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Métro épisode III : le piège démagogique se referme sur nos poumons

Le 4 Février a eu lieu le Conseil syndical du Syndicat Mixte des Transports en Commun (SMTC) – Tisséo. Au menu, la révision du Plan de Déplacement Urbain (PDU) de 2012. Une révision qui tient en quelques mots pour l’actuelle majorité : la 3ème ligne de métro…

Pour les autres projets de transport en commun sur notre agglomération vous repasserez.

Cette stratégie d’une troisième ligne concentrant tous les efforts et repoussant au lointain toute amélioration, est le fruit amer d’une campagne politicienne, dont le Maire est absurdément tenu de respecter maintenant la logique. Elle nous conduit pourtant à l’impasse économique, environnementale, et tout droit dans les engorgements.

Quand une victoire politique individuelle débouche sur un grave retard pour des centaines de milliers d’habitants

Certes, c’est assez inhabituel pour être souligné, Jean-Luc Moudenc ne prend personne en traitre concernant ce projet qu’il a promis aux Toulousain-es lors de la campagne municipale. Toutefois, il avait oublié de préciser que la 3ème ligne de métro serait édifiée au détriment d’un projet déjà bien avancé, avec un plan de financement précis et complet : le prolongement de la Ligne B jusqu’à Labège. Et qu’elle allait aussi menacer tous les autres outils d’une amélioration de la mobilité dans l’agglomération.

Le Maire préfère désormais relier Labège, cet enfer de la circulation, via une troisième ligne de métro. Une telle décision reporterait lourdement la desserte urgente du Parc Technologique de Ramonville, d’Innopole, de Diagora et de Labège-Cadène. En effet, Jean-Michel Lattes précise que la 3ème ligne de métro serait lancée à l’horizon 2025 alors que le prolongement de la ligne B aurait pu être mis en service en 2020-2021. L’agglomération peut-elle se permettre de perdre 4-5 ans alors qu’elle est gravement embouteillée ?

Initialement si nous nous basons sur les promesses de campagne de Monsieur Moudenc,  la 3ème ligne de métro envisagée à l’horizon 2025 (rebaptisée depuis Toulouse Aérospace Express) devait desservir les sites d’Airbus en partant de Montaudran/Astrium via la gare Matabiau et l’aéroport de Blagnac. La droite a laissé planer l’hypothèse d’un prolongement jusqu’à Colomiers pour rallier politiquement une partie des socialistes. Cette hypothèse doit être rapidement  tranchée car quid alors de l’achèvement du doublement entre Arènes et Colomiers prévu et financé dans le nouveau Contrat de Projet Etat-Région. Bref, c’est le désordre installé par les acrobaties politiciennes post électorales de Monsieur Moudenc. Un politicien, d’abord et avant tout, dont toute la vie d’adulte a consisté à «faire de la politique (cabinet, adjoint, député, Maire)», ce dont nous payons le prix.

Un tract de campagne … à 34 millions d’euros ?

Cette 3ème ligne de métro dans sa version initiale est évidemment séduisante si on la sort de son contexte. Mais encore une fois, comme pour sa rocade de foire, c’est une promesse bien fragile. Le financement de la 3ème ligne de métro est aujourd’hui flou voire inexistant et la porte ouverte à un potentiel partenariat public privé, pompe à finances pour les ami-es habituel-les de l’UMP, n’est pas pour nous rassurer. Celui du prolongement vers Labège nous le connaissons, il était bouclé. Le projet coutera 362 millions d’euros. Il sera financé à hauteur de 141 millions d’euros par Tisséo et par le Sicoval. Le Conseil général mettra 80 millions d’euros et  l’État s’est engagé à verser 20,5 millions d’euros. Les crédits sont là, c’est rare… fonçons ! Pourquoi détruire le certain ? Par raisonnement politicien, encore une fois. Parce qu’il faut justifier la campagne électorale passée et «ne pas faire comme la gauche».

Une précision supplémentaire est indispensable sur ce financement de l’Etat. En effet, l’Etat prévoit 34 millions pour financer les investissements de Tisséo. Les 34 millions sont répartis entre le prolongement du tramway à Beauzelle (1,4 M€), le Bus à Haut Niveau de Service Ouest (9,5 M€), le BHNS Oncopole (2,49 M€) et donc le PLB. Mais cet engagement est assorti d’une clause bien précise et réaffirmée à l’Assemblée nationale ce mardi par Ségolène Royal : les travaux doivent  être lancés avant le 31 décembre 2017. Allons-nous perdre cette manne budgétaire ? Un tract de campagne à 34 Millions, c’est un peu cher non ?

Flatter à tout prix, même le plus cher, la pulsion conservatrice automobile

Quelles sont les raisons réelles qui poussent Jean-Luc Moudenc à vouloir coûte que coûte cette 3ème ligne de métro ? Le programme de campagne du candidat de l’UMP a eu pour principe de faire plaisir aux électeurs et électrices en leur disant ce qu’ils-elles ont envie d’entendre, plutôt que d’être réaliste et d’avoir un plan global, quitte à parfois déplaire, ce qui est une preuve de responsabilité civique. Il a donc promis la lune à tous ceux et celles qui étaient contre quelque chose. C’est ainsi qu’il s’est adjoint le soutien des opposant-es au tramway, des opposant-es au BHNS Ouest, des opposant-es à la machine à Montaudran, des opposant-es au déménagement de Sience-Po à St Pierre, etc… Il a été chercher le soutien des automobilistes qui n’apprécient pas les projets de transports en commun qui prennent de la place à la voiture avec notamment  un magnifique tract disant «quand avez-vous pris la rocade pour la dernière fois ? auriez-vous pu prendre, à la place, les transports en commun, même s’ils étaient plus développés ? La réponse est évidente !». Quant aux cyclistes, des bobos gauchistes, pas la peine de s’en occuper (une seule ligne de son programme concerne le vélo).

C’est pourquoi tous les projets de transports de surface enlevant de la place à la voiture ont été supprimés sur sa feuille de route (prolongement du tramway jusqu’à la gare, projets de BHNS…) au profit d’un mode qui ne contraint pas les automobilistes : le métro ! Peu importe que celui-ci siphonne toutes les finances du SMTC, le métro plait aux automobilistes ! Jean-Luc Moudenc s’accroche donc à cette promesse de campagne inconsidérée. Ce sera d’ailleurs identique pour la 2ème rocade: le Maire de Toulouse a promis un chantier pour lequel il n’est pas décisionnaire, un peu comme si les écologistes avaient promis la fermeture de Golfech dans leur programme des municipales…

Un exemple probant d’un système politique qui marche sur la tête

Reste désormais à soumettre les autres collectivités. En supprimant le prolongement de la ligne B, notre maire s’assurera de cette manière le soutien du Sicoval à la 3ème ligne de métro, puisque cela constituera leur seule alternative s’ils veulent une désserte performante ! A contrario, si le prolongement de la ligne B se fait, le Sicoval risque fort de ne pas soutenir la 3ème ligne… CQFD

Une preuve de plus du caractère profondément nocif d’un système politique qui tourne sur lui-même, dont notre Maire de Toulouse est un pur-sang. C’est ce système que nous devons, citoyen-nes, bousculer, pour pouvoir résoudre les grandes questions qui nous concernent.