Le grand contournement du réel

Lors de la campagne municipale, Monsieur Moudenc a mis en débat l’enjeu des embouteillages sur le périphérique toulousain… non pas à travers une réflexion mettant en avant le développement des transports en commun, des transports interurbains, du maillage de l’aire urbaine qui permette de réduire le recours à la voiture personnelle sur le périphérique.

Non, bien au contraire, M. Moudenc a proposé une deuxième rocade qui permettrait de capter le trafic de transit (à différencier du trafic local).

Ce projet nous semble inefficace et inadapté aux enjeux en matière de mobilités, de santé publique et d’environnement.

Tout d’abord est-ce une deuxième rocade ou un contournement autoroutier dont nous parle M. le Maire ?

Deuxième rocade ou contournement autoroutier ?

En effet, lorsque M. Moudenc parle d’une 2ème rocade il fait une erreur que nous pensons volontaire pour ne pas utiliser le terme plus adapté de contournement autoroutier.

Une deuxième rocade (ou un 2ème périphérique) est une infrastructure qui doit passer à proximité de l’existant. En d’autres termes à moins de 10-15 kilomètres.

Vous en conviendrez, c’est impossible sur l’agglomération toulousaine sauf à la faire passer sur les toits des immeubles et des pavillons, ou bien à moins d’exproprier des habitant-es.

Donc, M. Moudenc nous parle en réalité d’un contournement autoroutier qui, lui, passera à environ 25-30 kms du périphérique existant. Ce qui est logique (dans la logique de M. le Maire) s’il souhaite écarter le trafic de transit du périphérique actuel. Voilà donc ressorti du placard un dossier qui a été rejeté en 2008 par le Ministre Monsieur Borloo (du même bord politique que M. Moudenc) suite au débat public. L’un des arguments invoqué fut l’opposition entre ce projet et le Grenelle de l’environnement.

Pourquoi un contournement alors ? M. le Maire indique que ce contournement permettrait de capter le trafic de transit qui serait la principale cause de l’engorgement du périphérique aux heures de pointe.

Or, le transit dont il parle ne correspond qu’à 10 % du trafic sur le périphérique et n’est pas en outre le trafic majoritaire aux heures de pointe c’est à dire aux heures pendant lesquelles les embouteillages sont massifs.

Une solution donc inadaptée à la problématique actuelle : les nombreux déplacements au sein de l’agglomération vers Toulouse. Mais au fait où passerait ce contournement ?

Toi aussi, dessine ta deuxième rocade pour Toulouse

Une infrastructure qui passerait où ?

M. le Maire l’a indiqué, ce contournement concerne l’Est de Toulouse. Pour être plus précis, cette infrastructure passerait vers Verfeil et le Lauragais au détriment de terres agricoles et d’espaces de biodiversité.

Le débat public avait déjà fait ressortir les risques d’une telle infrastructure pour l’agriculture locale et avait trouvé parmi ses opposants la Chambre d’agriculture.

Il est assez remarquable d’ailleurs de voir que M. Moudenc réduit le budget alloué au bio dans les cantines toulousaines sous prétexte qu’il n’y a pas assez de bio local et que dans le même temps il envisage de construire une autoroute à la place de champs sur lesquels pourrait être cultivé… du bio.

Mais non, alors qu’aujourd’hui l’heure est au développement de circuits courts, d’une agriculture de proximité, M. Moudenc choisirait de détruire ces espaces pour une infrastructure inutile et que peu de véhicules emprunteraient notamment parce que cette infrastructure serait mise en autoroute concédée payante. Justement qui financera cette infrastructure ?

Quel(s) financement(s) ?

M. Moudenc a demandé l’inscription du contournement dans le cadre du Contrat de Projet Etat Région 2015-2020 afin que d’autres collectivités locales et l’Etat participent au financement de cette promesse de campagne.

La priorité par exemple du Conseil régional doit-il être la poursuite d’un soutien fort au réseau régional ferroviaire et à la rénovation de certaines routes (comme la RN126) ou de soutenir un contournement autoroutier dont le principe rappelons-le a été rejeté en 2008 suite à un débat public ?

La priorité au sein d’un CPER ne devrait-il pas être de financer les transports en commun ? Les collectivités locales ne pourraient-elles pas soutenir en complémentarité avec le train des aires de covoiturage pour réduire l’utilisation individuelle de la voiture ?
Ne faut-il pas utiliser le CPER pour développer le fret ferroviaire ?

Faut-il rappeler qu’un 1km de rocade c’est environ l’équivalent de l’exploitation de 10 lignes de bus/an ?

Lorsque l’infrastructure sera construite, ce contournement deviendrait une autoroute concédée payante et ne coûterait rien selon M. le Maire aux collectivités locales.

Nous avons dû mal à y croire. En effet les exemples d’autoroute concédée dont le flux de véhicules est moindre que celui prévu (pour «vendre» le projet) par le concessionnaire et qui implique donc l‘augmentation de la subvention d’équilibre ne manquent pas.

Les collectivités devront sans doute remettre au pot, au détriment de dépenses plus prioritaires.

De plus qui peut penser que les gens passeront par cette autoroute de contournement alors même qu’ils pourront toujours emprunter gratuitement le périphérique Toulousain ?

Nous pensons que le chemin emprunté risque de nous conduire droit dans le mur. Alors que l’urgence environnementale commande de faire des choix pour réduire l’utilisation de la voiture, voilà que M. Moudenc nous parle d’une deuxième rocade payante.

Si nous ajoutons à cette promesse de campagne les décisions récentes sur les abonnements Tisséo, la Liaison Multimodale Sud-Est nous constatons que le développement des transports en commun n’est pas une priorité pour Jean-Luc Moudenc.

Il est temps de ranger cette promesse dans le placard dans lequel elle a été mise dès 2008 suite au débat public afin de redonner toute sa place au développement des transports en commun et construire un maillage territorial cohérent.