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le couple Arribagé Platini accouche d’un monstre, les toulousains se coltinent le bébé !

On le sait, la publicité et le sport-spectacle font bon ménage. L’Euro 2016, grand-messe footballistique s’il en est, sera une manifestation criante de ce travestissement d’un noble loisir en machine à fric. S’il était déjà établi que la « mise à niveau » des équipements sportifs utilisés par l’Euro se ferait avec l’argent des contribuables, si nul n’ignorait plus que l’UEFA n’était tenue à aucune contrepartie financière envers les villes qui accueilleront les matches, on pouvait encore jusqu’ici se bercer d’illusions en espérant que Platoche et ses amis confineraient dans le Stadium les plus vulgaires manifestations de cette triste réalité : l’Euro, ce n’est plus du sport, c’est un spot publicitaire géant pour Coca Cola, Adidas et McDonald’s (1).

D’ailleurs, jusqu’ici, seuls les pigeons (qui ne peuvent pas tout garder pour le costume présidentiel) se laissaient aller à déposer leurs fientes sur nos briques classées aux monuments historiques. Certes, la mairie de Toulouse nous avait habitués à transformer la façade du Capitole en panneau d’affichage pour vanter les mérites des célébrités locales (marchand d’avions, économiste libéral, entraîneur retraité du Stade Toulousain…), mais toujours dans ce que l’on voulait être un grand élan spontané de ferveur populaire. Jusqu’ici, la publicité dégoulinait donc exclusivement sur les enseignes des commerces de la place du Capitole.


Mais voilà, avec un étron tricolore de 5 tonnes et 20 mètres de long, l’UEFA souille le centre historique de Toulouse.

On ne s’étonne plus de grand chose venant du monde du football professionnel. Qu’il se laisse aller sur l’espace public toulousain pourrait donc n’être qu’une goutte d’eau dans l’océan des malversations qui entachent le football mondial. Mais Michel Platini dont le sens tactique et l’opportunisme sont unanimement reconnus, avait-il besoin d’étaler son mauvais goût en manœuvrant (avec la connivence de la Préfecture et de la Mairie) pour faire installer cette indécente, inutile, contre-productive et illégale publicité en plein centre historique de Toulouse ?

Inutile, car on ne voit pas ce que l’UEFA ou la Ville pourraient gagner en notoriété avec cette ridicule intervention. A moins qu’il ne s’agisse pour Platini de marquer son territoire en levant la patte contre les arbres du square De Gaulle?

Indécente, car l’énormité, la nature, et la trivialité de l’objet, rappelant les scandales qui font l’actualité du football, planté au cœur historique la Ville et ridiculisant le mémorial voisin de Jaurès, ne peut en aucun cas inspirer le respect. Indécente parce que la très riche Union des Associations Européennes de Football, qui distribue en Europe la manne de la FIFA, réussit le scandaleux exploit lors de l’Euro 2016 de ne payer aucun impôt dans l’Hexagone, au moment ou l’on demande notamment aux Français de « se serrer la ceinture ». On notera également au passage l’indécence qu’il y a à faire appel au bénévolat pour faire tourner cette machine à fric, et l’indécence de la Mairie qui relaie les appels au bénévolat.

Contre-productive, car la nature incongrue de cette cocarde footballistique vulgaire ne peut que stigmatiser le monde du foot et ses aficionados. Les enfants usagers de l’aire de jeu voisine ne manqueront pas non plus de relever que l’objet n’est pas destiné à leur plaisir, puisqu’il leur est expressément interdit d’y grimper. Les cyclistes, enfin, auront constaté que la mairie n’a pas hésité à faire place nette des appuis-vélos qui occupaient l’espace aujourd’hui dévolu au machin.

Illégale, car le bidule est une publicité déguisée, comme chacun peut le voir. Or la publicité est interdite dans le périmètre d’un Secteur Sauvegardé !
Pour contourner la loi, avec la connivence de la Préfecture (gardienne du temple en la matière) et de la Mairie (qui a outrepassé l’éthique et les règles démocratiques en installant la chose avant que le Conseil Municipal ne délibère), on a donc décrété que la chose était une œuvre d’art. Pas moins. Cependant, la qualifier reste difficile pour le commun des mortels, notre journal local lui-même peinant à décider s’il s’agit d’une « sculpture » ou d’une « statue », quand d’autres pourraient y voir une « installation » !
L’UEFA aurait au moins pu faire l’effort de faire signer son « oeuvre d’art », fut-ce par un étudiant en première année des Beaux Arts, pour labelliser le truc. Mais elle ne s’est pas donnée cette peine, tant la morgue et l’inculture sont sa marque de fabrique !
De ce fait on pourrait attaquer au tribunal administratif, avec des chances de succès.(2) Las, la rouerie des avocats de l’UEFA ou de la Ville, combinée à la toute relative célérité de l’appareil juridique français, aboutiraient sans nul doute à un jugement rendu bien après la publication du palmarès de l’Euro !

Indécente, inutile, contre-productive et illégale, donc, mais aussi dispendieuse, malgré les affirmations de la députée et conseillère municipale Laurence Arribagé. Cette dernière, qui en l’occurrence fait preuve d’un sens de l’harmonie et de la composition urbaine aussi aiguisé que celui de Michel Platini (ce machin aurait pu en toute légalité être installé à proximité du Stadium… ou ailleurs que dans le centre historique), déclare en effet benoitement que la Ville n’a pas acheté cette cocarde et que «quand ça coûte aux Toulousains, [elle] refuse». Mais ça coûte Madame, ça coûte ! Car si la maintenance d’une publicité est due par son promoteur ce n’est pas le cas pour une œuvre d’art (ben oui faut savoir, c’est une pub ou une œuvre d’art ?) et donc si c’est une œuvre artistique, la Ville en l’acceptant en doit en assurer la maintenance et la pérennité. Ce qui veut dire que si la chose est tagguée (et comment résister à la tentation d’y graver un « I love Platoche »?), souillée par les pigeons du square (ce qui ferait ton-sur-ton) ou endommagée, c’est le contribuable Toulousain qui mettra la main à la poche pour sa remise en état. Il a également fallu payer pour la dépose des appuis-vélos supprimés pour faire de la place au bouzin, et nous espérons au passage que l’on ne décidera pas ultérieurement de faire l’économie de les remettre en place.

L’UEFA se fait donc un coup de pub à moindre frais. Et la mairie s’en fait complice, sans se demander si les usagers de l’espace public ont quelque chose à y gagner ou à y perdre. Pire, les élus ont comme à l’accoutumé choisi de se contenter de suivre en tous points l’UEFA, sans se saisir de l’opportunité qui leur était offerte de faire de l’Euro une véritable fête populaire associant réellement les toulousain-es.

Pour Casa Nova, cette histoire n’est qu’une démonstration supplémentaire d’une confusion généralisée et cyniquement entretenue entre bien public et intérêts privés, entre sport et spectacle, entre culture et coup de pub. Il aura fallu 5 tonnes et 20 mètres pour donner la mesure du mépris de la majorité municipale pour ses administrés. Les toulousains ont maintenant un an, jusqu’à l’Euro, pour faire savoir ce qu’ils pensent de cette horreur. En la contestant politiquement comme le fait Casa nova, en en détournant l’usage (quelle magnifique pissotière ! ), en rendant mépris pour mépris à ceux et celles qui ont conçu et autorisé cette verrue bleu-blanc-rouge.

 

(1) Mais aussi pour la SNCF (qui ferait bien de se concentrer sur son rôle dans l’aménagement du Territoire), le Crédit Agricole (qui ne nous fera pas oublier qu’il installe d’immondes repoussoirs à SDF devant ses agences), ou Continental (qui pourra faire un plan social de plus pour financer son « partenariat »)…

(2) Mais sans certitude puisque JC Decaux a créé un précédent magistral en faisant triompher l’interprétation juridique sur le sens commun : ses panneaux publicitaires n’en sont pas dans la mesure où ils portent de la publicité municipale ou seulement le logo de la Ville, ils deviennent ainsi du mobilier urbain !