La caution jeune en politique - casanova toulouse metropole

La caution « jeune », le témoignage grinçant de la vie d’une « jeune » en politique

En poursuite de notre réflexion sur la jeunesse, nous vous proposons un témoignage édifiant d’une « vie de jeune en politique », de la part d’une (jeune) membre de Casa Nova.

« Je ne remercierai jamais assez les personnes qui ont éveillé ma passion pour ce gros mot qu’est la chose publique, en créant notamment des instances participatives telles que le Conseil Municipal des Jeunes. Élue d’abord Maire d’un CMJ, j’avais été repérée par quelques cumulards locaux comme « la jeune à suivre », bien implantée dans le milieu associatif local et surtout, surtout, engagée, à gauche c’est toujours mieux.

2008. Le saut dans la cour des grands.

Élue parmi les grands élus. J’ai découvert au travers de cette expérience ce que signifiaient les notions de bien vivre, de vivre ensemble, de solidarité et de proximité. Pas seulement dans les mots, mais dans les actions menées par nos représentant-es.

J’ai surtout pris conscience de l’importance de la communication, qui à mon sens, ne devait pas s’effectuer seulement du haut vers le bas mais dans tous les sens, une communication multidirectionnelle, qui signifie être autant à l’écoute que l’on souhaite être écouté-e.

Cette communication deviendra mon métier. Du haut de mes vingt ans, j’avais alors répondu à de vieux universitaires parisiens : « la communication d’une ville de 5000 habitants, ce n’est pas la communication du pot de fleur, c’est savoir répondre aux vraies interrogations des vrais gens et pas seulement celles de l’habitant professionnel, celui qu’on voit partout, tout le temps. Le but difficile de la communication, c’est de toucher ces gens et de répondre à leurs questions en mettant en place les politiques publiques adéquates – et si le pot de fleur fait partie des questions, alors nous devons y répondre ».

Une fois l’euphorie des premiers mois passés comme conseillère municipale et de ce tourbillon communicationnel « oui dans cette ville nous avons la plus jeune conseillère municipale du département, quelle fierté, seulement 18 ans », vient le moment de passer à l’action et de mettre en place notre programme.

Et là… commencent  les difficultés. Sois jeune et tais-toi.

Ah d’accord. Tout est une histoire de communication. J’étais devenue la caution jeune. Voire pire, la caution « société civile ».
Non je ne souhaite pas être membre d’un quelconque parti politique à la couleur rose. Mais pourtant, c’est bien là que tout se décide. Le conseil municipal n’est devenu qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises la veille par une section locale. En séance, les débats n’existent pas. Les caciques locaux pensent, les bêtes que nous sommes votons. Malheur à celui qui osera proposer : « tu n’es pas là pour ça, insignifiant petit conseiller municipal, assied-toi, on a besoin de toi pour notre quorum ».

Et nous créons, et nous créons, de nouvelles instances participatives telles que les conseils des sages ou les conseils économiques sociaux et environnementaux, véritables fantômes d’instances participatives, aussi écoutées qu’un vieux vinyle de Mike Brant mais… « on l’avait dit, c’est dans le programme, on le fait ! …et ça fera bien dans l’bilan ».
Ces instances participatives, parlons-en. Dans une ville de 5000 habitants, tout le monde se connait. Plus ou moins. Alors on va essayer de choisir les habitants sympas, ceux qui ne font pas de vague et qui sont déjà d’accord avec nous : SURTOUT, ÉVITONS LE DÉBAT.

J’ai eu 18 ans durant 6 ans. LA CAUTION JEUNE.

Elle est peut-être là l’explication : le désintérêt des jeunes pour la politique et leur forte abstention aux derniers scrutins s’expliquent peut-être par la représentativité de nos élites politiques françaises. Les jeunes se reconnaissent-ils dans nos marionnettes locales, régionales, gouvernementales ? Se reconnaissent-ils dans les politiques menées et surtout dans leur manière d’être menées ?
La classe politique est vieillissante et son image, déplorable. Vos jeunes ont des idées ! ÉCOUTEZ-LES ! »