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Démocratie : horizontalité ou barbarie !

Il est plus que temps pour les citoyen-nes qui veulent agir pour éviter la fuite de notre société vers l’abime, de comprendre les impasses dans lesquelles nous évoluons à travers notre représentation du politique.

Ranger à la cave les frères jumeaux de l’avant garde et de la vie de bureau

Deux modèles de pensée infectent les progressistes, deux frères jumeaux qui se sont combattus durement mais avaient de grands points communs : le léninisme et la bureaucratie.

La bureaucratie finissait en chefferie autoritaire, le léninisme en bureaucratie. Ils doivent désormais être mis à la retraite . Tout de suite, il y a urgence ! Cela commence aujourd’hui,  partout en même temps.

Ces deux modèles ont certes connu leurs heures glorieuses, et même transformé le monde, nous leur devons beaucoup, mais ils sont totalement obsolètes dans notre siècle. Nous n’arriverons à rien sans les déconstruire entièrement, pas seulement en disant « démocratie » ou « peuple » sans cesse, mais en transformant immédiatement les manières d’agir ensemble.

Ainsi, partout, d’Istanbul à Rejkavik, les mouvements sociaux qui incarnent l’espoir se tiennent loin de ces deux modèles, et tâtonnent pour en bâtir un nouveau :

L’égalité, au départ, pas à l’arrivée

Ce qui ressort des cycles de luttes depuis l’émergence de l’alter mondialisme jusqu’à l’occupation des places, c’est l’égalité comme condition de départ, l’égalité comme méthode, l’égalité tout de suite.

Et non pas après, une fois que le « programme » sera réalisé.

Ces mouvements sont portés par une jeunesse hautement éduquée, et durement frustrée par les formes d’un vieux monde qui finira par éclater. Ils ne s’en remettront plus ni à des Bonaparte, ni au charisme, ni à des promesses théoriques de lendemains qui chantent.

Il n’est plus possible de penser la politique verticalement. Ni de bas en haut, ni de haut en bas.

Nous entrons dans le temps de l’horizontalité, ou bien de la barbarie.

Il n’est plus possible d’opposer une « offre » à une « demande ».

Il n’est plus admissible de se sentir libre une fois tous les cinq ans ou pendant un congrès.

Il n’est plus acceptable de déléguer l’essentiel. Il n’est plus possible de dire « occupe toi de ce qu’il y a dans ton assiette, et pas de la cuisine ».

Il n’est plus soutenable, dans un monde où les travailleurs cognitifs ont pris le pas sur le travailleur à la chaine, de séparer la conception de l’exécution.

La disparition de la politique résumée comme prise de pouvoir d’État

Si la politique semble désertée, c’est qu’elle s’est séparée du politique, qu’elle a évolué comme une excroissance sur la société.

Cela fonctionnait dans les vieilles sociétés inégalitaires en savoir, ou l’information était rare, où les moyens d’expression étaient monopolisés, où l’État apparaissait comme puissant, et où la politique se confondait avec une activité spécialisée de conquête du pouvoir d’État, sous ses différentes formes.

Mais chacun-e voit aujourd’hui que le pouvoir est transnational, culturel, décentralisé ou déconcentré en même temps, et que l’État Nation est peu de choses sinon une illusion et souvent un fardeau. Chacun-e voit en même temps que le pouvoir se diffuse partout , se confisque, se traduit par des monopoles et des niches, des reproductions habilement justifiées.

Nous sommes à la fois confronté-es à du pouvoir global et anonyme, et à du micro pouvoir puissant.

La technostructure et la science dessinent un immense pouvoir, qui échappe au pouvoir d’État classique mais pas au capital. La conquête des pouvoirs publics alors, n’est qu’une pièce dans un gigantesque puzzle, et ne peut plus absorber la question politique.

La France est le pays qui a été le plus marqué par cette conception révolutionnaire de la politique portée par l’État Nation. Il n’est pas étonnant qu’elle soit le pays occidental le plus secoué par la crise de ce modèle, ce qui aboutit à un Front National omniprésent.

La notion d’ »offre » politique ne pourra plus rallier personne : l’abstention et l’affaiblissement des partis traditionnels n’ont rien de conjoncturels.

Il ne s’agit pas de créer de nouvelles « offres », ce qui ne fonctionne jamais. Car ce qu’ont compris les citoyens du XX eme siècle, c’est cela : ce n’est pas la fin qui compte, mais le chemin. C’est le chemin qui construit la fin. Il n’y a pas de sommet à montrer du doigt. C’est en cheminant qu’on dessine le sommet. Et sans doute il n’existe pas : le meilleur des mondes est une illusion, mais nous pouvons créer un monde meilleur sans doute.

Que faire alors ?

Tout de suite chacun doit commencer à poser les jalons du retour du politique, en quittant « la » politique pour retrouver « le » politique. Chacun peut se lancer dans l’expérience de la démocratie horizontale, expérimentale, ouverte. Chacun peut décider de ne plus subordonner l’individuel, dans ce qu’il a de positif (la liberté), au collectif surplombant.

L’égalité, soulignons le, ce n’est pas l’identité. C’est le droit égal à peser, à compter. Ce n’est pas le refus des différences, qui du coup serait le refus des complémentarités et de la force de l’unité.

Toutes les organisations qui ne prennent pas ce tournant là devront bien un jour, malgré les mélancolies, être désertées, et boycottées.

La première chose à envisager est de se rassembler partout, sur la base d’un projet local ou transversal, d’un mot d’ordre, d’un territoire, d’une idée, autour de cette expérience du politique comme manifestation initiale, directe, de l’égalité.

Subvertir les vieilles institutions

Les institutions classiques : collectivités, États, entreprises, associations, doivent être autant que possible subverties autour de ces principes horizontaux : plus de transparence, plus d’équilibre des pouvoirs, plus de collégialité, moins de conflits d’intérêts, le refus de la personnalisation du pouvoir et de son cumul en nombre et dans le temps, le droit à l’information, le droit à la parole, le droit à évaluer et non à subir l’évaluation brutale de la statistique unilatérale, le découragement de ceux qui voudraient détourner les responsabilités du bien public, de toutes les manières possibles.

Ces institutions doivent changer de nature : évoluer vers le délibératif plutôt que vers le délégué, dont on sait désormais les pièges et la tendance d’airain à nourrir de l’oligarchie. Les outils sont secondaires, on peut tout imaginer. C’est la philosophie d’abord que nous devons clarifier, en nous purgeant des matrices bureaucratique et léniniste.

Les lieux de diffusion du savoir et de la culture doivent être subvertis de la même manière. L’école, l’université, les établissements de production et de diffusion.

La principale arme de la domination dans une société mondialisée du spectacle, c’est la culture. C’est par ce biais qu’on met les peuples sous terreur paralysante et morphine consumériste.

La lutte pour les idées, pour la représentation du monde, doit être la priorité des priorités des progressistes, qui doivent désormais utiliser toutes leurs forces à diffuser la pensée critique redevenue très riche, partout, sous toutes les formes nécessaires. C’est dans les têtes que tout se joue, lorsqu’il s’agit de se rendre compte de sa propre aliénation, et de se révolter contre elle. La production d’idées, le refus de se plier aux exigences de l’agenda médiatique et à ses contenus avilissants, sont des urgences quotidiennes.

Personne ne devrait attendre. Cela doit venir d’en haut, d’en bas, du milieu.

L’horizontalité est le moyen de reconnecter la politique et le politique !