rambla

Ou de l’inculture à « l’escroquerie intellectuelle »

Des « ramblas » à Jean Jaurès: de l’inculture à « l’escroquerie intellectuelle » 

Une fois de plus à Toulouse on parle de transformer les allées Jean Jaurès en ramblas « selon le célèbre modèle barcelonais », et cette fois c’est le Maire-Président de Toulouse Métropole lui-même qui l’annonce lors de la cérémonie des vœux à la presse.
 
Cette annonce d’aménagement des allées faisait partie des propositions récurrentes des candidats aux élections municipales, révélant chaque fois l’inculture, l’ignorance ou les velléités de manipulation de ceux qui reprenaient les analogies d’urbanistes en mal d’imagination.
 
Jean-Luc Moudenc n’avait pas repris cette idée dans ses propositions pour le mandat 2014-2020, d’aucuns lui ayant sûrement soufflé que c’était une idée de « gôche », comme le tramway !
Mais faisant primer l’opportunisme sur les convictions le Maire-Président vient de se laisser aller à cette annonce qui le fait entre autres rejoindre le club des ignorants ou des manipulateurs.
 

Les ramblas qu’est ce que c’est ?

Le débat sur des Ramblas à Jean Jaurès est, à tort, réduit au fait de placer une promenade piétonne au centre de l’avenue ou sur les côtés, comme si « faire le paseo », (caractéristique Ibère transposée à Toulouse au même titre que les tapas) ne se faisait pas aussi bien au milieu que sur les côtés.
Et laisser croire que se balader au milieu des allées Jean Jaurès serait plus favorable à l’animation recherchée que de se promener le long des façades est une escroquerie architecturale et urbanistique.
 
L’identité  des « ramblas » va bien au-delà du passage latéral des véhicules à moteur et elles se différencient des allées Jean Jaurès par bien d’autres caractéristiques  :
Les ramblas font 35 m de large et près de 2 km de long /Les allées Jean Jaurès font 60m de large et 600 m de long.
Les ramblas ne sont pas composées selon une perspective et sont divisées en secteurs non rectilignes ayant chacun des caractéristiques singulières/Les allées Jean Jaurès sont parfaitement rectilignes et composent une des perspectives majeures de Toulouse depuis la place Wilson jusqu’à Jolimont, en dépit du « M » de la médiathèque posé à Marengo.
La circulation automobile latérale le long des « ramblas » est anecdotique et limitée à une desserte essentiellement riveraine, submergée par le flux piéton, laissant l’impression d’une grande largeur d’avenue et donnant envie de flâner le long des 2 km d’une succession d’esplanades animées.
Sur les allées Jean Jaurès, c’est le moteur à explosion qui domine avec 6 voies de circulation auxquelles il faut ajouter les 4 linéaires bitumés des contre allées et des stationnement  à tel point que les 60 mètres de la plus large percée du centre-ville Toulousain paraissent étriqués faisant du piéton un être incongru et minoritaire qui préfère flâner ailleurs en ville, comme rue d’Alsace qui reste encore, en dépit de l’absence de terrasses de café, l’endroit où l’on « fait le paseo » c’est-à-dire où l’on flâne, ou l’on se rencontre et aussi où l’on se montre. 
 
On voit donc que l’enjeu de l’animation des allées Jean Jaurès ne se situe aucunement dans la position de la promenade piétonne mais bien d’une part dans la réduction drastique du trafic routier, et d’autre part dans l’introduction d’animations culturelles,commerciales et conviviales qui ne pourront certainement pas ressembler à ce qui se passe sur les « ramblas » du fait des différences morphologiques et historiques et culturelles que nous venons d’évoquer. 

Qu’en pense Joan Busquets?

Voyons comment le maître catalan Joan Busquets, prestataire de la Mairie, contorsionne son vocabulaire pour à la fois ne pas désobliger ses clients toulousains mais aussi ne pas faire fi de la spécificité Barcelonaise :
« La rambla est une rue aux lignes naturelles, parfois tournée vers la montagne. Ce n’est pas exactement le cas des allées Jean-Jaurès, même s’il y a, en haut, la colline de Jolimont. Chez nous, à Barcelone, la rambla de la vieille ville est un espace large, dans le centre-ville, où il se passe beaucoup de choses. C’est un endroit pittoresque, sur plus de 2 kilomètres avec des kiosques de fleurs et des oiseaux, des artistes de rue, des fêtes. La rambla est très fréquentée par les touristes. Les Catalans vont plutôt à la rambla de Catalogne, dans la partie haute, moderne, bordée de boutiques. 
En principe les ramblas existent parce qu’il y a eu des raisons historiquement. Mais un tel dispositif peut être recréé. Les allées Jean-Jaurès ont eu autrefois une allure de promenade, si l’on en juge par les anciennes cartes postales. Aujourd’hui, on y mettra d’autres espèces d’arbres, les éclairages aussi seront différents, on y fera peut-être du jogging. C’est une version des ramblas actualisée. 60 mètres de large c’est énorme, cela offre beaucoup de possibilités. »
Autrement dit moins diplomatiquement, on ne peut pas transposer les « ramblas »de Barcelone aux allées Jean Jaurès, il faut inventer autre chose !

Que cache le rideau de fumée des ramblas?

Mais alors pourquoi agiter cette image des ramblas et ce faux débat de la circulation piétonne centrale ou latérale, à laquelle Joan Busquets ne fait même pas allusion ?
Peut-être pour créer un rideau de fumée qui masquerait autre chose, pour que le débat public se déporte sur un non sujet afin de garder les vrais débats entre initiés.
Car derrière l’enfumage du pseudo débat sur les ramblas se dessine le creusement d’un parking sous la pression et pour l’intérêt des majors des Travaux Publics qui construisent et gèrent les parcs de stationnement en l’occurrence pour Toulouse Vinci (devenue INDIGO comme pour faire oublier qu’elle détient déjà une position dominante dans la gestion des Parkings normalement « municipaux » du centre ville).
Car comme l’explique Régis Godec élu d’opposition point n’est besoin de parking à Jean Jaurès :
 « Le 17 décembre dernier, en Conseil Métropolitain, Pierre Trautmann était interrogé… au sujet de ce nouveau parking…il a admis que la fréquentation actuelle du Parking Jean Jaurès (en baisse de près de 2 % en 2014) ne réclamait pas de création de places supplémentaires,et qu’en l’état ce projet n’était pas nécessaire. Pierre Trautmann a lié la création de cette infrastructure au projet de développement de la gare et aannoncé que ce parking serait sollicité par les voyageurs. Une annonce qui peut surprendre quand on sait qu’il y a près d’un kilomètre de distance et qu’un parking public est situé à Marengo (à 200 m de la gare), sous la médiathèque José Cabanis, et qu’il est loin d’être saturé. »
 
L’aménagement de surface (en ramblas ou en autre chose …) n’est donc qu’un prétexte à justifier le creusement d’un parking  et on comprend qu’il est préférable de porter le débat sur la promenade centrale ou latérale que sur d’autres sujets comme la possibilité de nouvelles plantations.

Ou planter des arbres sur les allées Jean Jaurès ?

Chacun s’accorde sur la nécessité d’arborer ces allées, les uns par nostalgie des anciennes cartes postales, d’autres par la prise en compte de la largeur du futur espace car un glacis minéral de 60m de large serait dur à avaler même avec quelques kiosques d’animation.
L’observation de l’aspect étriqué des petits acacias qui vivotent en partie basse des allées coincés entre parking sous terrain, métro, réseaux et sous sol des immeubles, et dont la confrontation avec les majestueux platanes des boulevards et du canal ne fait qu’accentuer la disproportion laisse penser que la partie haute des allées Jean Jaurès devrait être abondamment plantée de sujets à haute tige pour compenser la mièvrerie des arbustes du bas… 
Las le creusement d’un parking supplémentaire sonnera le glas de cette option,même si on nous dira que l’on peut planter des arbres de haute tige dans des grands pots ce qui est faux(1)
Les arbres éventuels seront comme en partie basse rejetés latéralement laissant la partie centrale, celle que l’on veut nous vendre comme le futur lieu de convivialité glabre de toute plantation à haute tige.
Et comme latéralement on aura le bitume nécessaire aux bagnoles et aux bus, Casa Nova s’interroge sur l’aspect et la réussite des « ramblas »de Jean Jaurès vues par Monsieur Moudenc ou plutôt par Indigo Vinci qui vient d’être désigné pour gérer le parc de stationnement de Toulouse et construire le futur parking Jean Jaurès. 
Mais si les allées Jean Jaurès, aujourd’hui désertées des flâneurs méritent d’être transformées en lieu agréable et vivant, cela ne se décrète pas: l‘appropriation d’un lieu par les gens ne se vote pas en Conseil Métropolitain.
Les ramblas ne sont pas un fait urbain mais un fait social et culturel: on y vend et on y achète, on s’y montre, on s’y perd, on se marche sur les pieds, on s’y promène car les autres le font aussi, car une offre y invite et y incite (artistes de rue, commerces, restauration…)
Casa Nova est favorable à l’augmentation de la surface des voies piétonnes et cyclables, à la végétalisation des allées et à l’implantation de petits commerces d’animation et d’échange ainsi que d’artistes de rue, comme sur les ramblas de Barcelone (qui participe de cette attractivité, en plus de la marginalisation des voitures). Cela peut se faire avec une esplanade centrale, comme sur les ramblas et dans le projet de la majorité, avec deux voies de circulation routière en sens inverses de chaque côté. Familles, les aînés et plus jeunes devront y trouver des endroits pour s’asseoir, se rencontrer, se montrer,s’abriter, divaguer et jouer. 
 (1) Un arbre en pot peut vivre longtemps à condition de tailler périodiquement les racines qui envahissent le pot et étouffent l’arbre: ce qui est possible pour un bonsaï de quelques kilos est impossible pour des arbres de plusieurs tonnes.