analyse premier tour

Départementales 2015 : l’arbre qui cache la forêt

Les urnes ont livré leur verdict. Pour CASA NOVA, quelques leçons fortes sont à retenir :

Gauche année zéro (qui dure)

La gauche, ou ce qui se réclame d’elle, est devenue très minoritaire dans le pays. Et même dans les régions où elle surnage, elle ne parvient que rarement à 50 % des suffrages. Un bloc conservateur réactionnaire dépasse les 60% des suffrages. La gauche existe encore dans les villes, situation qui se vérifie partout, à Nantes comme à Toulouse, c’est-à-dire là où le foncier chasse les classes populaires. La gauche sera absente dans 500 cantons au second tour. Dans un département populaire comme le Nord, elle est disqualifiée dès le premier tour.

L’abstention, qui mélange de l’indifférence mais aussi un comportement politique offensif, est très haute : la moitié des inscrit-es (sans compter les non inscrit-es dont on ne se préoccupe jamais), et ce n’est pas le petit delta avec 2011 qui y change quelque chose. D’autant plus que ces élections ont été très médiatisées, du fait de la réforme territoriale, du flou sur les compétences à venir du Conseil départementale et du score attendu du FN. Notre système politique est obsolète, et l’abstention continuera tant qu’il ne sera pas radicalement transformé.

Le Front National confirme, dans des conditions beaucoup plus compliquées pour lui, n’ayant aucun sortant, sa croissance spectaculaire et son enracinement. Il est au second tour dans la moitié des cantons. Il est en tête dans 25 départements. En Haute-Garonne, il est fort dans le rural, mais se rapproche de la ville où il progresse aussi. Des scores impressionnants sont réalisés dans des communes plutôt douces, comme Tournefeuille, Blagnac (la privatisation de l’aéroport a peut-être été un élément anxiogène ?). Le FN confirme sa capacité classique d’extrême droite à attraper toutes les frustrations et les peurs et ce ne sont pas les éclats de voix de Manuel Valls qui auront contribué à réduire son poids.

Le Parti Socialiste est assommé, quoi qu’on en dise. Alors qu’il détenait deux tiers des départements, et donc l’avantage du sortant, très important (ça a joué fortement, on le voit en Haute-Garonne), il ne réalise que 19 % seul, 24 % avec ses alliés. Il est derrière le Front National qui jusqu’à présent n’existait tout simplement pas dans les hémicycles départementaux. On peut être stupéfait par le déni de la situation, quand un éditorialiste proche du PS comme Laurent Joffrin nous dit que la gauche et le PS résistent.

Les rapports de forces au sein de la gauche sont statiques. Si on est honnête avec EELV et le Front de gauche (souvent désuni dans cette élection), on peut les comptabiliser ensemble un peu au-delà des 10 %.  Et non dans les abîmes où ils sont placés par le décompte qui rallie au PS tout ce qui est possible. Mais la gauche non socialiste ne progresse pas. Elle ne bénéficie pas d’un effet Syriza ou Podemos quelconque. Ses stratégies ont sans doute été aussi illisibles qu’aux municipales. Son discours global n’a pas progressé dans les esprits.

11071086_10153134530136358_971462605273764680_n

En Haute-Garonne, paradoxe du sauvetage en vue

Malgré un recul de la gauche, et du PS, le Conseil Départemental a paradoxalement de solides chances de rester géré par un PS hégémonique, grâce à la progression forte du FN, qui souvent élimine carrément la droite pour affronter le PS au second tour, impose une triangulaire, ou complique la tâche de la droite en la plaçant bas au premier tour.

C’est la capacité de rassemblement de « la gauche » qui sera décisive. En cas de non rassemblement, il reste possible, même si la tâche parait ardue, pour la droite de prendre le Conseil Départemental. Trois facteurs contradictoires vont se cumuler :
- la présence du FN face aux socialistes dans de nombreux cantons jouera un rôle de mobilisation certain pour la gauche, aussi bien en report qu’à l’égard des abstentionnistes. Et les reports de la droite resteront partiels sur le FN.
- le vote républicain, en cas de second tour gauche-droite sans FN, n’est pas acquis au PS, eu égard à la forte désillusion sur le gouvernement.
- les reports de la droite vers le FN semblent encore peu systématiques, en tout cas pas unanimes.

Quant au report du FN vers la droite, c’est une grande inconnue à cette élection, avec un FN à un tel niveau. On risque de voir des phénomènes hétérogènes, selon qu’on soit dans des villes plus ou moins riches, qu’on soit face à une droite radicalisée FN, ou une gauche démoralisée versant à l’extrême droite mais n’imaginant pas voter pour l’UMP.

On peut ainsi conclure à un ballotage favorable pour le PS, la plupart du temps arrivé en tête face à une droite et un extrême droite très hautes ensemble, mais divisées. En arrivant premier d’une courte tête, le PS 31 a pu sans doute sauver sa mise, masquant une situation politique générale très difficile. S’il gagne il le devra au fait que le FN lui morde la nuque.

051-vote-sanction.1205107288-1

Toulouse, le boomerang de la gestion Moudenc

Alors que la droite « républicaine », unie, réalise un beau score national, en progression de 5 points, la droite locale, singulièrement à Toulouse, s’effrite par rapport aux municipales.

Les candidats de la droite toulousaine, qui ont dû sauter en l’air devant les estimations nationales, étaient fort pâlichons en se retrouvant en difficulté au bout du compte, eux qui s’attendaient à bénéficier d’un « effet Moudenc ». Ainsi aucun d’entre eux-elles n’a oublié d’apposer la photo du maire sur sa plaquette. Cette photo leur vaut aujourd’hui d’être les vilains petits canards de leur camp dans une France bleue.

Mais voilà, comme le dit CASA NOVA depuis des mois, la gestion Moudenc est calamiteuse, et on s’est vite rendu compte du caractère grossièrement mensonger de son programme infinançable. Tous les projets ont été stoppés et l’appareil municipal stérilisé, déstabilisé par l’arrivée d’une série de « mécontent-es » enrôlé-es par le Maire sur la liste, pour gagner, mais pas pour s’occuper d’une grande cité. Et cela explique nettement le reflux toulousain, qui se démarque des résultats de la droite ailleurs. Les Moudenc happy few ne parviennent pas à émerger en tête à Toulouse sauf exception. Ceci est d’autant plus frappant que la droite ne subit pas un vote FN aussi fort qu’ailleurs. Il n’y a pas d’effet Moudenc, si ce n’est le recul.
La stratégie ultra droite de Monsieur Moudenc n’aura pas réussi. Calquée sur le buissonnisme national, elle est inadaptée à notre ville, ce qu’il ne comprend pas depuis son premier jour de retour au Capitole. Sa seule réussite est d’avoir justement contribué à faire augmenter le FN encore, même s’il reste relativement contenu au regard de ce qui se passe ailleurs. Le symbole de cet échec est le ballotage défavorable du sheriff Arsac, qui à cette heure-ci n’a plus guère espoir de gagner.

L’autre gauche réalise des scores honorables à Toulouse, entre 12 et 16 % pour l’Alternative citoyenne (EELV, PG, Nouvelle Donne), qui doit s’ajouter aux scores du PCF. La présence d’une gauche non socialiste forte est confirmée dans Toulouse, comme souvent. La conscience des limites de la gestion départementale, que nous avons aussi illustrées, s’expriment à travers ce rapport de forces où l’autre gauche, totalisée, n’est pas très loin du vote socialiste sortant.

Conclusion : aller de l’avant

Tout cela confirme, il nous semble, les prémisses du projet CASA NOVA :
La ligne libérale de la gauche la conduit à sa disparition politique.
Attendre que les électeurs et électrices socialistes, passent, par un phénomène de vase communiquant, dans l’escarcelle d’une autre gauche statique, est une utopie. C’est l’idée même de gauche qui est rejetée par les français-es, en bloc, au regard de ce qui se déroule depuis 2012 (les français-es n’étant pas des idéologues avides de codes militants), et la seule solution pour se sortir du guêpier est d’envoyer des signes de rupture très forts avec l’histoire, l’organisation, la manière de fonctionner, le langage, les méthodes, de ce qui a été appelé la gauche en France jusqu’à ce jour. Si ces ruptures n’ont pas lieu, si de nouvelles synthèses, audacieuses, ne se profilent pas, alors nous pouvons considérer que la solution du capitalisme autoritaire, incarnée par l’UMP et/ou le FN a de beaux jours devant elle.
Le défi d’une nouvelle gauche est à la fois de répondre à l’exigence de radicalité qui monte du pays, mais aussi d’être assez crédible pour résister au chantage du vote utile.
L’idée d’un creuset sans préalable organisationnel, tel que CASA NOVA, était une bonne idée. Validée par ces résultats.
Le basculement de Toulouse à droite n’a rien de définitif. Mener ce combat est indispensable et il est possible d’espérer.
La gestion de Toulouse par la droite est truffée d’erreurs, de dogmatisme politicien, d’incompréhensions de la ville ; et n’ayant pas compris les causes de sa victoire, elle marche vers un divorce avec les Toulousain-es, si la gauche est en capacité de sortir de son engourdissement.
Nous ne regrettons aucunement le travail d’opposition et de contre-proposition très lu que nous effectuons depuis cet été. Et que nous allons continuer.