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Les bancs publics …bancs publics … (pas toujours sympathiques)

Le banc joue un rôle particulier dans l’espace public, il est un marqueur de nos sociétés : signe de l’amabilité , du repos, de l’accueil, du partage, de la convivialité ,  du moment de relâche  … Mais aussi de l’attente , du manque , de l’angoisse , de la solitude … il permet aussi l’excès , la déviance , la marginalité …
Il est libre ou occupé, bien ou mal placé, propre ou sale, confortable ou spartiate… mais il marque toujours un endroit d’accueil et d’agrément dans une pratique apaisée de l’espace public .

Ainsi l’affaire d’Angoulême a t elle pris une ampleur particulière, car c’est l’image d’une cité en particulier , mais aussi de toutes nos villes en général, qui est a été mise à mal.

Ubu à Angoulême

Le cas d’Angoulême est le résultat d’un empilement de stupidités que nous balaierons assez vite pour évoquer d’une manière plus générale la question des bancs et de sièges dans nos espaces publics.

A Angoulême c’est la conséquence de mauvaises décisions et d’exécutions contestables qui ont abouti à une situation Ubuesque.

La question de départ est banale et récurrente : des commerçants (ou des riverains)  se plaignent de la présence d’individus « indésirables » sur des bancs publics, risquant de porter atteinte à leur chiffre d’affaire dans une période ou celui ci devrait être optimal.

Les pouvoirs publics choisissant de répondre à la requête riveraine et à défaut de s’attaquer à une solution pérenne qui éviterait cet état de fait (voir ci après) auraient pu réagir à divers niveaux : médiation , police , ou simple démontage des bancs .

Il n’y a rien en effet de plus facile que de démonter ou déplacer un banc , celui ci n’étant relié à aucun réseau, on peut en outre les récupérer et les disposer ailleurs.
La décision prise par le Maire d’Angoulême a été autre : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Il fut donc décidé de transformer ces bancs en « sculpture » : encager l’ensemble dans un parallélépipède grillagé que l’on remplit de cailloux ; ça s’appelle un gabion et on en utilise couramment comme murs de soutènement ou comme clôture.
C’est une solution plus onéreuse que le déplacement des bancs, plus démonstrative et stigmatisante , mais peut être était ce l’objectif de la Mairie ?

Là ou l’affaire devient croustillante, c’est dans le timing de la mise en œuvre du gabion : l’entreprise, certainement pressée pour que les commerçants aient  « place nette » pour les fêtes, lance les travaux rapidement, met en place le grillage dont elle dispose… mais pas les cailloux (car en période de fête elle n’a pas du trouver fournisseur) et au lieu de donner à voir une sorte de clôture de cailloux que chacun aurait « apprécié » … c’est une cage en grillage caricaturale autour des bancs , aussi provocante qu’incongrue qui est laissée à la vue de tous !
D’où un aménagement incompréhensible , et stupide qui a entraînè (bien heureusement) les réactions saines d’une partie de l’opinion.
Voilà pour l’affaire « clochemerlesque » d’Angoulême .

De la place pour tous, une solution

Mais saisissons l’occasion d’aborder la question d’une manière plus générale, telle qu’elle se pose régulièrement dans nos villes grandes ou petites, dont Toulouse.
Lors qu’il y a un petit nombre de bancs dans un lieu public , généralement agréable, il arrive que des marginaux, des SDF,  des « djeunes » ou des groupes divers s’installent, parfois bruyamment ,souvent longuement, toujours inhabituellement et provoquent des réactions de rejet de la part des riverains, réactions auxquelles tous les Maires ont eu à faire face  puisque l’espace public  est de leur compétence .
Il s’agit là d’organiser et de gérer le domaine public, de le rendre aussi aimable et aussi harmonieux que possible,mais sans exclusion caractérisée car au delà de la question éthique ou morale ,c’est illégal : des arrêtés pris par des Mairies en ce sens ont été retoqués .

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Le réflexe primaire des pouvoirs publics est double :

- D’abord demander aux services d’installer des bancs sur lesquels les marginaux sont mals à l’aise. Mais les postérieurs humains étant sensiblement identiques … l’exercice révèle que si le banc n’est pas aimable pour les indésirables , il ne l’est pas non plus pour tous les autres …  tout au plus peut on élaborer des modèles de bancs sur lesquels on ne peut pas s’allonger mais seulement s’asseoir.
Naturellement cela ne résout rien.
- Le Maire demande alors à ses services de retirer les bancs (1)… rendant le site moins aimable pour tous … et pas seulement pour ceux que l’on voulait éloigner .

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Pourquoi ne pas penser autrement ? En termes d’élargissement à tous de l’espace public.

En effet , si dans un endroit agréable , il n’y a qu’un petit nombre de bancs ou de sièges, il est évident qu’il suffit de quelques indélicats pour que l’ensemble des sièges soient occupés et soustraits aux riverains ou aux passants.

Si en revanche on installe un nombre de bancs conséquent (5 , 10 , 20 ou plus suivant le site …) les indélicats occuperont un ou deux bancs mais il en restera un nombre suffisant pour les autres usagers.
De ce fait une cohabitation peut s’installer sans que l’un ait à chasser l’autre : un petit effort bilatéral, éventuellement aidé par une légère médiation (qui existe déjà dans les espaces verts) et le problème est en voie de résolution, sans violence ni stigmatisation, et permet de se rapprocher de l’objectif d’espaces publics accueillants pour tous .

Cette solution de multiplication des sièges n’est pas onéreuse pour les Villes : un banc ne coûte pas (forcément) cher à l’achat , encore moins à la pose , et c’est facile à déplacer ou à réutiliser d’un site à l’autre .

Enfin , quand il y a des cas de cohabitation difficiles, ce qui peut survenir même en contexte de médiation, il existe des solutions douces . A Copenhague par exemple, on peut entendre de la musique classique dans certains lieux publics critiques du centre ville : en effet les « junkies » ne la supportent pas … et même Vinci en France et à Toulouse utilise cette technique de répulsion aimable dans ses parkings… Certains membres de CASA NOVA ne supportent pas !

Créer le conflit pour crier au loup, la stratégie conservatrice urbaine

Tout cela permet donc de dire que si dans certaines Mairies on supprime ou on transforme l’aimable banc public en objet à caractère répressif et stigmatisant, c’est par volonté délibérée d’irriter la phobie sécuritaire par tactique électoraliste… car les solutions existent pour gérer de manière apaisée ces conflits bien normaux dans les lieux publics.

A Toulouse nous voulons que nos lieux publics, en dépit des difficultés de cohabitation, deviennent de plus en plus accueillants et non de plus en plus réprimants.
Il n’est pas interdit d’essayer l’intelligence plutôt que l’intimidation.

Casa Nova souhaite à tous des bancs en grand nombre dans nos lieux publics … dès 2015.

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(1) nous n’évoquons pas les cas honteux ou des clous, des herses ou des piquants qui ont été installés sur les bancs, en pure provocation.

 

Photos : Casa Nova