Archives pour la catégorie Social – Mouvements sociaux

49.3

Le recours au 49.3 sonne le glas de la 5éme République.

Palme d’or pour le 49.3 ?

En 1986 Jean Jacques Beneix, Jean Hugues Anglade et Béatrice Dalle mettaient le feu au tapis rouge avec 37,2 le matin.Trente ans après  François Hollande, Manuel Valls et Myriam El Khomri grimpent à  49-3 le soir et mettent le feu à la rue.
Le shérif Valls avec son 49,3 nous rejoue tristement un scénario écrit à l’avance. 
Certes nous sommes encore loin de l’hyperactivité de Michel Rocard sur ce plan là (tiens tiens déjà un 1er ministre socialiste, mais qui lui, disons le aussi, ne disposait que d’une majorité parlementaire relative) mais cet acte autoritaire de la part du trio ne fait qu’effriter le peu de confiance qu’une grande partie de la population donne au gouvernement et au Parlement.
Car oui cette décision de recourir à l’article 49-3 de la Constitution est lourde de sens.
-Lourde de sens car le gouvernement refuse le débat parlementaire sur une réforme qui touche aux fondamentaux de la gauche : la protection des droits des salarié-es par le Code du Travail .
-Lourde de sens car le gouvernement refuse d’entendre les revendications d’une grande partie de la population qui s’exprime dans la rue, sur les réseaux sociaux, par des pétitions.
-Lourde de sens car le gouvernement valide ici un constat : cette 5ème république est mourante.
Comment en effet penser que la République se porte bien quand un gouvernement refuse aux député-es de sa majorité la possibilité de débattre, de déposer des amendements ?
Comment penser que les institutions de la 5ème République nous représentent (mais qui le pense encore aujourd’hui ?) si le Président de la République et le Premier Ministre se refusent à entendre la parole de la population et à accepter que l’Assemblée Nationale en soit la caisse de résonance.
Un tel choix valide le message du  « cela ne sert à rien d’aller voter, ils-elles font ce qu’ils-elles veulent après et ne reviennent vers nous qu’au moment des élections ».
Oui, François Hollande et Manuel Valls ont décidé de cracher impunément à la figure de notre démocratie et de la population….François Hollande entérine définitivement qu’il n’a mené qu’une campagne de communication pendant l’élection présidentielle et qu’il a menti aux citoyen-nes qui attendaient enfin la mise en œuvre d’un autre modèle économique et social.
Naïfs nous fumes pour un grand nombre mais nous voulions tant y croire.
Ce choix du recours au 49-3 est symptomatique du basculement du Parti  Socialiste.

Le PS hurle depuis des années avec les loups lorsqu’il est au pouvoir. Depuis 1983 et le tournant de la rigueur du gouvernement Mauroy, depuis les nombreuses privatisations sous le gouvernement Jospin, et avec des pans entiers de la récente Loi Macron…. ces  loups ultra libéraux, restent prêts à dévorer ce qu’il reste de protection du droit des salarié-es dans le Code du Travail. Il est bien plus facile de suivre la meute que de s’en extraire pour enfin prendre les bonnes décisions face à la montée de la précarité au travail, à l’explosion du chômage, etc. Car cette meute libérale, organisée bien au delà de l’hexagone, est, reconnaissons-le forte et efficace. Elle parvient avec le soutien de médias peu enclins à la réflexion et de pseudo-intellectuels désinhibés à faire croire que ce pays ne veut pas se réformer, qu’il s’arc-boute sur des acquis sociaux auxquels les gouvernements ne peuvent pas toucher. Pourtant le droit du travail est attaqué de tous côtés, les conditions de travail dans de nombreux secteurs se dégradent. Les emplois précaires explosent…mais pas encore suffisamment semble-t-il pour les défenseurs zélés de la déréglementation, de la concurrence effrénée, de la déstructuration du service public.

Mais sachons remercier le duo des fossoyeurs de nos institutions en fin de vie.

En quelques mois ils viennent de faire la démonstration qu’il est urgent de passer à une République qui représente véritablement sa population.

Une république qui n’attend plus que l’Homme (et oui les Femmes n’avaient pas leur place dans ce club fermé de la 5ème République) providentiel nous délivre de tous nos malheurs et nous guide vers la lumière.Laissons-les entre eux, s’agiter dans le marécage malodorant de la 5ème République  autour du concours obsolète qui intronisera le-la Guide.

Il est temps d’engager une révolution institutionnelle, une révolution de la représentation populaire. 

Le 49-3 utilisé sur la Loi de réforme du Code du Travail a mis fin à la mascarade parlementaire. En avant pour construire la 6ème République.

rentree2015

Rentrée municipale de Jean Luc Moudenc «un seul mot d’ordre : réaliser»

Un aveu de rentrée dans le journal local, le Maire de Toulouse ne « réalisait » pas : il était encore sur le petit nuage de satisfaction consécutif à sa victoire sur Pierre Cohen alors que ses colistiers naviguaient sans vergogne ni retenue dans les eaux troubles du sécuritaire, de la stigmatisation et du copinage post électoral.
Mais là il va falloir retourner sur terre, car les toulousains, eux, y sont et  « réalisent » (ou ne vont pas tarder à le faire pour les plus distraits d’entre eux). Continue la lecture

Je suis Charlie vu de Toulouse, qu'attendre de Jean-Luc Moudenc ?

Après la tempête, que pourrions nous espérer d’un Maire d’envergure ?

Après le temps de l’émotion et de la commémoration, le temps de l’action est indispensable face aux attentats terroristes visant Charlie hebdo, un supermarché casher, des policier-es et passants. On juge les gens à travers leur attitude dans les moments difficiles.

Avant d’aborder l’action, revenons rapidement sur le temps de la commémoration qui a marqué une nouvelle fois la séparation entre les élu-es et la population. Ainsi, Monsieur Moudenc s’est illustré, il est vrai avec énormément d’élu-es de gauche et de droite, en scissionnant le cortège pour aller se faire photographier devant le monument aux morts, piétinant l’esprit populaire et non partisan de la marche, et essayant de s’y  « refaire la cerise » (inutilement, qui est dupe encore de ce genre de choses en de tels moments de gravité ?). La communication, d’abord, toujours, encore. Le réflexe de récupération, vulgaire au regard des circonstances.

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travail_dimanche

A Toulouse, comme ailleurs, non au travail du dimanche !

Non.
Non, et encore non au travail dominical.

Non pas parce que ce serait le dimanche papal. Le Ministre de l’économie a scandaleusement évoqué des ajustements dans les « régions catholiques », mépris violent de la laïcité : qu’est-ce qu’une région catholique, ou athée, ou néo païenne, ou panthéiste, en République ? Rien. Ou alors nous ne sommes plus constitué-es en Nation laïque mais en conglomérats de communautés croyantes.
Non au travail dominical parce que la gauche que nous appelons de nos voeux ne peut être pour le travail dominical.

Notre adversaire, l’ogre consumériste

La gauche selon Casa Nova c’est l’anti consumérisme. Ce modèle qui nous mène aux désastres, sur consommant la planète jusqu’à l’épuisement rapide. Le consumérisme c’est l’enfermement hypnotique dans l’obsession matérielle, le consommer pour exister, l’égoïsme frustré, la passivité citoyenne. Bref c’est l’adversaire culturel de la gauche et de son projet d’un monde solidaire et démocratique jusqu’au bout.

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Pendule Crédit P. Mestre

35 heures : le temps libre et le droit à la ville

Les lubies de ce gouvernement ne dérogent pas des précédents. Sous l’apparence d’une alternance de camp politique, l’orientation économique, sociale et politique reste inchangée. Inchangée ? S’il fallait être honnête – vous l’aurez compris, c’est plutôt notre genre – nous dirions même qu’elle accélère. « Séparation du MEDEF et de l’Etat ! » : le slogan des intermittent-e-s est devenu d’un triste réalisme. C’est le coup d’état permanent d’une poignée sur le grand nombre, la fusion pernicieuse du programme de François Hollande, déjà pas « jojo », et de celui du glouton de l’accumulation de capital, qui asservit les être humains et saccage l’éco-système.

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Brigade SDF à Toulouse : vers une politique de harcèlement des sans domicile fixe

Après la chasse aux prostituées, après le signe réactionnaire et dangereux sur le plan sanitaire constituant à ne plus vacciner les chiens des personnes sans domicile (comme si cela allait les dissuader de venir à Toulouse, ou même, tenez, de vivre dans la rue…), la droite de plus en plus radicale régnant sur Toulouse, à rebours de la raison politique, s’acharne encore sur les plus fragiles dans la ville.
Pourtant, jamais notre ville n’a voté pour une orientation de ce type : au contraire Monsieur Moudenc a pleurniché sur ses origines chrétiennes démocrates et prétendu incarner la modération au cours de la campagne électorale.
Nous aurons donc droit, sous l’égide de Monsieur Arsac, adjoint à l’agitation du chiffon rouge, à une BRIGADE SDF. Nous ne vivons pas à Béziers, mais bien à Toulouse… mais pour combien de temps encore ?
Lier un service de police à une catégorie de la population… C’est du jamais vu dans la République. 
Tout cela fleure bon les années 40, celles qui sont célébrées par Monsieur Zemmour, dont Monsieur Arsac est un grand fan, assistant avec ferveur et enthousiasme à son récent meeting à Toulouse. Pourquoi pas une brigade arabes ? Une brigade jeunes ? Une brigade vieux pervers ?
Créer une brigade SDF c’est signifier directement que ces personnes sont, par essence, des délinquants. 
Le fait d’être SDF, vert, jaune, bleu, violet, charpentier, bûcheron, myope, ne détermine nullement qu’on va commettre des délits. Ce qui détermine un délinquant c’est la commission du délit, et seulement l’acte. La République, c’est l’égalité des droits et des devoirs. Par conséquent, personne ne peut être assigné de fait à un acte qu’il n’a pas commis. Oublier cela, c’est rompre le pacte social, c’est revenir à une société de la pure force, de l’arbitraire, où le droit ne protège pas le citoyen-ne mais peut le viser, en le caractérisant par avance, sans égards pour ce qu’il fait ou pas.
Sur le plan de la pensée, c’est un fait très grave. Et on peut se demander si cette création ne devrait pas être l’objet d’une attaque en justice pour discrimination. Pourquoi pas d’ailleurs ? Nous y réfléchirons.
D’ailleurs on nous explique carrément que cette brigade aura une fonction répressive ciblée sur les sans domicile fixe. Comprenez : être SDF ça se réprime.
Bien évidemment, nos édiles sur la pente plus que glissante savent qu’ils poussent le bouchon, pour faire oublier leur passivité effarante sur à peu près tous les sujets (à part les gels et les suppressions). Donc on met un grain d’humain….. Des infirmier-es accompagneront les tournées « répressives » de ces « spécialistes » de la traque du clochard, accompagnés de chiens. On ne sait jamais, on pourrait se salir. On souhaite à ces cellules « médico-sociales » (on embaucherait des médecins et des travailleurs sociaux ? Évidemment que non) bon courage pour donner sens à leur travail. Personne ne verra le début d’une intervention sociale.
Dans un de ces euphémismes typiques de la violence sociale (« voir les publics empêchés »), la mairie appelle cela une politique de « distanciation ». Pour ne pas dire qu’on les fait dégager du centre. Ou la droite reconnait les siens, c’est à dire la bourgeoisie. Monsieur Arsac et consorts détestent les « bobos » (les gens qui lisent et sont de gauche), mais les bos-cons, bourgeois conservateurs, ils adorent. Et sont prêts à tout pour « purifier » leurs points de vue.
La droite avait insisté pendant la campagne sur les faubourgs censés être oubliés. Les faubourgs apprécieront d’être considérés comme la solution pour apaiser une clientèle « up » en hypercentre.
Comme ces gens cyniques ne manqueront pas de nous traiter de « laxistes », disons de suite que nous n’aimons pas être agressé-es ou violenté-es, nous-même, en tant que citoyen-es. Non, nous n’aimons pas cela : scoop !
Mais nous sommes assez civilisé-es pour ne pas jeter tout principe à la poubelle parce que l’insécurité existe, et que l’explosion de la misère la nourrit. Que croyait on ? Que la décomposition de la société marchande ne produirait pas de violence ? C’est bien naïf. Bien entendu, la crise de civilisation que nous vivons suscite des troubles à l’ordre public. On doit y faire face, mais pas au mépris de nos libertés fondamentales, ni de celles des plus vulnérables, qui n’ont jamais droit à la parole.
Évidemment la police municipale doit travailler. Elle doit le faire en congruence avec les interventions sociales. Mais les personnes en errance doivent être traitées comme les autres, sur la base de la loi. La police municipale a un rôle de prévention et de répression, de droit commun, concernant tous les risques, tous les troubles.
Une grande ville doit se doter d’accueils de jour suffisants pour les sans domicile, insuffisants, même par rapport à Bordeaux, ville de droite. 
Que faire, sinon errer ? La question ne semble pas monter au cerveau « ferme » de Monsieur Arsac.
Une société dérape quand elle commence à désigner une population, d’office, comme la cause mais aussi en ce cas scandaleux comme l’auteur d’avance, de tous les maux. C’est un climat de haine, de méfiance, de ressentiment, que l’on diffuse dans la ville. Le poisson pourrit par la tête. Et la tête de notre ville ne tourne pas rond.
En 2006 déjà….
Rappelez-vous, le 12 septembre 2006, un étudiant nommé Edouard Rihouay meurt sur le Pont-Neuf à toulouse, tué par un groupe de quatre marginaux. Le maire de Toulouse d’alors, Jean-Luc Moudenc, politise alors le drame, rend un hommage appuyé à la victime, et s’émeut du développement de la mendicité agressive dans la ville. Il propose, dans la foulée d’un rendez-vous avec Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, un plan contre les marginaux de tous bords : squats, sdf, toxicos… avec une logique toute droitière : vote le 20 septembre 2006 d’un arrête anti-camping sauvage, création d’une brigade anti-marginalité (mixte Police Nationale/Municipale), et création d’une nouvelle délégation pour lutter contre la marginalité agressive confiée à Jean Diebold.
Aujourd’hui le même Jean-Luc Moudenc récidive avec sa brigade anti SDF.
Pour autant le contexte a changé depuis 2006 : la situation des SDF s’est encore plus précarisée, avec pas moins de 141 500 personnes  sans domicile en France métropolitaine début 2012, soit une progression de près de 50 % depuis 2001 (chiffres Insee)
Sur Toulouse, pas moins de 8 000 personnes sont SDF, et entre 25-30 % sont des salariés, des travailleurs pauvre : le fantasme du SDF oisif et improductif est donc à revoir. La crise économique, renforcée par le coût prohibitif du logement dans les revenus des ménages, poussent de plus en plus de personnes à la rue.
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Au niveau municipal, la logique de développement des arrêtés est à son maximum : il est déjà interdit de consommer de l’alcool sur la voie publique, l’arrêté contre la mendicité agressive existe déjà et un arrêté anti-mendicité n’est pas à l’ordre du jour selon l’adjoint à la sécurité. Forcément car le juge administratif bloque usuellement ces arrêtés car trop liberticides, comme les récents cas de Nice ou de Hénin Beaumont le prouvent.
Depuis quelques mois, la ville de Toulouse fait régulièrement la une des faits divers, avec de nombreux épisodes de délinquances : agressions aux personnes et aux biens, homicides, braquages (Lardenne, St Cyprien, Empalot, Centre-ville). Les riverains et commerçants s’inquiètent de la dégradation du climat général et demandent une réponse des pouvoirs publics. Aucun des meurtres et vols spectaculaires récent n’a été le fait d’un SDF, et pourtant on va créer une police spécialisée… Allez comprendre.
Les habitants et commerçants indiquent véritablement ressentir une insécurité. Sauf que l’insécurité ressentie ne provient pas que des sdf, mais s’apprécie plutôt comme une dégradation globale de l’espace public. Les riverains indiquent clairement que l’espace public n’est pas géré : peu d’éclairage public, pas de référence d’autorité sur le site, zones délaissées…

Alors, de quoi parlons-nous ? De sécurité ou de signaux envoyés pour flatter des pulsions assez peu républicaines ? Liberté, égalité, fraternité disions-nous ?

Projet Crocodiles Thomas Mathieu Editios Lombard Annulation Katzenmayer Moudenc Toulouse

Le Capitole est-il devenu un marigot à crocodiles ?

Le Projet Crocodiles, vous connaissez ? Non ? 

Il s’agit de dénoncer les comportements sexistes et de raconter des histoires de harcèlement vécues au quotidien. Par un dessin sans concession mais dont l’humour est une source de finesse, Thomas Mathieu décrit les harceleurs, le plus souvent des hommes, comme des crocodiles dont les mots, les gestes constituent autant de marques de pouvoir et d’impuissance.  Il permet à tout un chacun de comprendre comment le sexisme ordinaire pèse sur chacun et chacune d’entre nous, comme la banalité du mal, l’anti-chambre de l’enfer.
Le dessinateur ne dit pas toutefois que tous les hommes sont des harceleurs en puissance, mais simplement qu’en tant qu’homme, il est difficile d’imaginer à quel point le sexisme ordinaire impacte la vie des femmes.
Pour vous faire votre propre idée, commencez par aller y faire un tour : http://projetcrocodiles.tumblr.com/ !
Mais aujourd’hui, nous ne voulions pas simplement vous vanter les qualités du trait de crayon de Thomas Mathieu et de cette démarche.
Nous voulons avant tout protester contre le report de l’exposition composée de plusieurs planches du Projet Crocodiles. Cette exposition sur bâche itinérante devait avoir lieu dans des lieux ciblés de la ville à l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre. 

Parce que c’est faire preuve d’aveuglement devant la réalité des violences sexistes aujourd’hui.

Le travail de Thomas Mathieu s’attache à illustrer les problématiques des violences faites aux femmes dans toute leur complexité. Le sexisme ordinaire, ce n’est pas que des manifestations de violences physiques. Il s’incarne dans tous les aspects de notre vie quotidienne : au domicile, au travail, dans la rue, dans les urnes…
Si le dessinateur a un certain succès sur Internet, son œuvre de dénonciation du harcèlement et du sexisme ordinaire reste finalement assez confidentielle, et réservée à une sphère d’internautes initié-e-s, ou tout du moins déjà sensibilisé-e-s aux revendications féministes, même si son projet a été relayé dans un certain nombre de médias nationaux.
Nous ne pouvons que constater que la droite locale a fait le choix de la facilité : celui de détourner le regard, à l’instar des usagers des transports en commun qui ne réagissent pas devant une situation de harcèlement par exemple.
D’autant que, selon l’entretien que l’auteur nous a accordé le 22 novembre, il n’avait jamais été question d’exposer les planches dans le square Charles de Gaulle, ou sur l’espace public, comme cela a été écrit. La Mairie avait libre choix des dessins et ceux qui étaient retenus devaient faire l’objet d’une exposition sur bâche itinérante dans des lieux ciblés, intégrés dans une démarche encadrée de prise de conscience et de prévention.
Annuler l’exposition (l’auteur ayant été informé par d’autres personnes que la Mairie, c’est lui qui a fait l’effort de savoir ce qu’il se passait et personne ne lui a parlé de « reporter » l’exposition), ce n’est pas sérieux.

Parce que c’est irresponsable.

En 2013 en France, 121 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. La page Facebook dénonçant le harcèlement de rue à Toulouse, créée au début du mois d’octobre 2014, comptabilise déjà plus de 3 000 likes, et multiplie les témoignages de toulousaines et de toulousains victimes de harcèlements et d’agressions sexuelles dans le métro, dans nos rues, à toute heure du jour et de la nuit.
Confronté à ces chiffres accablants, Jean-Luc Moudenc fait le choix en toute bonne conscience de reporter l’exposition consacrée au Projet Crocodiles, parce qu’une élue réactionnaire de sa majorité, Madame Laurence Katzenmayer (Adjointe à la Famille, Petite Enfance et Crèches), s’est insurgée de la vulgarité de certaines planches : celles consacrées à dénoncer la lesbophobie et le viol conjugal.
Non M. le Maire, le travail de Thomas Mathieu n’est pas vulgaire : il nous livre sans œillère une vérité accablante de notre société, à savoir que les mécanismes de domination masculine persistent envers et contre tout, et que ces mécanismes produisent une violence inouïe, tant morale que physique – voilà où se trouve la vulgarité.
Quelle vulgarité d’ignorer la réalité de ces violences. Quelle indifférence face aux traumatismes subis jour après jour par les victimes. 
Mais une telle désinvolture ne nous étonne guère finalement de la part de M. Moudenc : Nous savons très bien que la lutte pour l’égalité femme-homme n’est pas une priorité de votre majorité qui n’hésite pas à associer des soutiens ardents d’Eric Zemmour avec les enfants de chœur du centrisme cassoulet. Nous n’avons pas oublié les propos nauséabonds de M. Arsac, Adjoint au Maire en charge de la Sécurité, lorsqu’il a mis en œuvre son arrêté sur la prostitution – qui renforce l’insécurité autour des femmes contraintes de faire le trottoir, oubliant que les véritables criminels, ce sont les réseaux qui les exploitent et les clients qui les abusent !
Nous n’oublions rien M. Moudenc. Nous tenons un inventaire détaillé de vos attaques à l’encontre des Toulousains et des Toulousaines.
Nous sommes féministes, et nous avons honte de votre comportement. En décrochant les images qui montrent la réalité que vous ne sauriez voir, comme tous les tartuffes, vous cautionnez tous les crocodiles dont les sifflements et autres violences de rue se mèlent aux cris d’orfraies des ouailles du Capitole. M. Moudenc, félicitations ! Vous êtes digne de figurer dans les dessins de Thomas Mathieu : à votre juste place, celle d’un crocodile. 

Pas de salle de shoot à Toulouse, parce que, « la drogue… c’est mal »

La droite capitolesque dit non d’office (de la tranquillité sans doute) à l’expérimentation des salles de shoot.

Prévisible, n’est-il pas ? La drogue, c’est mal. Ça fait du mal. Donc non. Voilà tout. On est habitués à ce mode de réflexion primaire de leur part. Ce serait un « mauvais message » apporté aux « jeunes ».

Et pourtant …

Peut-on sérieusement penser que les promoteurs de ces expériences, qui émanent des milieux sanitaires engagés pour sortir les concernés de la toxicomanie, soient de vils irresponsables ne connaissant rien à leur affaire ? Bien sûr que non.

Voici pourquoi :

Aujourd’hui, il n’ y a pas de salles de shoot. Est-ce que cela empêche quelqu’un de se droguer ?

Non bien-sûr. Pense-t-on vraiment que c’est l’existence de ces salles (bonjour le stigmate anti-jeune, comme si le shoot était réservé à une tranche d’âge) qui deviendrait demain la cause d’une bascule dans une pratique que les psychologues analysent comme forme de suicide permanent ? C’est une vue de l’esprit.

Quel est le milieu le plus propice à la diffusion du shoot ? La rue, le squat.

Et certainement pas une salle encadrée professionnellement ou ne sont présentes, justement, que des personnes déjà enfermées dans le piège mortifère du shoot. Rappelons-le, le shoot expose immédiatement à des risques mortels : overdose, maladies transmissibles, dont le sida.

Les salles de shoot visent ainsi plusieurs objectifs :

  •  La réduction des risques individuelle, pour des personnes répétons-le, enfermées dans la dépendance, dont il est extrêmement difficile de sortir. Il s’agit d’éviter des décès, des accidents gravissimes, mais aussi des contaminations.
  •  La réduction des risques collective, puisqu’en contrôlant le processus en direct, on limite la diffusion à l’extérieur de la pratique, et on lutte contre l’épidémie de sida (et autres risques sanitaires).
  •  Enfin, c’est une solution de préservation de la tranquillité publique, puisque ces salles peuvent limiter les shoots de rue, avec tout ce que cela suppose de conséquences in-sécuritaires.

Les autoproclamés champions de la sécurité… ignorent tout simplement ici les nécessités de la sécurité urbaine.

Ajoutons-y le fait que les salles seraient gérées par des équipes pluridisciplinaires pouvant ainsi tisser un lien étroit avec des personnes pour lesquelles des alternatives sont proposées (subutex, méthadone, engagement dans une cure, démarché psychothérapeutique…). Les salles de shoot sont un moyen de connecter un public désaffilié, en grande perdition, à notre système de soins.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de réaliser des salles n’importe où et n’importe comment, au risque de créer des points de fixation du public. Mais ceci, la droite le sait parfaitement, car Toulouse dispose de lieux de réduction des risques, où l’on vient échanger les seringues, prendre son traitement substitutif dans le cadre d’un suivi. Cela existe depuis les années 90 et a fait ses preuves, la Municipalité connaissant très bien ces lieux et les subventionnant parfois aux côtés de l’Agence Régionale de Santé (tout sauf des babas cools). Ces lieux ont appris depuis longtemps à gérer leur environnement et à passer contrat avec les usagers pour que tout se déroule au mieux.

Encore une fois, comme pour la vaccination des chiens des personnes sans domicile, le réflexe politicien court-termiste, électoraliste, bas du front et flatteur frontiste, prend le dessus sur l’intelligence collective, les exigences de santé publique, les acquis de l’évaluation et des recherches. Franchement, c’est triste. Quand le pouvoir flatte les préjugés et la pensée sommaire, quand il brandit de froides morales abstraites plutôt que de songer au soin des individus réels, une cité peut être pessimiste sur son devenir.

L'égalité femme-homme selon Jean-Luc Moudenc Mairie de Toulouse

Inventer un fonctionnement municipal anti-sexiste

Les poncifs d’un fonctionnement municipal classique

Casa Nova, organisation de réflexion féministe, s’est penché d’un peu plus près sur une dimension peu connue du fonctionnement de nos institutions politiques : la manière dont elles reproduisent les discriminations genrées.

Dressons d’abord un rapide état des lieux.

La caractéristique la plus évidente de ce fonctionnement genré réside dans le fait que les postes clés sont occupés par des hommes : le Maire, le Directeur Général des Services, le Directeur de Cabinet, la majorité des Directions Générales Adjointes… à Toulouse, Jean-Luc Moudenc a même poussé la domination masculine jusqu’à nommer premier adjoint un homme, Jean-Michel Lattes, contrairement à ce que promettait la liste soumise aux votes des toulousain-es.

Mais cela va beaucoup plus loin. La surreprésentation des hommes dans les postes de direction s’infiltre dans toutes les strates de l’administration municipale. Afin de conserver une apparence de parité relative, on observe toutefois que quelques directions sont confiées à des femmes : les ressources humaines, l’éducation, la petite enfance en font partie. Ce sont des thématiques qui renvoient aux qualités conférées à la féminité par les défenseurs d’une organisation genrée de la société : la capacité d’écoute, et la fibre maternelle.

Autant de stéréotypes archaïques qui rencontrent du succès dans les administrations, ne serait-ce que parce que résister à la féminisation des directions est un bon moyen pour ces messieurs de s’assurer la continuité de leur poste à travers les changements de majorité. Autant de stéréotypes insensés qui légitiment la paroi de verre, celle qui interdit aux femmes d’occuper des postes à responsabilité dans tous les secteurs de l’action publique. Autant de stéréotypes avant tout politiques qui se répercutent également dans la répartition des délégations.

Et si la paroi de verre est une caractéristique déterminante du fonctionnement municipal, le plafond de verre l’est également – vous savez, ce plafond invisible, dont on nie avec véhémence l’existence, et qui pourtant ralentit jusqu’à l’inertie l’avancement hiérarchique des femmes. Comme l’essentiel des catégories A et B sont des hommes, les femmes restent de manière générale cantonnées aux catégories C, à savoir les activités d’exécution, d’assistance et de secrétariats : faiblement rémunérées, toujours précaires.

Alors comment mettre fin au sexisme de nos municipalités ?

Il s’agit avant tout pour nos élu-es de faire preuve de volontarisme politique, et de réussir à dépasser leurs prénotions. Non, le travail de secrétariat ne se conjugue pas au féminin. Non, les thématiques de l’éducation et de l’enfance ne sont pas réservées à des élu-es et des personnels féminins.

En clair : il n’y a pas de sexe plus adapté à une activité ou à un domaine d’intervention publique que l’autre.

Un fonctionnement municipal égalitaire :

  • Est paritaire et intègre à égalité femmes et hommes au sein de sa direction.
  • Met en œuvre la répartition des directions et des délégations en fonction des compétences des agents et des élu-es.
  • Est capable de réflexivité en interrogeant en permanence ses pratiques via un observatoire de l’égalité femme – homme : sur les choix de mises en responsabilités ponctuelles, sur les interventions en réunions, sur les fonds alloués aux politiques publiques, etc.
  • Intègre la problématique de l’égalité femme – homme aux formations organisées en interne afin de sensibiliser l’ensemble des agents (tant pour le travail de bureau que pour le travail de terrain).
  • Est conscient de la violence symbolique que vivent les femmes au quotidien, et lutte contre les inhibitions qui en découlent.
  • Est exigeant vis-à-vis de ses partenaires en requérant de leur part de favoriser les actions d’égalité réelle.
  • Promeut l’émancipation des contraintes genrées qui pèsent sur les agents de la fonction publique par un mode de management adéquat.

Alors, Monsieur Moudenc, à quoi ressemble votre alphabet de l’égalité femme-homme ?

 

Prostitution site casanova

La droite et la prostitution à Toulouse : 38 € le tour de passe-passe

Décidément, la droite toulousaine a sa manière bien à elle de traiter les problèmes. Après la chasse au SDF, c’est aux prostituées que la mairie s’en prend. Pour quelle raison ? Parce qu’elles se voient trop…
Réduire la prostitution à un problème de voisinage, l’UMP nous avait déjà fait le coup pendant la campagne municipale. Tout à sa volonté de « nettoyer » la ville, le nouveau maire est passé à l’acte, et de quelle façon !

Un arrêté grossier et dangereux

Photo Fabrice Valéry France3 Midi-Pyrénées
Photo Fabrice Valéry France3 Midi-Pyrénées

Le 7 Juillet dernier, Jean-Luc Moudenc a donc signé un arrêté interdisant la prostitution dans certains quartiers, notamment les Ponts-Jumeaux, Matabiau et les Minimes. Pourquoi certains ? Parce que trop proches du centre-ville, et trop passants. Une insulte à l’image de marque que la droite réactionnaire voudrait donner à la ville peut-être.

Le Maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a donc eu la brillante idée de… verbaliser les prostituées. Sauf que voilà, la prostitution n’est pas un loisir et ne se traite pas comme des automobilistes mal garés. Ce n’est pas un choix délibéré mais un système qui enferme des personnes, notamment des femmes, dans une violence quotidienne. Une grande majorité des prostituées, à Toulouse comme dans le reste du pays, sont issues d’un système de traite esclavagiste.

Cette mesure rend surtout service aux impératifs de discrétion des clients. Car rappelons-le, il y a des clients, que nul ne force à venir. La droite est ainsi dans sa belle tradition du voile d’ignorance sur la réalité des rapports humains en société.

Sur l’exemple de Lyon, le résultat recherché de l’arrêté est « l’effet splash » (c’est mignon n’est-ce pas ?) consistant à « éparpiller » le phénomène. En d’autres termes, isoler les prostituées en périphérie, sans se préoccuper du danger que cela peut représenter pour elles. Les verbalisations ont donc commencé  début Juillet, mais sans l’effet attendu. Hé oui, les prostituées préfèrent payer l’amende pour racolage (38€) plutôt que de changer de lieu. Le génie de M. Moudenc a donc consisté à transformer la ville en grande institution proxénète, prélevant une taxe chaque soir, comme on paye un emplacement dans un marché.

Mais alors, que faire ?

Le fond du problème, c’est que la municipalité ne se soucie pas du sort des prostituées. Ce qui l’intéresse, ce sont les voix de riverains qui se plaignent du phénomène. Une attitude bien connue, contre laquelle luttent de nombreuses institutions comme l’ONU. Dans la convention de 1949, ratifiée par la France, l’ONU suggère avant tout d’analyser les causes du système prostitutionnel, et de combattre le proxénétisme plutôt que de pénaliser le racolage.

Dans la même idée, ne vaudrait-il pas mieux aider les personnes prostituées à s’extraire de ce milieu en leur permettant l’accès à un logement, à des formations, des aides sociales voire des papiers quand c’est nécessaire ?

Plutôt que de cacher un problème, le rôle d’une collectivité est de le résoudre. Une équation que la droite a vraiment du mal à intégrer…