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Les contes de la Cour des Comptes : nos chers lycées

L’éducation n’a pas de prix, mais le lycée coûte trop cher selon la Cour .

La cour de comptes fait un constat sévère dans son rapport rendu public mardi 29 septembre 2015, relatif au coût des lycées .
La mission de la cour des comptes est de «  s’assurer du bon emploi de l’argent public et en informer les citoyens »
Elle est donc dans son rôle quand elle pointe un déséquilibre avec les autres pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE), la France dépensant 26 milliards d’Euros par ans pour les lycées, soit 18,6%du total consacré à l’éducation, un lycéen Français coûtant 10102€ contre 7347 en moyenne dans les autres pays de l’OCDE.
Ceci étant dit, là devrait s’arrêter son intervention, les citoyens et le gouvernement étant informés de cet état de fait.
On peut déjà se demander quelle est sa légitimité pour citer à titre informatif l’observation du Programme International de Suivi des Acquis des élèves (PISA) qui met en exergue ce déséquilibre Français en faveur du lycée, alors que nos voisins favorisent le primaire , là ou tout se joue selon certains.
Mais là ou ça dérape vraiment, c’est quand cet aréopage de comptables se met à expliquer qu’il faut moins d’heures de cours, moins d’établissements, moins d’options et simplifier le baccalauréat .
Cela part sûrement d’un bon sentiment, comme le souligne l’analyse l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, qui constate que « de fait notre système privilégie les élites, leur renouvellement, voire leur élargissement ».
Mais alors même si cette remarque est vraie, elle devient suspecte du fait qu’elle est formulée non par une instance experte mais par la Cour des Comptes : quelle est la compétence de ces comptables pour donner des conseils en matière d’enseignement et de son organisation ?
laviemoderne( voir sur www.laviemoderne.net, le blog de Loys Bonod, « Le fabuleux rapport de la Cour des comptes ». ) http://www.laviemoderne.net/grandes-autopsies/52-le-fabuleux-rapport-de-la-cour-des-comptes
Certes n’y a pas péril en la demeure,la situation du gouvernement et les échéances électorales nous mettant « à l’abri » d’une restructuration de notre système d’enseignement, qui n’a d’ailleurs pas encore assimilé les dernières réformes.
Mais si nous étions dans une conjoncture différente, les « conseils » de la Cour des Comptes  qui sont presque des injonctions pourraient alors à bon ou mauvais escient être suivis des faits.
Car en effet et élargissons la problématique au delà de l’Éducation Nationale, comment se fait il que cette instance de vérification des comptes publics se soit depuis quelques années transformée en un service aux compétences multiples qui revendique des expertises dans tous les domaines en préconisant des politiques publiques à l’endroit du gouvernement et en lieu et place des instances expertes .
Et bien très insidieusement parce que nous sommes rentrés dans une période de libéralisme sans retenue avec son corollaire : la finance et ses instances comptables dirigent le monde. 
Ainsi jadis cantonnés dans leur rôle, les experts en comptabilité se parent maintenant de toutes les compétences et revendiquent une expertise universelle, la Cour des Comptes en étant un exemple.

Au point que les seuls critères quantitatifs sont pris au sérieux par nos dirigeants à la pensée unique, au détriment de tous les critères appréciatifs : exit ou au second plan, tout ce qui ne peut pas être évalué de manière binaire, les disciplines artistiques, culturelles, la littérature…
Mais soyons comptables à notre tour :il y a donc là pour nos dirigeants qui cherchent à dégraisser le personnel des ministères une opportunité à la Cour des Comptes puisque celle ci au delà de ses missions de vérification comptable consacre une grande partie de ses ressources à expertiser des domaines qui ne sont pas les siens.
En limitant strictement la cour des comptes à  sa mission qui est de « s’assurer du bon emploi de l’argent public et en informer les citoyens » il serait certainement possible de déplacer nombre de personnes zélées affectées à des tâches qui ne regardent pas leur administration (enfin pas plus que vous et moi ) vers de ministères qui eux manquent de moyens pour assurer leurs missions.
Voila une modeste contribution de Casa Nova pour une remise à l’endroit de ce qui fonctionne à l’envers : en l’occurrence la Cour des Comptes.