Ecoquartiers La Cartoucherie version Moudenc par Casa Nova Toulouse Metropole

Eco-quartiers, un objet progressiste encore non identifié

L’écoquartier de la Cartoucherie a récemment fait l’actualité suite à la pose de la 1ère pierre le 26 septembre, une pose qui s’est couplée d’une annonce par Jean-Luc Lagleize (adjoint en charge des Opérations de développement urbanistique et Projets « Cœur de quartier – commerces de proximité) d’une volonté de la part de la majorité municipale de « [réfléchir] aux moyens d’augmenter le nombre de places de stationnement sans retarder la livraison des immeubles ». Cette annonce a suscité des réactions notamment de la part de ceux et celles qui ont œuvré à lancer cette démarche à Toulouse. 
            
Mais de quoi parlons-nous lorsque nous disons « écoquartier » ? Que dit cette démarche du projet urbain ? Quels sont les objectifs d’une telle démarche ? N’est-ce pas un nouvel outil de marketing territorial pour faire « écolo », pour montrer que l’on agit pour le développement durable ?
            
Aujourd’hui plus des 2/3 de la population européenne vit en ville. Sur le continent européen plus de 200 agglomérations urbaines comptent 200.000 habitant-es et regroupent environ 40% de la population. Les villes sont énergivores et produisent 70% des rejets de gaz à effet de serre. L’espace urbain ne peut donc s’exonérer de son rôle sur la dégradation de notre environnement. De plus, l’expansion de nos villes et l’accroissement démographique modifient radicalement les relations entre les territoires, les relations sociales. Une frange importante de la population ne peut plus se loger dans les grands centres urbains et s’excentrent, Toulouse et son agglomération n’échappant pas à ce phénomène.

D’excellentes questions sont posées par les écoquartiers             

             
Face à ces défis, les écoquartiers sont conçus comme de nouvelles constructions urbaines capables de répondre aux enjeux du développement durable à l’échelle territoriale du quartier. Imagination, expérimentation, innovation pour construire un nouveau rapport de la ville à la nature, pour le bien-être citadin, tout en prenant en compte la responsabilité des éléments urbains dans un contexte de dégradation écologique.
L’écologie est placée au cœur d’un projet urbain et cette démarche repense également les cohabitations entre loisirs, divertissement, travail. Un écoquartier favorise un  habitat de bonne qualité environnementale pour les classes moyennes et populaires. L’initiative est souvent citoyenne ou publique et vient donc réduire le poids croissant des promoteurs immobiliers. 
Un écoquartier :
  • Est un habitat dense, 
  • Est bien desservi par les transports en commun et les cheminements doux (piétons, cyclistes), 
  • Intègre la mixité sociale et fonctionnelle, 
  • Est conçu avec une bonne orientation et une bonne isolation des bâtiments, 
  • A le souci de l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, 
  • Recherche la sobriété énergétique et le recours à des énergies renouvelables, 
  • Propose des formes urbaines et des espaces publics de qualité,
  • Permet une valorisation et une gestion durable de l’eau, 
  • Intègre une gestion efficace des déchets, 
  • Promeut la participation de tous les habitant-es à la vie du quartier 
Voilà les grands axes d’un écoquartier. Nous avons là de véritables laboratoires d’écologie urbaine.              

Mais dans les faits, retrouve-t-on ces ambitions ? Le premier écoquartier a été initié par des citoyen-nes en 1993 à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne : l’écoquartier Vauban. Cet écoquartier est régulièrement cité comme l’exemple à suivre par les défenseurs des écoquartiers en France. C’est une source d’inspiration même si nous l’avons dit: le copier-coller intégral ne peut exister dans de tels projets. Vauban a été construit sur une base militaire désaffectée. Ce quartier concentre aujourd’hui 5.500 habitant-es sur un espace de 38 hectares. Il est le terrain d’innombrables innovations écologiques. La place de l’automobile a été progressivement réduite pour laisser notamment la rue aux enfants. Ce quartier se veut un « quartier des courtes distances » et constitue un exemple écologique sans aucun doute. Un autre exemple d’écoquartier à l’initiative des habitant-es, celui de Eva-Lanxmeer, à Culembourg aux Pays-Bas.

Le risque du vert en ghetto ?             

            
Toutefois, plusieurs critiques légitimes émergent autour des écoquartiers. Vincent Renauld par exemple souligne que « l’homme [et la femme] durable[s] reproduisent ce que la philosophe Hannah Arendt appelle les «activités nécessaires à la récupération du travail» et à la «reproduction de la vie elle-même». En d’autres termes, il souligne que «  l’homme[et la femme] durables des écoquartiers [sont] pour l’essentiel occupé[-es] à des activités de travail, de divertissement et de loisirs aux accents champêtres et bucoliques. »              
            
La mixité sociale est un étendard fièrement porté par les démarches d’écoquartier…mais reste complexe à mettre en œuvre. Vauban (l’écoquartier allemand évoqué plus haut) échoue à créer cette mixité en regroupant essentiellement des classes moyennes, âgés de 30 à 50 ans. Le prix des logements à Vauban est bien supérieur à celui des autres quartiers de Fribourg. Ils sont de l’ordre de 2200-3500€/m2. Dans la Zac de Bonne à Grenoble, l’initiative n’est pas venue des habitant-es mais de la ville. Dans le cadre de cet écoquartier, la collectivité locale a exigé la présence de 35% de logements sociaux. L’initiative des habitant-es a donc ses limites : Celle de l’entre-soi reproduit consciemment ou inconsciemment. Celle d’un mode de vie univoque imposé aux autres et qui peut donc être excluant, provoquant une ségrégation sociale.             
Autre limite, celle du développement économique de la ville. Si nos voisins européens sont attachés à leurs commerces de proximité, la France montre le mauvais exemple. 70% des achats sont réalisés en périphérie, dans les grands groupes commerciaux. Les commerces implantés au cœur de l’ écoquartier n’ont donc qu’une faible chance de survie sur le long terme si politiquement le choix est fait de construire de nouvelles grandes surfaces.
            
Nous pouvons regretter en outre que de nombreux projets d’écoquartiers se résument à du marketing territorial sans autre ambition que de verdir un projet de ville : Un vernis pour rendre son territoire plus attrayant. Un vernis souvent coûteux au plan des investissements publics. Un vernis pour communiquer sur l’action de la collectivité en faveur de l’environnement mais qui lorsqu’on gratte montre l’absence d’un projet global.             

Penser ces quartiers comme des moteurs d’un changement             


Or un projet d’écoquartier doit s’intégrer dans un projet à l’échelle d’une ville dans une démarche systémique. Un écoquartier est un terrain d’expérimentation multiple, un levier mais non pas une finalité. Des réussites, des échecs d’un écoquartier doivent naître DES projets urbains de ville durable…mais les écoquartiers ne peuvent être LE projet de ville durable.  Ces démarches qui visent à insuffler sur un espace une participation citoyenne pour définir les mixités, les modes de déplacements et de partage de l’espace, le type d’habitat doivent être généralisées. Mais, dans le cadre d’une réflexion globale et transversale intégrant les enjeux sociaux, économiques à l’échelle de toute la ville.comme on peut  le voir à  Copenhague 
                      
Ainsi on peut se demander si un écoquartier, comme à la Cartoucherie, est forcément propice à des quartiers neufs sortant de terre, ou les habitant-es ne sont pas là, et ne participent pas d’une mutation qu’ils-elles découvriront en bloc en arrivant. Si ces projets insistent sur la démocratie, il est paradoxal en effet qu’ils ne soient conçus que par des urbanistes et des élu-e-s. Une piste de réflexion pour sortir de cette impasse : Peut-être l’écoquartier pourrait-il incarner plus raisonnablement l’avenir de quartiers délaissés ? Réhabiliter et donner une nouvelle vie à un quartier existant est encore de qu’on fait de plus durable dans les villes.
            
Enfin, les écoquartiers doivent se concentrer sur les ruptures écologiques, et non sur une série de gadgets communicationnels, qui pourraient être vécus comme des contraintes fastidieuses pour les usager-es et habitant-es. Ces spécificités ne doivent pas fermer le quartier aux autres citoyen-nes, et se présenter comme des ilots verts incompréhensibles et sans portée. Les leçons doivent être reproductibles, de manière à ne pas générer des inégalités nouvelles. Elles doivent faire sens. L’exemplarité ne saurait être confondue avec la réservation du vert.             
            
En bref, le nom d’écoquartier est bien loin d’en épuiser le contenu. Pour le moment, les projets d’écoquartiers en France ne suscitent pas un engouement évident dans la population, et sans doute les ambivalences ici repérées y sont pour quelque chose, mais il n’est pas trop tard de se poser la question d’un mode de construction pour une meilleure qualité de vie.
            
En tout cas… Pour les conservateurs au Capitole, il n’y a pas d’ambiguïté….Voiture, carbone, embouteillages pour tout le monde !