Archives pour la catégorie Débats

TGV Crédit Photo Jeremy Bouey

Ligne à Grande Vitesse : une année zéro s’impose

Le 8 décembre l’Enquête d’utilité publique sur la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse s’est clôturée. Cette nouvelle infrastructure est aussi farouchement défendue par l’actuel maire de Toulouse, Monsieur Jean-Luc Moudenc, qu’elle l’était par son prédécesseur Monsieur Pierre Cohen.
Casa Nova émet plusieurs réserves sur ce projet qui tend à devenir une Arlésienne, notamment en regardant avec attention les modalités de financement.

Nous sommes tous et toutes favorables à une diminution du temps de trajet entre Paris et Toulouse pour permettre de réduire la part de l’avion dans ce type de déplacement. De plus, il semble fondamental de procéder à des aménagements ferroviaires au Nord de Toulouse et dans la gare Matabiau pour faire face à l’augmentation du nombre de passagers dans les TER dans les années à venir, LGV ou non.
Pour autant, nous pouvons nous interroger sur le choix entre une nouvelle infrastructure (la LGV) et une rénovation de la ligne TGV existante couplée à une rénovation de la ligne POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse). Pourquoi des interrogations ?
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lesgourgues

Cachez ce saint que je ne saurais voir… la laïcité Toulousaine sur le divan

Il y a une semaine, Casa Nova s’interrogeait sur la conception de la laïcité de Monsieur Moudenc et de sa nouvelle équipe municipale dans un article s’intitulant Le conseil de la laïcité n’est plus en odeur de sainteté.
A croire que notre article aura créé des remous au sein de cette nouvelle majorité.
En effet, deux évènements successifs nous interrogent et nous inquiètent par leur manque de cohérence entre eux notamment. Continue la lecture

La laîcité à la sauce Moudenc Toulouse

Au Capitole, la laïcité n’est plus en odeur de sainteté

Suite à l’affaire Merah, le conseil municipal du 24 mai 2013 créait officiellement le Conseil de la Laïcité de Toulouse. Ce conseil, composé des représentant-es de tous les cultes et d’associations de défense du principe de laïcité tel que la Ligue des droits de l’Homme et certaines obédiences maçonniques, s’est réuni régulièrement et a travaillé sur la question de la laïcité et ce, jusqu’à l’élection du nouvel édile de la ville, Jean-Luc Moudenc.
En effet, aucune nouvelle de ce conseil depuis le 30 mars dernier. Pire, sur le site de la mairie de Toulouse, on ne trouve même plus la page dudit conseil qui a été supprimée. Cette page précisait pourtant l’été dernier que ce conseil prendrait une nouvelle forme très bientôt, quel « teasing » ! Depuis, silence radio à propos de cette assemblée qui avait pourtant produit des éléments de réflexion significatifs sur un sujet aussi décisif que celui la laïcité.
Certes, il y a débat, depuis longtemps à gauche, sur le contenu même de la laïcité, et ce débat traverse naturellement Casa Nova. Une partie d’entre nous considère, avec force argument, que la laïcité étant l’affaire de tous et de toutes, elle n’a pas à être abordée dans un conseil de ce type, même s’il comporte des libres penseurs.  Les questions relatives aux cantines par exemple, n’ont pas à être préemptées par des représentants d’églises.
Toutefois, nous parlons d’une collectivité, dont nombre de missions concernent plus ou moins directement les cultes : possession en patrimoine de certains lieux de culte par exemple, mais aussi questions liées à l’abattage, droit de l’urbanisme… Des interactions existent donc de fait, et qu’elles soient encadrées dans un organe portant le beau nom de laïcité n’est pas en soi un problème.
Ce n’est pas au titre d’une conception extensive de la laïcité, en tous les cas, que Monsieur Moudenc ne réunit plus le Conseil. Bien au contraire. Et sur ce point, « casa et nova » sont bien d’accord….
Mais alors, que dissimule ce vide récent à propos des intentions de M. Moudenc ?

Quelle définition de la laïcité pour le nouveau maire de Toulouse ? 

Dans le cadre de la dernière campagne municipale, le candidat Moudenc, tout comme son adversaire d’alors, Pierre Cohen, a répondu aux questions que lui posait le Diocèse de Toulouse. Cette interview, disponible sur le site http://toulouse.catholique.fr nous éclaire sur la vision du nouveau maire de la Ville Rose en ce qui concerne la laïcité.
On y apprend notamment qu’il a « toujours accordé une grande importance à l’ensemble des mouvements associatifs et en particulier catholiques (…) ». On serait tenté de lui demander aujourd’hui si c’est bien le rôle du maire de Toulouse d’accorder une importance « en particulier » à « des mouvements associatifs » catholiques. Au détour d’une autre question, notre actuel maire déclarait notamment ceci : « Je souhaite remettre en place un climat d’apaisement entre l’Eglise de Toulouse et la municipalité. Un certain nombre d’évènements depuis le changement municipal ont conduit à « des petites vexations » qui me paraissent stériles dans une époque comme la nôtre où le bien commun doit être le maître mot dans la conduite de la gestion municipale. ».
Alors, nous nous posons la question de savoir de quelles vexations exactement parle Monsieur Moudenc ? Est-ce la réaction de l’ancien maire Pierre Cohen qui se scandalisait de l’implantation de l’Opus Dei à l’Eglise de la Dalbade ? Notre nouveau maire cautionnerait-il alors l’implantation d’un ordre religieux hyper réactionnaire ayant comme racine le franquisme dans une ville aussi marquée par la résistance républicaine espagnole ?
Ou bien peut-être est-ce les positions de Pierre Cohen dénonçant en 2011« une laïcité en danger » suite à l’attaque du théâtre Garonne par certains extrémistes catholiques traditionalistes – des ecclésiastiques de la Fraternité de Saint-Pie-X ou de l’Institut du Christ-Roi et l’association Civitas en tête – contre la pièce « Golgota Picnic » ?  Est-ce peut-être la loi Taubira ouvrant le mariage à tous, soutenue par l’ancien Maire, et pour laquelle M. Moudenc avait manifesté son désaccord jusque dans la rue ?
Ou alors, est-ce à dire tout simplement que c’est la création du Conseil de la Laïcité qui fût une de « ces petites vexations stériles » ? Tout cela n’est pas très clair – d’ailleurs, notons au passage que sur une multitude de ces sujets, nous n’avons pas vraiment entendu Monsieur Moudenc.
Toujours au cours de cette interview, le candidat Moudenc nous livrait alors sa définition de la laïcité en se déclarant« (…)très attaché au respect des lois de la République et en particulier la loi de séparation de 1905 », et en poursuivant avec la même ferveur que « La laïcité ne doit pas renvoyer l’Eglise contre l’Etat ou l’Etat contre l’Eglise. Un état laïc doit respecter les institutions religieuses en donnant à chacune une place spécifique bien définie dans le respect de la loi républicaine ». Jean-Luc Moudenc concluait que « la laïcité est un espace de neutralité partagé entre tous les citoyens, mais qui ne combat pas ni n’ignore les religions. ».
Mais alors, si l’on suit cette dernière idée,  pourquoi ne plus réunir cette instance d’échange portant sur les questions bien concrètes qui se posent à la ville de Toulouse ?

La réalité ? Un double discours dangereux

Dans un portrait du journal Libération à l’occasion de son élection, Monsieur Moudenc reconnaissait volontiers ses liens personnels avec l’institution catholique toulousaine : «C’est vrai que je vais parfois à la messe le dimanche. Mais, je ne suis pas une grenouille de bénitier.». « Certes, » poursuit le journaliste, « l’église où il se rend a pour nom l’Eglise-du-Christ-Roi. ‘Mais, ce n’est pas moi qui l’ai baptisée ainsi, dit-il en souriant. Et, c’est l’église du quartier où j’habite depuis vingt ans !’».Le journaliste de Libération indiquant par ailleurs que « (…) la République est son credo. Il revendique d’avoir été un élève de l’école publique laïque. Et d’avoir usé de l’ascenseur social. Le fait de lâcher, incidemment, à la presse qu’il irait à l’office le 30 mars, jour du vote, ne pouvait que conforter son électorat le plus conservateur. Il voudrait toutefois persuader que ‘ce n’était pas un calcul électoral‘. Se présenter comme un gentil croyant républicain respectueux des pensées du pape et du président de la République n’est pas, selon lui, un artifice intellectuel. »
        
Si Monsieur Moudenc doit vivre tranquillement sa religion, est-ce bien nécessaire lorsque on est le maire, le premier des Toulousain-es, de multiplier les sorties médiatiques à ce propos (on retrouve le même genre de propos tenus dans Le Point) ? Cela ne crée-t-il pas un décalage vis-à-vis des autres croyants ou des athées ?  Ne doit-on pas, lorsqu’on souhaite représenter tous les citoyens de sa ville, se garder d’annoncer le jour même du deuxième tour de l’élection municipale, sa « programmation œcuménique » matinale ?
Dans la même veine, on peut se poser la question de l’utilité du communiqué que faisait déjà Monsieur Moudenc en juin 2013 se félicitant de « rencontrer le nouveau souverain pontife ». La pertinence, pour un député de la République Française alors candidat à la mairie de Toulouse de rapporter la parole « papale » en terre Toulousaine, tient dans cette assertion : « Dans le monde tourmenté d’aujourd’hui, le Pape François rappelle, avec force et justesse, que la lutte contre la pauvreté et pour la dignité de la Personne Humaine doit constituer la priorité des priorités ».
Il y avait aussi la « mise au point » en réponse à un article du site « Riposte Laïque » du 19 mars 2010 s’intitulant « La mairie de Toulouse finance l’Islam et soutient les prières musulmanes illégales » qui l’attaquait violemment. Dans cet article était visé une décision du 13 mai 2005 de Monsieur Moudenc suite à l’implantation de préfabriqués Algeco « en vue du relogement provisoire de la mosquée de Bellefontaine ».
Pourquoi donc Jean-Luc Moudenc s’est-il senti obligé de fendre d’une mise au point vis-à-vis de ce site islamophobe, xénophobe, catholique traditionaliste, raciste et complotiste qu’est Riposte Laïque ?  Et ce dernier de se justifier: « Contrairement à ce que vous écrivez, je n’ai pas « favorisé la construction de mosquées tous azimuts » à Toulouse. J’ai exprimé mon opposition à l’idée d’ « une grande mosquée de Toulouse », préférant des lieux de culte musulmans plus petits dans les quartiers où est présente une forte communauté musulmane. » 
On trouve aussi en ligne la réponse du candidat député Moudenc daté du 14 juin 2012 à un questionnaire du « collectif pour l’humanité durable », collectif composé notamment de Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Béatrice Bourges et Laurence Tchang Reynes, les chefs de file de «la manif pour tous». Ce collectif passait au crible chaque engagement du nouveau Président de la République François Hollande et sondait les futurs élus en leur demandant de se positionner.
Voici la réponse de Jean-Luc Moudenc et Laurence Arribagé : « Vous m’avez adressé un questionnaire destiné à soutenir votre collectif pour l’humanité durable. En réponse, je vous renvoie ce document signé qui exprime clairement les convictions profondes que j’ai toujours défendues et que je défendrai à l’Assemblée Nationale si je suis élu : le respect de la vie, la promotion de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, le respect des droits familiaux de l’enfant, le respect de la liberté d’éducation des parents, le respect des libertés de conscience, de pensée, de religion ». On notera bien l’absence du principe de laïcité.
Ainsi, Monsieur Moudenc n’était « pas du tout d’accord » avec l’engagement 21 de la loi sur la fin de vie, « pas du tout d’accord »avec l’engagement 31 relatif à la légalisation du mariage et adoptions d’enfants par les couples de même sexe, « pas du tout d’accord » avec les engagements 37, 39 et 40 « qui changeront la vie des femmes », notamment en matière de contraception et d’IVG et enfin, « pas du tout d’accord » avec les engagements 36 à 39 et 46 relatifs à « l’aide massive à l’enseignement public et la constitutionnalisation de la laïcité ». Lui, le Républicain, le fier produit de « l’école publique laïque » celui du portrait de libération, à peine « croyable »!
Monsieur Moudenc a bien compris qu’il était préférable, pour être élu, de savoir adapter cyniquement son discours en fonction de son auditoire afin de capter les facettes plus ou moins croyantes de son électorat. D’ailleurs, le jour même du vote décidant de la création du conseil de la laïcité, dans un reportage de France 3, ce dernier tentait désespérément de s’approprier cette initiative en déclarant « qu’en réalité c’était un de mes amis et colistier Jean-Luc Forget qui [l’avait] proposé initialement ». Il rajoutait alors que « l’essentiel (…) c’est l’intérêt général, je crois que quand l’intérêt général est en jeu et la laïcité, c’est une question d’intérêt général, on peut converger que l’on soit de droite de gauche ou du centre ».
Le fait est qu’un conseil portant le nom de laïcité n’a pas longtemps survécu à l’élection de Monsieur Moudenc, dont l’allergie au concept nous saute aux yeux. En matière de laïcité, il n’y aura eu pour l’instant qu’un seul « évènement municipal » depuis mars 2014. Il s’agit de l’accueil du Colloque International par Monsieur Lesgourgues s’intitulant « le contrôle des religions par l’Etat: hier et aujourd’hui » organisé par l’Institut Catholique de Toulouse, une ouverture dans la Salle des Illustres où l’archevêque de Toulouse invitait à la réflexion suivante sous l’approbation de l’adjoint à la diversité et à l’égalité: « La France devrait s’inspirer plus largement du modèle Italien en matière de laïcité »tout un programme
Projet Crocodiles Thomas Mathieu Editios Lombard Annulation Katzenmayer Moudenc Toulouse

Le Capitole est-il devenu un marigot à crocodiles ?

Le Projet Crocodiles, vous connaissez ? Non ? 

Il s’agit de dénoncer les comportements sexistes et de raconter des histoires de harcèlement vécues au quotidien. Par un dessin sans concession mais dont l’humour est une source de finesse, Thomas Mathieu décrit les harceleurs, le plus souvent des hommes, comme des crocodiles dont les mots, les gestes constituent autant de marques de pouvoir et d’impuissance.  Il permet à tout un chacun de comprendre comment le sexisme ordinaire pèse sur chacun et chacune d’entre nous, comme la banalité du mal, l’anti-chambre de l’enfer.
Le dessinateur ne dit pas toutefois que tous les hommes sont des harceleurs en puissance, mais simplement qu’en tant qu’homme, il est difficile d’imaginer à quel point le sexisme ordinaire impacte la vie des femmes.
Pour vous faire votre propre idée, commencez par aller y faire un tour : http://projetcrocodiles.tumblr.com/ !
Mais aujourd’hui, nous ne voulions pas simplement vous vanter les qualités du trait de crayon de Thomas Mathieu et de cette démarche.
Nous voulons avant tout protester contre le report de l’exposition composée de plusieurs planches du Projet Crocodiles. Cette exposition sur bâche itinérante devait avoir lieu dans des lieux ciblés de la ville à l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre. 

Parce que c’est faire preuve d’aveuglement devant la réalité des violences sexistes aujourd’hui.

Le travail de Thomas Mathieu s’attache à illustrer les problématiques des violences faites aux femmes dans toute leur complexité. Le sexisme ordinaire, ce n’est pas que des manifestations de violences physiques. Il s’incarne dans tous les aspects de notre vie quotidienne : au domicile, au travail, dans la rue, dans les urnes…
Si le dessinateur a un certain succès sur Internet, son œuvre de dénonciation du harcèlement et du sexisme ordinaire reste finalement assez confidentielle, et réservée à une sphère d’internautes initié-e-s, ou tout du moins déjà sensibilisé-e-s aux revendications féministes, même si son projet a été relayé dans un certain nombre de médias nationaux.
Nous ne pouvons que constater que la droite locale a fait le choix de la facilité : celui de détourner le regard, à l’instar des usagers des transports en commun qui ne réagissent pas devant une situation de harcèlement par exemple.
D’autant que, selon l’entretien que l’auteur nous a accordé le 22 novembre, il n’avait jamais été question d’exposer les planches dans le square Charles de Gaulle, ou sur l’espace public, comme cela a été écrit. La Mairie avait libre choix des dessins et ceux qui étaient retenus devaient faire l’objet d’une exposition sur bâche itinérante dans des lieux ciblés, intégrés dans une démarche encadrée de prise de conscience et de prévention.
Annuler l’exposition (l’auteur ayant été informé par d’autres personnes que la Mairie, c’est lui qui a fait l’effort de savoir ce qu’il se passait et personne ne lui a parlé de « reporter » l’exposition), ce n’est pas sérieux.

Parce que c’est irresponsable.

En 2013 en France, 121 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. La page Facebook dénonçant le harcèlement de rue à Toulouse, créée au début du mois d’octobre 2014, comptabilise déjà plus de 3 000 likes, et multiplie les témoignages de toulousaines et de toulousains victimes de harcèlements et d’agressions sexuelles dans le métro, dans nos rues, à toute heure du jour et de la nuit.
Confronté à ces chiffres accablants, Jean-Luc Moudenc fait le choix en toute bonne conscience de reporter l’exposition consacrée au Projet Crocodiles, parce qu’une élue réactionnaire de sa majorité, Madame Laurence Katzenmayer (Adjointe à la Famille, Petite Enfance et Crèches), s’est insurgée de la vulgarité de certaines planches : celles consacrées à dénoncer la lesbophobie et le viol conjugal.
Non M. le Maire, le travail de Thomas Mathieu n’est pas vulgaire : il nous livre sans œillère une vérité accablante de notre société, à savoir que les mécanismes de domination masculine persistent envers et contre tout, et que ces mécanismes produisent une violence inouïe, tant morale que physique – voilà où se trouve la vulgarité.
Quelle vulgarité d’ignorer la réalité de ces violences. Quelle indifférence face aux traumatismes subis jour après jour par les victimes. 
Mais une telle désinvolture ne nous étonne guère finalement de la part de M. Moudenc : Nous savons très bien que la lutte pour l’égalité femme-homme n’est pas une priorité de votre majorité qui n’hésite pas à associer des soutiens ardents d’Eric Zemmour avec les enfants de chœur du centrisme cassoulet. Nous n’avons pas oublié les propos nauséabonds de M. Arsac, Adjoint au Maire en charge de la Sécurité, lorsqu’il a mis en œuvre son arrêté sur la prostitution – qui renforce l’insécurité autour des femmes contraintes de faire le trottoir, oubliant que les véritables criminels, ce sont les réseaux qui les exploitent et les clients qui les abusent !
Nous n’oublions rien M. Moudenc. Nous tenons un inventaire détaillé de vos attaques à l’encontre des Toulousains et des Toulousaines.
Nous sommes féministes, et nous avons honte de votre comportement. En décrochant les images qui montrent la réalité que vous ne sauriez voir, comme tous les tartuffes, vous cautionnez tous les crocodiles dont les sifflements et autres violences de rue se mèlent aux cris d’orfraies des ouailles du Capitole. M. Moudenc, félicitations ! Vous êtes digne de figurer dans les dessins de Thomas Mathieu : à votre juste place, celle d’un crocodile. 
novlangue-casanova-toulouse-metropole

Cours de novlangue : les « publics empêchés »

Si la gauche perd, c’est aussi qu’elle nie. Elle est dans le déni. L’actualité en fournit une avalanche d’exemples, pas besoin de chercher longtemps… Ainsi le chômage n’augmente pas quand il augmente, mais il faut se féliciter car la décrue de la hausse a commencé pendant un mois.
Comment attendre la moindre compréhension de la part des concerné-es, dont les souffrances sont niées par ce langage ?
 
Dans les collectivités locales progressistes, une drôle d’alliance langagière se noue entre les élu-es et la technocratie. Autour de l’euphémisation. Il est ainsi très mal vu d’appeler un chat un chat. Au prétexte des bonnes manières et du respect, la dilution lexicale de la brutalité des rapports sociaux est de règle. Lisez donc un schéma, un plan, ou même votre magazine municipal. Tout va bien. Tout le monde est heureux de travailler. La ville est colorée et la modération l’emporte dans les esprits. La ville se régalerait, disent les communicant-es, d’un beau miroir d’elle-même. Le Toulousain et la Toulousaine, dans les mini clips de campagne , apparaissaient comme détendu-es, jeune vivant en ville, travaillant agréablement au café, jetant un œil sur le dôme de la Grave. 
Bref, tout, sauf ce que ne vit pas la majorité des toulousain-es. Comment s’étonner de leur abstention massive ? Puisque le monde public exprime son indifférence à leur égard.
Les petits fonctionnaires suivent, bien obligé-es, ironiques pour la plupart, et se plient à ce style interne et externe. Ceux-celles qui n’ont pas de distance intime envers ces discours sont inquiétant-es… Ils-Elles adhèrent à une représentation du réel plus ou moins consciemment faussée. Or un conducteur qui conduit la nuit avec une cagoule risque un accident frontal.
Pour la technocratie plus élevée, on euphémise pour justifier le statu quo. Tout va bien, ne nous affolons pas. L’euphémisme renvoyé au politique entre dans un rapport de forces : ne soyez pas inquiet-es, ça tourne, laissez donc faire. Dormez.
Évidemment, ce sont des tendances, et pas une généralité. Mais lisez, écoutez. Assistez aux réunions publiques. Ou regardez les sketches délicieux de Franck Lepage qui se moque de cette novlangue aseptisée.
Récemment, dans la culture et le social, une expression particulièrement caractéristique de cette fonction conservatrice du langage est apparue :

 » Les publics empêchés »

 
Ce sont des publics que des éléments objectifs empêchent d’accéder à certains services, particulièrement à la culture. 
Ce ne sont pas des pauvres donc. Ni des handicapé-es souffrant de l’inaccessibilité. Ni des privé-es de culture. Ni des exclu-es, même (l’exclusion suppose qu’il y ait quelqu’un qui exclut ou quelque part dont on est exclu. Trop franc comme expression….)
Ce sont ainsi des « empêchés ».
L’expression est révélatrice de tout un monde public qui se recroqueville, refusant de prendre la mesure de la violence de l’exclusion et des inégalités.  
Si on ‘est empêché », c’est qu’il y a des obstacles. Mais sous prétexte de respect on pratique un hygiénisme du réel. On enlève le souffre qui pourrait s’échapper d’une analyse lucide, grave, acérée des causes de cet ‘empêchement »… 
Tout comme celui qui refuse une invitation prétexte courtoisement … « Un empêchement »…
Comment alors ne pas comprendre que les concerné-es n’écoutent plus, ne viennent pas « participer », fuient la démocratie, ou adhèrent au faux parler vrai de l’extrême droite. Leur fureur devant les difficultés du monde est niée par les décideurs et leurs experts. Le décalage flagrant entre langage officiel et réalité vécue discrédite la politique, et l’action publique. Ce n’en est pas la seule cause, mais c’en est l’expression permanente. Du « blabla » comprend t-on. 
Il y a donc une reforme du langage à opérer pour changer la société. Elle passe notamment par la reconnaissance. Celle de la dureté du réel. On souffre, on est pauvre, on est exclu, on vit dans des immeubles en mauvais état, à la réputation calamiteuse, où s’entassent les personnes en difficulté. On est pas seulement prompt à s’exprimer certaines attentes ou inquiétudes » mais on est très énervé.
Qui se livrerait à une analyse comparative entre le courrier des citoyen-nes à leurs édiles, et la communication officielle, ainsi que le langage administratif, se pencherait sur un gouffre béant. La censure et surtout l’auto censure traquent irrésistiblement tout ce qui exprime la colère, le ras le bol, l’exaspération. Or elles existent. Les automobilistes bloqué-es sur la rocade le vendredi soir n’ont pas des « interrogations », ils sont furax, tout simplement. Ne pas faire remonter cette fureur, c’est pousser peu à peu les politiques dans l’illusion, ce qui sans doute participe de leur stupeur lorsqu’ils-elles perdent, croyant que tout allait bien. On sait qu’au plus haut niveau de la décision, le réel est masqué par un halo de « cour ». La cour donne au numéro un ce qu’il veut : être rassuré (voir a contrario notre « tentative de portrait de l’élu idéal »). Cela relève aussi de l’auto persuasion, certes, à tous les niveaux. 
Ce phénomène de cour, qui isole et déforme, filtre dangereusement, montre que le modèle de pouvoir personnel qui règne dans les collectivités, transposé de la cinquième république, est profondément nocif. 
Appelons les choses par leur nom. A Toulouse il y a aussi de la pauvreté, de la misère, des injustices et des inégalités, des vieilles personnes abandonnées à elles-mêmes, des toxicomanes, des jeunes en voie de marginalisation, une béance entre une Toulouse ultra moderne, en pointe, mondialisée et dynamique, et une Toulouse qui morfle : précaire, mal logée, fatiguée psychiquement, tentée par la haine, désabusée, ayant déserté l’espace public car n’y trouvant aucune solution. Les discours policés et optimistes de préau ne pourront pas combler ces ravines. Ils ne font que les exaspérer.
Pour que les décideurs, les acteurs-actrices divers-es, adoptent la mesure de la gravité des crises qui agitent notre société, nos villes, encore faut il cesser de la nier par tous les moyens.
Une gauche doit parler de la réalité, la reconnaitre, et elle doit exiger des agents publics un discours de vérité. Non pas s’empêcher, mais se dépêcher.
Un « Toulouse infos » de gauche, ainsi, ne devrait nullement avoir la même tonalité qu’un magazine de droite conservateur. Les discours ne devraient pas tous se ressembler tout en s’opposant sur des chicaneries. La parole de gauche doit recommencer à bousculer. Non pas pour crier des imbécilités ou des poncifs. Mais pour que surgisse dans le débat public la perception du malaise profond et colérique des populations de notre temps.
Réforme territoriale interco toulouse métropole jean-luc moudenc AFP Remy Gabalda

Toulouse Metropole, tu l’aimes ou… tu l’aimes !

Un peu d’histoire et de pédagogie…

Le District du Grand Toulouse est créé dans les années 90. La ville centre et 12 communes limitrophes entendent la demande des forces économiques de l’agglomération et admettent la nécessité d’harmoniser les niveaux de contribution fiscale des entreprises, la taxe professionnelle à l’époque. Le District s’efforce donc de limiter la concurrence entre territoires et choisit de faire profiter à tous de l’accueil des nouveaux acteurs économiques. Il se fixe un objectif : le développement du secteur aéronautique en utilisant des outils mutualisés, en mettant en œuvre des politiques publiques concertées de promotion où d’aménagement d’infrastructures favorables au secteur. Le Grand Toulouse prend donc naissance sur un consensus pragmatique, dicté par les éléments financiers et l’intérêt économique. Mais en dehors de cette coopération, l’intercommunalité toulousaine peine à rattraper son retard vis à vis d’autres regroupements créés dès la fin des années 60, à commencer par la Communauté urbaine de Bordeaux. Quand d’autres ont su rapidement étoffer leur portefeuille de compétences et de projets, l’intercommunalité toulousaine a une histoire récente et lente, bâtie dans une approche coopérative et consensuelle.

A partir de 2001 seulement, la Communauté d’Agglomération élargit ses champs d’intervention aux domaines des transports et de l’assainissement… L’époque est fortement marquée par la catastrophe consécutive à l’explosion de l’usine AZF et des nécessaires conclusions qu’il faut en tirer. Reconnaissons-lui ce mérite ! La Communauté d’Agglomération a su rebondir en se tournant vers des secteurs innovants de la santé, des bio-technologies. Encore une fois, si le développement économique est un enjeu largement partagé, bon nombre de compétences restent embryonnaires. Que dire du sport ? Mis à part le marathon et, dans une moindre mesure, le Fil vert, aucun grand événement ne parvient à trouver une dimension intercommunale dans une région pourtant riche de pratiquants et de palmarès. Que dire de l’environnement ? Mis à part, le soutien à quelques associations investies dans le domaine, la politique menée manque cruellement de souffle et d’envergure. Que dire du logement quand le niveau de réalisation de logement social n’a pas su progresser dans la plupart des communes périphériques ? Que dire de l’assainissement ? Quand l’enjeu premier consiste en l’harmonisation des politiques anciennement municipales tant du point de vue des modes de gestion que des tarifs pratiqués, la Communauté d’Agglomération peut-elle faire valoir des avancées significatives? Non, les élu-es semblent replié-es sur leur territoire communal, incapables de porter une vision, un projet d’agglomération. Et dans ce consensus de l’inaction, on rate l’occasion d’agir sur un périmètre cohérent correspondant à la réalité du bassin de vie grand toulousain. Ainsi, le rapprochement avec le SICOVAL au Sud-Est et les communes du Muretain au Sud-Ouest s’avère impossible.

Dès 2009, la Communauté urbaine acquiert de nouvelles compétences majeures telles que l’urbanisme, l’eau, la gestion des déchets, la voirie. Là encore, le processus est lent pour dépasser la simple juxtaposition de politiques publiques de portée municipale. Si l’enjeu urbanistique métropolitain appelle à s’incarner dans un Plan Local de l’Urbanisme intercommunal, force est de constater qu’il n’a pas encore vu le jour. Là encore, le consensus s’opère presque par défaut, sur la question de l’effort financier qu’il convient de réaliser pour combler le déficit financier du Syndicat Mixte des Transports en commun laissé en héritage par la droite toulousaine mais le consensus dépasse la question budgétaire et les élu-es de l’agglomération parviennent à s’entendre sur une politique de déplacements urbains irriguant l’ensemble du territoire. Le compromis fait ici consensus. Ce n’est peut-être qu’un simple « plus petit dénominateur commun » mais, au moins, il dessine le contour d’une action collective. C’est un équilibre subtil et parfois fragile entre les intérêts des communes périphériques dont les habitant-es veulent rejoindre rapidement le cœur de l’agglomération et l’intérêt contraire de la ville centre dont les habitant-es souhaitent préserver la qualité de vie de ses quartiers. La polémique et la mobilisation des quartiers de Lardenne jusqu’à Saint-Cyprien, lors de la dernière campagne municipale, en est certainement l’exemple le plus vif.

Entre 2009 et 2014, la Communauté prend de l’envergure et exerce toute sa pertinence, notamment en matière d’habitat où, enfin, le logement social s’étale sur l’ensemble du territoire d’agglomération. En matière environnementale, le cadre est maintenant fixé avec le Plan Climat et appelle désormais une concrétisation. Pour autant, bon nombres de compétences peinent toujours à s’affirmer, à l’image de la politique culturelle métropolitaine. Le « minimum syndical » concerne la gestion commune des équipements culturels d’intérêt métropolitain. Trois structures sont suivies : L’usine à Tournefeuille, la Grainerie à Balma et Mix Art Myrys, à Toulouse. Mais le risque est grand que la culture métropolitaine se résume au transfert d’équipements ou de structures culturels, dictée par d’uniques considérations budgétaires : le transfert de l’Orchestre National de Chambre de Toulouse à l’échelon métropolitain présente ce risque s’il n’est pas accompagné d’une volonté forte permettant de partager les retombées du rayonnement de l’orchestre sur l’ensemble du territoire. Alors certes, faire jouer l’Orchestre, un soir d’hiver à la salle des fêtes de Moudouzil ne coule pas de source ! Mais la discussion mérite d’être lancée afin de trouver et développer les initiatives innovantes. Au delà de la gestion des équipements et structures, la Métropole peut soutenir activement un certain nombre de grands événements culturels. A Lille, Marseille ou Lyon, on a su rassembler autour d’événements majeurs. La culture est un marqueur d’identité. A n’en pas douter, elle peut, elle doit faire éclore une identité métropolitaine et la renforcer. Mais cette identité commune, quelle est-elle dans l’agglomération toulousaine ? La culture occitane ? C’est en effet un dénominateur commun mais peut-elle constituer l’unique élément d’une politique culturelle ? On peut en douter. Pierre Cohen souhaitait promouvoir la culture scientifique et technique, déclinée à travers un festival, La Novela, et des équipements publics tel que le quai des Savoirs. L’idée était bonne sur les terres de l’aéropostale, du concorde et de l’A380 et des satellites mais le concept restait difficile à cerner, à l’image de La Novela dont la ligne éditoriale était pour le moins brouillonne. Une politique culturelle métropolitaine n’est pas, à ce jour, clairement définie et l’on attend du nouveau Président de la Métropole qu’il y participe en tenant les différents bouts de la chaine : la qualité culturelle bien évidement mais aussi le développement économique, l’attractivité du territoire et la cohésion sociale.

Depuis son élection à la présidence de la Communauté urbaine de Toulouse Métropole, en avril 2014, Jean-Luc Moudenc est en recherche de consensus. Le contexte est différent de celui de la ville de Toulouse où le clivage Gauche/Droite est plus marqué et le rapport de force entre majorité et opposition plus large. L’intercommunalité, dans le droit fil de son histoire, semble appeler une nouvelle gouvernance de consensus.

Jean-Luc Moudenc l’a bien compris en distribuant les postes clefs non pas seulement aux fidèles de l’UMP mais aux maires des communes les plus importantes en termes de population et ce, quelque soit leur couleur politique. Ainsi, la maire socialiste de Colomiers est en charge de l’Habitat; le maire radical de Blagnac s’occupe du développement aéronautique; le maire de Tournefeuille et Président du Groupe socialiste est chargé du dossier culturel. Dans la même logique, les présidences et vice-présidences des commissions ont été distribuées aux élu-es de tout bord dessinant un apparent consensus de gouvernance renforcé par un discours, une posture du nouveau Président mettant en avant sa volonté d’apaisement, de rassemblement et souhaitant donner aux maires un rôle de tout premier plan. Mais attention ! Le spectre du consensus de l’inaction n’est pas loin si la gouvernance se borne à l’exercice d’un quasi droit de véto des maires qui reviendrait finalement à bloquer bon nombre de projets. L’avenir dira si le consensus de façade évolue vers une action collective même minimale ou vers un repli de chacun-e sur sa commune.

Un consensus difficile…

Dans une posture consensuelle, Jean-Luc Moudenc a donc été élu Président de Toulouse Métropole avec une large majorité : 90 voix contre 40. Mais s’agit-il d’un rapport de force politique définitif  ? Non, car l’intercommunalité présente l’intérêt de sa complexité et, dans ses instances délibératives, il y a non pas une majorité mais des majorités fluctuantes. Le rapport de force Gauche/Droite s’est resserré après les élections municipales de 2014 et le « marais » composé de maires sans étiquette reste important. Le rapport de force peut aussi prendre des détours moins prévisibles : ville centre contre villes périphériques, villes riches contre villes moins aisées.

Et l’unanimisme de façade a vite volé en éclat. Lors du conseil communautaire du 11 juin 2014, Jean-Luc Moudenc soumet à l’ordre du jour une délibération relative au retrait du projet d’aire de grands passages des gens du voyage. Le maire de Toulouse veut passer en force pour honorer une promesse de campagne mais trouve devant lui un rassemblement de circonstance. Les maires indépendants, les socialistes, écologistes et communistes, tous soucieux d’honorer une obligation légale, font front et empêchent l’adoption de cette délibération que la droite métropolitaine est obligée de remettre dans sa poche en espérant des jours meilleurs. En s’éloignant du consensus, en agissant à l’encontre du discours de façade, la droite a commis sa première faute politique.

Mais un consensus nécessaire

Le contexte métropolitain a changé depuis 2014 et va connaître de profonds bouleversements à partir de 2015. Le premier élément contextuel est majeur et concerne la baisse des dotations de l’État. Avec des recettes diminuées, les choix se posent évidemment autrement. Dès lors, une politique d’une importance telle que celle concernant les déplacements et transports de l’agglomération peut-elle rester consensuelle ? A recettes diminuées, peut-on financer et le lancement de la réalisation de la troisième ligne de métro et le maillage en transports communs permettant d’améliorer la desserte du territoire élargi ? C’est difficile à croire. Est-il possible de hiérarchiser les priorités sans étaler les réalisations à un horizon aussi lointain qu’inacceptable ? C’est difficile à croire. Le consensus ou l’art de se projeter dans la discussion comme «nous ensemble» plutôt que «toi contre moi» a donc du souci à se faire.

Le deuxième élément contextuel est lié au changement de statut de l’intercommunalité toulousaine avec, au 1er janvier 2015, le passage en Métropole. Elle ne va certes pas se construire en un jour mais le processus est lancé : acquérir de nouvelles compétences ou étoffer les compétences existantes et, pour ce faire, contractualiser avec l’État, le Conseil régional ou départemental. De fait, plus les compétences vont s’enrichir, plus le clivage politique va s’affirmer, entretenu notamment par la pression sociale et citoyenne.

Ce clivage croissant sera accentué par un troisième élément qui dessinera le contexte de demain : l’élection au suffrage universel direct des conseillers métropolitains et de leur Président. Sera-t-il mis en œuvre dès 2020 ou plus tard ? Nous le verrons mais, indéniablement, il fera évoluer la nature du débat politique local et rendra nécessaire la définition et la promotion d’un projet politique métropolitain de gauche, non pas le fruit d’un « consensus mou » résultant de négociations d’antichambres mais un projet ambitieux et novateur, intégrant une vision contradictoire avec ce que la droite peut porter.

Bref, le conflit plutôt que le consensus !

 

- "Quoi ? Moudenc augmente les tarifs Tisséo ?"
- "Hé ben ! La gratuité, c'est pas pour maintenant !"

Casa et Nova débattent de la gratuité des transports en commun toulousains

Le thème de la gratuité des transports en commun divise depuis plusieurs années la « gauche » toulousaine. Contribuant à sa confusion (ou la justifiant, cela dépend du point de vue), en tout cas nuisant à une vraie politisation positive des dernières élections municipales, que toute la gauche a subie.

Pour être audible la gauche ne peut pas en rester à un flou, opposant de manière statique et simpliste les partisans de « la saine gestion », des « généreux ». Ce débat noble n’oppose pas des acharnés du goudron à des fanatiques du transport en commun. Il mérite mieux et requiert que l’on tente de le surmonter autrement qu’en se lançant des adjectifs (« conservateur », « ayatollah »)…

C’est ainsi que CasaNova ne tranchera pas aujourd’hui. Il donnera plutôt libre cours à un débat en son sein, entre « Casa » et « Nova »… sous l’arbitrage d’un imaginaire citoyen toulousain.

A chacun de s’en emparer !

Le citoyen toulousain : « Bonjour Casa et Nova, cette affaire de gratuité des transports n’est-elle pas pure utopie ? »

CASA : Ce n’est pas une utopie, car ça existe ailleurs, pas si loin. En plus d’Aubagne et de Châteauroux qui sont le plus souvent citées, 23 réseaux de transports urbains (sur 290) ont fait le choix de la gratuité totale pour les usagers. Parmi eux nous retrouvons sept communes de plus de 40 000 habitants dont Castres pour notre région. Plutôt que de discréditer une idée en brandissant un adjectif comme « utopique », examinons le bilan positif de ces expériences ! Pourquoi ce qui marche ailleurs ne serait pas envisageable ici ?

NOVA : les exemples cités par CASA sont réels, mais concernent des villes compactes, des espaces communaux, où l’égalité d’accès est possible dès à présent. Ce ne sont pas des agglomérations complexes.

La question se pose de manière très différente sur le territoire immense de Tisséo, qui compte des dizaines de communes, très hétérogènes en ce qui concerne la possibilité d’utiliser un transport en commun. La gratuité n’a de sens que si elle est égalitaire, et pas si elle soulève de nouvelles inégalités. Ca ne peut pas encore être le cas sur notre territoire, beaucoup étant privés de l’usage même d’une ligne qui vaille d’être empruntée. J’engage CASA à examiner les rapports sociaux réels sur lesquels débouchent la gratuité, en particulier quand on sait que les couches populaires sont chassées des centre villes pour l’habitat, mais viennent travailler en ville tous les jours.

Le citoyen toulousain : « les partisans de la gratuité disent que ce serait en réalité une mesure de bonne gestion de l’argent public »

CASA : La gratuité des transports en communs présente de nombreux avantages. Les communes qui l’ont instaurée ont vu la fréquentation des réseaux monter en flèche et ont ainsi dégagé des recettes nouvelles. Ainsi à Aubagne elle a été mise en place en mai 2009. Fin 2011 le nombre d’usagers a progressé de 146%. Sur les 6 premiers mois la fréquentation a fait un bon de 70%. A Châteauroux on relève une hausse de 208% de la fréquentation au bout de 10 ans de mise en place. A Vitré (mise en place en 2001) la fréquentation est passée de 47000 à 120000 voyages par an. De plus on oublie souvent les économies de gestion que la gratuité permet, car faire payer et contrôler ça coute très cher.

Il y a aussi une question de principe : se déplacer est devenu un droit, puisque sans déplacement aucune vie économique n’est désormais envisageable, ni participation à la vie de la cité. Le service public de transport mérite ainsi la gratuité.

NOVA : encore faut-il qu’il soit possible de prendre une ligne, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup qui devraient subir trois changement et un parcours deux fois plus long qu’en voiture s’ils utilisaient le transport en commun. La gratuité ne peut augmenter la fréquentation que si le transport est performant et bien structuré : ce n’est pas du tout le cas dans l’agglomération toulousaine; où le contraste est frappant entre le centre toulousain bénéficiant de la croix du métro, et les faubourgs et périphéries. Ce n’est pas le tarif qui est un obstacle pour beaucoup, c’est surtout le fait que la voiture soit beaucoup plus pratique pour eux. Le tarif n’y change rien. Si je dois mettre deux heures plutôt qu’une pour aller au travail, la gratuité ne me poussera pas à consacrer deux heures à mon déplacement quotidien. Je resterai dans ma voiture.

Par ailleurs, beaucoup de lignes ne souffrent absolument pas de problème de fréquentation, bien au contraire. Ainsi va-t-on élargir les quais du métro, victime de son succès. Le problème ce n’est pas l’engouement, c’est la qualité et la quantité de l’offre, insuffisantes pour faire reculer l’usage automobile.

Le citoyen toulousain : « Cette gratuité n’est-elle pas simplement une carotte financière pour les électeurs ? »

CASA : Ce serait une mesure de justice sociale. Les expériences de gratuité ont capté de nouveaux usagers et des passagers à faible revenus. A Châteauroux, 1 nouveau passager sur 10 n’utilisait pas les TC en raison prix du billet. On a noté une hausse du nombre de bénéficiaires CMU parmi les usagers.
La gauche doit être attentive au pouvoir d’achat, et en même temps orienter les ressources vers un modèle de développement alternatif, affrontant la double crise du climat et de l’énergie.
NOVA mésestime les barrières tarifaires : si pour un individu seul l’arbitrage est peut-être peu stratégique, il l’est pour une famille, qui a souvent avantage à prendre la voiture.

NOVA : c’est oublier que notre réseau local bénéficie déja de fortes niches de gratuité : personnes âgées toulousaines, scolaires, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux. La question de l’exclusion par le transport a tout de même reculé sur notre territoire, c’est un fait. Par l’action des collectivités.

Je trouverais pour ma part injuste de faire payer des impôts plus forts à des citoyens qui n’ont pas accès au réseau de manière probante, pour alléger la facture de ceux qui ont une bonne desserte. L’exemple type est la future liaison tramway vers l’aéroport. Serait-il juste de faire financer la gratuité de transport d’un haut cadre qui va à Paris tous les jours, par un employé qui n’a pas accès au métro dans son quotidien ? Je ne le crois pas. Ce serait une redistribution à l’envers.

CASA : Je souhaite préciser que sur le plan du financement, les collectivités avant d’envisager une hausse d’impôts peuvent utiliser la contribution « versement transport » pour compenser la disparition des recettes de billetterie. C’est une solution qui a été utilisée sur le territoire de l’agglomération d’Aubagne.

Précisons que le versement transport est plafonné à 0,6% de la masse salariale pour les agglomérations de moins de 100 000 habitants ; à 1,05% jusqu’à 400 000 habitants ; à 1,8% au-delà, et à 2,6% pour Paris et les Hauts-de-Seine. Les collectivités disposant en outre de transports collectifs en site propre (tramway, métro, tram-train, etc.) peuvent appliquer un taux de 1,8%.

Le citoyen toulousain : « Est-ce vraiment le moyen de nous conduire à laisser la voiture au garage ? »

CASA : les faits sont là. A Aubagne, 35% des usagers des TC viennent d’un report modal. Sur le territoire d’Aubagne, les liaisons entre zone rurale et zone urbaine ont augmenté, par le biais du transport en commun. Une étude indique que l’instauration de la gratuité a permis de réduire de 63% les déplacements polluants, que ce soit pour se rendre à son travail, ou pour les loisirs.

Cependant je ne voudrais pas laisser NOVA caricaturer la position des pro-gratuité : la mise en place de la gratuité ne peut être une politique en soi mais bien un outil parmi d’autres dont l’objectif est de développer les réseaux de TC et permettre à tous et toutes de les utiliser. Ainsi, les infrastructures doivent suivre. L’urbanisme doit être pensé également pour favoriser les TC et modes doux au détriment de la voiture individuelle. A Aubagne, 15% de bus supplémentaires ont été mis en place sur le réseau.
Les pro-gratuité sont conscients des difficultés des couches sociales périurbaines, eux aussi. Ce ne sont pas des « bobos » égoïstes de l’hypercentre comme on voudrait le laisser croire.

NOVA : Je n’utilise jamais le terme de « bobo », qui est une entourloupe pour créer des fractures culturelles entre ceux qui auraient intérêt à s’allier contre les « Bo-cons »…

Ce qui est gênant, ce n’est pas le principe de la gratuité – qui serait contre une bonne nouvelle ? -, c’est son inactualité. En effet, la gratuité maintenant ce serait priver Tisséo de dizaines de millions d’euros par an, nuisant à la capacité d’investissement déjà grevée par un très fort endettement imputable à la gestion passée de Monsieur Moudenc, mais aussi il faut le dire, à l’incapacité pour la gauche à faire revenir le Conseil Général dans le financement du fonctionnement après 2008. Ainsi la gratuité ne ferait que ralentir l’universalité, l’accès à tous les habitants du territoire à une vraie alternative à la voiture, par l’émergence de lignes capables de tenir la dragée haute face à la voiture.

La vraie inégalité, ce n’est pas le tarif aujourd’hui. Et d’ailleurs si le transport en commun est si stratégique pour notre avenir, il est normal d’y mettre le prix quand on a la chance d’avoir accès au réseau. La vraie inégalité c’est la desserte. Les partisans de la gratuité demandent une augmentation du versement transport des entreprises. Car ils savent que l’impôt local a des bases injustes, et qu’il crée des effets de distorsion insupportables quand il augmente trop. Mais il reste que même financée par le VT, la gratuité ralentirait considérablement l’investissement. Elle nous priverait, en gros, de l’équivalent d’une ligne de tramway sur dix ans. Soit un immense enjeu.

Le citoyen toulousain : « Mais peut-on respecter un service gratuit ? »

NOVA : c’est un des problèmes oui. Là il faut faire un peu de théorie. La conception dominante de la valeur dans la société de marché, c’est la valeur d’échange. Le prix. Donc la gratuité en effet, dans ce cadre de pensée, signifie que le service n’a aucune valeur, ne représente aucun travail. La gratuité peut ainsi inciter à ce que Marx appelle « le fêtichisme de la marchandise » : oublier que tout cela a un cout, représente des choix, du travail, des sacrifices humains et financiers. Ce fétichisme se traduit ainsi par du vandalisme, la salissure, mais aussi un comportement égoïste, de consommateur, qu’on vient renforcer. Alors ne nous étonnons pas quand on râle devant les travaux du tramway, puisque déjà tout semble s’obtenir sans contrainte, et seul l’intérêt privé de consommation à un sens. Un service qui a du sens peut-il être considéré sans valeur ? Le fait est que la valeur d’échange, monétaire, est de loin la valeur écrasante aujourd’hui.

CASA : il est certain que la gratuité va de pair avec l’implication des citoyens dans leur ville, sinon on flatte les pulsions consuméristes comme le dit CASA. On doit ainsi réfléchir à ce qui permet d’évoluer d’un service bureaucratique, technique et froid, à un véritable « commun » partagé. Aujourd’hui, rien n’est fait en ce sens, excepté la concertation sur le PDU ou des discussions locales, mais justement toujours un peu étroites (le BHNS). Comment faire en sorte que chacun s’empare du niveau de l’intérêt général ? C’est une question qui dépasse largement les transports. C’est trouver une voie entre l’égoïsme mercantile et la bureaucratie qui rend les gens passifs et les enferme sur eux-mêmes. On ne peut pas en rester à donner des strapontins à une ou deux associations dans un groupe consultatif. On doit inventer une nouvelle manière de concevoir la gestion des services publics.

Le citoyen toulousain : « Un dernier argument ? »

CASA : symboliquement, la gratuité serait un pas décisif pour mobiliser la population vers un nouveau mode de développement, qui engage la survie de la planète. Nous avons besoin de déclencher un changement d’optique, une prise de conscience véritable. C’est aux politiques de donner l’exemple. La gratuité des transports en commun participe d’une bifurcation générale : la transition écologique. On doit dire aux gens la vérité : demain, l’automobile individuelle polluante, ce sera impossible, aussi bien écologiquement que pratiquement à cause des embouteillages. La gratuité des transports préfigure cet avenir.

NOVA : la revendication de la gratuité maintenant, avant qu’on ait réussi à développer le réseau (nous aurions besoin d’un RER régional moderne), c’est un bon exemple des soucis de la gauche française. Elle a oublié le conseil de Jaurès demandant que l’on « parte du réel pour aller à l’idéal ». Notre réel c’est la situation matérielle sur le terrain, et le monopole d’usage des lignes par la population, souvent relativement aisée (ou bénéficiant de la gratuité sociale) du cœur toulousain. Les classes populaires et moyennes excentrées par le prix du logement sont aujourd’hui condamnées à l’automobile. La justice sociale, c’est investir pour leur desserte. On ne doit pas poser la justice de manière abstraite, vaguement idéologique, mais à partir des conditions de vie des gens sur un territoire donné. La nappe périurbaine toulousaine n’est pas une commune comme Aubagne. La politique, c’est la cité, pas les idées en général.

Le citoyen toulousain : « Finalement, vous n’êtes pas tellement différents ? Ce sont les rythmes qui vous séparent. Vous pourriez faire synthèse ? »

NOVA : ce n’est pas impossible.

CASA : c’est possible.

Elu idéal de gauche Casa Nova Toulouse

Portrait idéalisé d’un-e élu-e local-e de gauche

Dans sa contribution à l’analyse de la défaite de la gauche toulousaine, CASA NOVA évoque le rôle de l’élu-e. Nous essayons ici d’y revenir longuement, en considérant que c’est aussi en avançant sur le sentier d’une démocratie profondément remaniée dans ses formes que la gauche peut conserver un futur.

Attention : personne ne dira que c’est chose aisée… Loin s’en faut. Autant donc s’y atteler.

C’est incontestable : les élu-es toulousain-es n’ont pas réussi à rassembler derrière eux sous le mandat de Pierre Cohen. Certains sont restés parfaitement anonymes, d’autres ont même été  conspués en silence et peu sont ceux qui ont pleuré leur départ, excepté les purgés des premiers mois dans le cabinet et l’administration.

La gauche souffre d’un déficit criant de réflexion sur la pratique politique. Si rien ne dit que l’élection soit une panacée de la démocratie, nous fonctionnons avec ce procédé depuis deux cents ans, et il est plus que temps de se demander comment nous devons l’aborder.

Qu’attendons nous d’élus lorsqu’ils sont engagés dans une expérience de transformation sociale ? (les autres ne nous intéressent pas). S’agissant d’une méditation au long cours, nous ne pouvons ici que poser quelques jalons introductifs.

Nous ne ferons l’insulte à personne de rappeler qu’il est besoin pour les élu-es de « travailler ». Et contrairement à ce que tente de répandre la droite, les élu-es de gauche ont « travaillé » bien entendu. Ils ont été présents et n’ont pas compté leurs heures, pour la plupart. Mais la pertinence ne se mesure pas à l’heure de présence. La droite aura beau se promener « sur le terrain » elle ne fera pas oublier ses fautes politiques. Les trottoirs écumés ne rembourseront pas le prix des transports augmentés.

Ce que nous ne voulons pas, ou plus

Pour cerner ce portrait que nous poursuivrons, nous pouvons d’abord essayer de dire ce que nous ne voulons pas :

- Nous ne voulons pas d’élu-es arrogant-es.

Une personne élue n’est rien par elle-même. Elle n’est qu’un serviteur de la communauté légale. Il est indispensable qu’elle s’en souvienne, et qu’on le lui rappelle de temps à autres. A cet égard sans doute les militantes et militants flatteurs sont ils aussi responsables que les concerné-es, lorsque l’arrogance pointe. Il n’y a pas de sujet méprisable dans une ville, parce que le prosaïque de certains peut s’avérer l’essentiel de l’autre. Fermer les yeux n’est pas une solution, ou en tout cas pas durablement.

- Nous ne voulons pas d’élus sectaires.

Une ville n’est pas une majorité électorale. C’est une erreur classique de le croire. La majorité des 50 % est un procédé électif non une réalité sociale permanente et valable pour toute chose. La légitimité est un combat de tous les jours.

- Nous ne voulons pas d’élus technocrates ou apprentis technocrates.

Il y a des fonctionnaires. Les élu-es ne sont pas là pour devenir des « supers fonctionnaires » ou pour vivre une carrière qu’ils n’ont pas vécue. Ils n’en ont d’ailleurs pas les compétences pour la plupart.

- Nous ne voulons pas de phraseurs.

Cela c’est évident. Et pourtant force est de reconnaitre que beaucoup d’élu-es pensent que l’essentiel est la prise de parole et la présence au pupitre (auxquels chacun est de moins en moins attentif, il n’y a qu’à aller à une inauguration). L’avis des élu-es, en réalité, nul ne s’y intéresse vraiment. Ce qu’on souhaite savoir c’est ce qui va survenir en réalité.

- Nous ne voulons pas de courroies de transmission.

L’indépendance des élu-es à l’égard des intérêts particuliers, en particulier économiques, est évidemment essentielle, y compris bien au delà de ce que prévoient les lois. Si la dépendance est dans l’ADN même de l’élu-e de droite, qui ne s’en cache que peu en réalité, la gauche n’est bien entendu pas exempte de ces dérives. Elles sont inadmissibles.

- Nous ne voulons pas de clientélistes.

D’abord parce que c’est injuste, mais ensuite parce que c’est peine perdue. Servir une clientèle c’est en desservir une autre. Cela ne fonctionne donc pas, en tout cas à l’échelle d’une grande cité. De ce côté la mandature de gauche a été un grand progrès, plusieurs domaines étant réformés pour devenir transparents. Mais on aurait pu aller encore plus loin, généraliser ces logiques, y impliquer les habitants. Quant à la droite, qui a tout de suite repris ses réflexes, et confond « la politique » avec l’addition d’aides individuelles, elle aura l’occasion comme dans le passé de se rendre compte des limites de cette méthode gratte misère.

- Nous ne voulons pas d’élu-es « trompe l’œil ».

De celles ou ceux qui chassent la Vice Présidence d’une association internationale quelconque, ou le trophée national de l’initiative locale. Certain-es élu-es ont eu l’occasion de se rappeler que seul l’électeur décernait le véritable trophée : la confiance renouvelée. Nous ne voulons pas non plus d’élu-es gadgétivores. Sur ce plan nous devons admettre que nous avons été servis par la gauche… Pour quel but ? Quelques lignes dans la revue de presse.

- Nous ne voulons pas d’élu-es veules.

Mais des élu-es qui font face pour défendre leurs idées. Face à des acteurs sociaux, et dans les arbitrages internes. La capacité d’insoumission est une qualité de l’élu, contrairement à ce qui est recherché par la plupart des exécutifs.

Un visage se dessine

Tout cela étant dit, essayons donc de présenter un visage plus positif de l’élu-e.

- C’est une personne qui innove.

Elle porte avant tout des idées. Transformer réclame des idées. Des idées pratiques. L’élu-e de gauche ne saurait être enlisé-e dans la gestion, même si sa responsabilité est de vérifier que le quotidien fonctionne. Mais pour permettre ce fonctionnement elle devra avancer, justement. Pour créer du nouveau, on doit faire éclater les cloisons. C’est le défi de l’élu-e : faire travailler ensemble ceux qui ne le veulent pas, empêcher de se recroqueviller, éviter que les procédures ne deviennent le sens de l’action.

Il s’agit donc de jeter des passerelles. Alors que les élu-es tiennent d’abord à leur pré carré… C’est toute une culture politique qui est à revoir.

- C’est un agent de mobilisation 

La société ne peut changer que si les conservatismes sont affrontés et reculent. Pour cela ce n’est pas la délibération en Conseil Municipal qui est l’élément clé, mais la mobilisation de forces. S’appuyer sur des forces mutiples, les reconnaitre, tel est le seul chemin viable pour transformer une ville. Notre élu n’est donc pas un élu étouffoir et frileux devant le pluralisme, bien au contraire. Il sait ce que peut apporter un contre pouvoir quand on parvient à instaurer avec lui un rapport dialectique.

- C’est une personne acharnée.

Car entre l’idée et son aboutissement, il y aura bien des péripéties. La déception vient souvent de l’absence de cet acharnement. L’élu a cru que la phrase suffisait.

- C’est un médiateur, un négociateur.

Il doit favoriser des compromis pour vivre ensemble. Vivre dans une grande métropole dense, cela réclame nécessairement des compromis et des dépassements, entre voisins, entre piétons et voitures, entre producteurs et habitants, entre passants de la périphérie et administrés, entre générations. C’est cet effort que doit mener l’élu.

- C’est un pédagogue de l’action publique.

Il doit en expliquer les contraintes inlassablement, aider les citoyens à ne pas sombrer dans une attitude de consommation qui postule que tout tombe de soi. Les équipements ont un coût, représentent des choix. Il est nécessaire de s’engager pour défendre ces choix ou les contrecarrer.

- C’est un être de pleine responsabilité.

Il décide. Il explique sa décision. Trop souvent la non décision est la sortie de secours de l’élu, et le silence son repaire de repli. C’est la pire des solutions, pourtant ; la plus frustrante. Il est inadmissible de voir un élu « refiler le bébé » à un collègue pour enterrer une difficulté pratique. Et pourtant c’est un classique.

Comprendre pourquoi ce visage reste dans la brume

Examinons alors les conditions politiques pour que cette figure émerge.

L’élu-e en question, pour exercer un tel type de mandat, doit disposer d’autonomie politique. Ce qu’un exécutif fondu dans la logique de la Veme République qui verticalise les institutions, ne peut pas permettre. Une petite révolution serait donc d’accepter cette autonomie, sous réserve de rendre compte et d’assumer.

Pour assumer cette autonomie, ce qui réclame que le Maire l’accepte, conscient de ce qui est à la clé, à savoir la réussite du mandat, l’élu ne peut pas être seul. C’est pourquoi tout-e élu-e doit pouvoir travailler en commission élargie extra municipale ou appuyé-e sur des cercles citoyens (que ce soient des jurys citoyens ou un parlement des acteurs concernés, des « journées » participatives, des conseils thématiques rénovés, etc…).

La démocratie dite participative, deviendrait ainsi créative, élaborative. Cela réclame de quitter la démocratie participative comme procédure séparée, spécialisée, détachée de la gestion en réalité, ritualisée. Chaque politique menée doit être profondément ancrée dans le substrat social qu’elle investit, en cherchant à élargir sa légitimité, sa compréhension, sa portée.

Devenir élu

On saisit alors le niveau d’exigence qui est réclamé de l’élu-e. La question de la sélection de l’élu-e et de sa préparation est donc déterminante.

Les tâches immenses de l’élu-e réclament une liste hautement formée politiquement, consciente de ce qu’elle va vivre, capable de dialoguer avec la technocratie, de projection tactique et stratégique.

Les forces politiques sont elles aujourd’hui en mesure d’accompagner les militants sur cette voie ? En ont elles simplement la volonté ?

C’est ici sans doute que se nichent les écueils les plus criants, les plus compliqués à résoudre.

Les listes municipales sont constituées :

- d’abord pour permettre à un candidat d’être investi. Ce fut le cas avec la candidature de Pierre Cohen en 2008, comme toujours .

-Ensuite la liste doit permettre de mener campagne. Évidemment, le facteur « discipline » comptera, alors qu’on a vu que l’élu-e doit au contraire s’affirmer innovant, transformateur, autonome, et doit imposer sa personnalité dans son domaine d’action. Les symboles compteront aussi. Que sont les symboles ensuite face au quotidien ?

Réussir une campagne interne, puis une élection, c’est une chose. Il y a ensuite six ans de pilotage d’une institution immense, complexe, dans une métropole considérable, puissante, contrastée. Pour parvenir à être réélue, la liste doit être conçue en fonction de toutes les étapes.

Cela a t-il été le cas en 2008 ? On peut légitimement en douter. On sait que le tête de liste n’était pas pressentie, et qu’elle a du négocier au dernier moment une liste avec des « sensibilités » sans égard pour la gestion future. Chaque force représentée dans la liste procède ensuite de même…

Ce précédent doit être retenu en mémoire, absolument. Le respect des citoyens, c’est de se présenter devant eux avec une équipe capable de mener le projet qu’elle dit défendre. Et de s’en assurer.

La crise des partis politiques vient nourrir ces difficultés. Plus les partis sont étroits, quantitativement, sociologiquement, et c’est le cas pour la gauche, y compris sur ce territoire, plus l’émergence de candidats capables de mener ce type de mandat sera envisageable. Et les forces concernées ne joueront pas le rôle de limier pendant le mandat.

Plus les forces politiques sont satellisées, coupées des acteurs sociaux, eux-mêmes affaiblis, moins leurs relations sont construites, plus il sera difficile de rassembler autour de l’action.

Aussi, l’on voit que l‘échec d’une action en appelle à une reconsidération complète des formes de la démocratie. Il n’y a pas de solution miracle. C’est le rapport à la société des élus qui est en question. Ce rapport dépend de leur trajectoire sociale, de leur mode de sélection, de leur relation à l’autorité exécutive, de ce que constitue la vie politique aujourd’hui.

L’atomisation sociale laisse craindre que ce splendide isolement institutionnel perdure.

Seul un effort d’ouverture tout à fait considérable à d’autres horizons de construction programmatique, à d’autres fonctionnements politiques, laisse entrevoir des solutions.

Bilan des 100 jours de Jean-Luc Moudenc au Capitole à Toulouse

Cent jours de malthusianisme démolisseur au Capitole

Depuis Napoléon on aime à penser que cent jours suffisent à secouer des continents. Pour le meilleur et pour le pire. Avec la droite toulousaine, on est du côté du pire. Ces cent jours de retour d’exil de Jean-Luc Moudenc (ou était d’ailleurs son Ile d’Elbe pendant ces six ans ?) sont de très mauvais augure pour Toulouse.

Qu’a t-on vu pendant ces premiers mois ? Rien qui permette d’imaginer comment le Maire-Président veut traiter les grandes questions devant nous : déplacements en péril de trombose, transition énergétique, logement, diversification du modèle économique local, devenir des services à la population. C’est le silence, l’apathie, sur tous ces sujets majeurs. Monsieur Moudenc n’a pas dit un seul mot sur le Grand Projet de Ville par exemple, et les habitant-es des quartiers populaires qui ont été si courtisé-es pendant la campagne sont les parfait-es oublié-es de cette gestion.

Nous avons assisté à une œuvre de chicanerie et à de la démolition principalement, au milieu du gel et du quasi chômage technique pour de nombreux domaines. Ceci au nom d’une vision éculée de la ville, la même qui avait conduit la droite à l’échec en 2008, et qui la reconduira, nous nous risquons à le penser, à l’impasse.

La droite au Capitole est revenue avec trois mots d’ordre en tête :

- un esprit revanchard et patrimonial,
-le malthusianisme conservateur, oublieux de l’avenir
- la recherche de boucs émissaires par des gestes sordides envers les populations les plus en difficulté.

Une collectivité butin de guerre

Pour cette droite amalgamant les anciens grognards rompus à la gestion de petites clientèles et un escadron d’amateurs radicalisés par la lutte contre le mariage pour tous, la défaite de 2008 a été une anomalie, un vol. Le pouvoir censitaire est à eux, aux vraies élites économiques, la gauche était l’usurpatrice. La Mairie c’est son patrimoine, son butin. Son trésor de guerre. La principale occupation des premiers mois a donc été de lancer la chasse aux sorcières, d’abord, d’une manière qui en dit long, en s’en prenant à ses anciens serviteurs qui avaient osé au nom du service public, travailler avec des élus « socialo communistes ». Jusqu’à organiser un grand bal des secrétaires et des cartons d’emballage qui a agité la cour du capitole. Quelle élégance…

De surcroît, le clientélisme a repris partout, et il suffit de tendre l’oreille pour entendre les bénéficiaires qui s’en vantent. Les embauches ont été placées sous la férule du politique, et les services gèrent les « signalements » d’élu-es qui pensent que l’addition des client-es assurent une réélection, comme dans un village.

Dépenser moins… pour dépenser moins, la vision zéro après la dette zéro

Puis Harpagon a pointé le bout de son long nez. On a crié au loup dépensolâtre gauchiste, à la catastrophe budgétaire, ce qui est contredit par tous les faits, Toulouse étant en bonne situation financière au regard de toutes les comparaisons, même si la Mairie ne roule plus sur l’or comme aux temps de la Taxe Professionnelle.

On a raconté cyniquement des âneries en parlant de « déficit », alors même que le déficit est impossible car interdit aux collectivités qui sont mêmes tenues de réaliser des excédents importants pour s’autofinancer… Mais un sou est un sou pour ces gens obsédés par les baisses d’impôts. Ainsi, comble de la gestion petit plateau, la Mairie a sabré les postes de vacataires qui permettent depuis toujours à des jeunes toulousains de travailler l’été pour financer leurs études. Un beau symbole dans une des villes les plus étudiantes de France…

Cette politique de grippe sou est l’erreur fondamentale de cette équipe qui engage un plan d’économies drastique, sauf dans le domaine de l’embauche et de l’équipement massif de la police municipale dont on sait qu’elle a certes un rôle important mais ne peut pas résumer les besoins des habitant-es, et encore moins résoudre des problèmes d’insécurité qui requièrent des actions approfondies d’investigation, comme c’est le cas avec le trafic de drogues. Les annonces de recrutement, faisant de l’armement (en précisant la marque de l’arme à feu) un élément d’attractivité, font frissonner… La sécurité a été confiée à un élu nationaliste autoritaire. On est loin du consensus urbain promis par le Maire.

On peut donc s’attendre à la stagnation et l’érosion des actions partout, pour pouvoir financer une seule priorité : l’embauche de policiers municipaux afin qu’on voit « du bleu » dans les rues. Ce choc psychologique fera t-il reculer l’insécurité réelle ? Rien n’est moins sûr. On peut même penser que non. La Police Municipale n’a jamais désorganisé la délinquance, elle est une mesure purement symbolique pour gérer un sentiment d’insécurité et non une solution contre la délinquance beaucoup plus compliquée à traiter. Devait-on tout sacrifier à ce seul objectif ? l’intérêt général s’y épuise t-il ? Certainement pas.

Finalement, la vraie réalisation de ces cent jours aura été l’embauche d’un Haut fonctionnaire venu d’Alsace, chargé uniquement d’effectuer des économies (sans doute une fois décompté sa propre masse salariale qui doublonne celle du Directeur des Services). Voila la « dynamique » qui est en cours : dépenser moins pour dépenser moins. Personne ne conteste le sérieux d’une gestion bien entendu, mais ériger la réduction des dépenses en objectif primordial et presque unique d’une politique municipale, c’est calamiteux dans une métropole en croissance rapide.

La droite vit sur des souvenirs éculés. Toulouse n’est plus la ville de Dominique Baudis qui stagnait en population et voyait ses écoles se vider car elle chassait les habitant-es dans les nappes périurbaines avec les dégâts urbanistiques que l’on sait et les difficultés dantesques de déplacement qui s’ensuivent.  L’investissement dans le service public n’est pas une anomalie mais un besoin de maintien de la qualité de vie dans une ville dont la population est expansionniste. Le malthusianisme municipal, nous en paierons le prix dans quelques années, lorsque nous mesurerons que rien n’a été fait pour accueillir les nouveaux habitant-es malgré la parlote inflationniste des « maires de quartier ».

Car ou sont les projets annoncés par la droite locale pour organiser la métropole face à ce développement ? Quel projet de transport ? Aucun…. Et le Maire a déjà avoué qu’il avait vu trop gros pendant la campagne (bref qu’il avait raconté des sornettes avec un projet de dite seconde rocade jugé impossible, nocif et inutile il y a des années par tous les acteurs des déplacements). Quelle stratégie pour le logement ? Quels équipements structurants ? Pendant cent jours on a entendu que des annonces de renoncement, tout étant trop cher pour cette équipe, pingre par principe.

La dépense collective, voila l’ennemi. Chacun pour soi. Sauf qu’une vie citadine ne peut pas se concevoir par le chacun pour soi, parce qu’on vit ensemble densément, et qu’il est indispensable de financer de concert des équipements pour permettre notre coexistence.

Oui, l’austérité gouvernementale et européenne conduirait une métropole de gauche à des choix difficiles. Mais c’est précisément dans un contexte de tension que l’on doit peser ce qui est ou pas remis en cause, sur la base d’une réflexion approfondie et publique, concertée, permettant une stratégie de dépenses révisée. La droite pour sa part a recours à la serpe arithmétique, unilatérale, et sans aucune transparence pour la population. Et la dépense massive encourue par les démonstrations viriles de Monsieur Arsac, en fonctionnement, qui plus est s’agissant de créations de dizaines de postes de policiers par an, va priver la mairie de toute marge de manœuvre.

Frapper et isoler les plus vulnérables

Et puis, c’est bien triste et peu honorable, l’hallali a sonné contre les faibles. Celles et ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Bref, la stratégie habituelle de diversion par le stigmate que la droite a toujours utilisée, bien loin du pseudo « humanisme » centriste dont le Maire se réclame. On a économisé quelques milliers d’euros sur les vaccinations de chiens de sans domicile fixe, au mépris de la sécurité sanitaire des toulousains.

On a essayé, récoltant un cinglant vote négatif à la métropole, sanctionnant l’amateurisme des nouveaux édiles et leur égoïsme toulouso-toulousain d’arrière garde, de se délester sur les communes périphériques de la responsabilité légale de créer une aire de grand passage pour les déplacements des populations nomades. Alors que c’est justement l’absence d’une aire qui est la cause des installations sauvages ! On a flatté les pulsions d’ordre en revenant au jardin à la française dans les espaces verts, d’un coup de menton ridicule, ou en luttant contre l’oisiveté sans doute… en raccourcissant Toulouse Plages, dont le succès populaire était incontestable et permettait à des familles ne partant pas en vacances de passer un bel été toulousain.

Cette équipe politique se trompe de ville, se trompe de victoire. Toulouse n’est pas une ville réactionnaire, et si la gauche a connu des difficultés c’est parce que les attentes de développement étaient fortes et l’impatience réelle. Les Toulousain-es voulaient des transports en commun plus vite, et pas qu’on économise en les ralentissant.

Le moins disant de la droite toulousaine est en porte à faux avec la métropolisation toulousaine. Cette politique du frein à main, occupée à donner des signes visqueux à un électorat de droite radicalisée qui a beaucoup œuvré pour le retour de Monsieur Moudenc, ne peut pas réussir. Tôt ou tard ces contradictions s’exprimeront, les promesses individuelles et collectives de la droite ayant été sans précédent au printemps dernier.

Pour Casa Nova, après ces 100 jours de démolition, l’urgence est de donner à comprendre, de contester, d’éclairer les toulousains, et d’imaginer déjà une autre politique pour Toulouse Métropole.

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Retour sur la défaite à Toulouse – Municipales 2014

Groupe d’action et de réflexion de la Métropole toulousaine s’inscrivant dans le mouvement de refondation de la gauche, Casa Nova vous livre quelques pistes de réflexion au sujet de la défaite des Municipales de Mars 2014.

Retour sur la défaite de la gauche locale

Nous partons donc d’une défaite, celle de la perte du Capitole et de la Présidence de la Métropole par une gauche pourtant en situation favorable en ce territoire.
Cette défaite nous a attristé-es. Plus : accablé-es.
La gauche avait attendu quarante ans pour emporter Toulouse et l’agglomération. Elle a mis six ans pour la perdre, après avoir pourtant réalisé de vraies avancées. D’autres communes et non des moindres, comme Balma, St Orens, Cugnaux, ont également été perdues.

Une défaite est toujours multi-causale. Mais c’est patent : elle est ici d’abord et avant tout le résultat d’une situation politique générale, comme l’ont confirmé les élections européennes suivantes.
C’est justement parce que le vote progressiste était politiquement puissant à Toulouse que la Mairie, clé politique de l’agglomération, était d’autant plus vulnérable à un échec gouvernemental. D’autant plus vulnérable que le socle sur lequel la gauche toulousaine l’avait emporté voilà six ans n’avait pas été consolidé.

La victoire de 2008 n’a pas été consolidée

En 2008, la victoire de la gauche fut avant tout une victoire obtenue, de très peu, dans le mouvement d’une mal nommée vague rose, qu’on aurait dû appeler « décrue bleue ». La campagne fut atone, sans passion, la droite n’assumant pas dans cette ville un discours réactionnaire. Un facteur décisif de la victoire fut cette idée, importante, selon laquelle la victoire de la gauche à Toulouse permettrait d’unifier l’action des trois grandes collectivités municipale, départementale et régionale. « Ils travailleront ensemble comme ça » entendait-on dire. Cette promesse a-t-elle été tenue ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, cela n’a pas été perceptible publiquement.

Dans une ville qui vote alors à la présidentielle à 57 % pour Ségolène Royal, alors qu’au plan national sa défaite fut très nette, et sous un gouvernement Sarkozy déjà impopulaire en 2008, la victoire de la gauche unie toulousaine, à 50, 5 %, n’était pas une performance spectaculaire.

A cette époque, l’analyse qui prévalut fut qu’il était bien difficile de reprendre à la droite une ville dirigée depuis quarante ans : de lourds facteurs de résistance avaient ainsi freiné la victoire et limité son ampleur.
Certes. Mais la réflexion suivante devait porter sur les moyens de consolider cette victoire fragile. Cette réflexion semble ne jamais avoir eu lieu. Une des raisons est qu’il n’existe aucun cadre pour qu’elle se déroule. Elle n’a pas eu lieu parce que le pouvoir en France est vertical, calqué sur la logique de la monarchie républicaine de la Vème République.

Une défaite à forte teneur nationale, fruit de la crise de la gauche

Pour expliquer la défaite, en 2014, chacun avance des causes. Déjà est-il nécessaire de considérer que la question n’est pas de de trouver « la » cause, comme évoqué plus haut.

La défaite a frappé toute la gauche, partout en France. Limoges l’imperdable a été perdue, violemment. 155 villes de plus de 10 000 habitants ont été perdues par la gauche, ce qui est une saignée sans comparaison. La lame passait par Toulouse.

Le signe en est l’abstention. La progression en voix de la droite a été modeste en 2014, à peine proportionnelle à la croissance de la population. Quant à la gauche, elle s’effondre en voix. C’est toute une partie de l’électorat ayant voté à gauche ces dernières années qui n’est tout simplement pas venue. Signal alarmant aussi du vote des jeunes, totalement démobilisés dans une ville qui a pourtant fait tellement pour eux : Les ¾ des moins de 30 ans inscrits sur les listes électorales n’ont pas voté. Quant à celles et ceux qui se sont acquitté de leur devoir citoyen, il semble fort probable qu’une proportion importante se soit portée sur le vote FN.

Pourquoi cet électorat serait-il venu voter ?
Ce même électorat a chassé voici deux ans Nicolas Sarkozy, pour trouver à sa place un gouvernement qui approfondit la politique précédente, continuant à obtenir les mêmes résultats lamentables : chômage, désindustrialisation, précarité, inégalités, pertes de pouvoir d’achat, érosion du niveau de vie de la majorité de la population, difficultés majeures de logement. Quel poids représentent devant cette réalité le tarif jeune du métro, la réussite de la rue Alsace et autres et nombreuses réalisations ?

Trois mois avant le scrutin, un sondage donne la gauche gagnante à 57 %. On a ainsi beaucoup glosé sur l’absence de fiabilité des sondages. Sans doute a-t-on raison de le faire.
Mais on doit s’interroger aussi sur ce que cette chute rapide signifie. Lorsque le sondage est réalisé, le moment politique n’est pas cristallisé, les gens ont d’autres considérations. Ainsi expriment-ils, simplement, leur avis sur « la bonne gestion » de la ville. Leur regard est relativement positif. Le tramway c’est bien. L’hypercentre c’est bien. Des « choses » se font…
Puis le moment politique va naître. Alors, comme le disent d’ailleurs les instituts de sondage, les Français-es se saisissent de ce moment pour exprimer leur rejet de la manière dont ils sont traités par leurs gouvernants. Ils le font comme en 2004 ou en 2008.

L’échec du gouvernement de la gauche est donc de loin le premier facteur de la défaite. Évidemment on doit analyser son échec même dans son contexte général : l’effondrement historique de la social-démocratie en Europe.

L’hégémonie de droite étend son emprise, politiquement et culturellement.

Comment la gauche toulousaine pouvait-elle faire approuver son programme de densification, simplement vital pour nos territoires, alors que l’on ne supporte que difficilement son voisin ? Comment faire comprendre qu’on met des années à couvrir des besoins, quand chacun réclame sa satisfaction personnelle immédiate ? Comment faire accepter que pour permettre de se déplacer on doive réaliser des changements et renoncer au confort illusoire de la voiture, qui de toute façon ne sera plus tenable ? Alors que l’égoïsme est cultivé de mille façons par un bombardement d’images et de signes.

Le moment est de droite, parce que la peur l’emporte alors que nous sommes au confluent de crises majeures. Mais aussi parce que la gauche a renoncé depuis des années.
Parce que non seulement elle a perdu le combat idéologique, mais elle a participé activement à développer le surmoi libéral. Lorsque localement la gauche essaie de déployer un programme de solidarité elle se heurte aux structures mentales d’une société du chacun pour soi, que ses dirigeants ont contribué à ancrer.

Sans une gauche capable de proposer une issue nette à l’impasse de notre modèle de société, l’action locale se heurte nécessairement aux verrous culturels et idéologiques qui défendent cette société.

Le poison de la division

En 2014 en outre, la gauche toulousaine est allée à la bataille locale dans des conditions calamiteuses. La division est toujours, quoi qu’on en dise la pire des solutions.
Elle disperse, elle rend illisible, elle crée du conflit interne et le met en scène. Elle dilapide l’énergie et la communication. Elle aboutit à une situation où la droite est en tête et redouble d’énergie. La leçon de 2001 n’a pas été retenue, ce qui en dit long sur l’absence de transmission de ce qu’on appelait « la mémoire des luttes »... Qui est responsable de ces divisions ? Sans doute tout le monde. En face, en revanche, l’unité était de mise. La gauche sortante eut affaire à un bloc, en apparence du moins, tant l’agrégat de toutes les forces conservatrices de l’opposition en fait un attelage improbable qui montrera bientôt ses limites.

La division d’un côté, le bloc de tous les conservatismes de l’autre

Jamais la droite n’a été autant mobilisée sur le terrain et de loin. Cela était dû à la radicalisation de sa base, toujours de mise sous un gouvernement de gauche jugé illégitime (« nos employés gouvernent, c’est insupportable » semble-t-elle penser), sentiment exacerbé par l’échec gouvernemental évident et ce, malgré une politique droitière.
Une droite forte aussi grâce au syncrétisme irresponsable réalisé entre islam (voire islamisme) et catholicisme traditionnel en cristallisant les haines autour du symbole du mariage pour tous notamment. Le tout, assaisonné d’un clientélisme grossier qui ramène l’action politique à des temps qui semblaient révolus, ici, à Toulouse, 4ème ville de France.

Face à cette tornade, l’enthousiasme n’était pas à la hauteur, même si la gauche a milité aussi. Des franges entières du militantisme toulousain de gauche sont restées en dehors du combat, à cause de la division ajoutée à la désespérance politique. Cette fois-ci, la gauche antilibérale s’est tenue en dehors du second tour, refusant de donner une quelconque consigne de vote.

Faire campagne autrement ?

Quand la droite parle aux passions tristes, la gauche en appelle à la raison et à la conscience de nos interdépendances. Le discours de gauche a besoin de temps. Si la droite est à son aise dans un débat de court terme où il s’agit d’appuyer sur des pulsions, la gauche ne l’est pas.

Ainsi la distribution de journaux de campagne, qui plus est sans démarche pensée (on distribue sans dialoguer, et on « boite »), ni stratégie territoriale ou sociologique, ne suffit pas. Ni l’enfermement dans les réseaux sociaux de gauche. Ni les réunions où viennent les convaincus du premier rang et où l’on perd son temps dans l’entre-soi. La campagne de gauche avait besoin de temps, d’années, de longues conversations permanentes avec les Toulousaines et les Toulousains autour de l’action de la municipalité. Elle commençait en 2008.

Un agir communicationnel défaillant

Les fruits amers d’un développement rapide de la métropole, non assumé ni expliqué.

La défaite fut aussi la résultante de causes structurelles profondes qui échappent largement aux acteurs locaux.

En premier lieu, le Maire de Toulouse a dû affronter une difficulté majeure : l’afflux de population. Cet afflux a consisté et consistera pour la droite un défi immense, et impensé.

Les réalisations de la gauche, nombreuses, ont été digérées rapidement par l’afflux démographique. Dans une situation autre, de stagnation, la Ville aurait amélioré beaucoup plus significativement les conditions de vie, et la perception des avancées aurait été conséquente.

Le reproche qui peut être fait, c’est de ne pas avoir dit cela assez clairement aux Toulousaines et aux Toulousains. La ville croît, parce qu’elle est attractive et que le bassin d’emploi est créateur; mais nous devons collectivement, nous habitant-es, en assumer les conséquences. Les Toulousain-es vivent encore dans l’état d’esprit de la ville en suspens des mandats Baudis.

L’agir communicationnel

On parvient ainsi à la question de la communication, tant décriée sous ce mandat municipal. Avec raison. Le Maire de gauche n’a pas voulu communiquer. Il l’a assumé. La non communication peut être une communication, mais alors elle se met en scène, cela n’a pas été le cas.

Le Maire a semble-t-il considéré que les réalisations parleraient d’elles-mêmes. En cela il a sous-estimé ce qu’est une civilisation spectaculaire marchande où tout parait se réaliser d’un coup de baguette magique.

Il a sous-estimé sans doute le fait qu’une grande ville se gère à travers un rapport à l’opinion publique, contrairement à une petite commune où chacun a un rapport charnel avec le territoire. Gouverner une métropole c’est parler aussi, expliquer ce qu’on réalise, inlassablement, lui donner un sens. Ce que la gauche parisienne a réalisé sous son premier mandat, se donnant ainsi la possibilité de travailler durablement.

L’action municipale est indissociable de sa communication. C’est ainsi que pendant un premier mandat il apparait essentiel de ramasser ses priorités. Là aussi cela n’a pas été le cas. Des myriades de bonnes idées ont été appliquées, mais qui peut les synthétiser intellectuellement dans la population ?

Il aurait été indispensable de concentrer les actions, afin de donner un sens immédiat à la différence entre droite et gauche municipale.

Un exemple patent en est la politique de la ville dans les quartiers populaires. Lorsque la gauche a fait campagne elle a été dans l’incapacité totale de produire un argumentaire, non parce qu’elle n’avait pas agi -elle l’a fait – mais parce que son action multiforme, dispersée bien que très utile, n’a pas été lisible pour les habitant-es. Se concentrer sur des projets peu nombreux mais décisifs en matière d’emploi par exemple, aurait été très parlant, et de surcroit mobilisateur et encourageant pour les acteurs de ces quartiers. On pourrait aussi parler du secteur de la culture pour développer la même analyse.

Qu’est-ce qu’être un élu de gauche ? La question est encore à poser

Mais on doit aussi penser à l’équipe municipale.
L’équipe n’a pas pu pallier non plus l’absence de communication autour du maire, autour du candidat ensuite. La culture de la gauche politique est celle de la hiérarchie on le sait, et aucune figure n’est parvenue à se détacher au cours de ce mandat, ce qui est à comparer avec l’ère Baudis ou les grands lieutenants, tel un Jean Diebold, étaient très identifiés.
Qui n’a pas vu le Maire se déplacer dans une manifestation, disant bonjour aux gens, entouré des élus qui suivaient à la trace, sans oser aller au contact ? Ces images sont devenues classiques sous le mandat. Cette habitude de la démonstration collective hiérarchisée était symptomatique de tout un fonctionnement qui a touché ses limites.

Mais le problème est plus profond. Il tient à l’étroitesse des partis de gauche sur le plan sociologique. Il tient au mode de désignation fondé sur les quotas par sensibilité, qui ne tient absolument aucun compte de la capacité politique (politique et non pas technique) à mener ce rôle d’élu de grande ville. Il tient à l’affaissement de la culture politique dans les organisations de gauche.

Qu’est-ce qu’un-e élu-e ? Qu’est-ce qui le différencie d’un administratif ? Ces questions ne sont plus posées au sein de la gauche. On s’en arrête aux désignations. Le rôle d’un-e élu-e est-il d’être quotidiennement dans des réunions techniques, à commenter ? Ou est-il de décider et de converser avec la population, d’expliquer ? Cette démarche-là ne peut pas débuter deux mois avant une élection. Elle est rugueuse, ingrate, mais indispensable.

Le fait est que malgré leur travail, leur bonne volonté, leur implication, les élu-es n’ont pas réussi à créer un lien profond avec les Toulousain-es.

L’administration ainsi, a été largement indépendante pendant ce mandat. La gauche a fait le choix d’une gouvernance administrative unique pour la Ville et le projet métropolitain. Évidemment, la gouvernance est attirée par ce qui est enthousiasmant, innovant, qui en appelle au grandiose : le projet métropolitain, l’enjeu des lois de décentralisation. Pendant ce temps, le quotidien est délégué. Il n’est pas placé sous vigilance absolue. La transversalité des services est ignorée. Les signes donnés par la population sur la vie quotidienne sont mésestimés. Car il n’est pas valorisant pour la grande noblesse d’Etat que de s’en occuper.

Théoriquement, la mutualisation de la gouvernance entre Toulouse et sa métropole procède d’une conception juste. A l’épreuve du réel elle n’a pas résisté semble-t-il.

En particulier, certaines idées justes, comme la densification, se sont heurtées à des oppositions. Une équipe politique et administrative doit être capable de passer des compromis, de reculer, de créer des synthèses. Ce qui suppose une attention à des soucis prosaïques : les pétitions sur les parkings ou autres enjeux de ce type, comme la stagnation de préfabriqués. Cela a-t-il été le cas ? Pas assez peut-être.

Les limites d’une certaine conception du « participatif »

La Mairie de gauche a passé un temps important et dépensé beaucoup d’énergie dans la démocratie participative, en lui donnant un cadre extrêmement structuré, systématique. Cette méthode n’a pas payé. Elle s’est en tout cas révélée incapable d’entraîner et de mobiliser, ni d’élargir les soutiens de la gauche locale dans la population.

La démocratie participative doit veiller à ne pas déformer la perception du réel, or sa portée parfois étroite y condamne. En se transformant en information, la démocratie participative s’étiole. La consultation doit déboucher sur des réalisations et le lien entre les deux doit être souligné, démontré. Ces conditions ont-elles été remplies ? On peut en douter.

La fameuse démocratie participative, telle qu’elle est conçue, semble dépassée. Elle ne donne pas de place aux contre-pouvoirs, et s’épuise en délivrance d’informations, sans suite. La gauche ne fera pas l’économie, de toute façon, d’une remise en cause de la conception datée du politique, dont le participatif semble la dernière opération de chirurgie esthétique.

Et demain ?

Il est nécessaire, désormais, après plusieurs élections municipales, de constater combien la situation électorale locale est dépendante des aléas nationaux. Aussi bien lors des trois dernières élections.

Cela est dû à une certaine faiblesse des dispositifs politiques locaux, qui ne passionnent pas les foules, s’en remettant à d’autres considérants politiques, comme les questions politiques générales.

D’où vient-elle, cette faiblesse politique du débat local toulousain ?

On peut émettre une hypothèse : cette région a été privilégiée par l’Etat. Depuis le début du XXème siècle, elle n’a pas eu à se battre pour survivre. Elle n’a pas produit les élites politiques nécessaires à arracher les moyens de sa survie.

L’échec cinglant de la gauche toulousaine en appelle à une remise en cause profonde de l’action politique, et sans doute à un changement générationnel, dans le cadre d’une recomposition inévitable de la gauche française.

Commençons par le fond des questions. La vie des habitant-es. C’est d’abord la force d’analyse et de conviction que l’on doit retrouver, avant toute autre exigence. La droite locale n’a pas suscité de passion chez les Toulousain-es, elle n’a pas entrainé d’engouement des suffrages. Elle stagne. Elle va être confrontée elle aussi à la demande sociale forte, liée à l’afflux de population, et les recettes libérales rabougries ne peuvent pas y répondre.

La gauche a tout de suite son rôle à tenir dans l’opposition argumentée, dans l’éclairage des Toulousain-es, en se tenant auprès des secteurs de la société qui s’opposeront aux logiques régressives que laisse augurer le programme de Monsieur Moudenc et la composition de son équipe.

C’est maintenant que ça commence. CASA NOVA s’y emploiera.