piscines

La malédiction des piscines toulousaines.

La pensée unique qui préside à la gestion de bien des villes françaises fait trop souvent prévaloir les enjeux économiques sur tous les autres.

Toulouse n’échappe pas à la règle et sous la gestion Moudenc il semble que les piscines soient devenues une cible de choix des « cost killer » municipaux  car, comme bien des équipements publics, une piscine coûte :
-Elle coûte au départ en investissement, mais Toulouse a hérité d’une bonne situation puisqu’elle faisait partie au début du siècle des villes correctement équipées en la matière avec treize ou quatorze bassins, le ratio d’une piscine pour 25000 habitant-es étant à peu près respecté.
-Elle coûte aussi en entretien et mise aux normes d’autant que le parc est relativement ancien à une exception près aux Argoulets.
-Elle coûte surtout en fonctionnement car il faut des maîtres nageurs, des gardien-nes, et des agents d’entretien et de surveillance.
La tentation est donc grande pour les « comptables » de la Mairie de proposer des suppressions pures et simples:

puisqu’on est est dans un ratio habitants/piscines correct, on pourrait le dégrader un peu, hein !

Ainsi non seulement on ne dépense pas pour entretenir, mais aussi on peut diminuer le nombre de maîtres nageurs et les agents d’entretien !
Mais faire cela c’est faire fi du rôle social et culturel des bassins de natation : et ce qu’on économise en supprimant des piscines, coûtera encore plus cher en accompagnement social des jeunes, des moins jeunes, et des scolaires qui fréquentent les installations par l’intermédiaire des écoles bien sûr mais aussi des clubs de natation, plongée, les bébés dauphins, l’aquagym, etc … qui ne peuvent exister sans des installations qui ne peuvent être que publiques.
Il y aura aussi une incidence pour tout le reste de la population car chaque personne qui nage est aussi une personne qui est en meilleure santé et donc coûte moins cher en soins médicaux (donc à la « sécu »).
Une observation des bassins de Toulouse montre que les installations municipales ne sont jamais sous utilisées et il est bien rare de se retrouver seul à nager  (ou à barboter) dans une ligne d’eau.
La prise en compte de cet aspect social et culturel sous entendrait une vision globale de la gestion publique obligeant à lever les yeux du guidon budgétaire municipal pour avoir une vision sociétale, qui commencerait par une métropolisation des piscines, pour en mutualiser la gestion … mais là chaque Maire veut garder ses piscines et ses jardins à lui et pas les partager avec les voisins ! D’ailleurs, depuis que J-L Moudenc est aux affaires, à Toulouse on paie plus cher l’entrée, et ENCORE plus cher si on ne réside pas dans la commune.
On s’achemine donc vers la fermeture de la piscine Ancely au grand dam des usager-es qui ne se laissent pas faire, vers une réduction des créneaux d’ouverture des autres bassins, l’Euro 2016 étant un prétexte pour fermer momentanément mais abusivement certains bassins comme viennent de le dénoncer dans un communiqué les élus EELV de l’opposition municipale.

Casa Nova s’intéresse aujourd’hui à un ancien bassin moins connu, la piscine Roger Pradier.

Proche de Berthelot, il a été fermée au printemps 2011, sa remise aux normes ayant été jugée trop coûteuse car elle nécessitait un désamiantage.
On aurait pu mesurer là aussi la perte que constituait un tel bassin à proximité d’un groupe scolaire important, mais non !
Dont acte, mais que faire de ce bâtiment ?
Facile, dans un quartier péri-central et dans une logique de solde des bijoux de famille : on le vend à la promotion immobilière pour en faire du logement, et hop on économise le désamiantage (le promoteur s’en débrouillera) et on récupère quelques euros !
Le Conseil Municipal a donc voté le déclassement du terrain qui était en domaine public, pour pouvoir le vendre au privé : ça c’est déjà fait !
Il faut aussi modifier le zonage du PLU pour que le terrain soit constructible en logements car il est actuellement situé dans une zone règlementairement dédiée à la construction d’équipements publics : le projet  de modification du PLU en cours d’enquête publique prévoit donc un changement de zonage permettant des constructions privées.
Mais comme le signale le comité de quartier St Michel, le lycée et le collège Berthelot, installés sur des terrains saturés et qui ne peuvent pas s’agrandir, ont des équipements insuffisants au regard du nombre d’élèves : le terrain qui supporte la piscine désaffectée est une nécessité pour installer les équipements qui font défaut, comme un gymnase par exemple.
Et les besoins de ce groupe scolaire vont encore augmenter car le quartier St Michel va gagner en habitant-es en se densifiant en logements: le PLU continue à encourager la mutation entamée il y a quelques décennies, les petits immeubles remplaçant au fil du temps les anciennes maisonnettes avec jardin. De plus le départ imminent de la clinique du Parc vers la nouvelle clinique de Quint, va libérer un terrain important où de très nombreux logements seront construits comme le prévoit la modification du PLU en cours d’enquête. Enfin, Jean Luc Moudenc a indiqué qu’il y aurait aussi des logements construits sur le site de la prison St Michel.
Dans un quartier dont la population va croître de manière importante dans les années à venir il faut se poser la question des équipements qui doivent accompagner les constructions de logements.
Et avant de céder cette ancienne piscine à un promoteur il faut que la Région, le Département, la Métropole et la Mairie qui sont tous partie prenante dans ce domaine entrent en relation pour s’accorder sur les besoins … et prendre les bonnes décisions … car construire des équipements sur le terrain de Berthelot devenu exigu du fait de la cession de la parcelle de la piscine Roger Pradié sera alors soit impossible ou coûtera in fine bien plus cher que le désamiantage d’un bâtiment !
Les clivages politiques ajoutés aux égoïsmes comptables des gestionnaires à la pensée unique permettront-ils ce nécessaire dialogue entre institutions ?
La Région se portera-t-elle acquéreur du terrain si la Mairie persiste à vouloir le vendre ? 
Casa Nova alerte en appui aux associations de quartier sur cet enjeu déterminant pour ce secteur de Toulouse.