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fête musique

« La fête de la musique, c’était mieux avant »

Trouvez l’intrus:Premier jour d’été, promotion d’artiste locaux, appropriation de l’espace public, découvertes musicales dans toutes les rues, bière à 2 euros dans des chariots ambulants, privatisation du Capitole par France Télévision pour une émission en direct de France 2 et TV5 Monde animé par Garou: Gagné!

 L’information ne vous aura pas échappé, le 21 juin 2016, la grande scène du Capitole accueillera Christophe Maé , Pascal Obispo, Soprano, Vianney , Patrick Fiori, Gérald de Palmas, Jain et bien d’autres artistes tous aussi « mainstream » et  populaires.
Pour cette occasion chaque spectateur devra être muni de sa carte d’identité et d’une réservation qu’il aura préalablement rempli sur le site de la mairie de Toulouse afin de pouvoir accéder au concert.
Par conséquent, la place du Capitole sera rigoureusement sécurisée et quadrillée par la police municipale dans le cadre du « plan vigipirate » renforcé par le maintien de l’état d’urgence.
 
  Dès la médiatisation de cet événement, de vives réactions se sont faites sentir sur les réseaux sociaux, jugeant le procédé discriminant et allant à l’encontre de l’identité culturelle de la ville. 
  Une page Facebook nommée « Boycott de la fête de la musique au Capitole de Toulouse » rassemble près de 6 000 personnes.
En réponse Jean-Luc Moudenc  lance sa propre page « OUI à la fête de la musique place du Capitole à Toulouse ! » suivie par 2 000 internautes
  Depuis son arrivée « au Capitole », la fête de la musique continue à perdre peu à peu en saveur. En 2014, des groupes toulousains comme Sidilarsen ou Kid Wise avaient été déprogrammés au dernier moment. La scène de la fête de la musique au Capitole s’aseptise cette année suivant un mouvement général à Toulouse. La musique s’éloigne du public, les petites salles comme le Mandala ou la Dynamo ferment, le Connexion ne peut plus organiser de concerts . Il faut forcément passer par des grandes salles comme le Bikini et par conséquent, la musique devient moins accessible et plus élitiste par principe, vu que les places au Bikini restent élevées en comparaison.
Cela éloigne la musique du cœur de la ville, alors qu’elle devrait y vivre.
  
Le Maire, très critiqué depuis le début de son mandat pour sa politique culturelle restrictive, n’en est pas à son premier coup d’essai. 
L’abandon des projets  culturels ne s’est pas fait attendre et la liste est longue :«  La Maison de l’image » à la Reynerie , la  «  La cité de la Danse » , « Le Minotaure » , le transfert de « La Mix-art » à la Cartoucherie, sans compter  la fermeture des lieux phares  tels que « le café culturel Cherche Ardeur », «Le Mandala » et « La Dynamo » .
A chaque  échéance, des négociations avec les élu-es locaux et les responsables de projet  s’engagent, des communiqués de presse se cumulent et se ressemblent.
On est très loin des envolées lyriques et des promesses  qui ont rythmé la campagne électorale de notre candidat UMP-Les Républicains.
Sa meilleure réponse  face à toutes ses contradictions est « la culture restera le premier poste budgétaire, mais la totalité des projets excède nos capacités financières. » 
On pourrait alors penser que la fête de la musique cette année coûte moins cher qu’un café culturel…ben non: 200 000€ !  
Alors bien entendu, les événements culturels ne manquent pas ( Le woops festival, le Rio Loco, les siestes électroniques….) et il faut faire des choix stratégiques face à une restriction nationale afin de valoriser au mieux l’image de notre ville (et peut-être prétendre à une réélection en 2020). 
Mais Casa Nova se demande si c’est en adoptant une politique culturelle à double vitesse que l’on valorise l’image de Toulouse ?
C’est peut être aussi cela que signifient les intermittents du spectacle au delà de leur combat pour la défense de leur statut.

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Prison St Michel: quand l’ABF dérape!

Des nouvelles de la prison St Michel.

Vendredi 25 mars l’inauguration de la salle St Michel, riveraine de la prison, a pendant quelques instants donné l’illusion aux invités que les choses avançaient favorablement pour l’avenir du site de la prison.
Il restait bien un sentiment de flou après le discours du Maire qui déclarait en début de prise de parole qu’il n’était pas question pour lui de rééditer ce qui avait été fait à Lyon, à savoir des logement enchâssant« l’étoile protégée » de la prison, mettant à mal sa perception et sa place dans le quartier.vue-aérienne-des-2-projets-3
Reconversion des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph à Lyon.
Le sentiment de flou restait encore de mise sur la faisabilité d’un auditorium à cet endroit, tant les résultats de l’étude, annoncés pour bientôt, traînent depuis le début du mandat.
En revanche le flou se transformait en brouillage lorsque dans la conclusion de son discours le Maire laissait entendre que l’état pourrait néanmoins valoriser son terrain en y construisant des logements: c’est à dire ce qui a été fait à Lyon, chose qu’il venait de dénoncer en début de propos !
Les auditeurs étaient perplexes !

Par ailleurs, les fuites et les « on dit » laissent entendre que la faisabilité de l’auditorium annoncé depuis l’élection de Jean Luc Moudenc à la Mairie de Toulouse se confirmerait, et si la réalisation d’un équipement totalement enterré ne fait plus illusion à personne, les experts pourraient proposer de creuser un peu (5 ou 6 mètres, à la limite de la nappe phréatique) et de construire une vingtaine de mètres en superstructure dans la partie arrière du terrain en supprimant au passage une des cinq branches de l’étoile … pas vraiment une révélation, plutôt une évidence, si la volonté d’édifier une cité de la musique à cet endroit restait de mise.

Le bon sens voudrait aussi que le prix de vente du terrain par l’État soit en rapport avec sa constructibilité donc moins élevé en cas de construction du seul équipement public: c’était le sens de la proposition des associations de quartier pour la modification du Plan Local d’Urbanisme en cours d’élaboration, proposition rejetée par la Mairie qui souhaite conserver au terrain une constructibilité plus importante .
Et c’est dans cette ambiance de flou lénifiant que les invités à l’inauguration de la salle St Michel se quittent à la veille de la trêve pascale.

Mais dès le lundi de pâques, 28 mars, « La Dépêche » nous pond un œuf surprise:

Une interview d’Eric Radovitch, Architecte des Bâtiments de France (A.B.F.), dans laquelle il évoque au delà de St Sernin, l’avenir de la prison St Michel.
Il énonce d’abord quelques évidences : « Dans le courant de l’été, nous aurons les conclusions de l’étude de faisabilité d’un auditorium enterré commandée à un cabinet spécialisé par l’État et la ville. Si cette étude dit que le projet est réalisable, la prison pourra être transformée en cité de la musique autour de cet auditorium. Si ce n’est pas faisable, il se fera ailleurs. »
Nous attendions alors , de la part de cet expert, des indications  sur l’intérêt architectural et urbain de la prison et sur le niveau de protection qu’il préconiserait: que nenni, celui ci s’exprime sur le montage et le financement de l’opération, qu’il assortit de considérations étonnantes de la part  d’un A.B.F. en exercice.
« Si le projet aboutit, ce pourrait être sur la forme d’une opération mixte privée publique. La création de 500 logements pourrait payer l’opération. Il vaut mieux que ce soient les futurs propriétaires qui payent, plutôt que vous et moi avec nos impôts. »
On s’étonne déjà que ce soit l’ A.B.F. qui dévoile dans la presse le secret de polichinelle relatif à la volonté de l’État de se tourner  vers  la promotion privée pour valoriser son terrain au sens financier du terme, on le pensait spécialiste dans la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine architectural et urbain mais là il nous dévoile une face inattendue de son savoir faire, car 500 logements c’est environ 30 000 m²  (soit, pour des bâtiments de 15m de large en R+4, plus de 400 mètres linéaires ) … comme à Lyon, voire pire, contrairement à ce que déclarait le Maire vendredi dernier.
A ses ambitions d’aménageur se rajoute celles de politicien quand il rajoute, comme s’il s’agissait d’une évidence : « Il vaut mieux que ce soient les futurs propriétaires qui payent, plutôt que vous et moi avec nos impôts. » rado NetBOn reste donc perplexe à la lecture de cette interview : si l’homme Eric Radovitch a toute latitude pour exprimer en privé ses points de vue néo libéraux, le Chef de Service, commis de l’État est incompétent sur le sujet tant au titre de son expertise qu’à celui de ses prérogatives limitées aux enjeux patrimoniaux, sur lesquels il reste d’ailleurs étrangement muet (voir : Rôle et missions des ABF). 
Par ailleurs les commentaires politico/financiers, qu’il  émet en public, outrepassent la retenue et la réserve que son poste requiert.
Aurait il absorbé un œuf de Pâques frelaté ou est il devenu le kamikaze du Préfet ?
Casa Nova n’a pas spécialement pour habitude de mettre en cause des fonctionnaires, mais quand ceux-ci sortent de leur rôle et de leurs prérogatives pour faire l’apologie du néolibéralisme, nous considérons que de tels débordements doivent être dénoncés.
Nous aurions préféré qu’au lieu de s’égarer en considérations d’économie politique étrangères à ses missions, Mr Radovitch concentre son énergie dans le cadre des ses prérogatives, en réagissant par exemple face au dispositif anti SDF illégalement installé au printemps dernier par le Crédit Agricole sur son agence de la rue Ozenne qui est un monument historique classé situé à 150 mètres des bureaux des A.B.F. à l’Hôtel Saint Jean .
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Kiosques allées Roosevelt: apologie du pastiche ou appel à la création ?

Toulouse est en émoi : la Mairie a laissé entendre que les huit kiosques des allées Roosevelt pourraient être supprimés !

En cette période où l’on ne sait plus trop où est la gauche et où est la droite et à quelles valeurs se référer on s’accroche à une des dernière valeurs fiables (du moins le croit-on) le patrimoine : touche pas à mes briques, enfin là c’est plutôt à mon béton décoré !
Sauf qu’en l’occurrence les kiosques historiques …ils n’ont que dix ans d’âge !
Et on affirme sans savoir, à l’image d’une journaliste de La Dépêche à courte mémoire qui déclare, espérons le avec bonne foi, que « Réalisés en 1925 par l’architecte alors en vogue sur Toulouse, Jean Montariol, ces kiosques de style Art Déco ne sont pas inscrits à l’inventaire des Monuments Historiques mais ils sont situés dans le périmètre sauvegardé. Autrement dit, il serait impossible de les détruire »
Tout faux, Madame, et nous ne pouvons que vous inviter à relire votre propre article de cette même Dépêche du 17 mai 2005 dans lequel vous expliquiez que « trois kiosques, longtemps installés sur les allées Franklin-Roosevelt, sont depuis une semaine implantés boulevard Carnot. Une décision prise par la ville liée aux travaux de semi-piétonnisation de la place Wilson »
Nos mémoires peuvent aussi se rafraîchir en relisant l’article du même journal du 25 novembre 2005 intitulé « le quartier Wilson va retrouver ses kiosques » ou celui fort intéressant du 27 janvier 2005 qui titrait « la guéguerre des kiosques » et précisait que « depuis que cette place centrale a été réaménagée, les huit kiosques traditionnels ont fait leur retour. Mis aux normes et restaurés dans leur apparence d’époque. » 
Le débat sur les kiosques de Roosevelt n’est donc pas nouveau.
En effet pour effectuer les indispensables travaux de réaménagement de l’espace public liés à l’ouverture de ligne B du métro, le sol des allées Roosevelt fut nivelé et recouvert de granit en 2005.
Or pour refaire le sol, il a fallu enlever les kiosques, et comme ceux-ci sont bâtis en béton et donc non transportables sans dommages, il avait fallu se préoccuper de leur avenir et en premier lieu de leur disparition potentielle.
Ces kiosques n’étaient pas protégés au titre de monument historique; en revanche ils étaient et sont encore installés sur des allées qui elles sont bien inscrites à l’inventaire de Monuments Historiques. Et à ce titre tout ce qui est édifié ou supprimé sur leur sol n’échappe pas à l’avis conforme des Architectes des Bâtiments de France, qui furent bien sûr à l’époque consultés sur le sujet. Leur avis conforme, encore vérifiable, fut sans ambiguïté : pas d’opposition à la suppression des kiosques. 
Donc déjà à cette époque et dans leur état d’origine le caractère patrimonial de ces objets n’était pas reconnu par les gardiens du temple !
La question de leur enlèvement pour réaliser les travaux étant réglée, se posait aussi celle de leur reconstruction avec deux questions essentielles à résoudre :
1- Établir une esplanade apte à recevoir le flux prévu des 80 000 piétons par jour attendus au croisement des deux lignes de métro.
2- Édifier des kiosques aptes à répondre aux activités de leurs occupant-es au regard des normes d’hygiène et de sécurité, du règlement d’occupation du domaine public et des besoins des exploitants 
S’il paraissait utile de garder une animation commerciale sur l’esplanade, il était déjà évident que les petits kiosques carrés façon début 20ème, n’étaient plus dimensionnés pour les activités du 21ème siècle et qu’en lieu et place de huit petits objets non fonctionnels, deux ou quatre éléments plus grands auraient été plus appropriés. Les Bâtiments de France n’étaient pas opposés à cette idée sous réserve qu ‘ils soient de bonne qualité architecturale.
Mais alors que nous étions à deux ans d’élections municipales il fut décidé par Jean Luc Moudenc et Jean Jacques Bolzan, de restituer un fac-similé des anciens kiosques : et ceux que nous voyons aujourd’hui ne sont qu’une restitution des anciens kiosques « néo art déco ».201603291898-full
Ainsi fut fait, au grand dam des spécialistes des Affaires Culturelles qui sont toujours opposés aux restitutions à l’identique d’éléments anciens afin notamment d’éviter toute ambiguïté pouvant créer de la confusion dans l’esprit du public. Ce que nous vivons leur donne raison puisque dix  ans après presque tout le monde est convaincu qu’il s’agit bien de kiosques anciens. 
Facétie de l’histoire, Jean Luc Moudenc et son acolyte Jean-Jacques Bolzan, les acteurs de l’époque, d’abord battus aux élections, puis maintenant réélus sont rattrapés par la réalité  ancienne encore aggravée dix ans plus tard:
 1- D’une part  la fréquentation du métro  sera en augmentation du fait de l’allongement prochain des quais de la ligne A, amenant 100 000 personnes par jour sur cette cette esplanade.
 2- D’autre part les kiosques à l’ancienne étant trop petits, ils dysfonctionnent et chacun peut ou a pu constater que l’écailler a entouré son kiosque d’éléments en acier inox aussi massifs que disgracieux, que le marchand de journaux avait apposé un coffre en bois contre le sien pour ranger ses journaux, que le fleuriste étalait ses fleurs bien au delà d’une emprise raisonnable, que les velléités d’installation d’Octave le marchand de glace ont fondu comme neige (glace ?) au soleil face aux exigences réglementaires et aux normes d’hygiène en vigueur, etc …kiosques
Les pouvoirs publics ont de plus en plus de difficulté à accepter la situation illégale générée par les adjonctions diverses autour des kiosques qui perdurent la nuit et fleurissent le jour. Illégales car le règlement municipal d’occupation du domaine public impose de tout ranger chaque soir à l’intérieur des kiosques (et des magasins), chose impossible vu l’exiguïté des kiosques . Par ailleurs la Mairie ne sévit pas car c’est aussi elle qui en tant que propriétaire, et en toute connaissance de cause, établit les contrat de location et en perçoit les dividendes : cette situation schizophrénique n’est supportable que grâce à la segmentation des services, au fractionnement des délégations et à la dilution des responsabilités.
Alors face à une disparition annoncée des vrais faux kiosques, Casa Nova ne hurlera pas avec les loups d’opposition qui font étalage d’ignorance, de clientélisme et d’irresponsabilité (faites votre choix) en demandant leur maintien.
Casa Nova ne fera pas non plus l’apologie de l’équipe en place, qui est seule responsable de cette situation pour avoir fait preuve il y a une décennie d’un conservatisme qui se retourne contre elle aujourd’hui. 

Casa Nova reste critique mais responsable et propose :

D’une part de faire disparaître ces faux kiosques anciens,
qui dysfonctionnent car ils sont trop petits, obsolètes et de moins en moins adaptés aux besoins des usager-es de l’esplanade (1).
D’autre part de reconstruire deux ou quatre beaux kiosques fonctionnels,
de facture contemporaine (2), amovibles pour pouvoir être déplacés sans dommages, et aptes à recevoir en toute légalité et sécurité les activités utiles pour l’animation  d’une esplanade ou se croiseront 100 000 personnes chaque jour. 
Ceci permettrait de reloger tout ou partie des commerces  installés dans les kiosques actuels, et dont le sort préoccupe aussi Casa Nova.
Un des nouveaux kiosque pourrait aussi être utilisé comme « kiosque des initiatives » pour des personnes qui lancent leur activité.
Et en attendant le réaménagement des allées Jean Jaurès, ces constructions pourraient préfigurer l’avenir, en étant confiées après consultation à des créateurs contemporains; elles seraient pour nous symboles d’un engagement dans un avenir créatif, en opposition aux « délices de l’imitation » qui ne sont que perversion de l’esprit, crainte de l’avenir et refus de l’appropriation nouvelle d’un domaine public partagé et non segmenté.
(1) Ce qui n’empêche pas d’en conserver dans un lieu approprié les éléments authentiques au titre de la mémoire.
(2)Des éléments de décor des anciens kiosques peuvent  aussi  être inclus dans une composition architecturale contemporaine, comme ce fut fait aux « Bains -Douche » St Cyprien, transformés  en Mairie annexe.

 

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Être jeune à Bagatelle:

Casa Nova rencontre Toulouse 12.

 
Les cités, véritables lieux de vie des agglomérations françaises souffrent d’une image très négative du fait de leurs traitements médiatiques et politiques: à Toulouse, le Mirail n’échappe pas à cette règle.
Jeunes en capuches qui traînent toute la journée s’adonnant à des trafics en tout genre, femmes voilées, violentées et réduites au silence par des maris ou des frères tyranniques et endoctrinés, personnes profitant allègrement de la solidarité nationale en utilisant toutes les failles du système pour vivre aisément sans jamais travailler: tels sont les clichés que nous entendons tous et toutes, que nous soyons  de Saint Georges, de Balma, d’Ancely ou d’Empalot...
Ils ne sont pas le fruit du hasard:  une méconnaissance de ces quartiers, très souvent enclavés et loin des centres villes, est nourrie par des médias aux représentations hyper standardisées , ne s’intéressant qu’aux heurts qui les secouent parfois; mais souvent pas davantage qu‘au centre ville. 
Les gouvernements  successifs systématisent des dispositifs qui génèrent à leur tour des catégories (ZEP, DSU, réussite éducative, ZRU, ZFU, PNRU, ANRU, CUCS, ORU, GPV, ZUS…) ignorant les spécificités locales. Or il nous semble illusoire d’englober  sous un même dispositif les cités de Marseille, de Lyon, de Paris ou de Toulouse, Villeurbanne, Verdun, St Denis et Fort de France
Réunis sous une même étiquette les habitants et les travailleurs de ces quartiers, attachés à leur territoire de vie ou de travail  peinent à trouver leur place.
Toulouse,
quatrième ville de France, jeune, dynamique  bénéficie du plus haut revenu médian et colporte l’image de la Toulouse Baudisienne combinant culture occitane, universités, satellites, Airbus, briques roses, Capitole, Garonne et vieux hôtels particuliers. Mais Toulouse c’est aussi Bagatelle, Reynerie, La Faourette, Bellefontaine, autant de jolis noms de quartier, souvent issus de petits châteaux qui parsèment le grand ensemble du Mirail  (« miroir » en occitan) . Ce Mirail qui compte une université, un lac, des châteaux, des pigeonniers, des espaces verts  le reliant à la Ramée et au Touch, est composé en grande partie de logements sociaux, construits au début des années 60 par l’architecte Candilis dans le cadre d’un appel d’offre lancé par le Maire de Toulouse, Louis Bazerque. Le projet du Mirail, plus grande ZUP (zone à urbaniser en priorité) de France,  est établi sur une surface de 800 hectareset conçu comme l’espace de vie idéal des classes moyennes qui se nomment eux mêmes les « Miraliens » . Ils bénéficient d’un cadre de vie verdoyant, d’un appartement tout confort et de services de proximité (école, piscine, centre culturel, magasins).
Mais sous Pierre Baudis qui succèdera à Louis Bazerque, le Mirail  va connaitre la même transformation que la plupart des grands ensembles français : mal desservi, submergé par la marée pavillonnaire des années Giscard qui  le vide des classes moyennes parties en proche banlieue, les logements sont dévolus aux travailleurs, aux familles immigrées en regroupement familial, et aux ménages fragilisés. Le quartier  ainsi ceinturé de pavillonnaire est coupé de la ville et les avenues infranchissables isolent les habitations des équipements (université, lycée, centre commercial…) 
Ce quartier toulousain ,
devient secteur « politique de la ville » à la fin des années 80 : la moitié des habitants sont d’origine étrangère, un actif sur cinq est au chômage et la population est très jeune. En moins de 20 ans le Mirail est devenu le secteur de la ville de Toulouse qui cristallise le plus de peurs et de fantasmes et les cicatrices de l’explosion de l’usine AZF en 2001 sont encore visibles à Reynerie et Bellefontaine. Depuis 2003, le Mirail est au centre d’un grand projet de ville dit« projet du grand Mirail » qui cherche à remodeler  le quartier, en  mettant en œuvre une requalification urbaine: des immeubles sont détruits et d’autres construits autour d’espaces publics recomposés. Mais si le métro a placé le Mirail à moins d’un quart d’heure du centre ville, dans la représentation collective, il reste perçu comme un territoire ou vivent des immigrés, des classes populaires paresseuses, des jeunes inactifs et désœuvrés. 
Mais  il s’agit toujours d’une vision extérieure.
Que pensent les jeunes et des personnes qui y travaillent et quel est leur quotidien? 
Casa Nova Toulouse Métropole propose de « parler du Mirail depuis le Mirail »  et d’y consacrer  des articles qui relatent les rencontres, parcours et propositions issues de ceux qui vivent le Mirail

Première rencontre/Être jeune et vivre à Bagatelle:

 Anissa Lebbad et Omar Chibli ont tous deux vécu à Bagatelle.
Omar y vit encore. Anissa, elle a quitté la cité mais pour s’installer sur un autre secteur du Mirail, pour rester tout de même proche de la famille. Elle y a vécu de 15 ans à 20 ans et se souvient combien la pression était forte sur les filles « tiens toi droite, ne parle pas aux garçons ». Anissa souligne comment les garçons du quartier se retrouvaient dans leur temps libre pour « tenir les murs » pendant que comme beaucoup de filles elle nouait des relations sociales et amicales hors de la cité.  De ce fait elle ne sent pas de réelle affinité avec ce quartier et se dit très contente d’avoir pu s’en extraire et faire l’expérience de milieux sociaux différents
Elle nous décrit ses différentes expériences notamment avec les services d’accompagnement ou d’insertion comme la mission locale « ils nous dévalorisent beaucoup, nous parlent comme si nous n’étions pas en capacité de comprendre les choses » en insistant sur le poids du stéréotype. 
Les  difficultés liées au stéréotype, 
Omar nous en fera également part mais en évoquant son expérience et son parcours scolaire.
Arrivé à l’âge de 7 ans en France, Omar ne parle pas français, ni même arabe car il est berbérophone. 
Tant au collège qu’au lycée, il est scolarisé dans un établissement situé à mi chemin entre Bagatelle et le centre ville et ses envies scolaires ont souvent buté sur des obstacles posés tant par les copains de classe que par l’institution elle même: « au lycée on te tire vers le bas et très vite j’ai vu que je n’avais pas les mêmes délires que les autres ».
Anissa confirme ce sentiment: « moi je n’ai même pas eu le brevet des collèges, on m’a toujours orientée vers les filières professionnelles. Alors j’ai passé un bac pro pour ne rien en faire de spécial ». 
Et chacun ne réagit pas de la même façon face à cette redondance de stéréotypes. 
Anissa, accepte et se dit qu’elle verra plus tard. Omar lui, s’entête et refuse cette orientation vers ce qu’il perçoit comme une voie peu intéressante . Il prend vite conscience qu’être originaire de Bagatelle, partir en bac professionnel, c’est s’enfermer encore un peu plus car le lycée professionnel regroupe majoritairement des élèves du Mirail: « il est préférable que tu sois bon dans un bac pro que mauvais dans un bac général ». Voilà ce qu’entend Omar durant son parcours scolaire, lui qui, bon élève, prouve ses capacités en obtenant facilement un bac S
Mais les stéréotypes pèsent toujours dans l’étape suivante des études supérieures où l‘école lui renvoie à priori qu’il ne peut pas prétendre à entrer dans une école d’ingénieur car le niveau y est trop haut pour lui. Il résiste, se positionne comme un des meilleurs dans les matières scientifiques et décroche facilement un Bac + 5.
Anissa, elle, est revenue plus récemment vers l’université :« quand tu as fait le tour des plans thunes, tu te dis qu’il faut chercher ailleurs, autre chose ». Pour elle,ce sera les arts du spectacle et du théâtre. Elle a trouvé sa place et poursuit brillamment son parcours. 
Tous deux conviennent que chaque parcours est aussi conditionné par les rencontres:
Celles qui motivent et encouragent ou au contraire cherchent à dissuader, mais « ça forge le caractère ».
Si chacun d’eux semble avoir trouvé sa voie par lui même, il ne se sentent pas pour autant désolidarisés du quartier où ils ont leurs attaches familiales et amicales.
Ils ont des idées et mènent des actions.  
Ils constatent qu’il y a de moins en moins d’inclusion sociale  « mes anciens potes, que je vois toujours, ont tous eu des parcours chaotiques, certains ont même fait de la prison ». Omar nous raconte combien intégrer certains codes sociaux ou tenter de lisser des traits stigmatisants est difficile « certains de mes potes quand ils doivent passer un coup de téléphone pour un boulot par exemple, ils me demandent de le faire à leur place; ils trouvent que je parle mieux qu’eux ».  
Omar explique la nécessité « pour les jeunes de quartier d’ouvrir des possibles, travailler sur les rêves ».
C’est pourquoi, avec quelques autres jeunes du quartier qui ont réussi à  faire des études, ils ont monté une association qui intervient dans des établissements scolaires, sur leur temps libre simplement pour dire aux jeunes élèves « vous avez le droit de choisir, nous l’avons fait, vous pouvez le faire. Si tu as besoin d’aide et qu’on peut t’aider… ».  
Cela ressemblerait à une histoire qui finit bien …
Si Omar ne nous relatait pas son expérience du milieu professionnel! Il n’a pas honte de son origine, de son quartier, mais il se confronte régulièrement au racisme ordinaire de ses collègues « on me rappelle régulièrement que je suis musulman, ou on me dit des choses comme « toi tu viens d’ailleurs ». 
Mais, lucide et aguerri par son parcours, il se contente de nous dire : « oui, nous sommes différents. et alors ? ».
Anissa partage ce point de vue mais souligne l’importance de faire un travail individuel, sur soi, pour s’ouvrir des perspectives. Elle a fait un service civique qui lui a aussi donné l’occasion de s’exercer et d’expérimenter.
Elle reste convaincue que s’il est nécessaire d’ouvrir les jeunes à des pratiques culturelles différentes, dans et hors quartier, il est également important de créer des passerelles entre le centre ville et les quartiers. »Pourquoi est-ce  toujours à eux de se déplacer ? Pourquoi ne pas créer de l’évènement culturel d’envergure au Mirail qui ferait venir le centre ville. Ils pourraient alors se rendre compte que le Mirail c’est un endroit comme un autre« 
Pour elle comme pour Omar : « il faut maintenant ouvrir les portes qui nous séparent ».
Comme l’expriment  Anissa et Omar, Casa Nova Toulouse Métropole partage et souligne l’importance de créer des espaces de rencontres festifs et culturels aptes à décloisonner les différents quartiers de la ville, et pour cela soutenir les actions citoyennes portées par des jeunes qui souhaitent s’investir dans la vie de la cité.
Et aussi, maintenir ou plutôt rétablir les lieux de socialisations communs comme le lycée ou les collèges, qui grâce à la carte scolaire ont longtemps permis une mixité scolaire et sociale, retardant la ghettoïsation.
A suivre : une seconde rencontre à Reynerie .
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Les idées « déco» de Casa Nova.

Décorer  les digues de Garonne

Il y a un an en janvier 2015 en conclusion d’un article sur la ligne Garonne du tramway, Casa Nova déplorait que les travaux de renforcement des digues de Garonne aient servi de prétexte pour fermer la piste cyclable pendant plus d’un an, aggravant ainsi les cohabitations tram, vélos, voitures de la portion partagée de l’avenue de Muret.
Ces travaux sont maintenant terminés et la promenade cyclable et piétonne de haut de digue est restituée aux usagers.P1000396
Chacun-e découvre le nouvel aspect bien propret de la digue, avec une immense surface de béton clair de 800 m de long et 13 m de haut d’un seul tenant en parallèle à l’avenue de Muret.
digue Des linéaires plus réduits mais encore conséquents s’affichent de l’autre côté sous les immeubles qui ont supplanté l’ancienne rue de l’Eau, en parallèle à la rue de la Chaussée et au  Boulevard Maréchal Juin, de part et d’autre du pont St Michel.P1000393
Des surfaces encore vierges de graffitis du fait d’un accès boueux par les cheminements en pied de digue … mais qui ne durera pas avec les beaux jours qui sécheront les sols .
Et si aucune initiative n’est prise, c’est à dire si la puissance publique ne manifeste pas ou n’annonce pas une prise en compte (ou une mise à disposition organisée) de ces surfaces, fleuriront peu à peu des« décorations » qui si elles restent des initiatives personnelles et quelque soit le talent du graffeur n’auront pas l’ampleur nécessaire pour à la fois être à l’échelle du site et permettre de dégager les financements nécessaires à la création d’une œuvre monumentale.
Un premier graffiti, qui n’a d’autre intérêt que de montrer à tous les graffeurs ce qu’il ne faudrait pas faire, illustre notre propos:il a été commis ( puis nettoyé … ) en bord de Garonne sous le rond point qui fait la jonction de la rue de la Chaussée et le Bd. Maréchal Juin.P1000391 (2)
Alors Casa Nova pense que les pouvoirs publics devraient lancer consultations ou appels d’offre pour concevoir et réaliser un projet de traitement visuel et d’appropriation de ces digues qui ait l’ampleur et la qualité que mérite le lieu.
Cette consultation pourrait déboucher sur la sélection d’un-e artiste, ou d’un groupe qui propose et assure la réalisation d’un projet artistique de qualité qu’ils-elles auraient imaginé et qui aurait passé les obstacles des divers jury ou commissions d’appel d’offre imposés par les règles d’attribution des marchés publics.
Même traditionnelle dans sa forme et laborieuse dans sa réalisation, nous aurions déjà là une prise en compte du site et une réponse.
Mais Casa Nova a plus d’ambition pour ce site et pense à des actions artistiques moins figées, plus dynamiques, laissant de la spontanéité aux artistes.
Par exemple en observant la digue dont le béton est structuré de joints en creux et de grands à plat rectangulaires, on pourrait imaginer une expression artistique moins écrit à l’avance : une sorte de bande dessinée qui se déroulerait le long de la digue, avec une direction artistique qui assurerait la cohérence d’ensemble, mais laisserait une liberté d’expression et même de scénario à des artistes à qui seraient affectées une ou plusieurs vignettes qui se garniraient au fil des jours des semaines et des mois en racontant une histoire improvisée autour d’un thème ou totalement libre …et on pourrait même organiser une interactivité avec le public .
Cette histoire serait lisible depuis le pont St Michel et celui de Croix de Pierre,mais aussi et surtout depuis la berge d’en face, et ce serait l’occasion de restaurer le cheminement un peu confidentiel de bord de Garonne qui serpente entre la berge d’un côté et l’actuel Parc des expositions, le Rowing et l’Émulation Nautique de l’autre.
Dans le cadre du projet Garonne et de l’aménagement du site de l’île du Ramier dont nous entendons parler de temps en temps depuis une dizaine d’années, mais dont nous attendons toujours une concrétisation, cette prise en compte des digues de Garonne doit pouvoir trouver sa place, et sans nul doute bien d’autres idées germeront dans l’esprit des artistes …pour peu qu’ils-elles soient sollicité-es.
Un défi que Casa Nova lance aux pouvoirs publics : il n’est pas trop tard.
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Un grand projet à Saint Sernin ?

Place St-Sernin : un projet  étriqué pour un site majeur.

A Toulouse comme ailleurs, 2016 s’ouvre dans la presse par la revue des aménagements métropolitains qui nous attendent.
Comme annoncé: pas de bouleversements, Jean-Luc Moudenc ne voulant toujours  pas « emmerder » les automobilistes, en misant sur des travaux à minima pour son mandat, comme Casa Nova l’évoquait en septembre dernier : Rentrée municipale de Jean Luc Moudenc «un seul mot d’ordre : réaliser» 
Nous sont donc décris pêle-mêle  (entre la rénovation de quelques collèges, l’extension de la Clinique Pasteur, le Centre Commercial de la Cépière, les matches de foot au Stadium, ou le nouveau siège d’Airbus) :
    - les aménagements du centre ville que Casa Nova avait décortiqués dès mars 2015 :« la Débusquetisation de Toulouse est commencée »
    - les transports en commun à minima, avec beaucoup d’études et peu de travaux. (voir notamment  « PDU,une concertation déconcertante… »)
    - des grands projets hypothétiques (comme la LGV, dossier dont les défenseurs butent sur les financements donnant raison à notre article « Ligne à Grande Vitesse : une année zéro s’impose »)
Seul le nouveau Parc des Expositions à Aussonne et Beauzelle semble prendre corps en dépit des critiques sur sa pertinence et de son coût.
Dans cet empilage sans autre ligne directrice  que le clientélisme, l’aménagement de la place St-Sernin aurait pu devenir « le »grand projet … mais las, c’est encore une solution à minima qui semble être retenue.

Casa Nova explique :

Pour l’anecdote,  la reine d’Angleterre en visite à Toulouse aurait déclaré en 2004, avec un humour so british : «Comment peut-on construire un si bel édifice au milieu d’un parking ?»
Le traitement de cette place achoppait sur le coût potentiel des fouilles archéologiques, le sous sol étant effectivement constellé de vestiges, comme l’a confirmé la campagne de sondages réalisés par le service métropolitain d’archéologie. 
Ce service, créé par la municipalité Cohen, donne aujourd’hui à la Métropole une compétence scientifique qu’elle n’avait pas antérieurement (elle se trouvait de ce fait dépendante des expertises d’organismes extérieurs financièrement aventureuses). 
Cet aléa étant levé, les travaux sont devenus envisageables, le coût des fouilles pouvant ainsi être mieux maîtrisé.
Début 2016 et dans l’attente des décisions de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) quant à l’ampleur des fouilles préventives à réaliser au vu des sondages et du projet d’aménagement esquissé par Joan Busquets, on s’oriente clairement  (comme l’indique Annette Laigneau, adjointe à l’Urbanisme, dans La Dépêche du 1er janvier), vers un aménagement de surface dans lequel on creuserait le moins possible afin d’éviter d’avoir à fouiller le sous sol: les trésors archéologiques seraient alors préservés pour les générations futures, mais resteraient sous terre.
D’aucun s’en sont émus, et une pétition a circulé, demandant un aménagement qui intègre une campagne de fouilles sur l’entier de la surface de la place
Mais les financiers et les stratèges de la Mairie ont promptement fait entendre raison, brandissant d’une part le coût à charge de la collectivité et d’autre part les délais nécessaires pour réaliser les travaux de fouilles: un aménagement significatif de la place ne pouvant alors pas être réalisé dans un seul mandat.

Casa Nova propose :

Pour l’aménagement de la place Saint-Sernin, Casa Nova esquisse ce que pourrait être une vraie alternative au projet étriqué que préparent M. Moudenc, ses stratèges et ses conseillers.
La question est: 
Comment pourrait on réaliser à St-Sernin un aménagement qui permette de révéler(et non seulement de préserver) les trésors archéologiques qui dorment sous cette place, avec un financement acceptable pour la Métropole, et une mise en œuvre qui ne transforme pas la place en champ de bataille inhospitalier pendant une décennie ?
Un tel projet se doit d’être partagé avec les Toulousains, mais nul ne doute de leur adhésion vu l’engouement que l’on constate à chaque opération de fouille archéologique. La Métropole aurait à coup sûr l’accord des habitants si un projet crédible leur était présenté : mais quel projet ? 
 
Convenons d’abord qu’il y a là motif à réaliser un « Grand Projet », de l’ampleur de ceux qui sont en débat, tels la Ligne à Grande Vitesse, le Parc des Expositions ou la 3ème ligne de métro: car si d’un point de vue financier ces projets coûteux et contestables sont envisagés, celui du réaménagement de la place St-Sernin ne serait pas plus onéreux et bien moins contestable … mais il intéresse moins les majors des Travaux Publics que sont Bouygues, Eiffage, ou autres Vinci, l’archéologie n’étant pas dans leurs cordes … et clairement ils préfèrent voir couler leur béton et remuer des cailloux et de la terre avec leurs bulldozer pour la Ligne à Grande Vitesse, le métro ou le Parc des Expositions que de regarder les autres explorer le sous sol de St Sernin  à la balayette et au râteau.
Mais admettons, puisqu’il faut sortir des logiques mortifères connues, que la puissance publique soit capable de résister à ces grands groupes : ce serait certes un scoop, mais imaginons que la force culturelle d’un projet soutenu par la population fasse vaciller la logique comptable d’une économie de marché vieillissante.  
Resterait à organiser et à présenter un projet de travaux et d’aménagement qui s’étalerait sur une décennie, et qui soit non seulement accepté mais porté parles usagers et les riverains.
Impossible avec les critères actuels,qui définissent un site en travaux comme un endroit hostile et dangereux qu’il convient d’éviter et donc d’écourter … mais si nous imaginions là aussi autre chose, en ne passant pas la commande suivante :« faire un projet le moins cher possible qui soit livrable pour la fin du mandat, avec le moins possible de travaux en sous sol pour éviter d’avoir à fouiller »
Si au lieu d’une telle commande, nous demandions à Joan Busquets de penser un projet qui prenne en compte la mise en valeur archéologique du site, qui s’étale dans le temps afin que la dépense soit acceptable et que les fouilles soient faites correctement, qui organise les travaux par petites zones afin de ne pas rendre impossible la vie quotidienne à défaut de la rendre aimable.
Enfin, pour compenser les désagréments, le projet pourrait inclure une mise en scène des travaux et des découvertes des archéologues tout le long des fouilles, en y impliquant des compétences diverses comme celle d’un metteur en scène (on en a de très bons à Toulouse) mais aussi les établissements scolaires voire universitaires, qui tour à tour et au fil des travaux pourraient articuler des actions pédagogiques portant sur l’histoire de la ville, qui serait alors vécue par les élèves (et leurs parents) d’une manière dynamique et attrayante.
Ce projet vivrait au fils des ans,rentrerait dans les us et coutumes des Toulousains, serait porté par eux, et se modifierait même au besoin en fonction des découvertes archéologiques successives.
Nous sommes certains que le Professeur Busquets (qui a déclaré « Nous ne voulons pas refaire l’histoire, mais le futur doit être fait avec le passé») saurait y répondre et nous proposerait de petits chantiers de fouilles successifs, un aménagement progressif des espaces libérés ou magnifiés par des découvertes,organisant peu à peu les nouvelles fonctionnalités d’un site mondialement connu.
Car s’il est une chose certaine, c’est que le fonctionnement attendu de cette place aura évolué en 10 ans, et définir aujourd’hui comme intemporels les besoins de l’instant n’a pas plus de sens que de prétendre connaître maintenant les souhaits de la génération qui suivra.
Nous aurions alors un aménagement défini autour des fonctionnalités identifiées en 2016 ou 2017, qui s’articulerait peu à peu autour de traces et des vestiges d’un passé partagé, et qui prendrait le temps de s’adapter à d’éventuels besoins différents ou nouveaux au fur et à mesure de l’avancement des travaux.
Ah ! bien sûr, les conseillers financiers, les stratèges politiques, et les majors du BTP n’auraient peut être pas le même enthousiasme que Casa Nova,l’imagination et les idées nouvelles n’ayant pas une place de choix dans la pensée unique que l’on inculque à nos élites.
Mais faire de la politique autrement c’est d’abord faire preuve d’imagination, de créativité, et pour la place St Sernin se prépare un programme éculé qui génère un projet étriqué … 
Les vestiges sont préservés et les automobilistes pas « emmerdés », mais est-on à la hauteur du lieu, de son histoire, et de son aura mondiale ?
Raté, encore une fois ?  En tout cas, Casa Nova vous offre cette idée en guise de vœux … et si on essayait ?
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« Toulouse fraternelle », selon Jean Luc Moudenc

Ou comment bafouer l’art du Zen …

Pour la nouvelle année, Monsieur le Maire nous souhaite une « Toulouse fraternelle ».
Au détour d’une promenade le long de notre beau canal du Midi, nous avons pourtant constaté un aménagement, manifestement destiné à empêcher ceux qui n’ont pas de toit à choisir un pont comme maigre substitut.62537_466545630204488_5446713460678798305_n
La météo de décembre ayant décidé de donner une preuve du réchauffement climatique, Casa Nova se promenait à pied à travers le Jardin Compans, puis le long du canal du midi dans une de ses parties les plus urbaines : le boulevard Matabiau.
Le boulevard étant bardé de deux à trois voies de circulation, il fallait se réfugier dès que possible sur les étroits cheminements « doux » qui s’immiscent tant bien que mal entre berges abruptes et voies de circulation automobile.
Parfois, le cheminement « doux » s’interrompt au passage d’un pont, d’une passerelle ou lors d’un croisement, et le marcheur réalise son incongruité dans un univers motorisé : il fait l’expérience de la nudité du piéton ou du cycliste dans un espace « pétrolisé ».
Sous ces passerelles (celle-ci permet de passer du boulevard de l’Embouchure au boulevard de la Matabiau au niveau du quartier des Chalets), des aménagements sont réalisés afin d’éviter au promeneur de côtoyer de trop près les voitures : le cheminement passe sous le pont.
Hélas ce qui partait là d’une bonne intention s’entachait d’un lapsus constructif, aussi révélateur qu’un lapsus locutif dans un aimable discours.
Avec ses tas de cailloux soigneusement disposés et bétonnés de part et d’autre d’un cheminement goudronné, la Mairie de Toulouse ne se contente malheureusement pas d’insulter l’art du jardin Zen ; elle démontre aussi, à nouveau, sa volonté de « stériliser » l’espace public.P3
Car ce lapsus dévoile certes une volonté d’exclusion, mais aussi une inculture, un goût  lamentable, et une incapacité à mobiliser les compétences des agents de la métropole.
Volonté d’exclusion, car chacun sent bien qu’ici, à proximité des quartiers centraux de la Ville (en l’occurrence le huppé quartier des Chalets) le promeneur, bien que minoritaire, ne doit pas pour autant être inquiété par la présence de marginaux ou de sans abris. Le problème est ainsi résolu par un aménagement répulsif qui chasse ces derniers vers d’autres lieux « moins bien habités ».
Inculture et goût douteux, car au delà de l’aspect répulsif de l’aménagement (parfaitement réussi de ce point de vue) la réalisation n’en reste pas moins indigente avec un fond de toupie de béton grossier étalé sommairement et dans lequel ont été plantés  n’importe comment des gros cailloux pointus disgracieux, le tout en bordure du Canal du Midi, patrimoine mondial de l’UNESCO et site classé (pas sûr que l’on ait pensé à demander son avis à l’Architecte des Bâtiments de France). 
Certes, l’endroit n’est pas le plus bucolique de l’œuvre de Riquet, mais dans un site classé, les efforts d’aménagement devraient porter plus sur sa requalification que sur sa dégradation. Et à vouloir créer un endroit inhospitalier, une plantation de pyracanthas (de jolis arbustes buissonnants, mais qui piquent) eut aussi bien fait l’affaire, car pour aussi critiquable que soit un aménagement exclusif, on aurait au moins évité la provocation.
Tout cela a échappé au chef d’équipe des cantonniers du secteur à qui on a du passer la commande en urgence, mais peut on lui reprocher de ne pas savoir qu’un espace urbain, aussi ténu qu’il soit, se doit d’être composé ? Et qu’à défaut de l’être, cela saute aux yeux? Et bien là, paf, ça se voit !
 Casa Nova n’est pas exigeante au point de demander le lancement d’un marché de concepteurs ou d’un concours d’architecture pour aménager le dessous d’une passerelle, pas plus que qu’elle ne demande de consulter l’architecte-conseil de la ville sur tous les petits travaux qui se font chaque semaine.
Mais  la qualité d’un paysage urbain n’est pas faite que de la juxtapositions de grands, beaux et rares projets, elle est aussi autant et même bien plus dans la petite architecture ordinaire et les micro aménagements du quotidien : une clôture, une porte de garage, une reprise d’espace public, la requalification d’un bout d’espace vert, un ravalement de façade, etc…autant de petits lieux qui, aimablement composés, participent de la qualité de notre vie quotidienne. A contrario, ces « petits aménagements » peuvent renforcer ou créer un mal-être ambiant lorsqu’ils se limitent à un empilage rustique de fonctionnalités (Voir article sur la place Olivier).
Or, ce suivi du petit quotidien ne peut s’effectuer qu’en interne et visiblement Toulouse Métropole ne mobilise pas ses architectes ou ses paysagistes et les gaspille dans des tâches administratives, étalant ainsi l’inculture des édiles ou de leurs fonctionnaires qui font l’impasse sur la phase de conception en passant directement les commandes aux services chargés de la réalisation et de l’entretien.
On ne peut pas fustiger la fonction publique et en même temps en valoriser les vertus : on la ridiculise donc en l’utilisant à contre emploi pour justifier les privatisations à venir !
Mais les hasards de l’actualité sont sans pitié et un parallèle étonnant peut être fait avec la mise à la location de la salle des Illustres décidée au Conseil Municipal de décembre. Les plus riches pourront se payer les plafonds couverts de fresques de l’Hôtel de ville, pendant que les plus pauvres, ceux qui vivent dehors, ne pourront même plus jouir de l’abri relatif des dessous de ponts.
Car enfin, Messieurs et Mesdames les Maires qui arborent leur catholicisme et leur sens de la charité fraternelle dans le cadre de leur mandat politique et veulent cultiver le folklore de la crèche sur l’espace public, ce n’est pas dans les Mairies qu’il faut installer celle-ci pour être fidèle aux textes religieux, mais bien sous les ponts.C’est aussi sur ce point que se situe notre exigence.
Ne souriez pas, vous êtes filmé-es !

Ne souriez pas, vous êtes filmé-es !

Pour enchanter notre Noël, la mairie de Toulouse accomplit une promesse de campagne de Monsieur Moudenc, et annonce l’achat de 350 caméras de vidéosurveillance et leur installation progressive sur la voie publique.
Afin de finir de convaincre, les nouveaux occupants du Capitole ont préparé le terrain: ces dernières semaines ils ont encore effectué la tournée des comités de quartiers en ressassant la nécessité d’augmenter les élixirs miraculeux de la sécurité en mode gadget: « non, on ne va pas critiquer nos prédécesseurs, mais quand même vous savez, la gauche, ils ne se préoccupent pas de sécurité, ils sont laxistes », pouf pouf.

En grandes pompes, le maire a annoncé en conseil municipal que nous allions « monter en puissance » et l’élu zemmourien Olivier Arsac déclare dans La Dépêche qu’il faut « rattraper notre retard » en matière de caméras, et de comparer avec les autres villes francaises : Toulouse compte 0,47 caméra pour 10 000 habitants, contre 5 pour Lyon, et 6 pour Montpellier.

Pour notre part, nous contestons cette politique. Non seulement parce qu’elle est est coûteuse, et manifestement inefficace mais aussi parce qu’elle est une menace culturelle pour la notion de liberté publique. Continue la lecture

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Cours de novlangue : les « publics empêchés »

Si la gauche perd, c’est aussi qu’elle nie. Elle est dans le déni. L’actualité en fournit une avalanche d’exemples, pas besoin de chercher longtemps… Ainsi le chômage n’augmente pas quand il augmente, mais il faut se féliciter car la décrue de la hausse a commencé pendant un mois.
Comment attendre la moindre compréhension de la part des concerné-es, dont les souffrances sont niées par ce langage ?
 
Dans les collectivités locales progressistes, une drôle d’alliance langagière se noue entre les élu-es et la technocratie. Autour de l’euphémisation. Il est ainsi très mal vu d’appeler un chat un chat. Au prétexte des bonnes manières et du respect, la dilution lexicale de la brutalité des rapports sociaux est de règle. Lisez donc un schéma, un plan, ou même votre magazine municipal. Tout va bien. Tout le monde est heureux de travailler. La ville est colorée et la modération l’emporte dans les esprits. La ville se régalerait, disent les communicant-es, d’un beau miroir d’elle-même. Le Toulousain et la Toulousaine, dans les mini clips de campagne , apparaissaient comme détendu-es, jeune vivant en ville, travaillant agréablement au café, jetant un œil sur le dôme de la Grave. 
Bref, tout, sauf ce que ne vit pas la majorité des toulousain-es. Comment s’étonner de leur abstention massive ? Puisque le monde public exprime son indifférence à leur égard.
Les petits fonctionnaires suivent, bien obligé-es, ironiques pour la plupart, et se plient à ce style interne et externe. Ceux-celles qui n’ont pas de distance intime envers ces discours sont inquiétant-es… Ils-Elles adhèrent à une représentation du réel plus ou moins consciemment faussée. Or un conducteur qui conduit la nuit avec une cagoule risque un accident frontal.
Pour la technocratie plus élevée, on euphémise pour justifier le statu quo. Tout va bien, ne nous affolons pas. L’euphémisme renvoyé au politique entre dans un rapport de forces : ne soyez pas inquiet-es, ça tourne, laissez donc faire. Dormez.
Évidemment, ce sont des tendances, et pas une généralité. Mais lisez, écoutez. Assistez aux réunions publiques. Ou regardez les sketches délicieux de Franck Lepage qui se moque de cette novlangue aseptisée.
Récemment, dans la culture et le social, une expression particulièrement caractéristique de cette fonction conservatrice du langage est apparue :

 » Les publics empêchés »

 
Ce sont des publics que des éléments objectifs empêchent d’accéder à certains services, particulièrement à la culture. 
Ce ne sont pas des pauvres donc. Ni des handicapé-es souffrant de l’inaccessibilité. Ni des privé-es de culture. Ni des exclu-es, même (l’exclusion suppose qu’il y ait quelqu’un qui exclut ou quelque part dont on est exclu. Trop franc comme expression….)
Ce sont ainsi des « empêchés ».
L’expression est révélatrice de tout un monde public qui se recroqueville, refusant de prendre la mesure de la violence de l’exclusion et des inégalités.  
Si on ‘est empêché », c’est qu’il y a des obstacles. Mais sous prétexte de respect on pratique un hygiénisme du réel. On enlève le souffre qui pourrait s’échapper d’une analyse lucide, grave, acérée des causes de cet ‘empêchement »… 
Tout comme celui qui refuse une invitation prétexte courtoisement … « Un empêchement »…
Comment alors ne pas comprendre que les concerné-es n’écoutent plus, ne viennent pas « participer », fuient la démocratie, ou adhèrent au faux parler vrai de l’extrême droite. Leur fureur devant les difficultés du monde est niée par les décideurs et leurs experts. Le décalage flagrant entre langage officiel et réalité vécue discrédite la politique, et l’action publique. Ce n’en est pas la seule cause, mais c’en est l’expression permanente. Du « blabla » comprend t-on. 
Il y a donc une reforme du langage à opérer pour changer la société. Elle passe notamment par la reconnaissance. Celle de la dureté du réel. On souffre, on est pauvre, on est exclu, on vit dans des immeubles en mauvais état, à la réputation calamiteuse, où s’entassent les personnes en difficulté. On est pas seulement prompt à s’exprimer certaines attentes ou inquiétudes » mais on est très énervé.
Qui se livrerait à une analyse comparative entre le courrier des citoyen-nes à leurs édiles, et la communication officielle, ainsi que le langage administratif, se pencherait sur un gouffre béant. La censure et surtout l’auto censure traquent irrésistiblement tout ce qui exprime la colère, le ras le bol, l’exaspération. Or elles existent. Les automobilistes bloqué-es sur la rocade le vendredi soir n’ont pas des « interrogations », ils sont furax, tout simplement. Ne pas faire remonter cette fureur, c’est pousser peu à peu les politiques dans l’illusion, ce qui sans doute participe de leur stupeur lorsqu’ils-elles perdent, croyant que tout allait bien. On sait qu’au plus haut niveau de la décision, le réel est masqué par un halo de « cour ». La cour donne au numéro un ce qu’il veut : être rassuré (voir a contrario notre « tentative de portrait de l’élu idéal »). Cela relève aussi de l’auto persuasion, certes, à tous les niveaux. 
Ce phénomène de cour, qui isole et déforme, filtre dangereusement, montre que le modèle de pouvoir personnel qui règne dans les collectivités, transposé de la cinquième république, est profondément nocif. 
Appelons les choses par leur nom. A Toulouse il y a aussi de la pauvreté, de la misère, des injustices et des inégalités, des vieilles personnes abandonnées à elles-mêmes, des toxicomanes, des jeunes en voie de marginalisation, une béance entre une Toulouse ultra moderne, en pointe, mondialisée et dynamique, et une Toulouse qui morfle : précaire, mal logée, fatiguée psychiquement, tentée par la haine, désabusée, ayant déserté l’espace public car n’y trouvant aucune solution. Les discours policés et optimistes de préau ne pourront pas combler ces ravines. Ils ne font que les exaspérer.
Pour que les décideurs, les acteurs-actrices divers-es, adoptent la mesure de la gravité des crises qui agitent notre société, nos villes, encore faut il cesser de la nier par tous les moyens.
Une gauche doit parler de la réalité, la reconnaitre, et elle doit exiger des agents publics un discours de vérité. Non pas s’empêcher, mais se dépêcher.
Un « Toulouse infos » de gauche, ainsi, ne devrait nullement avoir la même tonalité qu’un magazine de droite conservateur. Les discours ne devraient pas tous se ressembler tout en s’opposant sur des chicaneries. La parole de gauche doit recommencer à bousculer. Non pas pour crier des imbécilités ou des poncifs. Mais pour que surgisse dans le débat public la perception du malaise profond et colérique des populations de notre temps.

Euro 2016 à Toulouse : humaniser le « rendez-vous » !

Le 11 septembre dernier, à l’Elysée, aux côtés des autres maires de villes accueillant les matchs de l’Euro 2016, Jean-Luc Moudenc assistait à une réunion de travail organisée par le Président de la République et le Premier ministre. Entre le 10 juin et le 10 juillet 2016, la France va vibrer au rythme de ce grand rendez-vous sportif et Toulouse accueillera quatre matchs dont un huitième de finale.  A l’issue de la réunion, le maire a tenu à commenter : « Par les temps tumultueux qui courent, notre pays a vraiment besoin d’un moment d’optimisme et de communion nationale. L’Euro 2016 pourra être ce moment ». Le Maire est ici dans son rôle en soulignant l’importance de l’enjeu aussi bien national que local mais après avoir dit cela, la question reste entière : comment Toulouse va-t-elle se mobiliser pour faire de ce rendez-vous un moment de communion réussi ?

La pire des méthodes consisterait à déléguer son entière organisation, la Ville se bornant alors à rentrer dans un cadre pré-établi nationalement.
Sous l’égide de l’UEFA et de son Président, Michel Platini, une structure dédiée a été mise en place : la Société par Action Simplifiée EURO 2016, présidée par Jacques Lambert, ancien directeur du comité d’organisation de la Coupe du Monde 1998. Détenue par l’UEFA (à 95 %) et la Fédération Française de Football (à 5 %), elle est chargée de l’organisation de la compétition et des événements associés. Elle est responsable de la sûreté et de la sécurité et assure la promotion de l’événement.
Le gouvernement français et les collectivités locales, quant à eux, fournissent les sites, les infrastructures, les services publics et le transport. Ils sont également responsables de la sécurité du public et assurent la promotion du pays et des villes hôtes. Mais faut-il en rester là?

Logistique, sécurité et promotion au centre de la feuille de route toulousaine

L’organisation de la Coupe du monde 2014 au Brésil a montré que les aspirations sociales et environnementales ressurgissaient derrière la vitrine que proposaient les autorités publiques. Et régulièrement, les travées du stade servent la propagande, nourrissent la haine, le racisme et la violence à travers les réactions de ses supporteurs. Mais en France, on se souvient également de cet état d’esprit si particulier qui régnait en juillet 1998, lorsque la France entière, encourageant son équipe métissée, hurlait à tous les coins de rue sa fierté nationale mais aussi son bonheur de partager ce moment, dans la richesse de sa diversité.
Le foot est fort de ses paradoxes et sa dimension populaire en fait un formidable objet social. La communion que Jean-Luc Moudenc appelle de ces vœux ne se décrète donc pas. Elle se construit ! Et localement, il nous appartient de réunir les conditions pour faire de cet évènement un succès populaire, une grande mobilisation et un moment de réunion fraternelle. C’est bien cela, au delà des résultats sportifs, qui va conditionner la réussite de l’évènement ; c’est la capacité qu’auront les Toulousain-es de montrer un beau visage de leur ville. Plus elle sera animée, plus elle sera sûre.  Dans cette perspective, les autorités locales ont un rôle moteur à jouer.

Tirer les retombées du bon côté, vers une dynamique populaire

Alors, certes, à environ 600 jours du « rendez-vous » -le slogan officiel de l’Euro 2016- la ville a le temps de voir venir mais, pour reprendre une métaphore sportive, il s’agit de ne pas rater le départ et de monter progressivement en puissance. Or, pour l’heure, l’équipe municipale  semble tarder à en faire une priorité. Lors du Conseil municipal du vendredi 26 septembre, une délibération présentée par l’adjointe au maire en charge des Sports, Laurence Arribagé, a évoqué le sujet mais… sous le seul angle financier. Il s’agissait d’approuver la redevance prévue par la SAS Euro 2016 pour la mise à disposition des équipements qui permettront l’hébergement et l’entraînement des équipes participantes.
Face à l’enjeu social, une méthode s’impose qui passe par la concertation et la mobilisation des forces vives de la métropole. En ce qui concerne les acteurs et actrices économiques au premier rang desquels les hôteliers et restaurateurs, les inquiétudes ne sont pas grandes quant à leur capacité à tirer profit de l’événement. En ce qui concerne la mobilisation des services de la Mairie et de la Métropole, les agents de l’État assurant la sécurité publique, ils et elles sauront assurer les missions qui leur seront confiées. En ce qui concerne les acteurs et actrices de la mobilité urbaine et notamment les salarié-es de Tisséo, les choses devraient aller pour le mieux.
Mais les acteurs et actrices associatifs-ives investi-es sur le domaine sportif ou culturel, ceux et celles  intervenant dans le champ de la solidarité ne se mobiliseront pas spontanément et surtout de façon homogène si la mairie de Toulouse n’impulse rien de son côté.
C’est bien à elle d’offrir un cadre de dialogue permettant de faire naître les initiatives, de les coordonner, de les accompagner, de les optimiser. C’est bien à elle, ensuite, de leur donner tout l’écho qu’elles méritent. Et, dans cette perspective, le temps qui nous sépare de l’Euro 2016, ne sera pas de trop. Sans attendre, la Mairie et Toulouse Métropole (si l’on veut étendre la dynamique à l’ensemble des communes de l’agglomération), doivent proposer un calendrier de travail assorti de réunions régulières. Ce cadre de concertation ne peut évidemment être conçu autrement que de façon ouverte. L’enjeu premier consistant à favoriser la créativité, il faut favoriser l’implication des acteurs du sport de masse, mais aussi de tous ceux qui peuvent s’emparer de l’engouement pour atteindre des objectifs favorisant le lien social.

Libérons la créativité et nous aurons de belles surprises !

Pour s’en tenir au domaine sportif tout d’abord, pourquoi ne pas imaginer une compétition associée qui viendrait enrichir l’Euro 2016 ? Avignon a son festival de théâtre officiel mais que serait l’évènement sans la multitude de troupes qui interviennent en marge ? Alors, pour rester dans l’univers du ballon rond, pourquoi ne pas imaginer un tournoi national de foot de sable ou de futsal accueilli en parallèle à Toulouse ? Pour rester dans le local, pourquoi pas un tournoi de foot de rue interquartiers réunissant différents jeunes amateurs de l’agglomération ? Des initiatives solidaires peuvent également être envisagées. Une coupe du monde des sans-abris a par exemple été organisée à Rio en 2010. Ce complément non officiel mais à l’enjeu bien réel permettrait d’élargir le cercle habituel de supporters. De fait, tout le monde n’ira pas au stade mais tout le monde doit pouvoir participer à la fête.
Pour élargir au champ culturel ensuite, peut-on concevoir qu’au delà des rencontres programmées, Toulouse puisse proposer une multitude d’animations, à l’image de celles proposées à l’occasion de grandes journées de lutte contre certaines maladies ? Le football, le sport pourraient légitimement constituer le thème central d’expositions, spectacles et autres initiatives artistiques. Et pourquoi pas un carnaval dans les rues de Toulouse sur ce thème ? Il est certain que le COCU, comité d’organisation du carnaval toulousain, et les batucadas locales sauraient mettre une ambiance festive pour le plus grand bonheur de toutes et tous.
Au delà de ces quelques pistes, c’est bien aux entraineurs de footballeurs en herbe, aux animateurs et animatrices de quartier, aux artistes, aux habitant-es, sportifs et sportives du dimanche ou pas du tout, … de s’exprimer aujourd’hui.
C’est à eux et elles de dire ce qu’ils attendent de cet Euro 2016 à Toulouse et la façon dont ils et elles entendent concourir à sa réussite. Alors, ouvrons un instant la porte du stade et imaginons, ensemble, une belle rencontre !