Les porcs sont au micro

Les porcs ne sont pas dans l’assiette mais au micro

La course à la brutalité aveugle est trépidante en vue des départementales. Un Maire UMP retire les plats de substitution dans les cantines, s’en prenant à des enfants, dans leur besoin premier : se nourrir correctement, sans que cela ne suscite grande émotion. Signe d’une civilisation à bout de souffle si l’on considère que la décadence culturelle se mesure on ne peut mieux à l’aune du sort réservé aux tous petits. Monsieur Wauquiez, misérable sur-diplômé inapte à l’empathie, tellement méprisant à l’égard du peuple qu’il le réduit à la haine de l’Autre (il compara le RSA à un cancer d’assistés), soutient son confrère au nom de la laïcité. On s’étouffe en entendant cela, d’autant plus que le propos conclut sur la solution… de l’école confessionnelle comme recours pour ceux qui ne mangent pas de  porc !

Si seulement monsieur Wauquiez pouvait être le seul responsable de premier plan de l’UMP à s’exprimer dans ce sens, on pourrait plaider l’égarement passager. Mais monsieur Wauquiez n’est pas seul. Il a été précédé par Nicolas Sarkozy. Ce ne sont plus des dérapages isolés, c’est la position des responsables de premier plan d’un parti qui peut demain gouverner à nouveau la France.

Depuis des décennies, on sert des plats de substitution dans les lieux accueillant des enfants. Ça n’a jamais posé le moindre souci, et personne n’y prêtait attention. C’est pure construction politicienne que de sortir cet « enjeu » du chapeau. Même l’extrême droite déclarée n’en avait pas fait un sujet de polémique. Elle avait oublié cela en route. L’UMP lui tire le tapis brun.

La laïcité dévoyée en attaque contre une croyance

La laïcité ne saurait en aucune façon justifier une telle mesure, violente, discriminatoire et stupide. Premièrement parce que la laïcité n’est pas  le combat contre les croyances, ni contre une croyance, mais la protection des minorités, et la défense des philosophies de chacun contre l’oppression, grâce au principe de neutralité du service public, et non des usagers de ce service. Elle n’implique une interdiction adressée aux usagers que si le prosélytisme menace (d’où l’interdiction des signes ostentatoires à l’école), ou si la continuité et l’effectivité du service public sont déstabilisées.

En quoi ne pas manger de cochon menace t-il la continuité du service ? En rien, on le sait depuis des décennies. En quoi est ce prosélyte ? En rien. Quel enfant a été converti à l’islam parce que son copain de classe demandait des  légumes au lieu de la côte de porc ? Ne pas manger du porc est une pratique souvent plus culturelle que vraiment religieuse. Pour beaucoup, c’est devenu comme Noël ou le poisson le vendredi : une pratique dont on ne sait même pas ce qu’elle signifie, sinon qu’elle relie à une  culture. En quoi cela déstabilise la concorde civile ? A quel niveau de  névrose politique en sommes-nous pour déclencher des Saint-Barthélémy culinaires dans les écoles ? A quel niveau de détestation de l’autre en est-on arrivé pour faire reposer un éclat électoraliste sur les épaules de bambins âgés de 3 à 11 ans ?

Haro sur les enfants des familles en difficulté

Ce serait ridicule si ce n’était pas dramatique. Car évidemment, la seule conséquence de cette mesure sauvage, si elle n’est pas annulée par la justice administrative (ce que nous souhaitons de tout cœur), ce sera de pousser les enfants des  familles musulmanes hors de la cantine, sans qu’ils n’y comprennent rien. Et avec de grandes difficultés. Pour beaucoup d’enfants pauvres, la cantine est le lieu d’un repas équilibré et accompagné.

Ce sera un cadeau superbe aux intégristes, encore une occasion pour eux de dire « vous voyez bien, la république ce n’est pas pour vous ». Ils n’ont qu’à  se pencher pour recueillir les ralliés de cette politique de stigmate. Ce sera un encouragement – et Monsieur Sarkozy de déclarer «Si vous voulez que vos enfants aient des habitudes alimentaires  confessionnelles, vous allez dans l’enseignement privé confessionnel» – à créer de écoles confessionnelles musulmanes, affaiblissant ainsi l’école laïque, premier outil d’une société laïque.

Monsieur Wauquiez, toujours lui, continue en disant « c’est à l’étranger  de s’adapter à notre mode de vie ». Monsieur Sarkozy, lui, exige maintenant l’assimilation et pas seulement l’intégration, il somme l’étranger d’accepter «la langue française, la culture française et le mode de vie français». Manger du cochon est il un fondement  essentiel de la République ? En quoi ? Ce monsieur est normalien, cet autre à été président de la République. Comment nous mépriser à ce point en singeant la bêtise pour siphonner  les voix du FN ? Cette stratégie ne fonctionne pas. Elle légitime l’extrême droite dans son discours. La droite s’est suicidée de cette manière en 2012 et elle n’a rien compris.

Wauquiez dit aussi, « on vient en France pour travailler ». Pour travailler donc, et non pour  avoir des enfants, ni pour manger. Voila où on en est arrivé dans la  crétinerie politicienne. Un pas encore et l’UMP va défiler pour la suppression du regroupement familial. Les étrangers viendront construire nos immeubles, mangeront sans porc dans des préfabriqués, et n’auront pas le droit de voir leurs familles. Comment compte t-on recueillir l’adhésion à une telle République du mépris ?

Dupont-Lajoie au panthéon de la bêtise

La droite moderne, celle des Sarkozy, des Wauquiez et des Ménard, dont on ne voit plus les frontières, ou si peu, c’est le Dupont-Lajoie dégoûtant d’Yves Boisset. La culture  décadente d’un système libéral économico-politique aux abois, devenu  incapable de convaincre. Alors il fonce, comme lors de chacune de ses grandes crises vitales, dans la frénésie autoritaire et xénophobe.

Nous avertissons la droite toulousaine, dont nous connaissons les conceptions aussi dures (bien qu’hypocritement masquées derrière le sourire patelin du Maire) que celle de ces messieurs Wauquiez et Sarkozy : si elle ose entrer dans ce jeu, elle se rappellera vite que Toulouse a une âme de gauche. Nous savons que la mobilisation s’élèvera.

Il y a le feu à la maison. Le consensus du onze janvier n’était que de façade, bien entendu. Il recouvrait bien des contradictions.
La gauche, dans les sondages, est au plus bas. Avant que les maisons ne brûlent on doit en reconstruire de nouvelles. Vite.