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« La petite enfance dans la cour des grands »

À l’occasion de la sortie de son ouvrage « La petite enfance dans la cour des grands », Casa Nova a rencontré Jérôme Bonnemaison.

Il a été directeur des politiques petite-enfance à la mairie de Toulouse, poste qu’il a quitté lors de la victoire de la droite au Capitole.

Jérôme, vous sortez un livre sur les enjeux des politiques de petite enfance. Est-ce qu’il s’adresse aux élus ou aux professionnels ?

D’abord merci de cet entretien et je tiens à exprimer toute mon amitié à Casa Nova Toulouse Métropole, dont j’ai été un des fondateurs, pour ensuite bifurquer pour des raisons personnelles et me consacrer à d’autres préoccupations comme l’écriture. Mais je partage encore votre intuition d’une mutation sans précédent du politique et de la nécessité de s’y préparer, notamment en quittant le modèle de la verticalité.

Ceci étant dit, j’ai écrit ce livre pour tous ceux qui ont un intérêt pour ce domaine, malheureusement laissé dans l’ombre, car considéré comme lieu de techniciens de puériculture. S’il y a une seule idée à laquelle je tiens, c’est celle-ci : la petite enfance est une aire de choix politique affirmé, qui ne se pense pas comme telle et je voudrais que ce soit le cas. À mon sens, elle peut être le moyen de redonner une perspective générale à des politiques sociales qui semblent comme stupéfaites par leur échec à endiguer les inégalités et à rassembler la société. Le social tel que nous l’avons vécu repose sur le solidarisme financier et la réparation. Je pense qu’il doit évoluer vers la stimulation du « pouvoir d’agir ». Ça commence avec l’enfance et la mise en mouvement de la parentalité. Et c’est possible, ça existe déjà.

En quoi une crèche peut stimuler le « pouvoir d’agir » ?

Par son rôle en matière d’accompagnement à la parentalité, plus ou moins investi. Beaucoup de nos difficultés sociales se cristallisent dans l’enfance, au sein de familles déboussolées par toutes sortes de fragilisations sociales et culturelles. Les crèches sont capables de nouer confiance avec elles. Ça parait abstrait mais voici un exemple : une éducatrice de jeunes enfants peut conduire une famille à lire avec son enfant, voire à partager des livres entre familles. C’est extrêmement important. Mais encore faut-il que l’accompagnement à la parentalité soit inclus dans le projet petite enfance de la commune et doté d’outils. J’ai quitté mon poste précipitamment mais nous avions par exemple un beau projet central de maison de la famille, baptisé « l’île aux parents », ou réunir des fonctions comme l’accueil-information, l’écoute des questionnements parentaux, une résidence d’artistes en lien avec les familles, des moyens pour permettre à des initiatives parentales d’émerger, et un multi-accueil…

Quel est le projet petite-enfance de la majorité Moudenc ?

Je ne sais pas si on peut parler de « projet ». Mais plutôt d’actes. Ils ont rétabli le clientélisme en contournant le système d’admissions. Ils continuent les constructions lancées par la gauche et les inaugurent en grande pompe, mais je n’ai pas entendu parler d’un schéma nouveau de développement, seulement d’affiches disant « création de 1000 places ». Ceci alors qu’ils suppriment de nombreuses places en ne remplaçant pas les personnels à domicile des crèches familiales qui partent en retraite. Ils ont réorienté la politique d’admission vers les plus aisés en supprimant le critère de revenu, à tel point que le dernier rapport montre un taux effarant de refus des places proposées, car les familles avaient déjà été sélectionnées par des associations qui ne sont plus incitées à entrer en guichet unique avec le service public. En outre, je sais que les remplacements d’absences ne sont plus systématiquement opérés par rigueur budgétaire. Les conseils de parents et la politique innovante d’égalité fille garçons ont été éradiqués ainsi que les grandes initiatives culture/petite enfance qui ne coûtaient pas grand chose mais déplaisent au conservatisme de ces gens. C’est triste. Je sais que les personnels sont en souffrance. J’imagine leur frustration quand ils savent que la mairie achète désormais des places au secteur privé, leurs amis, à 8000€ la place par an, alors qu’une place en public coûte 5000€ et en association un peu plus de 4000€. Voila la réalité de la « vertu » financière de cette équipe de faillite.

Si la gauche était majoritaire au Capitole en 2020, dans quelle direction devrait-elle se lancer sur la question de la petite-enfance?

Si une majorité municipale de transformation sociale revient aux manettes, je pense qu’elle devra absolument développer l’offre, car la démographie locale est puissante. C’est cher mais la coproduction avec les associations à but non lucratif, dans le cadre de vrais contrats d’objectifs sur le fond, est une solution tenable. Elle pourrait aussi continuer le travail partiellement entrepris pour bâtir par la négociation un guichet unique, épargnant aux familles l’inéquité et les dédales bureaucratiques. Puis elle devrait rétablir un système d’admission juste et transparent, équilibré, voire approfondir avec la participation de familles aux commissions. Enfin il faut imaginer des lieux de nature nouvelle, décloisonnant la petite enfance et la culture notamment, et faisant évoluer les crèches vers des plate formes de gardes et d’accompagnement à la parentalité.

Les politiques d’austérité budgétaire ont elles un impact sur la qualité du service public de la petite-enfance ?

Les politiques d’austérité, oui, ont des conséquences. Elles ont notamment conduit les CAF à des tarifications de type « consigne ». On paie à l’heure de garde réellement effectuée, avec badgeage. Cela incite les familles à se voir comme consommatrices et va à rebours d’une politique sociale intelligente. De plus on détruit ainsi la mixité sociale en incitant les crèches à des horaires plus resserrés et à prendre des familles de cadres qui leur assurent dix heures par jour, 5 jours sur 5. Les communes voient leurs capacités d’investissement réduites, et une place de crèche réclame la solidarité du contribuable local pour fonctionner. Donc, même si un droit de tirage national a été ouvert pour développer, la création de places est atrophiée par l’austérité.

Outre la question sociale, est-ce que d’autres politiques publiques peuvent trouver dans le secteur de la petite enfance des occasions de se montrer ? La question écologique ? L’égalité hommes / femmes ?

Les crèches peuvent évidemment tenir leur place dans la transition écologique. J’ai suivi par exemple le chantier d’une crèche au nord de Toulouse chauffée par géothermie profonde. Nous avions souhaité implanter deux crèches dans le quartier exemplaire de la Cartoucherie. L’éducation est primordiale dans l’évolution des modes de vie qui sera inéluctable. Il y a les marchés public d’alimentation, et quand j’étais à Toulouse il y avait 20 % de bio, je ne sais pas trop où la droite a mis le curseur aujourd’hui. Attention tout de même de ne pas donner dans le « gadget vert » ou de rendre intenable la vie des personnels pour afficher de l’écologie active.

Oui, il y a ce grand domaine de l’égalité filles garçons. Je rappelle déjà qu’en elles-mêmes les crèches sont un puissant outil d’égalité face au travail des hommes et des femmes, et c’est là l’essentiel qui passe par leur développement. Mais dans le 93 et à Toulouse on travaille sur l’égalité fille garçons. Contrairement à ce que fantasment les frileux, on ne se substitue pas aux familles, et on ne crée pas de « nouveau genre ». On observe les pratiques d’abord, et on les déconstruit avec les personnels puis les parents, sans préjugé. Ainsi on réfléchit sur l’égalité, qui est tout de même notre principe censé être partagé par tous… Quand on se rend compte qu’on incite une petite fille à ne jouer qu’à la poupée, on peut analyser et se dire « tiens et pourquoi pas les jeux de construction ». Les filles peuvent aussi aspirer à devenir ingénieures. Quand on analyse le fait qu’on ne parle de l’enfant qu’à la maman et non au père, alors on peut améliorer sa communication et la congruence nécessaire avec les parents pour que le bébé se sente bien. Ces expériences remobilisent les personnels avec une approche nouvelle, mais il est difficile d’échapper aux caricatures idéologiques qui les combattent. Quand on explique directement aux familles, je l’ai fait, elles comprennent et adhèrent.

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Cet entretien permet à casa Nova de mettre en avant le constat alarmant de la libéralisation du marché de l’offre des structures de la petite enfance.

Un processus qui tend malheureusement à de plus en plus se généraliser dans le champ éducatif et notamment dans celui de l’enseignement.
Nous pouvons par exemple parler du marché des cours privés, en dehors du système d’enseignement public, qui se développe de plus en plus et crée de fait des inégalités sociales dans la réussite scolaire, ou bien de la volonté de supprimer la carte scolaire pour laisser la possibilité aux usagers de choisir l’école pour ses enfants.
Casa Nova dénonce ce processus de libéralisation dans le champ éducatif qui renforce les inégalités de ressources et d’accès à l’éducation.

Plusieurs études scientifiques mettent en évidence les effets pervers d’une libéralisation du système éducatif, qui a été expérimentée notamment dans les pays d’Amérique du Sud (Argentine, Chilie) aux Etats-Unis et en Europe (Angleterre, Belgique).
L’état et les collectivités territoriales doivent jouer leur rôle dans la régulation des modalités d’accès aux structures éducatives afin de maintenir une mixité sociale et une équité (réduire les écarts entre ceux qui ont des ressources et ceux qui en ont le moins).

Casa Nova par cette interview met en évidence la remise en cause du service public Toulousain dans le champ de la petite-enfance par la nouvelle majorité en place.

 

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Protection de l’enfance:

Le Conseil Départemental se cache derrière des CRS pour voter à lunanimité une décision unanimement contestée.

Alors que le gouvernement et la majorité parlementaire s’enlisent dans leurs renoncements et ne tentent plus de surnager que par la duplicité ou la provocation, on voit ici et là (et notamment en Haute-Garonne) des responsables locaux du PS annoncer avec un courage mesuré et une molle détermination leur volonté de « peser » sur le virage libéral.
Ils se disent choqués par la forme (le 49.3 de la loi Macron) et sur le fond(la déchéance de nationalité, la loi ElKhomri...). Leurs électeurs aimeraient leur donner crédit pour ce sursaut« de gauche« .
Las, la pratique du pouvoir locapar ces mêmes socialistes vient tristement contredire leur affichage social et démocrateCette semaine, cest au Conseil départemental que ça se passe, avec une démonstration consternante: la rupture avec les vieilles pratiques verticales de linstitution nest pas si nette quannoncée.

Une décision politique bridée par la question des moyens

Les élus du département ont donc planché sur l’évolution, à budget constant, de la politique de protection de l’enfance et des familles.
Et cest dabord là que le bat blesse. Avec un budget extrêmement contraint, un changement dobjectif, de priorité, se fait forcément au détriment des actions en cours, des dispositifs existants. L’objectif, en l’occurrence, est louable. Il s’agit de créer, à destination de populations vulnérables, 430 places fixes d’hébergements en trois ans (dont 40 dès 2016).
La protection de l’enfance n’est pas une lubie des élus haut-garonnais, c’est une compétence majeure du Conseil départemental et cette création de places d’hébergement répond à une demande constante des travailleurs/travailleuses du social d’avoir des réponses pérennes à des besoins criants.
Ces 430 places ont un coût. Et pour les financer les conseillers départementaux ont choisi de couper les crédits alloués jusqualors à lhébergement ehôtel de mères célibataires et de leurs enfants de moins de trois ans, ainsi que de mineurs isolés .Pour offrir un toit à Pierre, on met donc Paul à la rue. Cest la réalité brutale dun changement de priorité politique.
Cest la conséquence douloureuse des orientations budgétaires et fiscales dune majorité parlementaire conduite pales socialistes et leurs alliés radicaux et écolos plus ou moins défroqués.

Un déficit démocratique ?

Nul ne songe ici à contester aux élus du Conseil départemental la légitimité de définir les orientations politiques et les actions financées et menées par l’institution. Les élus sont les élus, ils tranchent à la majorité les choix qui leurs sont offerts. Ils n’ont de comptes à rendre qu’à leur morale et à leurs électeurs.
Mais leurs décisions méritent d’être éclairées. Dans le cas qui nous occupe, ce ne sont certainement pas les enfants bénéficiaires des hébergements financés par le Département, ni leurs familles, qui peuvent sensibiliser et convaincre les élus sur le conséquences de leurs votes, ou qui peuvent construire un rapport de force pour peser sur les décisions.
Pour autant, doit-on vraiment attendre les prochaines élections départementales pour dire si une politique est contraire aux intérêts de la population et de sa part la plus fragile? Certes non.
Mais qui alors en l’occurrence s’est fait le porte-voix des usagers et des citoyens? Ce sont les travailleurs sociaux du Conseil départemental, ce sont les organisations syndicales.
Ces derniers nont pas vocation à co-gérer le département. Leur légitimité nest pas là
Mais les élus, sils nont pas à se soumettre à toutes les demandes des fonctionnaires chargés de mettre en œuvre la politique départementale, peuvent-ils et ont-ils intérêt à ne pas chercher l’éclairage que peuvent apporter les professionnels?

Les vieux réflexes ont la vie dure

Le déroulé du choix de la nouvelle orientation, de la communication de celle-ci aux agents concernés, puis du vote de l’assemblée départementale n’a laissé aucune place à la concertation.
Les chefs de services des Maisons Des Solidarités (MDS) ont été réunis mercredi 6 avril pour s’entendre annoncer l’objectif de création de places d’hébergement et la décision d’en terminer avec la prise en charge d’hébergements hôteliers. Plusieurs chefs de services ont alors alerté sur l’impact concret d’une telle mesure pour ces populations précaires, ainsi que pour leurs équipes (qu’on leur a demandé de ne pas informer de la décision).
Le lendemain, jeudi 7 avril, les syndicats ont été reçus pour la même annonce. Ce rendez vous était reporté à la demande des organisation syndicales qui pensaient quant à elles venir parler d’un audit sur la protection de l’enfance, audit évoqué récemment par les personnels et la structure départementale.Les responsables des syndicats majoritaires (SUD-CT, CGT, FO) ont pris connaissance avec stupéfaction d’une décision imposée sans prise en compte des conséquences (dégradation de la situation de populations très précarisées, tensions prévisibles pour les personnels en charge de ces publics).
Le vote de l’assemblée départementale est programmé au 12 avril.
Pas de concertation, pas d’écoute des préoccupations des agents légitimement inquiets tant pour les usagers que pour l’exercice de leurs missions, un secret imposé sur le projet jusqu’au jour du vote… Elles semblent loin les promesses des nouveaux élus de rompre avec le mode de gouvernance de Pierre Izard.

Syndicats et associations expriment leurs préoccupations sur le fond et leur désaccord sur la méthode

Les organisations syndicales,les chefs de services des structures et les personnels expliquent : « Les conséquences sont très simples : les jeunes mineurs nécessitant un placement seront mis en liste d’attente s’il n y a pas de place agrée par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Et en attendant ?…Les femmes avec enfants de moins de trois ans ne pourront plus bénéficier d’une prise en charge hôtelière. Le CD veut s’appuyer sur la possibilité de les orienter vers des partenaires extérieurs hypothétiques et/ou fantômes (associations). Quant à l’État, il a prouvé son inefficacité et son désengagement depuis des années.L’ambiance est garantie dans les salles d’attentes des MDS. En effet, ce sont bien les équipes de terrain qui devront accompagner ces usagers à la porte, mais en les rassurant… »
Plusieurs organisations (Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature,Ligue des Droits de l’Homme,Syndicat National des Personnels de l’Éducation et du Social de la Protection Judiciaire de la Jeunesse) interpellent : « Ceci ne peut autoriser la mise à la rue de mineurs isolés au mépris des décisions judiciaires dont ils bénéficient. En viendra-t-on à demander à la Justice le placement d’enfants en danger du fait de se retrouver à la rue avec leur mère ?Nous apportons notre soutien aux travailleurs sociaux du département dans leur refus de devoir mettre à la rue dans les mois qui viennent des centaines de personnes en précarité et aggraver ainsi un peu plus la misère sociale dans notre département. »

Manifestation du mardi 12 avril : les forces de l’ordre… et une caricature de réaction de l’instance départementale !

Mardi 12 avril ce sont donc plusieurs centaines de personnes qui se sont rassemblées devant le Conseil départemental qui procédait au vote sur ce sujet.Cette mobilisation s’est trouvée renforcée par une forte implication des travailleurs/travailleuses sociaux mais aussi des soutiens associatifs et des mobilisations encours comme Nuit Debout.
Le dialogue s’est résumé à un Hôtel du Département plus fermé que jamais et la présence de CRS.L’intersyndicale a écrit sur ce sujet « les 600 manifestant-e-s venus dire leur opposition au projet de délibération et leur soutien à ces personnes précaires ont été accueillis par des grilles fermées, des chaînes aux grilles et une compagnie complète de CRS, offrant un décorum jamais vu au Conseil départemental de Haute-Garonne ».
C’est à l’unanimité que l’assemblée départementale a entériné la décision.
Depuis, le Conseil départemental communique largement pour pointer « les dégradations et les violences », mais sans jamais évoquer sa propre responsabilité dans la situation : mesure imposée sans dialogue, absence d’écoute des personnels, provocations devant un mouvement social large. Il aurait décidé de déposer plusieurs plaintes qu’il serait sans doute plus raisonnable de retirer afin de ne pas ajouter à la colère que suscitent sa décision et son mode de discussion.
A Casa Nova, nous avions espéré un moment (juste un moment) qu’en s’inspirant des propositions que nous avions faites lors des élections départementales, le nouveau président du Département et son équipe avaient pris la mesure des dysfonctionnements passés.
Hélas,le naturel est revenu au galop, qui plus est sur les épaules des CRS.
Nous ne pouvons plus que constater amèrement que ce dossier a été engagé de la pire des manières: dans la défiance, la dissimulation et le refus du dialogue.
Nous soutenons l’aspiration à une écoute plus bienveillante,par les élus, de l’expertise des professionnels et des attentes des usagers. Nous invitons les élu-e-s du CD 31 à entendre ce qui s’exprime de la part de tant d’interlocuteurs : personnels, associations, citoyen-e-s.
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Être jeune à Bagatelle:

Casa Nova rencontre Toulouse 12.

 
Les cités, véritables lieux de vie des agglomérations françaises souffrent d’une image très négative du fait de leurs traitements médiatiques et politiques: à Toulouse, le Mirail n’échappe pas à cette règle.
Jeunes en capuches qui traînent toute la journée s’adonnant à des trafics en tout genre, femmes voilées, violentées et réduites au silence par des maris ou des frères tyranniques et endoctrinés, personnes profitant allègrement de la solidarité nationale en utilisant toutes les failles du système pour vivre aisément sans jamais travailler: tels sont les clichés que nous entendons tous et toutes, que nous soyons  de Saint Georges, de Balma, d’Ancely ou d’Empalot...
Ils ne sont pas le fruit du hasard:  une méconnaissance de ces quartiers, très souvent enclavés et loin des centres villes, est nourrie par des médias aux représentations hyper standardisées , ne s’intéressant qu’aux heurts qui les secouent parfois; mais souvent pas davantage qu‘au centre ville. 
Les gouvernements  successifs systématisent des dispositifs qui génèrent à leur tour des catégories (ZEP, DSU, réussite éducative, ZRU, ZFU, PNRU, ANRU, CUCS, ORU, GPV, ZUS…) ignorant les spécificités locales. Or il nous semble illusoire d’englober  sous un même dispositif les cités de Marseille, de Lyon, de Paris ou de Toulouse, Villeurbanne, Verdun, St Denis et Fort de France
Réunis sous une même étiquette les habitants et les travailleurs de ces quartiers, attachés à leur territoire de vie ou de travail  peinent à trouver leur place.
Toulouse,
quatrième ville de France, jeune, dynamique  bénéficie du plus haut revenu médian et colporte l’image de la Toulouse Baudisienne combinant culture occitane, universités, satellites, Airbus, briques roses, Capitole, Garonne et vieux hôtels particuliers. Mais Toulouse c’est aussi Bagatelle, Reynerie, La Faourette, Bellefontaine, autant de jolis noms de quartier, souvent issus de petits châteaux qui parsèment le grand ensemble du Mirail  (« miroir » en occitan) . Ce Mirail qui compte une université, un lac, des châteaux, des pigeonniers, des espaces verts  le reliant à la Ramée et au Touch, est composé en grande partie de logements sociaux, construits au début des années 60 par l’architecte Candilis dans le cadre d’un appel d’offre lancé par le Maire de Toulouse, Louis Bazerque. Le projet du Mirail, plus grande ZUP (zone à urbaniser en priorité) de France,  est établi sur une surface de 800 hectareset conçu comme l’espace de vie idéal des classes moyennes qui se nomment eux mêmes les « Miraliens » . Ils bénéficient d’un cadre de vie verdoyant, d’un appartement tout confort et de services de proximité (école, piscine, centre culturel, magasins).
Mais sous Pierre Baudis qui succèdera à Louis Bazerque, le Mirail  va connaitre la même transformation que la plupart des grands ensembles français : mal desservi, submergé par la marée pavillonnaire des années Giscard qui  le vide des classes moyennes parties en proche banlieue, les logements sont dévolus aux travailleurs, aux familles immigrées en regroupement familial, et aux ménages fragilisés. Le quartier  ainsi ceinturé de pavillonnaire est coupé de la ville et les avenues infranchissables isolent les habitations des équipements (université, lycée, centre commercial…) 
Ce quartier toulousain ,
devient secteur « politique de la ville » à la fin des années 80 : la moitié des habitants sont d’origine étrangère, un actif sur cinq est au chômage et la population est très jeune. En moins de 20 ans le Mirail est devenu le secteur de la ville de Toulouse qui cristallise le plus de peurs et de fantasmes et les cicatrices de l’explosion de l’usine AZF en 2001 sont encore visibles à Reynerie et Bellefontaine. Depuis 2003, le Mirail est au centre d’un grand projet de ville dit« projet du grand Mirail » qui cherche à remodeler  le quartier, en  mettant en œuvre une requalification urbaine: des immeubles sont détruits et d’autres construits autour d’espaces publics recomposés. Mais si le métro a placé le Mirail à moins d’un quart d’heure du centre ville, dans la représentation collective, il reste perçu comme un territoire ou vivent des immigrés, des classes populaires paresseuses, des jeunes inactifs et désœuvrés. 
Mais  il s’agit toujours d’une vision extérieure.
Que pensent les jeunes et des personnes qui y travaillent et quel est leur quotidien? 
Casa Nova Toulouse Métropole propose de « parler du Mirail depuis le Mirail »  et d’y consacrer  des articles qui relatent les rencontres, parcours et propositions issues de ceux qui vivent le Mirail

Première rencontre/Être jeune et vivre à Bagatelle:

 Anissa Lebbad et Omar Chibli ont tous deux vécu à Bagatelle.
Omar y vit encore. Anissa, elle a quitté la cité mais pour s’installer sur un autre secteur du Mirail, pour rester tout de même proche de la famille. Elle y a vécu de 15 ans à 20 ans et se souvient combien la pression était forte sur les filles « tiens toi droite, ne parle pas aux garçons ». Anissa souligne comment les garçons du quartier se retrouvaient dans leur temps libre pour « tenir les murs » pendant que comme beaucoup de filles elle nouait des relations sociales et amicales hors de la cité.  De ce fait elle ne sent pas de réelle affinité avec ce quartier et se dit très contente d’avoir pu s’en extraire et faire l’expérience de milieux sociaux différents
Elle nous décrit ses différentes expériences notamment avec les services d’accompagnement ou d’insertion comme la mission locale « ils nous dévalorisent beaucoup, nous parlent comme si nous n’étions pas en capacité de comprendre les choses » en insistant sur le poids du stéréotype. 
Les  difficultés liées au stéréotype, 
Omar nous en fera également part mais en évoquant son expérience et son parcours scolaire.
Arrivé à l’âge de 7 ans en France, Omar ne parle pas français, ni même arabe car il est berbérophone. 
Tant au collège qu’au lycée, il est scolarisé dans un établissement situé à mi chemin entre Bagatelle et le centre ville et ses envies scolaires ont souvent buté sur des obstacles posés tant par les copains de classe que par l’institution elle même: « au lycée on te tire vers le bas et très vite j’ai vu que je n’avais pas les mêmes délires que les autres ».
Anissa confirme ce sentiment: « moi je n’ai même pas eu le brevet des collèges, on m’a toujours orientée vers les filières professionnelles. Alors j’ai passé un bac pro pour ne rien en faire de spécial ». 
Et chacun ne réagit pas de la même façon face à cette redondance de stéréotypes. 
Anissa, accepte et se dit qu’elle verra plus tard. Omar lui, s’entête et refuse cette orientation vers ce qu’il perçoit comme une voie peu intéressante . Il prend vite conscience qu’être originaire de Bagatelle, partir en bac professionnel, c’est s’enfermer encore un peu plus car le lycée professionnel regroupe majoritairement des élèves du Mirail: « il est préférable que tu sois bon dans un bac pro que mauvais dans un bac général ». Voilà ce qu’entend Omar durant son parcours scolaire, lui qui, bon élève, prouve ses capacités en obtenant facilement un bac S
Mais les stéréotypes pèsent toujours dans l’étape suivante des études supérieures où l‘école lui renvoie à priori qu’il ne peut pas prétendre à entrer dans une école d’ingénieur car le niveau y est trop haut pour lui. Il résiste, se positionne comme un des meilleurs dans les matières scientifiques et décroche facilement un Bac + 5.
Anissa, elle, est revenue plus récemment vers l’université :« quand tu as fait le tour des plans thunes, tu te dis qu’il faut chercher ailleurs, autre chose ». Pour elle,ce sera les arts du spectacle et du théâtre. Elle a trouvé sa place et poursuit brillamment son parcours. 
Tous deux conviennent que chaque parcours est aussi conditionné par les rencontres:
Celles qui motivent et encouragent ou au contraire cherchent à dissuader, mais « ça forge le caractère ».
Si chacun d’eux semble avoir trouvé sa voie par lui même, il ne se sentent pas pour autant désolidarisés du quartier où ils ont leurs attaches familiales et amicales.
Ils ont des idées et mènent des actions.  
Ils constatent qu’il y a de moins en moins d’inclusion sociale  « mes anciens potes, que je vois toujours, ont tous eu des parcours chaotiques, certains ont même fait de la prison ». Omar nous raconte combien intégrer certains codes sociaux ou tenter de lisser des traits stigmatisants est difficile « certains de mes potes quand ils doivent passer un coup de téléphone pour un boulot par exemple, ils me demandent de le faire à leur place; ils trouvent que je parle mieux qu’eux ».  
Omar explique la nécessité « pour les jeunes de quartier d’ouvrir des possibles, travailler sur les rêves ».
C’est pourquoi, avec quelques autres jeunes du quartier qui ont réussi à  faire des études, ils ont monté une association qui intervient dans des établissements scolaires, sur leur temps libre simplement pour dire aux jeunes élèves « vous avez le droit de choisir, nous l’avons fait, vous pouvez le faire. Si tu as besoin d’aide et qu’on peut t’aider… ».  
Cela ressemblerait à une histoire qui finit bien …
Si Omar ne nous relatait pas son expérience du milieu professionnel! Il n’a pas honte de son origine, de son quartier, mais il se confronte régulièrement au racisme ordinaire de ses collègues « on me rappelle régulièrement que je suis musulman, ou on me dit des choses comme « toi tu viens d’ailleurs ». 
Mais, lucide et aguerri par son parcours, il se contente de nous dire : « oui, nous sommes différents. et alors ? ».
Anissa partage ce point de vue mais souligne l’importance de faire un travail individuel, sur soi, pour s’ouvrir des perspectives. Elle a fait un service civique qui lui a aussi donné l’occasion de s’exercer et d’expérimenter.
Elle reste convaincue que s’il est nécessaire d’ouvrir les jeunes à des pratiques culturelles différentes, dans et hors quartier, il est également important de créer des passerelles entre le centre ville et les quartiers. »Pourquoi est-ce  toujours à eux de se déplacer ? Pourquoi ne pas créer de l’évènement culturel d’envergure au Mirail qui ferait venir le centre ville. Ils pourraient alors se rendre compte que le Mirail c’est un endroit comme un autre« 
Pour elle comme pour Omar : « il faut maintenant ouvrir les portes qui nous séparent ».
Comme l’expriment  Anissa et Omar, Casa Nova Toulouse Métropole partage et souligne l’importance de créer des espaces de rencontres festifs et culturels aptes à décloisonner les différents quartiers de la ville, et pour cela soutenir les actions citoyennes portées par des jeunes qui souhaitent s’investir dans la vie de la cité.
Et aussi, maintenir ou plutôt rétablir les lieux de socialisations communs comme le lycée ou les collèges, qui grâce à la carte scolaire ont longtemps permis une mixité scolaire et sociale, retardant la ghettoïsation.
A suivre : une seconde rencontre à Reynerie .
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Fermeture des piscines cet été, Laurence Arribagé présente «Les dents de la maire-adjointe».

Madame Laurence Arribagé, adjointe aux Sports, devait « prendre une décision ». Habitant-es des quartiers d’Ancely, des Sept Deniers, de Pech-David, cet été si vous ne partez pas en vacances, vous pouvez ranger vos maillots, la calculette a tranché, les piscines municipales que vous aviez l’habitude de fréquenter seront fermées ou ouvertes de façon très sporadique.

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Crèches toulousaines : la régression inégalitaire est actée

Quand les libéraux prennent le contrôle du service public, leur souci instinctif, primordial et primaire, est d’annihiler l’effet redistributif de l’impôt. L’impôt réoriente les dépenses en fonction de l’intérêt général. Les libéraux ne supportent pas cette idée, pour eux chacun « doit en avoir pour son propre argent ».  Chacun pour soi et Dieu pour tous (enfin s’il veut bien). C’est ce qui inspire la délibération petite-enfance adoptée par le conseil municipal de Toulouse le 10 avril 2015.

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Marchandisation petite enfance

Les entreprises de crèches, à l’affut de la marchandisation de l’éducation toulousaine

Dans notre réaction aux attentats djihadistes, nous avons insisté sur le caractère radical de la petite enfance pour rassembler, dès le plus jeune âge, et entrainer les familles dans une démarche laïque, qui imprègnera leur propre travail éducatif. Mais voilà… Encore faudrait-il se doter d’outils de services publics audacieux tournés vers ces objectifs. Ce qui signifie d’abord de résister à la marchandisation du social et de l’éducatif. Et dans le cas de la petite enfance aux entreprises de crèches, ces investisseurs à but lucratif qui tentent de se substituer aux solutions publiques et loi 1901.

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La petite enfance en plein marécage : l'oeuvre de Mme K

La petite enfance en plein marécage : l’oeuvre de Mme K

Dans notre réaction aux attentats djihadistes, nous avons insisté sur le caractère radical de la petite enfance pour rassembler, dès le plus jeune âge, et entraîner les familles dans une démarche laïque, qui imprégnera leur propre travail éducatif (lire l’article).
Mais à la tête de la famille et de la petite enfance, la très sectaire Mme Laurence Katzenmayer (connue pour son agressivité sur les marchés pendant la campagne électorale, face au diable de gauche) est loin d’être l’élue idoine pour un tel enjeu. Ainsi Mme Katzenmayer est plus occupée à couper des têtes, dont celle de sa propre élue déléguée, Mme Ngbanda Otto, qui a été évincée discrètement de ses responsabilités sur le périscolaire et l’aide à la garde d’enfants à domicile que de formuler un vrai projet pour la petite enfance.

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A l’écoute de Christophe Suquet, enseignant à Empalot

Mercredi 12 novembre, des enseignant-es et des parents d’élèves d’Empalot ont organisé une marche pour demander le maintien des écoles du quartier en « Réseau Education Prioritaire ».
Nous avons souhaité en savoir plus et avons interrogé Christophe Suquet, enseignant d’Empalot syndiqué SUD Education, en lutte pour le maintien des écoles du quartier en Réseau Education Prioritaire.

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Euro 2016 à Toulouse : humaniser le « rendez-vous » !

Le 11 septembre dernier, à l’Elysée, aux côtés des autres maires de villes accueillant les matchs de l’Euro 2016, Jean-Luc Moudenc assistait à une réunion de travail organisée par le Président de la République et le Premier ministre. Entre le 10 juin et le 10 juillet 2016, la France va vibrer au rythme de ce grand rendez-vous sportif et Toulouse accueillera quatre matchs dont un huitième de finale.  A l’issue de la réunion, le maire a tenu à commenter : « Par les temps tumultueux qui courent, notre pays a vraiment besoin d’un moment d’optimisme et de communion nationale. L’Euro 2016 pourra être ce moment ». Le Maire est ici dans son rôle en soulignant l’importance de l’enjeu aussi bien national que local mais après avoir dit cela, la question reste entière : comment Toulouse va-t-elle se mobiliser pour faire de ce rendez-vous un moment de communion réussi ?

La pire des méthodes consisterait à déléguer son entière organisation, la Ville se bornant alors à rentrer dans un cadre pré-établi nationalement.
Sous l’égide de l’UEFA et de son Président, Michel Platini, une structure dédiée a été mise en place : la Société par Action Simplifiée EURO 2016, présidée par Jacques Lambert, ancien directeur du comité d’organisation de la Coupe du Monde 1998. Détenue par l’UEFA (à 95 %) et la Fédération Française de Football (à 5 %), elle est chargée de l’organisation de la compétition et des événements associés. Elle est responsable de la sûreté et de la sécurité et assure la promotion de l’événement.
Le gouvernement français et les collectivités locales, quant à eux, fournissent les sites, les infrastructures, les services publics et le transport. Ils sont également responsables de la sécurité du public et assurent la promotion du pays et des villes hôtes. Mais faut-il en rester là?

Logistique, sécurité et promotion au centre de la feuille de route toulousaine

L’organisation de la Coupe du monde 2014 au Brésil a montré que les aspirations sociales et environnementales ressurgissaient derrière la vitrine que proposaient les autorités publiques. Et régulièrement, les travées du stade servent la propagande, nourrissent la haine, le racisme et la violence à travers les réactions de ses supporteurs. Mais en France, on se souvient également de cet état d’esprit si particulier qui régnait en juillet 1998, lorsque la France entière, encourageant son équipe métissée, hurlait à tous les coins de rue sa fierté nationale mais aussi son bonheur de partager ce moment, dans la richesse de sa diversité.
Le foot est fort de ses paradoxes et sa dimension populaire en fait un formidable objet social. La communion que Jean-Luc Moudenc appelle de ces vœux ne se décrète donc pas. Elle se construit ! Et localement, il nous appartient de réunir les conditions pour faire de cet évènement un succès populaire, une grande mobilisation et un moment de réunion fraternelle. C’est bien cela, au delà des résultats sportifs, qui va conditionner la réussite de l’évènement ; c’est la capacité qu’auront les Toulousain-es de montrer un beau visage de leur ville. Plus elle sera animée, plus elle sera sûre.  Dans cette perspective, les autorités locales ont un rôle moteur à jouer.

Tirer les retombées du bon côté, vers une dynamique populaire

Alors, certes, à environ 600 jours du « rendez-vous » -le slogan officiel de l’Euro 2016- la ville a le temps de voir venir mais, pour reprendre une métaphore sportive, il s’agit de ne pas rater le départ et de monter progressivement en puissance. Or, pour l’heure, l’équipe municipale  semble tarder à en faire une priorité. Lors du Conseil municipal du vendredi 26 septembre, une délibération présentée par l’adjointe au maire en charge des Sports, Laurence Arribagé, a évoqué le sujet mais… sous le seul angle financier. Il s’agissait d’approuver la redevance prévue par la SAS Euro 2016 pour la mise à disposition des équipements qui permettront l’hébergement et l’entraînement des équipes participantes.
Face à l’enjeu social, une méthode s’impose qui passe par la concertation et la mobilisation des forces vives de la métropole. En ce qui concerne les acteurs et actrices économiques au premier rang desquels les hôteliers et restaurateurs, les inquiétudes ne sont pas grandes quant à leur capacité à tirer profit de l’événement. En ce qui concerne la mobilisation des services de la Mairie et de la Métropole, les agents de l’État assurant la sécurité publique, ils et elles sauront assurer les missions qui leur seront confiées. En ce qui concerne les acteurs et actrices de la mobilité urbaine et notamment les salarié-es de Tisséo, les choses devraient aller pour le mieux.
Mais les acteurs et actrices associatifs-ives investi-es sur le domaine sportif ou culturel, ceux et celles  intervenant dans le champ de la solidarité ne se mobiliseront pas spontanément et surtout de façon homogène si la mairie de Toulouse n’impulse rien de son côté.
C’est bien à elle d’offrir un cadre de dialogue permettant de faire naître les initiatives, de les coordonner, de les accompagner, de les optimiser. C’est bien à elle, ensuite, de leur donner tout l’écho qu’elles méritent. Et, dans cette perspective, le temps qui nous sépare de l’Euro 2016, ne sera pas de trop. Sans attendre, la Mairie et Toulouse Métropole (si l’on veut étendre la dynamique à l’ensemble des communes de l’agglomération), doivent proposer un calendrier de travail assorti de réunions régulières. Ce cadre de concertation ne peut évidemment être conçu autrement que de façon ouverte. L’enjeu premier consistant à favoriser la créativité, il faut favoriser l’implication des acteurs du sport de masse, mais aussi de tous ceux qui peuvent s’emparer de l’engouement pour atteindre des objectifs favorisant le lien social.

Libérons la créativité et nous aurons de belles surprises !

Pour s’en tenir au domaine sportif tout d’abord, pourquoi ne pas imaginer une compétition associée qui viendrait enrichir l’Euro 2016 ? Avignon a son festival de théâtre officiel mais que serait l’évènement sans la multitude de troupes qui interviennent en marge ? Alors, pour rester dans l’univers du ballon rond, pourquoi ne pas imaginer un tournoi national de foot de sable ou de futsal accueilli en parallèle à Toulouse ? Pour rester dans le local, pourquoi pas un tournoi de foot de rue interquartiers réunissant différents jeunes amateurs de l’agglomération ? Des initiatives solidaires peuvent également être envisagées. Une coupe du monde des sans-abris a par exemple été organisée à Rio en 2010. Ce complément non officiel mais à l’enjeu bien réel permettrait d’élargir le cercle habituel de supporters. De fait, tout le monde n’ira pas au stade mais tout le monde doit pouvoir participer à la fête.
Pour élargir au champ culturel ensuite, peut-on concevoir qu’au delà des rencontres programmées, Toulouse puisse proposer une multitude d’animations, à l’image de celles proposées à l’occasion de grandes journées de lutte contre certaines maladies ? Le football, le sport pourraient légitimement constituer le thème central d’expositions, spectacles et autres initiatives artistiques. Et pourquoi pas un carnaval dans les rues de Toulouse sur ce thème ? Il est certain que le COCU, comité d’organisation du carnaval toulousain, et les batucadas locales sauraient mettre une ambiance festive pour le plus grand bonheur de toutes et tous.
Au delà de ces quelques pistes, c’est bien aux entraineurs de footballeurs en herbe, aux animateurs et animatrices de quartier, aux artistes, aux habitant-es, sportifs et sportives du dimanche ou pas du tout, … de s’exprimer aujourd’hui.
C’est à eux et elles de dire ce qu’ils attendent de cet Euro 2016 à Toulouse et la façon dont ils et elles entendent concourir à sa réussite. Alors, ouvrons un instant la porte du stade et imaginons, ensemble, une belle rencontre !
La caution jeune en politique - casanova toulouse metropole

La caution « jeune », le témoignage grinçant de la vie d’une « jeune » en politique

En poursuite de notre réflexion sur la jeunesse, nous vous proposons un témoignage édifiant d’une « vie de jeune en politique », de la part d’une (jeune) membre de Casa Nova.

« Je ne remercierai jamais assez les personnes qui ont éveillé ma passion pour ce gros mot qu’est la chose publique, en créant notamment des instances participatives telles que le Conseil Municipal des Jeunes. Élue d’abord Maire d’un CMJ, j’avais été repérée par quelques cumulards locaux comme « la jeune à suivre », bien implantée dans le milieu associatif local et surtout, surtout, engagée, à gauche c’est toujours mieux.

2008. Le saut dans la cour des grands.

Élue parmi les grands élus. J’ai découvert au travers de cette expérience ce que signifiaient les notions de bien vivre, de vivre ensemble, de solidarité et de proximité. Pas seulement dans les mots, mais dans les actions menées par nos représentant-es.

J’ai surtout pris conscience de l’importance de la communication, qui à mon sens, ne devait pas s’effectuer seulement du haut vers le bas mais dans tous les sens, une communication multidirectionnelle, qui signifie être autant à l’écoute que l’on souhaite être écouté-e.

Cette communication deviendra mon métier. Du haut de mes vingt ans, j’avais alors répondu à de vieux universitaires parisiens : « la communication d’une ville de 5000 habitants, ce n’est pas la communication du pot de fleur, c’est savoir répondre aux vraies interrogations des vrais gens et pas seulement celles de l’habitant professionnel, celui qu’on voit partout, tout le temps. Le but difficile de la communication, c’est de toucher ces gens et de répondre à leurs questions en mettant en place les politiques publiques adéquates – et si le pot de fleur fait partie des questions, alors nous devons y répondre ».

Une fois l’euphorie des premiers mois passés comme conseillère municipale et de ce tourbillon communicationnel « oui dans cette ville nous avons la plus jeune conseillère municipale du département, quelle fierté, seulement 18 ans », vient le moment de passer à l’action et de mettre en place notre programme.

Et là… commencent  les difficultés. Sois jeune et tais-toi.

Ah d’accord. Tout est une histoire de communication. J’étais devenue la caution jeune. Voire pire, la caution « société civile ».
Non je ne souhaite pas être membre d’un quelconque parti politique à la couleur rose. Mais pourtant, c’est bien là que tout se décide. Le conseil municipal n’est devenu qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises la veille par une section locale. En séance, les débats n’existent pas. Les caciques locaux pensent, les bêtes que nous sommes votons. Malheur à celui qui osera proposer : « tu n’es pas là pour ça, insignifiant petit conseiller municipal, assied-toi, on a besoin de toi pour notre quorum ».

Et nous créons, et nous créons, de nouvelles instances participatives telles que les conseils des sages ou les conseils économiques sociaux et environnementaux, véritables fantômes d’instances participatives, aussi écoutées qu’un vieux vinyle de Mike Brant mais… « on l’avait dit, c’est dans le programme, on le fait ! …et ça fera bien dans l’bilan ».
Ces instances participatives, parlons-en. Dans une ville de 5000 habitants, tout le monde se connait. Plus ou moins. Alors on va essayer de choisir les habitants sympas, ceux qui ne font pas de vague et qui sont déjà d’accord avec nous : SURTOUT, ÉVITONS LE DÉBAT.

J’ai eu 18 ans durant 6 ans. LA CAUTION JEUNE.

Elle est peut-être là l’explication : le désintérêt des jeunes pour la politique et leur forte abstention aux derniers scrutins s’expliquent peut-être par la représentativité de nos élites politiques françaises. Les jeunes se reconnaissent-ils dans nos marionnettes locales, régionales, gouvernementales ? Se reconnaissent-ils dans les politiques menées et surtout dans leur manière d’être menées ?
La classe politique est vieillissante et son image, déplorable. Vos jeunes ont des idées ! ÉCOUTEZ-LES ! »