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Liaison Multimodale Sud-Est : ça tousse dans tous les sens

Comprendre et s’approprier les espaces urbains Toulousains

Toulouse,comme toute ville millénaire,est constituée d’un tissu urbain marqué par des interventions et des aménagements successifs qui laissent traces , marques , cicatrices, blessures ou plaies urbaines en fonction de leur nature et de leur ancienneté .

Ces juxtapositions ou ces empilements cicatriciels participent à la constitution de la ville entre espaces publics et lieux privés .

Même si ces traces sont visibles, elles n’en sont pas pour autant compréhensibles au premier coup d’œil tant elles sont le résultat de tractations, de décisions et de mises en œuvre souvent complexes rarement connues et jamais réellement partagées .

Nous traversons tous les jours des espaces ou des bâtiments publics : généralement sans les voir vraiment, mais en les subissant et en les critiquant,bien rarement en les comprenant.

Casa Nova publie une série qui présente des lieux et des espaces publics fréquentés de Toulouse, en expliquant :

  • ce qu’ils étaient
  • quel est leur rôle dans la ville ,
  • pourquoi ils sont ainsi aujourd’hui,
  • comment ils auraient pu être
  • ce qu’ils peuvent devenir.

Décoder pour aider à la compréhension … dépasser le viscéral et l’émotionnel de nos comportements .

Partager du raisonnement et de l’intelligence collective pour mieux faire face aux crispations que génèrent les aménagements urbains qui jalonnent notre quotidien.

Ainsi posons nous des bases de la co-conception des espaces publics à venir, par l’analyse raisonnée de réalisations récentes .

Aujourd’hui notre troisième article pour cette rubrique :

Liaison Multimodale Sud-Est : ça tousse dans tous les sens


Le dossier de la Liaison Multi-modale Sud-Est (LMSE) devrait occuper la scène juridique de l’année 2015 constituant une nouvelle épine dans le pied de la nouvelle majorité conservatrice et pro-automobile.
Voici le déroulé d’une pièce en 3 actes :

> Acte I : 2005-2008 : le projet initial : de la voiture en voulez-vous en voila

Le projet initial de LMSE date de presque 10 ans.
Conçu sous le premier mandat de JL Moudenc, il a pour objectif de desservir le Sud-Est de Toulouse en reliant le terminus du métro à Ramonville à St-Orens de Gameville, en passant par le campus scientifique de Rangueil (CNES, ENAC), mais en évitant la fac de science. Le projet comporte une voie de bus en site propre dans les deux sens, des trottoirs et des pistes cyclables et une voie routière.
Le projet doit créer un nouveau pont sur le Canal du midi, couper des arbres et passer à travers une zone humide menaçant une espèce de triton protégée.
Les projections de circulation sur ce pont font état de 11 000 véhicules par jour.

Les associations sont vent debout contre ce projet initial : le pont sur le canal du midi va défigurer le patrimoine mondial de l’UNESCO, détruire une zone humide, et priver l’université d’une desserte en transports en commun. L’ouverture aux voitures sur l’ensemble du parcours va aspirer les automobiles, alors que le campus est déjà saturé de voitures. Veracruz, l’association étudiante qui gère le sentier nature de la zone humide, les Amis de la terre et l’Association vélo sont les porte-drapeaux de cette lutte, entraînant dans leur sillage de nombreux comités d’entreprises des sociétés riveraines, ainsi que des appuis politiques au sein de la gauche toulousaine et de l’(alors) Député Maire de Ramonville, Pierre Cohen. Elles élaborent un contre-projet qui réutilise le pont Giordano Bruno pour la traversée du Canal du midi, et qui ne crée pas de nouvelle liaison routière.
L’enquête publique approuve le projet, avec  une grand réserve :  pas de nouveau pont sur le canal du midi !
Mais le maire s’obstine. Les associations portent l’affaire devant les tribunaux, et occupent le terrain médiatique.

Lors des élections municipales de 2008, la LMSE devient un enjeu politique, la liste menée par Pierre Cohen promettant de modifier le projet suivant les propositions associatives.

> Acte II : 2008-2013 – Après « Le Moudenc Sans Electeur », le nouveau projet

Pierre Cohen élu, il tient parole en modifiant le projet mais découvre un « cadeau » laissé par son prédécesseur : JL Moudenc a signé entre les deux tours de l’élection municipale de 2008 la commande d’un autre pont, au dessus de la rocade, d’une largeur permettant la création de voies automobiles alors qu’il devait être ouvert uniquement aux bus, piétons et vélos!
Un acte mesquin mais légal, qui engage la collectivité. Le Grand Toulouse a alors deux possibilités : casser le marché (avec le paiement de lourdes pénalités), ou faire construire le pont au gabarit initial en élargissant les différentes voies et en plaçant du gazon.
Le choix du pont trop grand au-dessus de la rocade pose problème : ne risque-t-on pas ultérieurement de voir ce pont ouvert aux voitures ? Il est décidé de verrouiller ce point juridiquement en le faisant porter au protocole d’accord :

« le Grand Toulouse s’engage [...] à dédier le pont reliant le site de l’Aérospace Campus au complexe scientifique de Rangueil exclusivement aux transports en commun, aux piétons et aux autres modes doux de déplacement. En conséquence, le pont en cause ne comportera pas de voie ouverte à la circulation générale ni de voie d’accès à celle-ci ».

Le protocole signé, les travaux sont lancés et la LMSE est inaugurée en 2013. Cette nouvelle liaison Transports en Commun et modes actifs fonctionne bien, et le dossier semble clôt, jusqu’à l’acte III…

> Acte III : 2014 – 2015 : LMSE : le retour de la bande à Bagnol’

JL Moudenc ne nous prend pas par surprise : son programme de campagne promettait l’ouverture de la totalité de la LMSE aux voitures pour « enfin lui rendre son utilité ». Comme si les vélos, les piétons et les bus, n’étaient pas utiles !
JL Moudenc et JM Lattes revenus aux commandes annoncent en juillet 2014 que la LMSE sera ouverte aux voitures avant la fin de l’année.

Nos nouveaux élus ont pourtant déterré bien vite la hache de guerre sur ce dossier, oubliant les nombreuses manifestations, pétitions, et déconvenues qu’ils avaient eu à endurer.
Le retour sur terre a été rapide, et un communiqué commun des trois associations publié au mois de juillet 2014, promet une action judiciaire en cas de maintien du projet.
Les associations se sont mobilisées à l’automne (pétition, manifestation), et visiblement les avocats de Toulouse Métropole ont besoin de temps pour trouver les failles du protocole d’accord.

En attendant, Jean-Michel Lattes explique que le pont est sous utilisé et que lorsqu’on se rend à cet endroit, il est désert. Croustillant de la part du président de Tisséo : s’il trouve qu’il n’y a pas assez de bus à cet endroit, qu’il en rajoute !

Casa Nova partage la position des associations sur ce projet : l’ouverture d’une voie à des voitures ne fluidifie pas le trafic mais provoque un effet «aspirateur» en incitant les gens à prendre leur véhicule personnel et non un transport collectif… Un bel engorgement en prévision sur le sud-est de l’agglomération avec les effets que nous connaissons sur la pollution de l’air.
La priorité n’est-elle pas plutôt sur cette partie du territoire de compléter cette LMSE réservée au bus et modes actifs par une prolongation de la ligne B du métro jusqu’à Labège ?

> Quelle politique de transports pour la métropole ?

La politique des transports annoncée par nos nouveaux élus est inquiétante:
-       Projet de grand contournement du réel (http://casa-nova-toulousemetropole.fr/le-grand-contournement-du-reel/ ),
-       Volonté d’attirer les voitures dans le centre avec construction de nouveaux parkings et tarif à 5€ en soirée (http://casa-nova-toulousemetropole.fr/la-droite-toulousaine-invente-la-prime-a-la-pollution/ )
-       Arrêt d’une grande partie des projets de transports en commun pour construire une 3ème ligne de métro qui aura le bon goût de ne pas gêner les voitures (http://casa-nova-toulousemetropole.fr/rocadeland-toulouse-enfumage-garanti/ et http://casa-nova-toulousemetropole.fr/moudenc-a-montpellier-mais-quest-ce-qui-se-tram/ )
-       Rétrogradation de la place du fer à cheval en carrefour automobile (http://casa-nova-toulousemetropole.fr/les-places-sont-les-visages-des-villes-rendons-leur-le-sourire/ )

La métropole est saturée de voitures alors que le réseau routier n’aura jamais été aussi développé: cela prouve que ce n’est pas en construisant des routes que l’on résorbe les bouchons !

Gouverner c’est prévoir, et vouloir flatter les automobilistes en leur faisant croire qu’ils pourront continuer à se déplacer comme avant est au mieux utopiste, au pire inconséquent.
La solution ne viendra que par un investissement massif dans les transports, proposant une vraie alternative à la voiture, à l’image d’autres villes qui n’ont pas de bouchons : construction d’un réseau de transports en commun, priorité aux modes actifs, priorité de l’humain sur l’aménagement routier. La démagogie électoraliste pro voiture engorge, pollue, menace sérieusement la qualité de vie dans notre agglomération déjà saturée d’automobiles. Il n’y a pas de tâche plus urgente que d’y résister.

Cet article a été librement inspiré d’un article paru dans « le journal des mobilités actives » de l’automne 2014 publié par l’association 2 pieds 2 roues.