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Kiosques allées Roosevelt: apologie du pastiche ou appel à la création ?

Toulouse est en émoi : la Mairie a laissé entendre que les huit kiosques des allées Roosevelt pourraient être supprimés !

En cette période où l’on ne sait plus trop où est la gauche et où est la droite et à quelles valeurs se référer on s’accroche à une des dernière valeurs fiables (du moins le croit-on) le patrimoine : touche pas à mes briques, enfin là c’est plutôt à mon béton décoré !
Sauf qu’en l’occurrence les kiosques historiques …ils n’ont que dix ans d’âge !
Et on affirme sans savoir, à l’image d’une journaliste de La Dépêche à courte mémoire qui déclare, espérons le avec bonne foi, que « Réalisés en 1925 par l’architecte alors en vogue sur Toulouse, Jean Montariol, ces kiosques de style Art Déco ne sont pas inscrits à l’inventaire des Monuments Historiques mais ils sont situés dans le périmètre sauvegardé. Autrement dit, il serait impossible de les détruire »
Tout faux, Madame, et nous ne pouvons que vous inviter à relire votre propre article de cette même Dépêche du 17 mai 2005 dans lequel vous expliquiez que « trois kiosques, longtemps installés sur les allées Franklin-Roosevelt, sont depuis une semaine implantés boulevard Carnot. Une décision prise par la ville liée aux travaux de semi-piétonnisation de la place Wilson »
Nos mémoires peuvent aussi se rafraîchir en relisant l’article du même journal du 25 novembre 2005 intitulé « le quartier Wilson va retrouver ses kiosques » ou celui fort intéressant du 27 janvier 2005 qui titrait « la guéguerre des kiosques » et précisait que « depuis que cette place centrale a été réaménagée, les huit kiosques traditionnels ont fait leur retour. Mis aux normes et restaurés dans leur apparence d’époque. » 
Le débat sur les kiosques de Roosevelt n’est donc pas nouveau.
En effet pour effectuer les indispensables travaux de réaménagement de l’espace public liés à l’ouverture de ligne B du métro, le sol des allées Roosevelt fut nivelé et recouvert de granit en 2005.
Or pour refaire le sol, il a fallu enlever les kiosques, et comme ceux-ci sont bâtis en béton et donc non transportables sans dommages, il avait fallu se préoccuper de leur avenir et en premier lieu de leur disparition potentielle.
Ces kiosques n’étaient pas protégés au titre de monument historique; en revanche ils étaient et sont encore installés sur des allées qui elles sont bien inscrites à l’inventaire de Monuments Historiques. Et à ce titre tout ce qui est édifié ou supprimé sur leur sol n’échappe pas à l’avis conforme des Architectes des Bâtiments de France, qui furent bien sûr à l’époque consultés sur le sujet. Leur avis conforme, encore vérifiable, fut sans ambiguïté : pas d’opposition à la suppression des kiosques. 
Donc déjà à cette époque et dans leur état d’origine le caractère patrimonial de ces objets n’était pas reconnu par les gardiens du temple !
La question de leur enlèvement pour réaliser les travaux étant réglée, se posait aussi celle de leur reconstruction avec deux questions essentielles à résoudre :
1- Établir une esplanade apte à recevoir le flux prévu des 80 000 piétons par jour attendus au croisement des deux lignes de métro.
2- Édifier des kiosques aptes à répondre aux activités de leurs occupant-es au regard des normes d’hygiène et de sécurité, du règlement d’occupation du domaine public et des besoins des exploitants 
S’il paraissait utile de garder une animation commerciale sur l’esplanade, il était déjà évident que les petits kiosques carrés façon début 20ème, n’étaient plus dimensionnés pour les activités du 21ème siècle et qu’en lieu et place de huit petits objets non fonctionnels, deux ou quatre éléments plus grands auraient été plus appropriés. Les Bâtiments de France n’étaient pas opposés à cette idée sous réserve qu ‘ils soient de bonne qualité architecturale.
Mais alors que nous étions à deux ans d’élections municipales il fut décidé par Jean Luc Moudenc et Jean Jacques Bolzan, de restituer un fac-similé des anciens kiosques : et ceux que nous voyons aujourd’hui ne sont qu’une restitution des anciens kiosques « néo art déco ».201603291898-full
Ainsi fut fait, au grand dam des spécialistes des Affaires Culturelles qui sont toujours opposés aux restitutions à l’identique d’éléments anciens afin notamment d’éviter toute ambiguïté pouvant créer de la confusion dans l’esprit du public. Ce que nous vivons leur donne raison puisque dix  ans après presque tout le monde est convaincu qu’il s’agit bien de kiosques anciens. 
Facétie de l’histoire, Jean Luc Moudenc et son acolyte Jean-Jacques Bolzan, les acteurs de l’époque, d’abord battus aux élections, puis maintenant réélus sont rattrapés par la réalité  ancienne encore aggravée dix ans plus tard:
 1- D’une part  la fréquentation du métro  sera en augmentation du fait de l’allongement prochain des quais de la ligne A, amenant 100 000 personnes par jour sur cette cette esplanade.
 2- D’autre part les kiosques à l’ancienne étant trop petits, ils dysfonctionnent et chacun peut ou a pu constater que l’écailler a entouré son kiosque d’éléments en acier inox aussi massifs que disgracieux, que le marchand de journaux avait apposé un coffre en bois contre le sien pour ranger ses journaux, que le fleuriste étalait ses fleurs bien au delà d’une emprise raisonnable, que les velléités d’installation d’Octave le marchand de glace ont fondu comme neige (glace ?) au soleil face aux exigences réglementaires et aux normes d’hygiène en vigueur, etc …kiosques
Les pouvoirs publics ont de plus en plus de difficulté à accepter la situation illégale générée par les adjonctions diverses autour des kiosques qui perdurent la nuit et fleurissent le jour. Illégales car le règlement municipal d’occupation du domaine public impose de tout ranger chaque soir à l’intérieur des kiosques (et des magasins), chose impossible vu l’exiguïté des kiosques . Par ailleurs la Mairie ne sévit pas car c’est aussi elle qui en tant que propriétaire, et en toute connaissance de cause, établit les contrat de location et en perçoit les dividendes : cette situation schizophrénique n’est supportable que grâce à la segmentation des services, au fractionnement des délégations et à la dilution des responsabilités.
Alors face à une disparition annoncée des vrais faux kiosques, Casa Nova ne hurlera pas avec les loups d’opposition qui font étalage d’ignorance, de clientélisme et d’irresponsabilité (faites votre choix) en demandant leur maintien.
Casa Nova ne fera pas non plus l’apologie de l’équipe en place, qui est seule responsable de cette situation pour avoir fait preuve il y a une décennie d’un conservatisme qui se retourne contre elle aujourd’hui. 

Casa Nova reste critique mais responsable et propose :

D’une part de faire disparaître ces faux kiosques anciens,
qui dysfonctionnent car ils sont trop petits, obsolètes et de moins en moins adaptés aux besoins des usager-es de l’esplanade (1).
D’autre part de reconstruire deux ou quatre beaux kiosques fonctionnels,
de facture contemporaine (2), amovibles pour pouvoir être déplacés sans dommages, et aptes à recevoir en toute légalité et sécurité les activités utiles pour l’animation  d’une esplanade ou se croiseront 100 000 personnes chaque jour. 
Ceci permettrait de reloger tout ou partie des commerces  installés dans les kiosques actuels, et dont le sort préoccupe aussi Casa Nova.
Un des nouveaux kiosque pourrait aussi être utilisé comme « kiosque des initiatives » pour des personnes qui lancent leur activité.
Et en attendant le réaménagement des allées Jean Jaurès, ces constructions pourraient préfigurer l’avenir, en étant confiées après consultation à des créateurs contemporains; elles seraient pour nous symboles d’un engagement dans un avenir créatif, en opposition aux « délices de l’imitation » qui ne sont que perversion de l’esprit, crainte de l’avenir et refus de l’appropriation nouvelle d’un domaine public partagé et non segmenté.
(1) Ce qui n’empêche pas d’en conserver dans un lieu approprié les éléments authentiques au titre de la mémoire.
(2)Des éléments de décor des anciens kiosques peuvent  aussi  être inclus dans une composition architecturale contemporaine, comme ce fut fait aux « Bains -Douche » St Cyprien, transformés  en Mairie annexe.