nouvelle gouvernance tisseo

Gouvernement des transports toulousains : remettons la question à l’ordre du jour

Pendant que l’on nous promène de portrait en portrait de candidat-e, les vrais sujets des Départementales, nous n’en entendons pas parler. Pourquoi ? Parce que la plupart des candidat-es ne s’en préoccupent pas, structurellement : ce n’est pas comme cela qu’elles et ils ont obtenu l’investiture, mais en fonction de considérations internes, de jeux d’acteurs. Le sérieux, c’est laissé à l’exécutif qui sera élu ensuite, sans qu’on vous demande votre avis (élection par l’assemblée). Donc vous ne saurez pas ce qu’on veut pour vous. Dommage. Parmi les enjeux cruciaux, il y a la mobilité. Elle dépend d’une entité politique mutualisée : Tisséo-SMTC sur une partie très importante du département, qui concentre le gros de sa population, mais aussi des déplacements.  Le gouvernement de cette entité est une question politique primordiale, car des rapports de force en son sein dépendent des arbitrages énormes (une ligne de métro coûte plus d’un milliard d’euros…). Nous en avons parlé dans notre plateforme cantonale sans candidat-e, et nous revenons ici plus précisément sur ce sujet primordial dans nos vies quotidiennes.


Nous ne parlerons pas de « gouvernance » mais bien de gouvernement des transports. Le terme novlanguiste de gouvernance étant destiné à singer la fluidité des rapports entre le pouvoir et les dirigés, de communiquer autour du consensus, de l’apolitisme des décisions. En bref le-la politique local-e serait une sorte de chef-fe d’orchestre technique animant des « forces vives ». Ce langage de marketing est destiné à masquer la violence réelle d’un pouvoir qui dispose de véritables moyens, et d’un monopole de la décision.

Il nous est nécessaire de faire un peu d’Histoire. Le SMTC (Tisséo) existe depuis les années 70. C’est une belle idée. Il visait à voir la question des transports à grande échelle, de manière théoriquement solidaire, tant il est vrai que la question des transports ne s’arrête pas aux portes de la ville-centre. Qu’il soit amoureux ou urbain le transport est un passage entre différents mondes, différents univers. C’est bien en raison de cette multiplicité d’utilisateur-ices, source de complexité, que les transports doivent être multiples, offrir un cocktail de solutions et de moyens. La solution unique du ‘tout voiture » est un non-sens au même titre que le parti unique en démocratie.
En raison de l’accroissement de l’agglomération depuis 40 ans,  autour de Toulouse, ville-centre,  puis de l’intercommunalité toulousaine, se sont adjoints le Département, le Muretain, et le Sicoval (l’Est toulousain). Il a longtemps fonctionné assez consensuellement, la dynastie Baudis trouvant des accords habiles avec la social-démocratie.  Celle-ci a partagé une présidence tournante avec la mairie toulousaine de droite, mais par un jeu d’alliances avec le Sivoval et le Muretain était majoritaire d’un fil.

L’actuel Maire de Toulouse, fossoyeur de la portée solidaire de Tisséo

C’est déjà… Jean-Luc Moudenc qui brise ce consensus et précipite Tisséo dans la crise. Il le fait, au milieu des années 2000, pour deux raisons :
- En premier lieu, Maire non élu, succédant au diaphane Philippe Douste-Blazy, il veut se légitimer auprès des militants UMP pour l’élection de 2008 en affrontant bille en tête le Conseil Général.
- En second lieu, il est désireux de privatiser la Semvat (l’outil d’exploitation des transports, alors une Société d’économie mixte), pour la livrer aux appétits lucratifs des multinationales classiquement amies de la Mairie de Toulouse, ce qui requiert de prendre le pouvoir dans l’instance de gouvernement local.

S’engage alors un énorme bras de fer, ou se mêlent petitesses, politcailleries, mais aussi une part de noblesse politique, car le sujet oppose véritablement les tenants du marchand et ceux du service public.

Après moult péripéties juridico-politiques que l’on vous épargnera (il y a de quoi en faire un roman policier, mais ennuyeux eu égard à la médiocrité de certains personnages), le Maire de Toulouse, furieux de la création d’une régie publique des transports après une brève période de privatisation, fait voter par un ami en pleine nuit (2006) un amendement législatif (l’amendement « Paillé ») lui permettant d’assurer à la mairie de Toulouse une majorité automatique à Tisséo.

A ce putsch répond la furia du Président du conseil général, qui sort de Tisséo, se jugeant enfermé, car condamné à la minorité éternelle malgré son apport financier. Les négociations pour éviter la rupture ont échoué.

Par cet acte de rupture, court-termiste, immature, l’actuel Maire de Toulouse a créé les conditions de sa défaite en 2008 : pour la première fois, les socialistes vont unis à la bataille, autour de l’idée clé d’une union forte entre région, mairie et département pour débloquer les dossiers, et en particulier les transports. On voit Messieurs Izard et Malvy dans toute la campagne, auprès du candidat Cohen. Monsieur Moudenc s’est isolé et fragilisé. Ce sera décisif dans un vote hyper serré.

Mais cette union ne verra jamais le jour après l’élection. Elle était pure posture politique. Pierre Cohen, escomptait sans doute un peu le retour du Département dans Tisséo et l’augmentation de sa dotation. Il n’aura ni l’un ni l’autre et devra se débrouiller tout seul, en multipliant les crédits toulousains, sans l’aide du Boulevard de la Marquette. C’est que pour Pierre Izard, il n’est nullement question de devenir minoritaire face à Pierre Cohen, même si celui-ci est socialiste. Ce serait insupportable. Les caractères comptent dans l’histoire politique, en voila un exemple.  Après 2008 une crise s’ouvre au sein du PS local, autour de cette question. Jamais la relation entre le Capitole rose et la rose Marquette ne s’en relèvera. Un temps précieux sera perdu en discussions frustrantes, alors qu’il aurait fallu marquer une rupture franche dans le domaine des transports, ce qui était attendu par les électeurs.

Ne pas laisser l’initiative à la droite de l’égoïsme toulouso-toulousain, et aucune chance à une privatisation

La droite est revenue aujourd’hui. Elle est à la tête de la métropole. Tisséo est fortement endetté. Que doit faire le Conseil Départemental s’il reste à gauche ? (s’il tombe à droite, il deviendra nécessairement l’outil du maire de Toulouse qui en fera sa pompe à financement).

L’enjeu du développement du transport sur le périmètre de Tisséo est d’ordre départemental et régional. Les emplois du bassin toulousain représentent deux tiers des emplois du département, et les flux convergent quotidiennement sur le cœur métropolitain. Débloquer la rocade ne concerne pas que Toulouse.  L’embolie que nous risquons, nous la risquons tous et toutes, de Saint Gaudens à Montauban.

Aussi il n’est pas possible d’en rester à ce blocage. Le Maire de Toulouse, qui avait déjà préparé sur papier la privatisation imminente des transports au cas où il gagnerait en 2008, reste pour le moment dans l’attentisme sur ce point. La gauche doit le forcer à exposer ses cartes, à clarifier la situation, tout en imposant un nouveau dynamisme de développement. Les annonces récentes, centrant tous les espoirs autour d’une ligne de métro lointaine, pour rassurer l’automobiliste et le maintenir dans l’illusion de la conservation du modèle carbonique, sont irresponsables au regard de l’urgence à répondre à l’asphyxie locale.

La gauche doit ainsi reprendre l’initiative du débat politique sur le gouvernement des transports. Alors qu’une fois de plus, en annulant le prolongement rapide de la ligne B vers Labège, le maire de Toulouse joue l’égoïsme que lui permet l’amendement Paillé

Prendre les hauts-garonnais-es à témoin de l’enjeu

C’est pourquoi à nos yeux un Département progressiste devrait proposer à nouveau, publiquement cette fois ci, un accord au maire de Toulouse : revenir dans Tisséo, consolider son budget de fonctionnement en augmentant la dotation à ce budget (on appelle ça « l’effet levier »), en échange de plusieurs propositions : un programme d’investissement plus offensif, plus solidaire sur le plan territorial, et un système de décision protégeant la gestion en service public (un vote à l’unanimité serait ainsi nécessaire pour privatiser le transport comme l’avait voulu l’actuel maire, ce qu’il a réussi pendant un an). Nous savons que cela a déjà été proposé au Maire de Toulouse dans le passé, avant 2008. Il avait refusé, démontrant sa volonté de privatiser les transports publics à nouveau. Il est nécessaire désormais de l’obliger à clarifier ses positions notamment quand on sait que ce dernier a décidé en décembre dernier de stopper la contribution supplémentaire versée par la ville à Tisséo.
Une décision qui réduit de 90M€ les finances de Tisséo sur les 6 prochaines années.

La campagne actuelle serait l’occasion de prendre à témoin les hauts garonnais-es, de proposer cet accord en toute transparence. Et le Maire de Toulouse serait ainsi obligé de se positionner : préférerait-il son pouvoir personnel, la possibilité de privatiser quand il veut, ou le développement plus rapide des transports collectifs ?

C’est ce que la gauche, si elle avait une approche politique exigeante et désireuse de sens, songerait à réaliser dans cette campagne. C’est ce que CASA NOVA lui propose.

Un dernier argument peut-être… Puisque l’élection est finalement, tout ce qui parait compter…

Messieurs, Mesdames les candidat-es, si vous ne vous décidez pas à politiser cette élection locale au sens noble du terme, elle sera politisée au pire des sens. Vous sombrerez ainsi dans la vague du désespoir et de la colère contre les sortant-es. Songez-y un instant. C’est une leçon que vous auriez du sans doute retenir des municipales.