toulouse, aller encore plus loin que la droite dans les reculs, c’est un aspect qui tétanise clairement, y compris les militant-es les plus convaincu-es.

Bien sûr aussi le mouvement social doit se questionner fortement en particulier sur sa capacité à parler et représenter les nouvelles couches du salariat, dans les petites entreprises, chez les précaires. Partout la question du pouvoir confisqué, des discours d’en haut, des méthodes routinières, de la bureaucratie, sont aussi une réflexion à aborder de face. Trop souvent les salarié-es ne se reconnaissent pas.

Par contre la spécificité toulousaine dont vous parlez est toujours présente dans cette période difficile pour le mouvement social. Bien sûr il ne faut pas attendre un « volcan » ni une quelconque « avant-garde » car c’est une vision datée des luttes sociales. Il n’y a pas de raccourcis, ni de sauveurs suprêmes, ni de projet clef en main.
Par contre on trouve bien des éléments qui donnent espoir dans notre ville. On constate régulièrement une intersyndicale (Cgt, Solidaires, Fsu) qui s’efforce d’impulser du lien interprofessionnel mais aussi des actes de résistance. La mobilisation des intermittent-es et précaires a été ainsi particulièrement soutenue chez nous. La lutte des Sanofi a été aussi une lutte exemplaire dans la durée dans un secteur peu mobilisé jusque là. Ce qui s’est passé très récemment au Conseil Général de Haute Garonne pour dénoncer les choix d’austérité qui pénalisent l’accompagnement des jeunes majeurs est aussi exemplaire et on ne retrouve que chez nous ce niveau de mobilisation sur ce type de sujets.
Dans mon secteur des Finances Publiques par exemple, nous sommes souvent regardés par les autres départements comme particulièrement actifs avec une intersyndicale Solidaires-Cgt-Fo-Cfdt qui a multiplié les actions et interpellations depuis deux trois ans.

En résumé le mouvement social est clairement en recherche de solutions mais surtout de la manière dont il faut représenter la parole des salarié-es. cela nécessite beaucoup de remise en question et d’efforts. C’est ce que beaucoup cherchent sur Toulouse. On n’est peut être pas un « volcan » mais la « flamme » est intacte même si le chantier est immense.

Merci Régis !

Avec vous toutes et tous pour porter le flambeau.