Archives pour la catégorie Transports – Environnement

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Liaison Multimodale Sud-Est : ça tousse dans tous les sens

Comprendre et s’approprier les espaces urbains Toulousains

Toulouse,comme toute ville millénaire,est constituée d’un tissu urbain marqué par des interventions et des aménagements successifs qui laissent traces , marques , cicatrices, blessures ou plaies urbaines en fonction de leur nature et de leur ancienneté .

Ces juxtapositions ou ces empilements cicatriciels participent à la constitution de la ville entre espaces publics et lieux privés .

Même si ces traces sont visibles, elles n’en sont pas pour autant compréhensibles au premier coup d’œil tant elles sont le résultat de tractations, de décisions et de mises en œuvre souvent complexes rarement connues et jamais réellement partagées .

Nous traversons tous les jours des espaces ou des bâtiments publics : généralement sans les voir vraiment, mais en les subissant et en les critiquant,bien rarement en les comprenant.

Casa Nova publie une série qui présente des lieux et des espaces publics fréquentés de Toulouse, en expliquant :

  • ce qu’ils étaient
  • quel est leur rôle dans la ville ,
  • pourquoi ils sont ainsi aujourd’hui,
  • comment ils auraient pu être
  • ce qu’ils peuvent devenir.

Décoder pour aider à la compréhension … dépasser le viscéral et l’émotionnel de nos comportements .

Partager du raisonnement et de l’intelligence collective pour mieux faire face aux crispations que génèrent les aménagements urbains qui jalonnent notre quotidien.

Ainsi posons nous des bases de la co-conception des espaces publics à venir, par l’analyse raisonnée de réalisations récentes .

Aujourd’hui notre troisième article pour cette rubrique :

Liaison Multimodale Sud-Est : ça tousse dans tous les sens

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nouvelle gouvernance tisseo

Gouvernement des transports toulousains : remettons la question à l’ordre du jour

Pendant que l’on nous promène de portrait en portrait de candidat-e, les vrais sujets des Départementales, nous n’en entendons pas parler. Pourquoi ? Parce que la plupart des candidat-es ne s’en préoccupent pas, structurellement : ce n’est pas comme cela qu’elles et ils ont obtenu l’investiture, mais en fonction de considérations internes, de jeux d’acteurs. Le sérieux, c’est laissé à l’exécutif qui sera élu ensuite, sans qu’on vous demande votre avis (élection par l’assemblée). Donc vous ne saurez pas ce qu’on veut pour vous. Dommage. Parmi les enjeux cruciaux, il y a la mobilité. Elle dépend d’une entité politique mutualisée : Tisséo-SMTC sur une partie très importante du département, qui concentre le gros de sa population, mais aussi des déplacements.  Le gouvernement de cette entité est une question politique primordiale, car des rapports de force en son sein dépendent des arbitrages énormes (une ligne de métro coûte plus d’un milliard d’euros…). Nous en avons parlé dans notre plateforme cantonale sans candidat-e, et nous revenons ici plus précisément sur ce sujet primordial dans nos vies quotidiennes.

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Métro épisode III : le piège démagogique se referme sur nos poumons

Le 4 Février a eu lieu le Conseil syndical du Syndicat Mixte des Transports en Commun (SMTC) – Tisséo. Au menu, la révision du Plan de Déplacement Urbain (PDU) de 2012. Une révision qui tient en quelques mots pour l’actuelle majorité : la 3ème ligne de métro…

Pour les autres projets de transport en commun sur notre agglomération vous repasserez.

Cette stratégie d’une troisième ligne concentrant tous les efforts et repoussant au lointain toute amélioration, est le fruit amer d’une campagne politicienne, dont le Maire est absurdément tenu de respecter maintenant la logique. Elle nous conduit pourtant à l’impasse économique, environnementale, et tout droit dans les engorgements.

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La ligne Tram Garonne : ou comment une bonne idée est dénaturée par sa mise en oeuvre

Comprendre et s’approprier les espaces urbains Toulousains

Toulouse,comme toute ville millénaire,est constituée d’un tissu urbain marqué par des interventions et des aménagements successifs qui laissent traces , marques , cicatrices, blessures ou plaies urbaines en fonction de leur nature et de leur ancienneté .

Ces juxtapositions ou ces empilements cicatriciels participent à la constitution de la ville entre espaces publics et lieux privés .

Même si ces traces sont visibles, elles n’en sont pas pour autant compréhensibles au premier coup d’œil tant elles sont le résultat de tractations, de décisions et de mises en œuvre souvent complexes  rarement connues et jamais réellement partagées .

Nous traversons tous les jours des espaces ou des bâtiments publics : généralement sans les voir vraiment, mais en les subissant et en les critiquant,bien rarement en les comprenant.

Casa Nova publie une série qui présente des lieux et des espaces publics fréquentés de Toulouse, en expliquant :

  • ce qu’ils étaient
  • quel est leur rôle dans la ville ,
  • pourquoi ils sont ainsi aujourd’hui,
  • comment ils auraient pu être
  • ce qu’ils peuvent devenir.

Décoder pour aider à la compréhension …  dépasser le viscéral et l’émotionnel de nos  comportements .

Partager du raisonnement et de l’intelligence collective pour mieux faire face aux crispations que génèrent les aménagements urbains qui jalonnent notre quotidien.

Ainsi posons nous des bases de la co-conception des espaces publics à venir, par l’analyse raisonnée de réalisations récentes .

 

Aujourd’hui : La ligne Tram Garonne : ou comment une bonne idée est dénaturée par sa mise en oeuvre .

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moudenc tram

Moudenc à Montpellier : mais qu’est-ce qui se Tram ?

Vérité en deça du seuil de Naurouze, erreur au-delà ?

Une fois n’est pas coutume nous allons vous parler de la ville de Montpellier. En effet, Lundi 22 janvier avait lieu l’inauguration d’une ligne de tramway comme l’indique la page facebook du Maire de Montpellier et Président de Montpellier Méditerranée Métropole, Philippe Saurel.

Pourquoi vous parler de cette inauguration ? Casa Nova Toulouse Métropole deviendrait-il/elle Casa Nova Montpellier Méditerranée Métropole ? Pas du tout. Ce qui attire notre attention dans cette inauguration c’est la présence de Jean-Luc Moudenc.

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TGV Crédit Photo Jeremy Bouey

Ligne à Grande Vitesse : une année zéro s’impose

Le 8 décembre l’Enquête d’utilité publique sur la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse s’est clôturée. Cette nouvelle infrastructure est aussi farouchement défendue par l’actuel maire de Toulouse, Monsieur Jean-Luc Moudenc, qu’elle l’était par son prédécesseur Monsieur Pierre Cohen.
Casa Nova émet plusieurs réserves sur ce projet qui tend à devenir une Arlésienne, notamment en regardant avec attention les modalités de financement.

Nous sommes tous et toutes favorables à une diminution du temps de trajet entre Paris et Toulouse pour permettre de réduire la part de l’avion dans ce type de déplacement. De plus, il semble fondamental de procéder à des aménagements ferroviaires au Nord de Toulouse et dans la gare Matabiau pour faire face à l’augmentation du nombre de passagers dans les TER dans les années à venir, LGV ou non.
Pour autant, nous pouvons nous interroger sur le choix entre une nouvelle infrastructure (la LGV) et une rénovation de la ligne TGV existante couplée à une rénovation de la ligne POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse). Pourquoi des interrogations ?
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Parkings des Anges (rien ne les dérange)

Monsieur Sans-Gêne est de retour. En la personne de Pierre Trautmann, maire adjoint en charge des marchés publics, et ancien grand chambellan des gestions de droite toulousaines. Voici qu’il joue les pourfendeurs du grand capital, dans le cas présent le groupe Vinci, contre lequel il aurait mené un combat de haute lutte sur la tarification des parkings. Il a, en effet, « confié » avec un certain cynisme à un journaliste de La Dépêche que «la négociation a été rude mais très correcte».  C’est le fameux tour de magie P.P.P., le passe-passe parkingsContinue la lecture

Privatisation aéroport Toulouse Blagnac

Qui veut gagner des n’avions ?

Ou comment le projet de privatisation de l’aéroport de Blagnac révèle les impasses du capitalisme sur un territoire.

Pour justifier la privatisation de l’aéroport Toulouse-Blagnac, la première raison avancée est économique : cela rapportera immédiatement 150 millions d’euros au budget de l’État, de quoi permettre de rembourser un peu plus les banquiers pour combler leurs dettes de jeu. Une analyse à courte vue qui fait fi de l’intérêt général car pourquoi céder des parts dans un aéroport rentable et en offrir la gestion à une entreprise privée ?

Un aéroport est-il un service public ?

S’il est difficile de répondre à cette question, ce qui est certain c’est qu’un aéroport est un élément clé pour le développement d’une économie locale. La composition des détenteurs du capital est révélatrice de cet enjeu important ; ainsi, le capital de Toulouse-Blagnac était-il détenu jusque-là par l’État, la région Midi-Pyrénées, la Communauté Urbaine de Toulouse, le département et la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie) de Haute-Garonne.

En choisissant l’intérêt pécuniaire à court terme, l’État se comporte comme n’importe quel actionnaire avide. En vendant sa participation, l’État se prive de la possibilité d’influer sur l’avenir et les choix d’organisation d’un secteur essentiel, le transport aérien. Il abandonne purement et simplement l’idée de gestion maitrisée d’un aéroport (n’avez-vous pas remarqué comment le hall de l’aéroport ressemble de plus en plus à une vaste galerie marchande ?).

Il renonce aussi à contrôler la filière et les coûts de fabrication. Car comme pour les autoroutes, ce sont les fournisseurs (Vinci, Eiffage etc) qui souhaitent être les premiers opérateurs des aéroports. Comme cela, ils contrôleront les débouchés de leurs principaux clients et pourront maitriser leur prix, en déjouant les principes de la concurrence non faussée… Au demeurant, notons qu’il existe des techniques qui permettraient à l’État de recevoir immédiatement les fruits futurs de l’exploitation mais en conservant le contrôle de l’aéroport. Apparemment, nos stratèges inspecteurs des finances ne veulent pas en entendre parler, peut-être parce qu’ils préparent déjà leurs futurs atterrissages dans ces entreprises désormais en inceste flagrant avec l’État.

L’intérêt général à la renverse, les intérêts privés au choc frontal

Au-delà de cette appropriation privée des moyens collectifs, la privatisation de l’aéroport de Toulouse souligne une contradiction. En effet, les maitres des forges locaux que sont Airbus et ses filiales ont fait savoir, par la voix de députées socialistes, qu’ils voyaient d’un mauvais œil cette privatisation : Airbus se sert de l’aéroport comme piste de décollage et d’exposition de ses appareils. Pour cela, Airbus bénéficie de conditions financières très intéressantes et craint qu’un opérateur privé cherche à rentabiliser au maximum en lui faisant payer des services obtenus aujourd’hui à vil prix.

Et l’on se retrouve dans la situation paradoxale qui voit les intérêts privés d’un groupe puissant contrecarrer la rapacité de financiers et de promoteurs. Étonnant, non ?

Après le service des eaux, après une grande partie du foncier municipal, après les concessions des parking, la vente « des bijoux de famille » continue à tous les étages.

« Sans JJ Laffont et Jean Tirole, il aurait été difficile de légitimer la privatisation des grands services publics français » (Jean Gadrey)

Alors, que vaut vraiment le prix d’une banque, fut-il celui de la banque centrale de Suède, si nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question politique essentielle : voulons-nous vivre tel un gibier effrayé, dans un Jurassik Park de multinationales ou dans un monde soumis à des critères démocratiques ?

Casa Nova trouve déplorable que les élu-es ne s’érigent en l’espèce qu’en défenseur-es des intérêts partiels des uns ou des autres et refusent de poser cette question, à défaut de pouvoir la trancher.

 

Rocade land Toulouse, enfumage garanti par Moudenc et Lattes

RocadeLand Toulouse, enfumage garanti

En six mois à peine, la droite toulousaine aura concédé l’inanité complète de son programme démagogique du printemps 2014, dispersé à tous vents (on entend même parler de hausse d’impôts ! Le comble pour des maniaques de la traque à la dépense collective).

Mais il faut bien donner le change et amuser la galerie. Alors on lance des idées « en l’air ». Cela ressemblerait à de l’amateurisme, mais connaissant les concernés on songe plutôt à du cynisme. A moins que ce ne soit un hybride. Possible.

Comme il est de bon sens de constater au pied du mur ce qu’ils niaient pendant la campagne :

-que la troisième ligne de métro, si elle est faisable, ne sera pas là avant que la première ne soit rongée par l’érosion….

-que la « deuxième rocade » est simplement impossible à édifier, et ne servirait à rien s’il s’agissait d’un contournement : personne ne veut contourner Toulouse, au contraire, les personnes qui se déplacent en voiture faute de mieux, veulent y venir.

Messieurs Moudenc et Lattes, les têtes pensantes de cette fine équipe, réfléchissent à peupler le ciel de voitures. Ainsi faudrait-il, disent-ils désormais, doubler la rocade en hauteur. Saturer notre ciel, non seulement de gaz carbonique, mais carrément de véhicules.

Au risque de décevoir les fans des films d’action de Bruce Willis où l’on saute d’une route à l’autre, cette idée est ringarde, dangereuse, et encore une fois opiomane, car elle ne verra pas le jour.

Le catholicisme, disons cela sans offusquer les croyances, a beaucoup influencé on le sait les dirigeants de la droite au capitole. Ils en ont retenu une notion phare : promettre le royaume dans un autre monde, lointain, où les derniers seront les premiers…

Le problème de cette promesse quand elle est transposée en politique (pour la foi, ce n’est pas notre souci, chacun ses croyances), c’est qu’on n’en voit jamais la première lueur. Automobilistes stressés, dans le monde post apocalyptique de Messieurs Moudenc et Lattes, vous serez justifiés, et tout sera enfin fluide…

Le souci est que ces consolations spirituelles ne mènent à rien ici-bas.

En premier lieu, ce serait très coûteux et l’État n’honore pas ses engagements déjà souscrits. Il a fallu dix ans pour que le pont qui relie Labège, somme toute modeste au regard d’un doublement de la rocade, même partiel, voie le jour. Avec la contribution de tous, dont le Département, aujourd’hui en difficulté financière. Le dossier de l’élargissement des voies est un serpent de mer qui avance à une vitesse reptilienne.

Ensuite, on sait bien que Monsieur Moudenc n’a jamais été un grand esthète, (souvenons-nous de sa misérable rue alsace lorraine version 1, en toc), mais imaginons un instant le visage de notre ville entourée d’un chainon aérien de voitures… Voulons-nous que notre ville ressemble au « Brazil » de Terry Gillian ?

tout-voiture moudenc toulouse pollutionAvec ces dirigeants, on se croirait dans une fable pompidolienne. Cela rappelle un peu les villes grises, mécanisées, du cinéma pessimiste des années 70, comme par exemple « Buffet froid » de Bertrand Blier.

Évidemment, l’idée que des routes supplémentaires incitent à plus de déplacements automobiles encore, et donc à plus de pollution, avec les dégâts de santé publique grave que nous encourrons, n’effleure pas l’occitaniste Jean-Michel Lattes, qui semble en réalité plus fasciné par la laideur de Los Angeles que par les verts pâturages de « soun Païs ».

Mais pour des raisons purement politiciennes, on a arrêté les programmes en cours : les tramways, le BHNS. La modernisation de nos réseaux, difficile mais réaliste au regard de la triple crise écologique, énergétique et climatique, a été stoppée, parce qu’il fallait surfer sur les exaspérations liées aux conservatismes et aux chantiers pour reprendre le pouvoir, au mépris de tout ce que l’on savait.

Alors nous allons être, nous, perclus d’anxiété dans les embouteillages, gavés d’opiums divers offerts par le Capitole. Aujourd’hui c’est la promesse d’un ciel toulousain traversé de voitures, demain peut-être nous proposera-t-on des catacombes automobiles, qui sait ?

L’essentiel est d’éluder le courage politique, d’éviter de dire aux Toulousains qu’on a changé d’époque, qu’il est temps de s’organiser autrement, de bifurquer :

  • D’imaginer par exemple d’autres temps de la vie urbaine, une concertation approfondie des déplacements.
  • De délaisser sa voiture, ce qui suppose, oui, d’investir collectivement dans le transport collectif moins polluant, moins consommateur, et plus efficace pour gérer les flux massifs.
  • Cela suppose aussi une ville plus dense, et non les palinodies capitulardes de la « densité modérée » égoïste qui sert désormais de dogme passéiste.
  • Cela suppose une politique tarifaire contraire à celle de la droite actuelle, qui incite à la voiture plutôt qu’au déplacement collectif.

Le courage politique c’est affronter le réel, et non espérer la fuite dans les airs.

 

 

 

- "Quoi ? Moudenc augmente les tarifs Tisséo ?"
- "Hé ben ! La gratuité, c'est pas pour maintenant !"

Casa et Nova débattent de la gratuité des transports en commun toulousains

Le thème de la gratuité des transports en commun divise depuis plusieurs années la « gauche » toulousaine. Contribuant à sa confusion (ou la justifiant, cela dépend du point de vue), en tout cas nuisant à une vraie politisation positive des dernières élections municipales, que toute la gauche a subie.

Pour être audible la gauche ne peut pas en rester à un flou, opposant de manière statique et simpliste les partisans de « la saine gestion », des « généreux ». Ce débat noble n’oppose pas des acharnés du goudron à des fanatiques du transport en commun. Il mérite mieux et requiert que l’on tente de le surmonter autrement qu’en se lançant des adjectifs (« conservateur », « ayatollah »)…

C’est ainsi que CasaNova ne tranchera pas aujourd’hui. Il donnera plutôt libre cours à un débat en son sein, entre « Casa » et « Nova »… sous l’arbitrage d’un imaginaire citoyen toulousain.

A chacun de s’en emparer !

Le citoyen toulousain : « Bonjour Casa et Nova, cette affaire de gratuité des transports n’est-elle pas pure utopie ? »

CASA : Ce n’est pas une utopie, car ça existe ailleurs, pas si loin. En plus d’Aubagne et de Châteauroux qui sont le plus souvent citées, 23 réseaux de transports urbains (sur 290) ont fait le choix de la gratuité totale pour les usagers. Parmi eux nous retrouvons sept communes de plus de 40 000 habitants dont Castres pour notre région. Plutôt que de discréditer une idée en brandissant un adjectif comme « utopique », examinons le bilan positif de ces expériences ! Pourquoi ce qui marche ailleurs ne serait pas envisageable ici ?

NOVA : les exemples cités par CASA sont réels, mais concernent des villes compactes, des espaces communaux, où l’égalité d’accès est possible dès à présent. Ce ne sont pas des agglomérations complexes.

La question se pose de manière très différente sur le territoire immense de Tisséo, qui compte des dizaines de communes, très hétérogènes en ce qui concerne la possibilité d’utiliser un transport en commun. La gratuité n’a de sens que si elle est égalitaire, et pas si elle soulève de nouvelles inégalités. Ca ne peut pas encore être le cas sur notre territoire, beaucoup étant privés de l’usage même d’une ligne qui vaille d’être empruntée. J’engage CASA à examiner les rapports sociaux réels sur lesquels débouchent la gratuité, en particulier quand on sait que les couches populaires sont chassées des centre villes pour l’habitat, mais viennent travailler en ville tous les jours.

Le citoyen toulousain : « les partisans de la gratuité disent que ce serait en réalité une mesure de bonne gestion de l’argent public »

CASA : La gratuité des transports en communs présente de nombreux avantages. Les communes qui l’ont instaurée ont vu la fréquentation des réseaux monter en flèche et ont ainsi dégagé des recettes nouvelles. Ainsi à Aubagne elle a été mise en place en mai 2009. Fin 2011 le nombre d’usagers a progressé de 146%. Sur les 6 premiers mois la fréquentation a fait un bon de 70%. A Châteauroux on relève une hausse de 208% de la fréquentation au bout de 10 ans de mise en place. A Vitré (mise en place en 2001) la fréquentation est passée de 47000 à 120000 voyages par an. De plus on oublie souvent les économies de gestion que la gratuité permet, car faire payer et contrôler ça coute très cher.

Il y a aussi une question de principe : se déplacer est devenu un droit, puisque sans déplacement aucune vie économique n’est désormais envisageable, ni participation à la vie de la cité. Le service public de transport mérite ainsi la gratuité.

NOVA : encore faut-il qu’il soit possible de prendre une ligne, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup qui devraient subir trois changement et un parcours deux fois plus long qu’en voiture s’ils utilisaient le transport en commun. La gratuité ne peut augmenter la fréquentation que si le transport est performant et bien structuré : ce n’est pas du tout le cas dans l’agglomération toulousaine; où le contraste est frappant entre le centre toulousain bénéficiant de la croix du métro, et les faubourgs et périphéries. Ce n’est pas le tarif qui est un obstacle pour beaucoup, c’est surtout le fait que la voiture soit beaucoup plus pratique pour eux. Le tarif n’y change rien. Si je dois mettre deux heures plutôt qu’une pour aller au travail, la gratuité ne me poussera pas à consacrer deux heures à mon déplacement quotidien. Je resterai dans ma voiture.

Par ailleurs, beaucoup de lignes ne souffrent absolument pas de problème de fréquentation, bien au contraire. Ainsi va-t-on élargir les quais du métro, victime de son succès. Le problème ce n’est pas l’engouement, c’est la qualité et la quantité de l’offre, insuffisantes pour faire reculer l’usage automobile.

Le citoyen toulousain : « Cette gratuité n’est-elle pas simplement une carotte financière pour les électeurs ? »

CASA : Ce serait une mesure de justice sociale. Les expériences de gratuité ont capté de nouveaux usagers et des passagers à faible revenus. A Châteauroux, 1 nouveau passager sur 10 n’utilisait pas les TC en raison prix du billet. On a noté une hausse du nombre de bénéficiaires CMU parmi les usagers.
La gauche doit être attentive au pouvoir d’achat, et en même temps orienter les ressources vers un modèle de développement alternatif, affrontant la double crise du climat et de l’énergie.
NOVA mésestime les barrières tarifaires : si pour un individu seul l’arbitrage est peut-être peu stratégique, il l’est pour une famille, qui a souvent avantage à prendre la voiture.

NOVA : c’est oublier que notre réseau local bénéficie déja de fortes niches de gratuité : personnes âgées toulousaines, scolaires, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux. La question de l’exclusion par le transport a tout de même reculé sur notre territoire, c’est un fait. Par l’action des collectivités.

Je trouverais pour ma part injuste de faire payer des impôts plus forts à des citoyens qui n’ont pas accès au réseau de manière probante, pour alléger la facture de ceux qui ont une bonne desserte. L’exemple type est la future liaison tramway vers l’aéroport. Serait-il juste de faire financer la gratuité de transport d’un haut cadre qui va à Paris tous les jours, par un employé qui n’a pas accès au métro dans son quotidien ? Je ne le crois pas. Ce serait une redistribution à l’envers.

CASA : Je souhaite préciser que sur le plan du financement, les collectivités avant d’envisager une hausse d’impôts peuvent utiliser la contribution « versement transport » pour compenser la disparition des recettes de billetterie. C’est une solution qui a été utilisée sur le territoire de l’agglomération d’Aubagne.

Précisons que le versement transport est plafonné à 0,6% de la masse salariale pour les agglomérations de moins de 100 000 habitants ; à 1,05% jusqu’à 400 000 habitants ; à 1,8% au-delà, et à 2,6% pour Paris et les Hauts-de-Seine. Les collectivités disposant en outre de transports collectifs en site propre (tramway, métro, tram-train, etc.) peuvent appliquer un taux de 1,8%.

Le citoyen toulousain : « Est-ce vraiment le moyen de nous conduire à laisser la voiture au garage ? »

CASA : les faits sont là. A Aubagne, 35% des usagers des TC viennent d’un report modal. Sur le territoire d’Aubagne, les liaisons entre zone rurale et zone urbaine ont augmenté, par le biais du transport en commun. Une étude indique que l’instauration de la gratuité a permis de réduire de 63% les déplacements polluants, que ce soit pour se rendre à son travail, ou pour les loisirs.

Cependant je ne voudrais pas laisser NOVA caricaturer la position des pro-gratuité : la mise en place de la gratuité ne peut être une politique en soi mais bien un outil parmi d’autres dont l’objectif est de développer les réseaux de TC et permettre à tous et toutes de les utiliser. Ainsi, les infrastructures doivent suivre. L’urbanisme doit être pensé également pour favoriser les TC et modes doux au détriment de la voiture individuelle. A Aubagne, 15% de bus supplémentaires ont été mis en place sur le réseau.
Les pro-gratuité sont conscients des difficultés des couches sociales périurbaines, eux aussi. Ce ne sont pas des « bobos » égoïstes de l’hypercentre comme on voudrait le laisser croire.

NOVA : Je n’utilise jamais le terme de « bobo », qui est une entourloupe pour créer des fractures culturelles entre ceux qui auraient intérêt à s’allier contre les « Bo-cons »…

Ce qui est gênant, ce n’est pas le principe de la gratuité – qui serait contre une bonne nouvelle ? -, c’est son inactualité. En effet, la gratuité maintenant ce serait priver Tisséo de dizaines de millions d’euros par an, nuisant à la capacité d’investissement déjà grevée par un très fort endettement imputable à la gestion passée de Monsieur Moudenc, mais aussi il faut le dire, à l’incapacité pour la gauche à faire revenir le Conseil Général dans le financement du fonctionnement après 2008. Ainsi la gratuité ne ferait que ralentir l’universalité, l’accès à tous les habitants du territoire à une vraie alternative à la voiture, par l’émergence de lignes capables de tenir la dragée haute face à la voiture.

La vraie inégalité, ce n’est pas le tarif aujourd’hui. Et d’ailleurs si le transport en commun est si stratégique pour notre avenir, il est normal d’y mettre le prix quand on a la chance d’avoir accès au réseau. La vraie inégalité c’est la desserte. Les partisans de la gratuité demandent une augmentation du versement transport des entreprises. Car ils savent que l’impôt local a des bases injustes, et qu’il crée des effets de distorsion insupportables quand il augmente trop. Mais il reste que même financée par le VT, la gratuité ralentirait considérablement l’investissement. Elle nous priverait, en gros, de l’équivalent d’une ligne de tramway sur dix ans. Soit un immense enjeu.

Le citoyen toulousain : « Mais peut-on respecter un service gratuit ? »

NOVA : c’est un des problèmes oui. Là il faut faire un peu de théorie. La conception dominante de la valeur dans la société de marché, c’est la valeur d’échange. Le prix. Donc la gratuité en effet, dans ce cadre de pensée, signifie que le service n’a aucune valeur, ne représente aucun travail. La gratuité peut ainsi inciter à ce que Marx appelle « le fêtichisme de la marchandise » : oublier que tout cela a un cout, représente des choix, du travail, des sacrifices humains et financiers. Ce fétichisme se traduit ainsi par du vandalisme, la salissure, mais aussi un comportement égoïste, de consommateur, qu’on vient renforcer. Alors ne nous étonnons pas quand on râle devant les travaux du tramway, puisque déjà tout semble s’obtenir sans contrainte, et seul l’intérêt privé de consommation à un sens. Un service qui a du sens peut-il être considéré sans valeur ? Le fait est que la valeur d’échange, monétaire, est de loin la valeur écrasante aujourd’hui.

CASA : il est certain que la gratuité va de pair avec l’implication des citoyens dans leur ville, sinon on flatte les pulsions consuméristes comme le dit CASA. On doit ainsi réfléchir à ce qui permet d’évoluer d’un service bureaucratique, technique et froid, à un véritable « commun » partagé. Aujourd’hui, rien n’est fait en ce sens, excepté la concertation sur le PDU ou des discussions locales, mais justement toujours un peu étroites (le BHNS). Comment faire en sorte que chacun s’empare du niveau de l’intérêt général ? C’est une question qui dépasse largement les transports. C’est trouver une voie entre l’égoïsme mercantile et la bureaucratie qui rend les gens passifs et les enferme sur eux-mêmes. On ne peut pas en rester à donner des strapontins à une ou deux associations dans un groupe consultatif. On doit inventer une nouvelle manière de concevoir la gestion des services publics.

Le citoyen toulousain : « Un dernier argument ? »

CASA : symboliquement, la gratuité serait un pas décisif pour mobiliser la population vers un nouveau mode de développement, qui engage la survie de la planète. Nous avons besoin de déclencher un changement d’optique, une prise de conscience véritable. C’est aux politiques de donner l’exemple. La gratuité des transports en commun participe d’une bifurcation générale : la transition écologique. On doit dire aux gens la vérité : demain, l’automobile individuelle polluante, ce sera impossible, aussi bien écologiquement que pratiquement à cause des embouteillages. La gratuité des transports préfigure cet avenir.

NOVA : la revendication de la gratuité maintenant, avant qu’on ait réussi à développer le réseau (nous aurions besoin d’un RER régional moderne), c’est un bon exemple des soucis de la gauche française. Elle a oublié le conseil de Jaurès demandant que l’on « parte du réel pour aller à l’idéal ». Notre réel c’est la situation matérielle sur le terrain, et le monopole d’usage des lignes par la population, souvent relativement aisée (ou bénéficiant de la gratuité sociale) du cœur toulousain. Les classes populaires et moyennes excentrées par le prix du logement sont aujourd’hui condamnées à l’automobile. La justice sociale, c’est investir pour leur desserte. On ne doit pas poser la justice de manière abstraite, vaguement idéologique, mais à partir des conditions de vie des gens sur un territoire donné. La nappe périurbaine toulousaine n’est pas une commune comme Aubagne. La politique, c’est la cité, pas les idées en général.

Le citoyen toulousain : « Finalement, vous n’êtes pas tellement différents ? Ce sont les rythmes qui vous séparent. Vous pourriez faire synthèse ? »

NOVA : ce n’est pas impossible.

CASA : c’est possible.