Bilan des 100 jours de Jean-Luc Moudenc au Capitole à Toulouse

Cent jours de malthusianisme démolisseur au Capitole

Depuis Napoléon on aime à penser que cent jours suffisent à secouer des continents. Pour le meilleur et pour le pire. Avec la droite toulousaine, on est du côté du pire. Ces cent jours de retour d’exil de Jean-Luc Moudenc (ou était d’ailleurs son Ile d’Elbe pendant ces six ans ?) sont de très mauvais augure pour Toulouse.

Qu’a t-on vu pendant ces premiers mois ? Rien qui permette d’imaginer comment le Maire-Président veut traiter les grandes questions devant nous : déplacements en péril de trombose, transition énergétique, logement, diversification du modèle économique local, devenir des services à la population. C’est le silence, l’apathie, sur tous ces sujets majeurs. Monsieur Moudenc n’a pas dit un seul mot sur le Grand Projet de Ville par exemple, et les habitant-es des quartiers populaires qui ont été si courtisé-es pendant la campagne sont les parfait-es oublié-es de cette gestion.

Nous avons assisté à une œuvre de chicanerie et à de la démolition principalement, au milieu du gel et du quasi chômage technique pour de nombreux domaines. Ceci au nom d’une vision éculée de la ville, la même qui avait conduit la droite à l’échec en 2008, et qui la reconduira, nous nous risquons à le penser, à l’impasse.

La droite au Capitole est revenue avec trois mots d’ordre en tête :

- un esprit revanchard et patrimonial,
-le malthusianisme conservateur, oublieux de l’avenir
- la recherche de boucs émissaires par des gestes sordides envers les populations les plus en difficulté.

Une collectivité butin de guerre

Pour cette droite amalgamant les anciens grognards rompus à la gestion de petites clientèles et un escadron d’amateurs radicalisés par la lutte contre le mariage pour tous, la défaite de 2008 a été une anomalie, un vol. Le pouvoir censitaire est à eux, aux vraies élites économiques, la gauche était l’usurpatrice. La Mairie c’est son patrimoine, son butin. Son trésor de guerre. La principale occupation des premiers mois a donc été de lancer la chasse aux sorcières, d’abord, d’une manière qui en dit long, en s’en prenant à ses anciens serviteurs qui avaient osé au nom du service public, travailler avec des élus « socialo communistes ». Jusqu’à organiser un grand bal des secrétaires et des cartons d’emballage qui a agité la cour du capitole. Quelle élégance…

De surcroît, le clientélisme a repris partout, et il suffit de tendre l’oreille pour entendre les bénéficiaires qui s’en vantent. Les embauches ont été placées sous la férule du politique, et les services gèrent les « signalements » d’élu-es qui pensent que l’addition des client-es assurent une réélection, comme dans un village.

Dépenser moins… pour dépenser moins, la vision zéro après la dette zéro

Puis Harpagon a pointé le bout de son long nez. On a crié au loup dépensolâtre gauchiste, à la catastrophe budgétaire, ce qui est contredit par tous les faits, Toulouse étant en bonne situation financière au regard de toutes les comparaisons, même si la Mairie ne roule plus sur l’or comme aux temps de la Taxe Professionnelle.

On a raconté cyniquement des âneries en parlant de « déficit », alors même que le déficit est impossible car interdit aux collectivités qui sont mêmes tenues de réaliser des excédents importants pour s’autofinancer… Mais un sou est un sou pour ces gens obsédés par les baisses d’impôts. Ainsi, comble de la gestion petit plateau, la Mairie a sabré les postes de vacataires qui permettent depuis toujours à des jeunes toulousains de travailler l’été pour financer leurs études. Un beau symbole dans une des villes les plus étudiantes de France…

Cette politique de grippe sou est l’erreur fondamentale de cette équipe qui engage un plan d’économies drastique, sauf dans le domaine de l’embauche et de l’équipement massif de la police municipale dont on sait qu’elle a certes un rôle important mais ne peut pas résumer les besoins des habitant-es, et encore moins résoudre des problèmes d’insécurité qui requièrent des actions approfondies d’investigation, comme c’est le cas avec le trafic de drogues. Les annonces de recrutement, faisant de l’armement (en précisant la marque de l’arme à feu) un élément d’attractivité, font frissonner… La sécurité a été confiée à un élu nationaliste autoritaire. On est loin du consensus urbain promis par le Maire.

On peut donc s’attendre à la stagnation et l’érosion des actions partout, pour pouvoir financer une seule priorité : l’embauche de policiers municipaux afin qu’on voit « du bleu » dans les rues. Ce choc psychologique fera t-il reculer l’insécurité réelle ? Rien n’est moins sûr. On peut même penser que non. La Police Municipale n’a jamais désorganisé la délinquance, elle est une mesure purement symbolique pour gérer un sentiment d’insécurité et non une solution contre la délinquance beaucoup plus compliquée à traiter. Devait-on tout sacrifier à ce seul objectif ? l’intérêt général s’y épuise t-il ? Certainement pas.

Finalement, la vraie réalisation de ces cent jours aura été l’embauche d’un Haut fonctionnaire venu d’Alsace, chargé uniquement d’effectuer des économies (sans doute une fois décompté sa propre masse salariale qui doublonne celle du Directeur des Services). Voila la « dynamique » qui est en cours : dépenser moins pour dépenser moins. Personne ne conteste le sérieux d’une gestion bien entendu, mais ériger la réduction des dépenses en objectif primordial et presque unique d’une politique municipale, c’est calamiteux dans une métropole en croissance rapide.

La droite vit sur des souvenirs éculés. Toulouse n’est plus la ville de Dominique Baudis qui stagnait en population et voyait ses écoles se vider car elle chassait les habitant-es dans les nappes périurbaines avec les dégâts urbanistiques que l’on sait et les difficultés dantesques de déplacement qui s’ensuivent.  L’investissement dans le service public n’est pas une anomalie mais un besoin de maintien de la qualité de vie dans une ville dont la population est expansionniste. Le malthusianisme municipal, nous en paierons le prix dans quelques années, lorsque nous mesurerons que rien n’a été fait pour accueillir les nouveaux habitant-es malgré la parlote inflationniste des « maires de quartier ».

Car ou sont les projets annoncés par la droite locale pour organiser la métropole face à ce développement ? Quel projet de transport ? Aucun…. Et le Maire a déjà avoué qu’il avait vu trop gros pendant la campagne (bref qu’il avait raconté des sornettes avec un projet de dite seconde rocade jugé impossible, nocif et inutile il y a des années par tous les acteurs des déplacements). Quelle stratégie pour le logement ? Quels équipements structurants ? Pendant cent jours on a entendu que des annonces de renoncement, tout étant trop cher pour cette équipe, pingre par principe.

La dépense collective, voila l’ennemi. Chacun pour soi. Sauf qu’une vie citadine ne peut pas se concevoir par le chacun pour soi, parce qu’on vit ensemble densément, et qu’il est indispensable de financer de concert des équipements pour permettre notre coexistence.

Oui, l’austérité gouvernementale et européenne conduirait une métropole de gauche à des choix difficiles. Mais c’est précisément dans un contexte de tension que l’on doit peser ce qui est ou pas remis en cause, sur la base d’une réflexion approfondie et publique, concertée, permettant une stratégie de dépenses révisée. La droite pour sa part a recours à la serpe arithmétique, unilatérale, et sans aucune transparence pour la population. Et la dépense massive encourue par les démonstrations viriles de Monsieur Arsac, en fonctionnement, qui plus est s’agissant de créations de dizaines de postes de policiers par an, va priver la mairie de toute marge de manœuvre.

Frapper et isoler les plus vulnérables

Et puis, c’est bien triste et peu honorable, l’hallali a sonné contre les faibles. Celles et ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Bref, la stratégie habituelle de diversion par le stigmate que la droite a toujours utilisée, bien loin du pseudo « humanisme » centriste dont le Maire se réclame. On a économisé quelques milliers d’euros sur les vaccinations de chiens de sans domicile fixe, au mépris de la sécurité sanitaire des toulousains.

On a essayé, récoltant un cinglant vote négatif à la métropole, sanctionnant l’amateurisme des nouveaux édiles et leur égoïsme toulouso-toulousain d’arrière garde, de se délester sur les communes périphériques de la responsabilité légale de créer une aire de grand passage pour les déplacements des populations nomades. Alors que c’est justement l’absence d’une aire qui est la cause des installations sauvages ! On a flatté les pulsions d’ordre en revenant au jardin à la française dans les espaces verts, d’un coup de menton ridicule, ou en luttant contre l’oisiveté sans doute… en raccourcissant Toulouse Plages, dont le succès populaire était incontestable et permettait à des familles ne partant pas en vacances de passer un bel été toulousain.

Cette équipe politique se trompe de ville, se trompe de victoire. Toulouse n’est pas une ville réactionnaire, et si la gauche a connu des difficultés c’est parce que les attentes de développement étaient fortes et l’impatience réelle. Les Toulousain-es voulaient des transports en commun plus vite, et pas qu’on économise en les ralentissant.

Le moins disant de la droite toulousaine est en porte à faux avec la métropolisation toulousaine. Cette politique du frein à main, occupée à donner des signes visqueux à un électorat de droite radicalisée qui a beaucoup œuvré pour le retour de Monsieur Moudenc, ne peut pas réussir. Tôt ou tard ces contradictions s’exprimeront, les promesses individuelles et collectives de la droite ayant été sans précédent au printemps dernier.

Pour Casa Nova, après ces 100 jours de démolition, l’urgence est de donner à comprendre, de contester, d’éclairer les toulousains, et d’imaginer déjà une autre politique pour Toulouse Métropole.