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Le cours Dillon, rencontre dommageable entre le patrimoine et le dioxyde de carbone

Comprendre et s’approprier les espaces urbains Toulousains

Toulouse,comme toute ville millénaire,est constituée d’un tissu urbain marqué par des interventions et des aménagements successifs qui laissent traces , marques , cicatrices, blessures ou plaies urbaines en fonction de leur nature et de leur ancienneté .

Ces juxtapositions ou ces empilements cicatriciels participent à la constitution de la ville entre espaces publics et lieux privés .

Même si ces traces sont visibles, elles n’en sont pas pour autant compréhensibles au premier coup d’œil tant elles sont le résultat de tractations, de décisions et de mises en œuvre souvent complexes  rarement connues et jamais réellement partagées .

Nous traversons tous les jours des espaces ou des bâtiments publics : généralement sans les voir vraiment, mais en les subissant et en les critiquant,bien rarement en les comprenant.

Casa Nova publie une série qui présente des lieux et des espaces publics fréquentés de Toulouse, en expliquant :

  • ce qu’ils étaient
  • quel est leur rôle dans la ville ,
  • pourquoi ils sont ainsi aujourd’hui,
  • comment ils auraient pu être
  • ce qu’ils peuvent devenir.

Décoder pour aider à la compréhension …  dépasser le viscéral et l’émotionnel de nos  comportements .

Partager du raisonnement et de l’intelligence collective pour mieux faire face aux crispations que génèrent les aménagements urbains qui jalonnent notre quotidien.

Ainsi posons nous des bases de la co-conception des espaces publics à venir, par l’analyse raisonnée de réalisations récentes .

Aujourd’hui nous ouvrons la série :

Le cours Dillon, rencontre dommageable entre le patrimoine et le dioxyde de carbone .

Simple promenade en bord de Garonne, avec un modeste dispositif d’abordage pour les bateaux, le quai des Ormes était un lieu agréable et très fréquenté en 1700.
En 1756, pour parer aux inconvénients des crues, l’archevêque Arthur Richard de Dillon fit construire une levée de terre, bientôt transformée en agréable promenade, lieu de repos et de distractions : un fénétra  (une festivité purement toulousaine datant des gallo romains) s’y tint longtemps.

Le Fénétra du Cours Dillon
Le Fénétra du Cours Dillon

Paradis des piétons en 1872 (il fut interdit de le parcourir à cheval), le cours Dillon donnait depuis 1844 sur la prairie des Filtres par un escalier à double révolution.
Un théâtre de plein air trônait au milieu de la promenade. On y fit des courses cyclistes, les premières foires de Toulouse, des fêtes de gymnastique … et avant 1914, en fin d’année scolaire, on y faisait la distribution solennelle des prix et certificats aux élèves des écoles laïques. Le Stade Toulousain y a même joué ses premiers matchs.
En 1940, guerre oblige, on installa des baraquements pour recevoir les réfugiés et en janvier 1941, une cantine de la Croix Rouge, la « cloche », ou le cap des deux millions de repas servis fut atteint au 18 novembre 1943.
Au début des années 50, on tenta de redonner au cours son aspect antérieur et en 1961, le projet d’y établir un atelier d’urbanisme tourna court.
La grille qui contrôlait son accès depuis 1784 fut déposée après les grandes inondations de 1875 : elle est actuellement installée au Grand-Rond.

Aujourd’hui

La prairie des filtres qui, à la sortie de la guerre, était plus proche du terrain vague que d’un espace urbain, a été peu à peu aménagée en espace vert de loisirs en bord de Garonne : on y organise maintenant le festival Rio Loco, on y installe Toulouse-plage ainsi que divers événements de plein air. C’est la partie facile à aménager du plan de reconquête du fleuve annoncé par Dominique Baudis puis par les élus successifs.
A contrario, le cour Dillon est devenu un espace utilitaire colonisé par la voiture selon les dogmes des années Pompidoliennes d’adaptation de la ville à la voiture : ainsi la promenade de la rive gauche s’est muée à la fin du 20e siècle en un espace utilitaire de stationnement à disposition des activités riveraines, notamment les Cliniques des Teinturiers et du Cours Dillon.

Cours Dillon vu depuis l'entrée côté place du Fer à Cheval. Crédit PM
Cours Dillon vu depuis l’entrée côté place du Fer à Cheval. Crédit PM

Dans la partie Nord du mail planté  un terminus de bus vint compléter en toute illégalité l’organisation du parking.

Cours Dillon partie Nord - Crédit PM
Cours Dillon partie Nord – Crédit PM

 

Des installations publiques sauvages et illégales

Le cours Dillon est un site inscrit au Patrimoine : son mur, côté Garonne, est inclus dans le site classé de la Garonne et il est adossé au Pont Neuf, monument historique classé .
Il est en co-visibilité avec plusieurs monuments historiques (Hôtel-Dieu, Château d’eau)
Par ailleurs, les alignements de platanes du mail sont des espaces boisés classés au Plan Local d’Urbanisme  (PLU) .
De cette situation, il résultait que les autorisations d’urbanisme administrativement nécessaires pour établir la gare de bus ou le parking n’avaient et n’ont encore aucune chance d’aboutir favorablement compte tenu des avis à obtenir de la part des services de l’État , du Département et de la Métropole.

L’installation de cette gare fut donc opportunément réalisée par les instances locales en force et en illégalité, en ne déposant aucune autorisation (l’ignorance a des vertus)  Les services de l’État si prompts à brandir la qualité du « miroir d’eau » de la Garonne et la fragilité de la colonie de martinets pâles qui nichent à proximité (plombant de ce fait la réalisation d’une continuité piétonne en bord de Garonne) furent atteint durablement d’une totale cécité quant aux aménagements routiers sur la moitié de la surface du Cours Dillon.

En ce début du 21ème siècle le statut du cours Dillon va évoluer

La rue Laganne dans sa partie sud a vu au fil des opportunités foncières des opérations immobilières de collectifs constituer un front de rue densifié , puis les cliniques ont quitté l’une après l’autre le site pour laisser la place à des logements de standing.
Les cliniques riveraines du cours Dillon s’étant donc éloignées , le métro et le tramway le desservant de part et d’autre , les opérations immobilières possédant leurs propres stationnement,la nécessité du parking est de moins en moins moins évidente .
Le discours sur la reconquête du fleuve et de ses rives s’intensifiant, la présence sauvage de la gare bus va devenir de moins en moins soutenable  car au delà des considérations juridico administratives , une promenade sur le cours Dillon fait prendre conscience de l’anachronisme de ce résidus de l’idéologie routière.
Le Professeur Busquets ,appelé par Pierre Cohen et confirmé dans son expertise par Jean Luc Moudenc avait dès sa première approche sur Toulouse stigmatisé cette anomalie en proposant une réhabilitation des lieux et un usage exclusif des modes doux sur le cours Dillon.
En supposant que la gare bus en centre ville soit indispensable  il suggérait aussi  de la  transporter sur les allées Charles de Fitte , au croisement de la rue des Arcs Saint Cyprien ou effectivement il y a une possibilité d’installation plus soutenable..
Mais pour cela le pouvoir municipal actuel doit faire preuve de discernement en confirmant la suppression de la circulation de transit en centre ville ,en s’attaquant à l’aménagement de l’axe Metz République en priorisant les transports en commun et en ré ménageant les allées Charles de Fitte qui ressemblent plus à un aérodrome qu’à un boulevard urbain !

Après la disparition des gares bus de la place du Capitole , puis d’Esquirol, la reconquête du Cours Dillon reste à effectuer … En tout cas, CASA NOVA la réclame.

Cours Dillon - Crédit PM
Cours Dillon – Crédit PM