Le Marathon des mots en l'air de Toulouse

Le Marathon des mots en l’air

Au pays du stade toulousain, on vient, on lit, et on s’en va…

C’est une réaction salutaire que la tribune publiée par plus de cent artistes toulousains, critiquant le caractère hors sol, artificiel et artificieux, de ce « Marathon des mots » qui revient à Toulouse chaque mois de juin.

Cette manifestation très « VIP », est l’exemple même de la coquille vide culturelle, et disons-le : c’est une erreur de l’équipe de Pierre Cohen de ne pas y avoir remédié, sans doute intimidée devant le cortège de stars débarquant sur la ville quelques heures pour lire quelques pages et toucher des cachets exorbitants. La gauche a sans doute eu peur de recevoir en boomerang les voix outrées des orateurs qui auraient été privées de lectures de vingt minutes devant un public clairsemé.

Pourtant il y aurait eu bien mieux à faire avec ces moyens. C’est une occasion manquée. La droite revenue, qui a inventé ce festival, s’en délestant sur une gestion privée comme d’habitude, et s’en lavant les mains, le remettra t-elle en cause au nom de la rigueur ? On peut en douter. La rigueur ce n’est jamais pour les VIP…

Ce Marathon est une opération bien montée de captation de crédits, masquée derrière des faux airs de culture généreuse et ouverte sur le monde (cette année on fait référence à la lutte démocratique des Stambouliotes, rien que ça). Mais elle n’a aucun sens identifié dans cette ville qui est considérée comme une piste d’atterrissage et un « grand compte ». Elle est une opération qui débarque, repose sur des présences médiatiques en produits d’appel pour le mécénat. Les réseaux y jouent à plein pour partager le bon plan toulousain…

Cette manifestation n’a tissé aucun lien conséquent avec la ville, n’y a suscité aucune dynamique particulière.

Le principe même de la manifestation est contestable. Les stars de cinéma qui viennent n’ont pas eu à travailler. Elles lisent quelques pages dans un beau lieu, et s’en retournent prendre leur avion. Autant organiser des séances de signatures d’autographes. Le résultat est une fréquentation modeste, le Marathon des mots ne parvenant pas à devenir un moment toulousain porteur de sens. Ces moments d’écoute sont purement de consommation. Il ne s’y passe pas grand chose, ni avant, ni pendant, ni après, sauf la présence de la Star. Cette année, le sulfureux Houellebecq, qui semble légitimer toute l’opération mais a posé un beau lapin de diva. La littérature mérite sans doute mieux que la flatterie de pulsions midinettes.

Le budget de cette opération culturelle contestable, d’abord parce qu’on peut se demander si la littérature est faite pour être lue à voix haute devant un public, ce qui se discute (mais où a lieu cette discussion sur la littérature justement ?) est d’un demi million d’euros. Avec une telle somme annuelle on pourrait réaliser des miracles… Créer des dynamiques permettant un travail de fond sur l’année autour d’ateliers d’écritures par exemple, créer une convergence entre ce travail de terrain et la rencontre en effet d’écrivains confirmés et du monde de l’édition. Au lieu de cela nous avons une opération Show room mondaine, devant un public passif, dont on ne bouge aucune ligne.

La tribune des écrivains locaux est positive et encourageante. Il est temps qu’ils s’emparent de la cité, et de sa politique culturelle. Nous avons là un beau signe de disponibilité pour une autre vision de Toulouse.