La gratuité des musées à Toulouse, cela fait-il une politique culturelle ?

Gratuité ou trompe l’œil ? Les musées au risque de la vitrine

Depuis le 27 septembre 2014, l’entrée dans les musées de Toulouse est gratuite le week-end, pour les habitant-es de Toulouse uniquement. CASA NOVA approuve cette décision et le respect par Monsieur Jean-Luc Moudenc d’un engagement de campagne. Cependant, l’euphorie du Maire envers cette mesure est un peu surjouée. Elle n’a rien d’« un signal fort qui signifie que [la majorité municipale est] favorable à la culture pour tous et à l’excellence pour tous ».

Gratuité n’est pas démocratisation

            
La gratuité des musées n’est pas la démocratisation de l’accès à la culture, elle n’en est qu’une petite partie et ne suffit pas à elle seule, loin s’en faut. Cela a été prouvé, évalué et réévalué, et c’est une réalité qui fait consensus chez tous les spécialistes et chercheurs du domaine culturel.             
            
Certes si nous entendons démocratisation comme le rétablissement des chances et probabilités pour les différents groupes sociaux d’accéder aux musées, alors la gratuité peut être un outil intégrant une stratégie de démocratisation. Elle permet en effet théoriquement d’accroitre la fréquentation des musées, même si un tarif modéré le permet aussi.             
                      
Cependant, comme l’a démontré la sociologie, les pratiques culturelles n’ont rien à voir avec la comparaison tarifaire entre deux supermarchés. Ce n’est pas homo-economicus qui va au musée, mais homo sapiens.  Ce serait bien limité que de croire que c’est le coût qui empêche les pauvres de se cultiver, tout comme de s’imaginer que seuls des gens qui ont les moyens parcourent les musées…
            
Donc si nous entendons démocratisation comme un accès sociologiquement élargi  à des lieux culturels alors le débat demeure sur les manières de rassembler les publics, de les connecter, de donner envie d’aller vers ces lieux, et d’abaisser les obstacles symboliques, mais aussi psychologiques, qui restreignent les usages.

Quelle médiation culturelle ?

            
Cette barrière psychologique reste d’autant plus forte que la gratuité ne s’accompagne d’aucune médiation culturelle. Cette médiation est indispensable, c’est le constat que firent les musées de Dijon qui mirent en place de nombreuses actions dans les 5 musées qui ont rouvert aux publics gratuitement en septembre 2013. Des actions de médiation existent également à Toulouse, et notamment au Muséum d’histoire naturelle où elles se sont développées ces dernières années.             
                      
Seront-elles sacrifiées sur l’autel des suppressions de postes ? Nous le verrons. D’une part, le salaire du  « cost killer », nouvelle fonction créée par Jean-Luc Moudenc va représenter plusieurs postes de médiation culturelle à lui tout seul, d’autre part, pour augmenter l’effectif des policiers municipaux, la mairie a annoncé qu’elle ne remplacerait plus les départs dans les autres services. Le tout comptable et le tout sécurité non garanti se paieront-ils de l’abandon culturel et de musées gratuits mais vides faute de lien social ?             
            
De plus, au-delà des actions de médiation au sein des musées, il semble fondamental de faire de l’école et de la petite enfance, compétences municipales, un moteur de la médiation culturelle.          
            
La fin du mandat de la gauche avait été marquée par un grand dynamisme de la culture dans la petite enfance, avec un festival artistique d’ampleur impliquant les parents. Cette dynamique semble stoppée, en tout cas personne n’en entend plus parler. Les affiches de la mairie parlent de « pouponnage », restreignant l’ambition du service public.    
La fin du mandat précédent avait vu le jour d’une carte MonToulouse donnant accès à la piscine et autres services municipaux. Le fait que la gratuité des musées n’ait pas pu être ajoutée à la carte existante confirme la précipitation de l’équipe Moudenc qui -dirait-on- est en manque d’applaudissements et d’évènements marketing. La procédure jusqu’en janvier 2015 pour obtenir la carte MuséeLibre est un retour en arrière. Mais sur le site de la mairie, on se vante d’avoir délivré 5000 cartes MuséeLibre en un mois.

Quid du Passeport pour l’art et du Quai des savoirs ?

            
Que deviendra le Passeport pour l’Art, principale réussite culturelle au crédit de la gestion de gauche, si les moyens humains nécessaires à l’accompagnement des enfants venaient à manquer ? De nombreuses interrogations demeurent également sur le maintien d’un certain nombre de contrats d’avenir utilisés dans ce travail de médiation.             
                  
En ce qui concerne la culture scientifique, le quai des savoirs, qui devait devenir une sorte de palais de la Villette local, très tourné vers l’élargissement des publics, ne semble pas passionner la mairie, alors qu’il doit théoriquement ouvrir en 2015. S’agira-t-il d’un lieu de pure consommation ou d’un outil au service des acteurs ? On ne sait pas.             
            
Ajoutons que la gratuité réduite aux habitant-es de Toulouse uniquement, et non de la métropole, a quelque chose de ridiculement clochemerlesque : qu’illustre cette gratuité toulousaine à part une vision étroite de l’intercommunalité ?  Les grands équipements culturels acquièrent nécessairement une dimension de centralité. Il serait temps tout de même de sortir de ces représentations étriquées de la vie quotidienne qui veulent que l’on soit considéré différemment à Saint-Orens et à Toulouse.             
                       
Non seulement cette gratuité partielle est symbolique, mais on peut se demander si elle n’est pas aussi une manière de justifier d’autres régressions, plus discrètes, par la voie budgétaire. Ainsi, les directions « publiques » de la ville ayant été averties de saignées dans leurs moyens pour 2015. Tout cela est bien dans le genre habituel de Monsieur le Maire, habile en diversions et tours de magie.             
Avoir une ambition pour ouvrir la culture à tous et toutes c’est bien plus qu’ouvrir quelques musées aux Toulousain-nes pendant quelques journées. Nous attendons de Jean-Luc Moudenc et de Francis Grass, son adjoint, un projet culturel qui offre notamment toute sa place aux cultures alternatives et expérimentales ainsi qu’à l’éducation populaire.             
                       
CASA NOVA suivra pas à pas les évolutions, afin de s’assurer que cette gratuité ne soit pas la fausse vitrine du laisser-tomber culturel.