Projet Maison de l'image à Toulouse

Maison de l’image, miroir social

La nouvelle municipalité a annoncé l’arrêt du projet de la Maison de l’image.

On pourrait limiter l’analyse de retrait à un manque d’ambition culturelle de la droite, à un simple problème budgétaire, ou à toute  autre explication simpliste. Ce n’est pas ici notre propos.

Pour expliquer cet échec, il est en effet nécessaire de mettre les pieds dans le plat, tant les causes sont multiples et soulèvent de nombreuses questions, sur la conception de la ville, des quartiers populaires, de l’égalité républicaine, du communautarisme, de l’intégration

Ce projet s’est heurté aux non-dits, il s’est brisé contre une barrière de verre qui semble encadrer ce quartier.

La barrière de verre

Le dernier rapport sur la rénovation urbaine à Toulouse indiquait que 60% des jeunes qui s’inscrivent à la mission locale de la Reynerie ne souhaitent travailler que dans le grand Mirail, pas ailleurs à Toulouse, juste dans le grand Mirail.

Ce chiffre est effrayant tant il révèle cette muraille de verre. Le Mirail, ce n’est pas la grande banlieue parisienne où l’on comprendrait une mobilité professionnelle limitée à la ville.  Le Mirail, c’est un quartier de Toulouse, bien desservi par les transports en commun. C’est la preuve d’un quartier qui se replie sur lui-même.

La gauche n’a pas suffisamment pris en compte les effets de cette barrière symbolique. Elle a fonctionné à double sens. « Puisque nous avons une barrière devant nous, à l’intérieur de celle-ci faites ce que nous voulons » !

Un bon objectif

La Maison de l’image répondait pourtant à un bon objectif. Contrairement à la vision classique de l’intégration urbaine qui consiste à permettre à tout le monde d’aller au centre ville, l’ancienne municipalité a voulu construire un équipement public incitant l’ensemble des Toulousain-es à se rendre à la Reynerie.  A l’instar de la médiathèque « grand M » cette volonté politique était bonne et méritait d’être encouragée.

Malheureusement, ce projet, comme beaucoup d’autres, a été mal expliqué, mal théorisé ; nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui n’ont pas compris l’intérêt de cet équipement.

Force est de constater que malgré les nombreuses heures de concertation avec les habitant-es, ce projet n’a pas suscité l’adhésion dans le quartier. Est-ce que ce projet devait recevoir cette adhésion pour porter ses fruits ? Est-ce que le Grand Projet de Ville était suffisamment visible pour permettre cette adhésion ? Ces questions restent ouvertes.

En tout état de cause, la logique intégrationniste de la gauche (« vous devez avoir les mêmes droits que les autres ») s’est heurtée à une logique d’entre soi (« ici c’est chez nous »).

Maison de quartier contre maison de l’image ou quand la droite s’appuie sur l’entre soi et renforce la barrière de verre

Maison de quartier ? Maison de l’image ? Ces deux propositions ne semblent pas contradictoires, et pourtant une partie du débat a tourné autour de ce choix.

La maison de quartier est une revendication portée par une partie des habitant-es de longue date. Elle a en effet l’avantage d’être un équipement public bénéficiant directement aux habitant-es du Mirail mais à eux seuls, là où la Maison de l’image aurait été un équipement pour tous les Toulousain-es.

La droite a mieux analysé la situation que la gauche. Elle a constaté l’existence de cette barrière, et forte de sa logique conservatrice, elle a cédé sous les hourras des communautaristes. En cédant, elle renforce cette barrière dans les deux sens.

Alors non, il n’y aura pas de Maison de l’image à la Reynerie, pas d’équipement d’envergure. Il y aura peut-être un équipement dans le quartier pour les habitant-es du quartier, chez eux, ce qui, si rien d’autre n’est fait, renforcera cette césure culturelle dans notre ville.

La gauche doit tirer des enseignements de cet échec

Le premier enseignement est symbolique et rhétorique mais il a son importance. La question n’est pas d’intégrer le Mirail à la ville. Le Mirail est dans la ville. On ne lutte pas contre le localisme par l’intégration mais par l’égalité républicaine. Dans les temps qui courent, il faut parfois savoir imposer cette mixité sociale. Sur ce terrain la gauche bien pensante a péché par excès de bons sentiments.

En d’autres termes, la Maison de l’image n’avait pas pour but d’aider le Mirail et ses habitant-es mais simplement d’en faire un quartier comme les autres.

Le deuxième enseignement, c’est qu’il faut se donner les moyens pour que les politiques brisent cette barrière de verre dans les deux sens. On ne peut pas imposer des politiques publiques à des gens qui ont le sentiment de ne pas en bénéficier par ailleurs.

Enfin la gauche doit se mettre au travail pour redéfinir un nouveau contrat social, prenant en compte les différentes populations d’une ville. Contrat social permettant de recréer ce lien qui fait de la ville un tout, partout, pour toutes et tous. 

Dans les semaines et mois qui viennent, Casa Nova aura l’occasion de développer en profondeur des réflexions qui prolongeront cette première analyse, en les chevillant étroitement aux réalisations concrètes à imaginer.