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Mi-grand, vrai petit, Jean-Luc Moudenc veut choisir ses pauvres.

«Ce ne serait pas sérieux d’envoyer un message d’accueil. J’ai trop de problèmes à régler. Nous avons des milliers de personnes qui attendent un logement social depuis des années. Imaginez si des migrants leurs passent devant. On a aussi le problème des campements roms qu’on n’arrive pas à démanteler. »

Le propos du Maire de la quatrième ville de France et Président de Toulouse Métropole est très clair : pas de migrants chez moi, j’en ai déjà assez avec les roms et les pauvres !

Mais si Moudenc le catholique s’exprime ainsi en dépit des directives du Pape François qui exhorte ses ouailles et ses paroisses à accueillir les migrant-es, ce n’est pas tant par conviction personnelle (en tous cas, soyons charitables et espérons-le), que par pur calcul électoraliste et tactique. Pour lui, les élections, c’est ce qui passe avant tout !
En pur politicien il a pris connaissance des derniers sondages qui nous effraient :
« 69% des Français pensent qu’il y a trop d’immigrés – Le Point »

« 70% des Français jugent qu’il y a trop d’étrangers – Ipsos , Le Monde » «68% des Français pensent qu’on en fait plus pour les immigrés que pour eux -Ifop »

«Accueil des migrants : 55% des Français opposés à ce que la France imite l’Allemagne – Institut Elabe »

Il y a plusieurs manières de réagir face à cette affligeante réalité dont nous sommes tous et toutes responsables.

Soit comme Jean-Luc Moudenc ou encore Nicolas Sarkozy, en « bon » dirigeant de droite, dont le regard porte de plus en plus vers une droite extrême, l’attitude est claire et nous pouvons au moins leur reconnaître cette constance : au diable la solidarité, place au cynisme pour capter un électorat désorienté qui voit dans l’Autre un danger.
Soit à la mode PS/PRG où on hésite tout en tentant un coup là aussi électoraliste : on fait du caritatif honteux, en acceptant quelques immigrés … mais le moins possible, en négociant des quotas, en distinguant les migrants politiques des migrants économiques. On essaie de se racheter une posture, à défaut de conscience, en brandissant les fameuses « Valeurs » – valeurs que l’on piétine allègrement par une politique libérale assumée et  va-t-en-guerre qui poussera encore plus de personnes à fuir leur pays.

Soit comme Casa Nova et d’autres, on refuse cette situation : on ne l’accepte pas et on se donne les moyens d’inverser cette tendance mortifère.

Si les sondages donnent ce résultat c’est parce que les dirigeants de ce pays, en dépit de leurs engagements pour certains, n’ont d’autre perspective que le libéralisme pur et dur qu’ils tentent d’imposer à la France et à l’Union Européenne. Un libéralisme qui monte les populations les unes contre les autres, pendant que certain-es se gavent et observent en souriant le délitement de nos espaces de solidarités.
Ainsi, depuis plus de trois mandats présidentiels, le public n’entend-il d’autre discours que celui dicté par le monde financier qui a construit « la crise ». Amer, il constate soit l’impuissance, soit la complicité des gouvernements successifs, à contrer la violence exigée et générée par le libéralisme.
Une violence qui se déploie sous les drapeaux bruns d’un cortège progressant sur l’hymne de la peur du déclassement, de la perte de son identité.  Car non, l’extrême droite ne combat pas ce libéralisme effréné : elle a trop de bénéfices à en tirer.
Le discours populiste et nationaliste du protectionnisme et du repli sur soi qui désigne l’étranger comme bouc émissaire est infiniment plus facile à distiller que les explications plus complexes dont nous avons besoin pour déconstruire ce système et en inventer un autre.

Face à cette situation, le Maire de Toulouse choisit son camp et s’engage sur le terrain de la stigmatisation et de la division .

Il a ainsi engagé Monsieur Biasotto, président de l’Office Public Municipal Habitat Toulouse, à procéder à l’expulsion de familles syriennes réfugiées dans des logements inoccupés au sein du quartier des Izards. 

Mais si Monsieur Moudenc manque de logements sociaux, n’est-ce pas plutôt dû au retard dans la construction de logements en France et à des politiques libérales qui privilégient les produits investisseurs au détriment des logements sociaux afin qu’il n’y ait pas trop de « pauvres » dans la commune ? Qui s’assoit allègrement sur la loi SRU depuis des années ? Doit-on également rappeler que l’actuel Président de Toulouse Métropole a remis en cause l’aire de grand passage des gens du voyage .
Ne rien vouloir faire pour justifier ensuite de ne rien pouvoir faire. La méthode est bien rodée on le sait.
Mais il s’agit de choix émanant d’élu-es se réclamant du camp « les Républicains » et attisant désormais sans vergogne le feu qui couve et menace d’embraser la cohésion sociale. Stigmatiser des populations en les isolant et en reprenant, comme le fait aussi Nicolas Sarkozy, la théorie de l’envahissement, ce sont des discours distillant la haine.
Ce sont donc des actes belliqueux clairement posés dans un contexte socio-politique inflammable, le tout sous couvert d’une prétendue responsabilité ou sagesse.

Nous devons déconstruire ce discours qui s’exacerbe aujourd’hui.

Il nous revient, à nous, citoyennes et citoyens responsables et vigilant-es de dire et faire :
        - Expliquer que l’immigration et le multiculturalisme ont été et continuent d’être des valeurs et des sources de richesses (l’histoire regorge de références) .
        -Donner les vrais chiffres : l’immigration n’est  pas limitée à l’Europe et représente 3% de la population mondiale, la France a accueilli en 1939 (non sans difficultés) 450 000 Espagnol-es lors de la guerre d’Espagne et 120 000 « boat people » en 1979, et là il s’agit d’accueillir 24 000 réfugiés en 2 ans, soit 1000 personnes par mois ou 10 par département : où est la déferlante ?
        -Exprimer nos convictions en public et partout en faisant front face aux propos xénophobes bien souvent relayés par ignorance ou inquiétude .
        -Se référer aux valeurs morales qu’elles soient laïques ou religieuses car elles sont des références pour tout le monde, même si l’asile politique est avant tout un droit fondamental.
        -Dénoncer et décortiquer notre système social qui, contrairement à ce que l’on nous serine, n’a pas comme seule et unique composante l’économie.
        -Défendrela/les cultures toujours mises à mal car elle sont un frein au développement débridé de l’économie de marché.
        -Construire dans nos actions politiques les nouveaux modes qui seront seuls capables d’endiguer la vague brune en créant des perspectives et des espoirs.

 Ainsi Casa Nova, notamment dans le cadre des élections à venir, pèsera dans le débat et les décisions :

Pour inventer et construire des perspectives nouvelles concrètes et crédibles, seule solution pour que ceux et celles qui ont perdu espoir dans le politique puissent y voir à nouveau une solution , une solution qu’ils et elles construiront vraiment, enfin.

Agir en fonction des sondages est une marque de faiblesse politique. Le choix d’aider les réfugié-es ne doit souffrir d’aucune hésitation. Et lorsque la mobilisation de politiques, de journalistes, d’intellectuel-les et de bien d’autres religieux ou laïcs est forte, elle capacité à renverser la tendance en faisant appel au bon sens élémentaire et à la dignité humaine des citoyen-nes face au racisme primaire et à l’égoïsme matérialiste prônés par l’extrême droite. Cela fonctionne depuis une semaine sur notre territoire et de nombreuses personnes ont changé d’avis sur leur refus d’accueil des immigrés : c’est 10% qui ont été gagnés très rapidement, en dépit du matraquage xénophobe persistant de la droite dure.
  •         Car enfin et faut il le rappeler, tout comme le droit au logement, l’asile politique n’est pas qu’une affaire de valeur, mais un droit fondamental, qui nous, le voyons, ne peut être garanti par les gouvernements : c’est donc à la population, à nous tous et toutes d’exiger ce respect non seulement en France mais en Europe, en commençant à agir dans nos territoires communaux, métropolitains et régionaux.