Archives pour la catégorie Urbanisme – Politique de la Ville

La densité modérée selon jean-Luc Moudenc, une illusion d'urbanisme pour Toulouse

Petite densité modérée entre amis

Les chercheurs en sciences sociales nous ont appris que les « effets sociaux d’une illusion ne sont jamais illusoires… »

Avec ce concept « attrape tout » nommé « densité modérée » et créé par Monsieur Moudenc pendant sa campagne électorale, c’est bien une illusion qui a été vendue aux Toulousain-es… une illusion dont les effets sociaux sur la vie dans les quartiers et les communes de notre métropole ne seront certainement pas illusoires.

Afin de produire ce papier avec l’exigence intellectuelle qui guide l’ensemble de nos travaux au sein de Casa Nova, nous avons tenté de découvrir ce que signifiait « densité modérée » pour les nouveaux maîtres du Capitole. Franck Biasotto affirme dans la « La Dépêche du Midi » datée du 10 avril 2014 que la densité modérée est

« un urbanisme modéré notamment à côté des zones pavillonnaires ; on regardera attentivement les hauteurs d’immeubles projetés sur les quartiers, avec aussi le respect de l’identité toulousaine, un retour à la brique rouge… »

En d’autres termes, Monsieur Moudenc et ses colistiers ont vendu une illusion aux Toulousain-es (et notamment aux propriétaires de pavillons en briques rouges!) selon laquelle notre métropole pourra continuer à accueillir entre 15 000 et 20 000 nouveaux habitants par an en freinant la construction d’immeubles et la production de logements sociaux. Une telle approche s’apparente tout simplement à une escroquerie électorale. C’est bien dans le cadre de cette illusion, fondée sur des promesses électorales empreintes de clientélisme, que la nouvelle équipe municipale souhaite revenir sur de nombreux projets urbains tels que Croix-de-Pierre, Bordeblanche ou encore Montaudran.

Selon nous, cette vision de l’urbanisme portée par Messieurs Moudenc et Biasotto, articulée autour d’engagements démagogiques contractés avec les propriétaires de « pavillons en briques rouges » est loin d’être la hauteur des défis auxquels notre métropole doit faire face.

En effet, un objectif fait désormais consensus pour les urbanistes, celui de la densité qualitative qui permet d’allier la mixité et la mutualisation des espaces. Aujourd’hui, dans les opérations d’aménagement portés par des élu-es sérieux-ses et responsables, il n’est plus question de séparer les secteurs dévolus aux logements sociaux et d’autres secteurs qui accueilleraient des logements en accession à la propriété. Ainsi, comme le met fort bien en avant l’urbaniste toulousaine Marie-Christine Jaillet, l’objectif de mixité change les caractéristiques mêmes de la densité : elle n’est plus seulement quantitative, mais qualitative et doit permettre d’amplifier les relations sociales.

Certes, il n’est pas simple pour des élu-es de mettre en débat des thèmes tels que la densification et le développement de l’offre de logements sociaux avec les riverains des quartiers des grandes villes. Il faut pour cela des élu-es de quartiers identifié-es, légitimé-es par la population et parfaitement formé-es à de tels enjeux… C’est peut-être ce qui a manqué à l’équipe de Pierre Cohen dans certains secteurs de la ville. Toutefois, rien ne justifie aujourd’hui cette régression portée par Monsieur Biasotto et fondée sur des postures défendues par des propriétaires de pavillons en briques rouges.

De plus, cette illusion de la « densité modérée » aura pour effet de déplacer la gestion de l’accueil des nouveaux arrivants vers les communes périphériques de la métropole, dans les « nappes péri-urbaines » et de générer une demande de transports en commun à travers des outils tels que le BHNS. Or nous savons que Monsieur Moudenc a notamment été élu avec le soutien des opposants au BHNS !

Nous pouvons constater que cette analyse de la « vision urbanistique » de Monsieur Moudenc met en lumière les limites de sa démarche politique : les promesses faites aux propriétaires de pavillons en briques rouges viennent contredire celles consenties aux opposants au BHNS.

Une telle approche de l’action publique ne résistera pas, selon nous, à l’épreuve du pouvoir : les effets sociaux de ces illusions vendues aux toulousains ne seront pas illusoires…

Projet Maison de l'image à Toulouse

Maison de l’image, miroir social

La nouvelle municipalité a annoncé l’arrêt du projet de la Maison de l’image.

On pourrait limiter l’analyse de retrait à un manque d’ambition culturelle de la droite, à un simple problème budgétaire, ou à toute  autre explication simpliste. Ce n’est pas ici notre propos.

Pour expliquer cet échec, il est en effet nécessaire de mettre les pieds dans le plat, tant les causes sont multiples et soulèvent de nombreuses questions, sur la conception de la ville, des quartiers populaires, de l’égalité républicaine, du communautarisme, de l’intégration

Ce projet s’est heurté aux non-dits, il s’est brisé contre une barrière de verre qui semble encadrer ce quartier.

La barrière de verre

Le dernier rapport sur la rénovation urbaine à Toulouse indiquait que 60% des jeunes qui s’inscrivent à la mission locale de la Reynerie ne souhaitent travailler que dans le grand Mirail, pas ailleurs à Toulouse, juste dans le grand Mirail.

Ce chiffre est effrayant tant il révèle cette muraille de verre. Le Mirail, ce n’est pas la grande banlieue parisienne où l’on comprendrait une mobilité professionnelle limitée à la ville.  Le Mirail, c’est un quartier de Toulouse, bien desservi par les transports en commun. C’est la preuve d’un quartier qui se replie sur lui-même.

La gauche n’a pas suffisamment pris en compte les effets de cette barrière symbolique. Elle a fonctionné à double sens. « Puisque nous avons une barrière devant nous, à l’intérieur de celle-ci faites ce que nous voulons » !

Un bon objectif

La Maison de l’image répondait pourtant à un bon objectif. Contrairement à la vision classique de l’intégration urbaine qui consiste à permettre à tout le monde d’aller au centre ville, l’ancienne municipalité a voulu construire un équipement public incitant l’ensemble des Toulousain-es à se rendre à la Reynerie.  A l’instar de la médiathèque « grand M » cette volonté politique était bonne et méritait d’être encouragée.

Malheureusement, ce projet, comme beaucoup d’autres, a été mal expliqué, mal théorisé ; nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui n’ont pas compris l’intérêt de cet équipement.

Force est de constater que malgré les nombreuses heures de concertation avec les habitant-es, ce projet n’a pas suscité l’adhésion dans le quartier. Est-ce que ce projet devait recevoir cette adhésion pour porter ses fruits ? Est-ce que le Grand Projet de Ville était suffisamment visible pour permettre cette adhésion ? Ces questions restent ouvertes.

En tout état de cause, la logique intégrationniste de la gauche (« vous devez avoir les mêmes droits que les autres ») s’est heurtée à une logique d’entre soi (« ici c’est chez nous »).

Maison de quartier contre maison de l’image ou quand la droite s’appuie sur l’entre soi et renforce la barrière de verre

Maison de quartier ? Maison de l’image ? Ces deux propositions ne semblent pas contradictoires, et pourtant une partie du débat a tourné autour de ce choix.

La maison de quartier est une revendication portée par une partie des habitant-es de longue date. Elle a en effet l’avantage d’être un équipement public bénéficiant directement aux habitant-es du Mirail mais à eux seuls, là où la Maison de l’image aurait été un équipement pour tous les Toulousain-es.

La droite a mieux analysé la situation que la gauche. Elle a constaté l’existence de cette barrière, et forte de sa logique conservatrice, elle a cédé sous les hourras des communautaristes. En cédant, elle renforce cette barrière dans les deux sens.

Alors non, il n’y aura pas de Maison de l’image à la Reynerie, pas d’équipement d’envergure. Il y aura peut-être un équipement dans le quartier pour les habitant-es du quartier, chez eux, ce qui, si rien d’autre n’est fait, renforcera cette césure culturelle dans notre ville.

La gauche doit tirer des enseignements de cet échec

Le premier enseignement est symbolique et rhétorique mais il a son importance. La question n’est pas d’intégrer le Mirail à la ville. Le Mirail est dans la ville. On ne lutte pas contre le localisme par l’intégration mais par l’égalité républicaine. Dans les temps qui courent, il faut parfois savoir imposer cette mixité sociale. Sur ce terrain la gauche bien pensante a péché par excès de bons sentiments.

En d’autres termes, la Maison de l’image n’avait pas pour but d’aider le Mirail et ses habitant-es mais simplement d’en faire un quartier comme les autres.

Le deuxième enseignement, c’est qu’il faut se donner les moyens pour que les politiques brisent cette barrière de verre dans les deux sens. On ne peut pas imposer des politiques publiques à des gens qui ont le sentiment de ne pas en bénéficier par ailleurs.

Enfin la gauche doit se mettre au travail pour redéfinir un nouveau contrat social, prenant en compte les différentes populations d’une ville. Contrat social permettant de recréer ce lien qui fait de la ville un tout, partout, pour toutes et tous. 

Dans les semaines et mois qui viennent, Casa Nova aura l’occasion de développer en profondeur des réflexions qui prolongeront cette première analyse, en les chevillant étroitement aux réalisations concrètes à imaginer.