Pas de salle de shoot à Toulouse, parce que, « la drogue… c’est mal »

La droite capitolesque dit non d’office (de la tranquillité sans doute) à l’expérimentation des salles de shoot.

Prévisible, n’est-il pas ? La drogue, c’est mal. Ça fait du mal. Donc non. Voilà tout. On est habitués à ce mode de réflexion primaire de leur part. Ce serait un « mauvais message » apporté aux « jeunes ».

Et pourtant …

Peut-on sérieusement penser que les promoteurs de ces expériences, qui émanent des milieux sanitaires engagés pour sortir les concernés de la toxicomanie, soient de vils irresponsables ne connaissant rien à leur affaire ? Bien sûr que non.

Voici pourquoi :

Aujourd’hui, il n’ y a pas de salles de shoot. Est-ce que cela empêche quelqu’un de se droguer ?

Non bien-sûr. Pense-t-on vraiment que c’est l’existence de ces salles (bonjour le stigmate anti-jeune, comme si le shoot était réservé à une tranche d’âge) qui deviendrait demain la cause d’une bascule dans une pratique que les psychologues analysent comme forme de suicide permanent ? C’est une vue de l’esprit.

Quel est le milieu le plus propice à la diffusion du shoot ? La rue, le squat.

Et certainement pas une salle encadrée professionnellement ou ne sont présentes, justement, que des personnes déjà enfermées dans le piège mortifère du shoot. Rappelons-le, le shoot expose immédiatement à des risques mortels : overdose, maladies transmissibles, dont le sida.

Les salles de shoot visent ainsi plusieurs objectifs :

  •  La réduction des risques individuelle, pour des personnes répétons-le, enfermées dans la dépendance, dont il est extrêmement difficile de sortir. Il s’agit d’éviter des décès, des accidents gravissimes, mais aussi des contaminations.
  •  La réduction des risques collective, puisqu’en contrôlant le processus en direct, on limite la diffusion à l’extérieur de la pratique, et on lutte contre l’épidémie de sida (et autres risques sanitaires).
  •  Enfin, c’est une solution de préservation de la tranquillité publique, puisque ces salles peuvent limiter les shoots de rue, avec tout ce que cela suppose de conséquences in-sécuritaires.

Les autoproclamés champions de la sécurité… ignorent tout simplement ici les nécessités de la sécurité urbaine.

Ajoutons-y le fait que les salles seraient gérées par des équipes pluridisciplinaires pouvant ainsi tisser un lien étroit avec des personnes pour lesquelles des alternatives sont proposées (subutex, méthadone, engagement dans une cure, démarché psychothérapeutique…). Les salles de shoot sont un moyen de connecter un public désaffilié, en grande perdition, à notre système de soins.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de réaliser des salles n’importe où et n’importe comment, au risque de créer des points de fixation du public. Mais ceci, la droite le sait parfaitement, car Toulouse dispose de lieux de réduction des risques, où l’on vient échanger les seringues, prendre son traitement substitutif dans le cadre d’un suivi. Cela existe depuis les années 90 et a fait ses preuves, la Municipalité connaissant très bien ces lieux et les subventionnant parfois aux côtés de l’Agence Régionale de Santé (tout sauf des babas cools). Ces lieux ont appris depuis longtemps à gérer leur environnement et à passer contrat avec les usagers pour que tout se déroule au mieux.

Encore une fois, comme pour la vaccination des chiens des personnes sans domicile, le réflexe politicien court-termiste, électoraliste, bas du front et flatteur frontiste, prend le dessus sur l’intelligence collective, les exigences de santé publique, les acquis de l’évaluation et des recherches. Franchement, c’est triste. Quand le pouvoir flatte les préjugés et la pensée sommaire, quand il brandit de froides morales abstraites plutôt que de songer au soin des individus réels, une cité peut être pessimiste sur son devenir.