Marchandisation petite enfance

Les entreprises de crèches, à l’affut de la marchandisation de l’éducation toulousaine

Dans notre réaction aux attentats djihadistes, nous avons insisté sur le caractère radical de la petite enfance pour rassembler, dès le plus jeune âge, et entrainer les familles dans une démarche laïque, qui imprègnera leur propre travail éducatif. Mais voilà… Encore faudrait-il se doter d’outils de services publics audacieux tournés vers ces objectifs. Ce qui signifie d’abord de résister à la marchandisation du social et de l’éducatif. Et dans le cas de la petite enfance aux entreprises de crèches, ces investisseurs à but lucratif qui tentent de se substituer aux solutions publiques et loi 1901.

Non au PPP, pillage public planifié

Dans son programme le Maire de Toulouse, libéral, promet de développer le « partenariat public privé » pour répondre aux besoins de garde. Jouant ainsi le rôle politique par essence de la droite : ouvrir la  voie à de nouveaux champs d’accumulation du capital pour les « sien-nes ». Pour l’instant, ce projet bloque, car nous sommes en contexte de pénurie financière des collectivités, que les PPP (partenariat public-privé) sont contestés et que la petite enfance privée est très chère.

Ceci n’empêche pas les fonds privés d’essayer de percer dans la ville. Les groupes privés sont, comme pour les maisons de retraite, des créateurs de profit individuel bénéficiant de la manne publique (selon le principe capitaliste de la privatisation des bénéfices et de la  socialisation des pertes). Ils touchent ainsi l’aide de la CAF pour chaque place. Le libéralisme dit détester l’Etat. En réalité il l’aime, quand il peut s’en servir comme pompe : tarification très lucrative, et utilisation d’un bâtiment rubis sur l’ongle.

Le but logique de ces groupes (ce n’est pas moraliste de le dire, c’est la loi du marché), comme Bébé Bizz, La part de Rêve, Babilou, qui essaient de se développer à Toulouse,  c’est l’accumulation privée en proposant parfois même des « franchises ». Des hamburgers et des enfants, ce sont finalement des objets d’un marché, comparables comme tels. Nous n’en voulons pas à ces investisseurs : ils-elles jouent leur logique d’entrepreneuriat. Mais c’est aux élu-es de dresser des barrières devant l’extension du monde de la marchandise.

Cette accumulation privée ne saurait être neutre : elle induit soit de pratiquer une politique de déqualification de l’encadrement des enfants, qui est difficile (puisqu’il y a des normes strictes et que le décret Morano, flexibilisant les crèches, a été abrogé), soit d’obtenir des  entreprises, usager-es, ou collectivités réservataires ou confiant leur service en délégation, des coûts exorbitants. Ainsi une place à l’année coûte pour l’usage autour de 8000 euros, contre 5000 euros de coût pour un service public et moins encore pour une association non lucrative.

Le « PPP » ici et ailleurs, c’est nécessairement le Pillage du Public Planifié.

L’éducatif réduit au « label »

Sur le plan de la qualité de l’accueil, évidemment  le souci de rentabilité va pousser à coller avec le minimum requis. Mais il faut ajouter un autre élément fondamental : ces entreprises de crèches sont dirigées  par des investisseurs privé-es qui n’ont aucune vocation éducative ou sociale mais sont des entrepreneurs et entrepreneuses recherchant un process qui permette de dégager des excédents convertibles en dividendes .  Leur légitimité est la mise de fonds. Autant dire qu’ils-elles conçoivent l’accueil à partir du « modèle économique » pour parler dans la langue de ces bonnes gens.

Certes, ces entreprises, qui connaissent le marketing, se réfèrent à des «labels» (y compris le green-washing).  Mais qui conçoit ces «labels» si ce ne sont d’autres acteurs privés (et parfois simplement un regroupement des labellisé-es) ? Et que dire de cette manière de pratiquer l’éducatif par check-lists ? Ce n’est pas là qu’on pourra trouver les expériences non valorisables financièrement d’accompagnement à la parentalité, ou de mixité sociale, ou de lien avec la culture. En 2014 -en toute fin de mandat de la gauche- un grand festival artistique à forte implication parentale a réuni les crèches. Aucune crèche privée n’a daigné y participer. C’est que le temps, c’est de l’argent.

Être très vigilant-e au regard de qui est qui

Si nous voulons mettre en place des solutions radicales, dès l’enfance, contre les dérives qui prennent racine dans les premières années de la vie (psychoses infantiles d’enfants en souffrance), comme on l’a vu avec les parcours des terroristes concernés, alors on doit s’assurer d’un contrôle qualitatif des outils éducatifs, et de la capacité de nos institutions à conduire des politiques à travers ces outils. Ceci implique le refus obstiné du modèle marchand dans l’éducation, la santé, le social et d’autres domaines qui sont stratégiques pour la cohésion d’une société qui se prétend démocratique.

L’ancienne Mairie de gauche avait tenu bon sur ces principes. La droite est piégée financièrement et hésite à confier au profit privé les crèches qu’elle bâtit en s’inspirant du modèle niçois que connait merveilleusement bien le gardien des marchés publics qui attribueraient les Délégations, Monsieur Trautmann.

Un retard de développement (Monsieur Moudenc avait promis de reproduire le plan réalisé de 1000 places de la précédente mandature) créerait, par appel d’air, un couloir de développement pour la marchandisation. Elle a pris à ce jour la forme de l’assistante maternelle libérale, mais elle pourrait aussi concerner les structures.

Mais il est des moyens plus sournois d’avancer pas à pas vers le modèle marchand. Et des associations peuvent parfois masquer des intérêts privés, soit comme « vitrine » qui permet d’entrer dans le domaine avant d’enlever un jour le masque du non lucratif. Soit en pratiquant de l’associatif formel qui permettra de salarier des agents mutualisé-es avec le fonctionnement de l’entreprise.  Nous ne croyons pas que la Mairie de Toulouse actuelle soit en état idéologique de résister à de telles intrusions. Monsieur Moudenc avait d’ailleurs, lors de son précédent mandat, confié une gestion (Niel) à une association très proche d’un groupe privé. Sa figure avancée en quelque sorte.

Peu importe que ces entreprises privées soient  dirigées par « des gens qui se disent de gauche », et qui utilisent un langage progressiste emprunté parfois aux valeurs de l’Économie Sociale et Solidaire. Ce sont les mécanismes structurels qui doivent être pris en compte dans l’analyse de ces dispositifs, et pas la couleur du T-shirt des dirigeant-es. Il ne s’agit pas de juger les personnes, mais de pointer un mécanisme marchand, dont nous devons protéger les biens publics fondamentaux.

Ne laissons pas les marchés envahir encore plus la ville, eux qui décident largement de l’organisation de l’espace urbain, à travers la rente foncière, et ceci malgré les outils de planification que sont les PLU, les ZAC, les réserves  foncières. C’est la loi du marché qui a ghettoïsé les villes, ne la laissons pas creuser encore plus les inégalités éducatives, déjà béantes. Peu à peu les « investisseurs » s’astreignent, pour sortir de  l’a-croissance mortelle pour eux-elles à terme, à transformer l’objet et les missions publiques en valorisation des capitaux.

Nous ne voulons pas d’une enfance marchandisée. Pas plus que d’un grand âge pris en otage par l’argent.  Nous voulons vivre tous et toutes ensemble, ce que le marché ne permet pas. Il doit être fermement discipliné, encadré, et exclu de certains domaines, dont l’éducation, bien public par excellence.