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Le Capitole est-il devenu un marigot à crocodiles ?

Le Projet Crocodiles, vous connaissez ? Non ? 

Il s’agit de dénoncer les comportements sexistes et de raconter des histoires de harcèlement vécues au quotidien. Par un dessin sans concession mais dont l’humour est une source de finesse, Thomas Mathieu décrit les harceleurs, le plus souvent des hommes, comme des crocodiles dont les mots, les gestes constituent autant de marques de pouvoir et d’impuissance.  Il permet à tout un chacun de comprendre comment le sexisme ordinaire pèse sur chacun et chacune d’entre nous, comme la banalité du mal, l’anti-chambre de l’enfer.
Le dessinateur ne dit pas toutefois que tous les hommes sont des harceleurs en puissance, mais simplement qu’en tant qu’homme, il est difficile d’imaginer à quel point le sexisme ordinaire impacte la vie des femmes.
Pour vous faire votre propre idée, commencez par aller y faire un tour : http://projetcrocodiles.tumblr.com/ !
Mais aujourd’hui, nous ne voulions pas simplement vous vanter les qualités du trait de crayon de Thomas Mathieu et de cette démarche.
Nous voulons avant tout protester contre le report de l’exposition composée de plusieurs planches du Projet Crocodiles. Cette exposition sur bâche itinérante devait avoir lieu dans des lieux ciblés de la ville à l’occasion de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre. 

Parce que c’est faire preuve d’aveuglement devant la réalité des violences sexistes aujourd’hui.

Le travail de Thomas Mathieu s’attache à illustrer les problématiques des violences faites aux femmes dans toute leur complexité. Le sexisme ordinaire, ce n’est pas que des manifestations de violences physiques. Il s’incarne dans tous les aspects de notre vie quotidienne : au domicile, au travail, dans la rue, dans les urnes…
Si le dessinateur a un certain succès sur Internet, son œuvre de dénonciation du harcèlement et du sexisme ordinaire reste finalement assez confidentielle, et réservée à une sphère d’internautes initié-e-s, ou tout du moins déjà sensibilisé-e-s aux revendications féministes, même si son projet a été relayé dans un certain nombre de médias nationaux.
Nous ne pouvons que constater que la droite locale a fait le choix de la facilité : celui de détourner le regard, à l’instar des usagers des transports en commun qui ne réagissent pas devant une situation de harcèlement par exemple.
D’autant que, selon l’entretien que l’auteur nous a accordé le 22 novembre, il n’avait jamais été question d’exposer les planches dans le square Charles de Gaulle, ou sur l’espace public, comme cela a été écrit. La Mairie avait libre choix des dessins et ceux qui étaient retenus devaient faire l’objet d’une exposition sur bâche itinérante dans des lieux ciblés, intégrés dans une démarche encadrée de prise de conscience et de prévention.
Annuler l’exposition (l’auteur ayant été informé par d’autres personnes que la Mairie, c’est lui qui a fait l’effort de savoir ce qu’il se passait et personne ne lui a parlé de « reporter » l’exposition), ce n’est pas sérieux.

Parce que c’est irresponsable.

En 2013 en France, 121 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. La page Facebook dénonçant le harcèlement de rue à Toulouse, créée au début du mois d’octobre 2014, comptabilise déjà plus de 3 000 likes, et multiplie les témoignages de toulousaines et de toulousains victimes de harcèlements et d’agressions sexuelles dans le métro, dans nos rues, à toute heure du jour et de la nuit.
Confronté à ces chiffres accablants, Jean-Luc Moudenc fait le choix en toute bonne conscience de reporter l’exposition consacrée au Projet Crocodiles, parce qu’une élue réactionnaire de sa majorité, Madame Laurence Katzenmayer (Adjointe à la Famille, Petite Enfance et Crèches), s’est insurgée de la vulgarité de certaines planches : celles consacrées à dénoncer la lesbophobie et le viol conjugal.
Non M. le Maire, le travail de Thomas Mathieu n’est pas vulgaire : il nous livre sans œillère une vérité accablante de notre société, à savoir que les mécanismes de domination masculine persistent envers et contre tout, et que ces mécanismes produisent une violence inouïe, tant morale que physique – voilà où se trouve la vulgarité.
Quelle vulgarité d’ignorer la réalité de ces violences. Quelle indifférence face aux traumatismes subis jour après jour par les victimes. 
Mais une telle désinvolture ne nous étonne guère finalement de la part de M. Moudenc : Nous savons très bien que la lutte pour l’égalité femme-homme n’est pas une priorité de votre majorité qui n’hésite pas à associer des soutiens ardents d’Eric Zemmour avec les enfants de chœur du centrisme cassoulet. Nous n’avons pas oublié les propos nauséabonds de M. Arsac, Adjoint au Maire en charge de la Sécurité, lorsqu’il a mis en œuvre son arrêté sur la prostitution – qui renforce l’insécurité autour des femmes contraintes de faire le trottoir, oubliant que les véritables criminels, ce sont les réseaux qui les exploitent et les clients qui les abusent !
Nous n’oublions rien M. Moudenc. Nous tenons un inventaire détaillé de vos attaques à l’encontre des Toulousains et des Toulousaines.
Nous sommes féministes, et nous avons honte de votre comportement. En décrochant les images qui montrent la réalité que vous ne sauriez voir, comme tous les tartuffes, vous cautionnez tous les crocodiles dont les sifflements et autres violences de rue se mèlent aux cris d’orfraies des ouailles du Capitole. M. Moudenc, félicitations ! Vous êtes digne de figurer dans les dessins de Thomas Mathieu : à votre juste place, celle d’un crocodile.