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Plateforme CASA NOVA pour les élections départementales

« Six axes stratégiques  pour un Conseil Départemental de transformation sociale… Au XXIeme siècle »

 

logo-adobe-pdfTélécharger notre plateforme Départementales Haute-Garonne 2015

 

Les élections cantonales, en Haute-Garonne mais aussi souvent ailleurs, se caractérisent traditionnellement par l’absence de programme agrégé au niveau départemental.

C’est leur spécificité, dans ce département encore plus depuis qu’elles apparaissent comme une formalité (au cours des années 90 Jean Luc Moudenc renonce à son rêve de devenir Président, et la droite devient marginale dans l’Assemblée. Les changements sociologiques à Toulouse finissent de réduire sa place a quelques sièges éparpillés).

A chaque élection, on édite certes des journaux électoraux truffés de rappels des compétences, de photos du canal du midi, et des réalisations. Mais pas de programme général pour l’institution.

D’ailleurs sont mélangés dans ces bilans les actions obligatoires, prévues par la loi, règlementées dans leurs formes : APA, RSA, Prestation handicap…. Et tout ce qui relève de la décision politique. En effet dans tous les départements de France on a intérêt à laisser croire au ou à la bénéficiaire de l’aide sociale qu’il-elleobtient une aide par bon vouloir de sa collectivité. Il n’en est rien. La crainte de ne plus toucher l’APA si l’élu-e change est gage d’une participation électorale, très faibles à ces élections, mais suffisante pour une élection.

Si cela est payant électoralement, cette pratique est désastreuse culturellement. Car en laissant croire que les élu-es décident d’aider un-e tel-le, et pas un-e autre, on ouvre la voie aux fantasmes, et aux mensonges de l’extreme droite sur « on aide tout le temps les mêmes », alors que nos mécanismes de solidarité sont basés sur des règles. Ce sont des droits, pas le bon vouloir des édiles.

Donc pourquoi donc ne pas changer cela, puisque après tout nous sommes en démocratie ? CASA NOVA propose donc des idées aux candidat-es. Elles se réclament de la transformation sociale contre l’ordre établi inégalitaire.

Ce n’est pas tâche évidente, la collectivité étant appliquée à diffuser le moins d’informations possibles sur sa gestion. Le site Internet du CG 31 est à cet égard édifiant. Le choix a été fait de restreindre l’information stratégique accessible. C’est un symptome de tout ce que nous proposons de remettre en cause dans cette institution au fonctionnement passéiste.

Et fort logiquement, nous vous appelons, vous lectrices et lecteurs, à vérifier les engagements de vos candidat-es à voter pour eux en conséquence de leurs contenus, un logo ne suffisant pas à acter de l’intérêt d’une démarche politique.

Cette fois ci, ce ne sera pas une formalité…. Personne ne sait ce qui sortira du scrutin. Au minimum un changement de Présidence. Mais il est possible que la droite ultra réactionnaire de nos contrées s’emparent du boulevard de la Marquette. La gauche devra ainsi mener campagne durement. Nous lui adressons notre vision du département. En tant que collectif politique autonome, antilibéral.

Pour notre part, nous considérons qu’il ne sert à rien de nier le ras le bol qui a frappé cette fin de règne interminable. La nier, ce serait offrir à la droite sur un plateau le thème de la rupture, du changement. Or, les élections sénatoriales, celles-ci et les précédentes, avaient déja montré que le courroux montait contre la gestion du Département. L’autoritarisme a fini par lasser. Ce qui était accepté par les anciennes générations d’élus ne l’était plus forcément par les nouveaux qui ne sanctifiaient pas la puissance notabiliaie.

Les candidat-es de gauche seraient bien inspiré-es, en sortant de leur silence habituel, d’épouser les mécontentements légitimes qui s’expriment dès qu’on parle avec une association, un-e élu-e communal-eun peu dynamique, un-e  responsable de PME progressiste, un-e habitant-e d’une SA HLM où le Conseil Général est influent. Sinon, ce sera la droite qui capitalisera sur ce mécontentement là.

Nous dissocierons une analyse de la situation du Département aujourd’hui, de propositions stratégiques pour l’avenir.

Parler du Département implique de parler de lui en soi. Mais nous sommes CASA NOVA Toulouse Métropole et nous nous efforcerons de réfléchir à ce que qu’il représente sur ce territoire, avant tout.

Où en est le Conseil Général 31 ?

« Le Département est présidé ». Cette phrase est un bon résumé de la situation.

Il est dirigé depuis 1988 par un homme, d’une main de fer, sans aucune délégation réelle d’animation politique à quelque élu-e. Il n’y a pas de Bureau des élus-e. Un homme politique connu pour sa fermeté, ses excès d’humeur et ses méthodes efficaces de consolidation du pouvoir. Anecdote : lorsque la gauche a conquis la Mairie de toulouse, les élu-es, novices, se sont tournés vers une élu-e expérimentée du CG, en lui disant « toi tu es habituée, dis nous ». Elle a lucidement répondu que « pas du tout, là-bas les élu-es ne participaient pas à la gestion ».

Conseiller Général depuis 1967, il a été élu en son temps, c’est important, par une majorité rurale. Il en tire sa substance politique.

Cette Présidence a été innovante dans les années 90, anticipant meme la CMU avec le dispositif carté santé. Elle a décidé de mesures généreuses socialement, mais datées dans leur conception politique. Marquées par le temps des « allocations », qui ne peut plus être la ligne d’horizon de nouvelles politiques sociales.

Mais au fur et à mesure, elle s’est installée dans la reproduction  l’identique de l’agenda et des mesures. Le bilan de cette année reprendra la liste de mesures dont les dernières ont été décidées avant l’an 2000 à de rares exceptions. Le Conseil Général n’a plus été, pour des raisons de dépendance à une impulsion personnelle d’un Président plus proche de la fin de sa longue carrière que d’une ascension, une source d’innovation.

La logique de la Veme république imprègne les institutions locales, et on peut comme ici la voir s’accentuer, car il n’y a pas de quatrième pouvoir qui puisse contrebalancer le poids immédiat du « monarque républicain ».
Lorsqu’une personnalité a un penchant autoritaite, les élus et les agents n’y disposent d’aucune latidude, mais sont aussi fortement incités à ne pas travailler avec l’extérieur. Le moment le plus douloureux en a été le sinistre AZF. On pensait que cela relevait du désaccord avec la droite toulousaine, mais cela a perduré sous le mandat de gauche toulousain voire s’est aggravé, puisque la Mairie ne pouvait pas critiquer ouvertement la non coopération de son partenaire de gauche.

Quand les agents départementaux sortent timidement elles et ils doivent simplement expliquer ce que fait déjà l’institution (ce que chacun sait). Ainsi aucune avancée n’est envisageable dans les tours de table organisés par les porteurs de projet. Dans un monde contemporain pluriel, complexe, où il s’agit non plus de créer ex nihilo comme dans les années soixante, mais de mutualiser, de coordonner, de mobiliser, etc… Le Département 31 est devenu souvent le sac de sable lestant les politiques publiques locales.

Tout cela est peu écrit, mais chacun le sait à Toulouse. Ce n’est pas un scoop pour le monde associatif ou les agents publics.

Depuis les fameux dispositifs de gratuité pour les plus démunis (dont d’ailleurs on devrait peut être reconsidérer les formes au regard des travailleurs pauvres), le Département ronronne, même s’il a préservé ces fondements sociaux.
Peu à peu, il s’est concentré sur sa vie interne. Abrité dans un bâtiment très sécurisé à l’architecture parlante, qui n’a rien d’une maison du peuple.
Le Département s’est recroquevillé, jusqu’à prendre peur face à un mouvement de travailleurs sociaux demandant le maintien des mesures jeunes majeurs étrangers, et fermant l’institution pendant deux jours. Le comble pour une institution de gauche. Pétrifié-es, les élu-es ne sont même pas allé-es, à une exception près, discuter avec les manifestant-es. Elles et ils ne manqueront sans doute pas d’en appeler à l’union de la gauche…

Une Présidence absolue ayant besoin d’absolument tout controler, le Conseil Général a refusé toute logique rationnelle de Schéma Départemental pour déployer ses politiques publiques et hiérarchiser les besoins sociaux. Des schémas ont fini par être réalisés, parce que l’Etat les exige, mais ils sont de pure forme et ne disposent pas d’annexes opposables.

Ainsi, le « politique », au sens le plus restreint, avait une force de pression constante sur les Maires, la capacité à ouvrir ou fermer le robinet à chaque session permanente, en fonction de la plus ou moins grande discipline des uns et des autres. Cela n’a pas contribué à une dépense publique coordonnée, économe écologiquement, bien au contraire. Notre département est le champion de l’étalement urbain.

Les nécessités d’affirmation politique du Président, très attaché à défendre symboliquement le Département et sa puissance, ont conduit à des dépenses lourdes et critiquables : l’extension de l’hôtel du Département, qui a couté près de quarante millions, ou un mini Conseil général à St Gaudens pour contester la réforme de la carte judiciaire… Dont l’utilité de service public n’est pas probante.

Suite à un conflit politique de détail avec un élu remuant, il a fallu passer en régie tous les clubs de prévention. Dépenses supplémentaires à l’appui.

Cependant cette période, heureusement, se referme, et le soulagement pointe.

Le Conseil Général est donc à l’orée d’une renaissance, si on s’en tient à cette histoire locale.

Une renaissance… Ou une mort. Puisque la réforme des collectivités, serpent de mer imprévisible, ne sait pas encore ce qu’elle fera de lui.

Deux grands scenarii sont possibles :

  • Un maintien du Département, dont les compétences seraient amoindries, et fortement affaiblies en zone urbaine.
  • Une disparition, au profit des régions, des agglomérations, voire de l’Etat (une recentralisation du social est toujours possible) ou d’Agences.

D’ores et déjà le Conseil Général a été fortement affaibli par la suppression de la Taxe Professionnelle, qui fondait ici sa richesse, par la perte de beaucoup de son autonomie fiscale. Les transferts mal compensés, car non liés à des ressources dynamiques, l’ont bousculé. Et les baisses de dotation le vieillissent prématurément.

La suppression de la clause générale de compétences l’affaiblirait encore un peu plus, lui laissant des compétences de gestion de fonds sociaux obligatoires, sans beaucoup de marges de manoeuvre. Le Conseil Général risque de se transformer en Caisse.

C’est donc un paradoxe : le département, au moment où il peut renaitre d’une période glaciaire locale, voit l’horizon se refermer, et peut-être même le couvercle de la stèle funéraire.  Izard_droopy_magoo_470

Le Conseil Général et Toulouse

Le Conseil Général n’a jamais eu une passion pour Toulouse. Pour des motifs de rationnalité politique. Simplement parce que Toulouse ne représentait que 15 cantons, dont certains (le 8, le 13, le 15, le 9) étaient à cheval avec la périphérie.
Un habitant de Saint Béat, canton de 3000 habitants, valait politiquement plusieurs toulousains, et encore plus d’habitants du Mirail où le droit de vote inexistant des étrangers amoindrit l’influence politique de la population.

Aussi, les chiffres du Département lui-même l’ont toujours montré : les priorités en termes de dépense allaient à l’extérieur.

On a appelé ça et on l’appelle encore « la solidarité des territoires », mais il s’agit avant tout d’une solidarité de majorité politique à consolider. Nous n’en accuserons personne en particulier, le système cantonal voulant cela.

Cependant, on a négligé des réalités qui auraient du sauter aux yeux : les pauvres, les logements sociaux, les jeunes, les enfants, en valeur absolue, se concentrent sur Toulouse, massivement (ce que ne montrent pas les pourcentages. Car un RSA dans une commune de 10 habitants, c’est 10 % de RSA…. ).

Les ressources porteuses pour le territoires sont toulousaines (les emplois, les capacités productives, les réseaux de transport utilisés par tous dans le cadre de la mobilité économique) aussi. Les ressources de formation encore.
Etait-il stratégique pour l’avenir de refaire toutes les halles du département, les mairies, les orgues des églises, alors que des dépenses leviers étaient attendues ?

C’était en tout cas le moyen de garder la majorité au Département, confortablement. On ne peut pas demander à une majorité de se saborder.

Ainsi le Conseil Général a comme beaucoup d’autres collectivités, appelé « politique de la ville » dans les quartiers stigmatisés des dépenses effectuées normalement ailleurs, sous droit commun. Par exemple on subventionne la construction d’une crèche, et on l’inscrit au titre d’une action politique de la ville, alors qu’ailleurs c’est réalisé sans ce besoin là.
L’esprit initial de la politique de la ville c’était faire plus pour contrecarrer les inégalités. Cela, ici comme ailleurs, s’est transformé en « faire pareil qu’ailleurs mais en bénéficiant de l’aide de l’Etat ». Cette politique, bien entendu, a échoué. Les inégalités n’ont pas reculé. Précisons que ces limites de la politique de la ville, pour être juste, ne sont pas spécifiquement locales.Enormément de collectivités, malheureusement, ont donné dans cet effet d’aubaine de la politique de la ville.

Mais la situation change. Le redécoupage a considérablement rebattu les cartes, et le rural devient minoritaire dans l’assemblée. Toulouse se renforce, mais surtout le Grand Toulouse. Pour la première fois il est imaginable de voir un urbain présider l’institution.

Peut-être Toulouse sera t-elle demain plus importante dans cette enceinte.

Six Axes stratégiques pour un nouveau département progressiste

Quelles peuvent alors être les priorités d’un département nouveau, dont nous ne connaissons pas le destin général ?

1 – Retrouver le chemin d’une démocratie de son temps

Le modèle ultra centralisé vertical qui a dominé cette institution doit être refondu, le plus vite possible.

Les élu-es doivent retrouver un rôle délibératif réel. Et assumer des délégations qui aujourd’hui sont purement formelles, le Président décidant seul avec son administration.

Enfin, il faudra rattraper des années de retard sur les tâtonnements de la démocratie participative ailleurs.

Le canton n’est pas une échelle sérieuse pour parler d’affaires sérieuses. C’est un véritable comité économique et social départemental qui doit exister, et intégrer avec audace les nouveaux horizons de la démocratie : une partie peut être tirée au sort sur bases sociologiques, sous forme de collège.

Les forces représentant le salariat et le mouvement social doivent être, dans notre conception progressiste, majoritaires dans ce conseil, doté d’un vrai pouvoir d’observation, de délibération, d’étude, et d’un droit à l’information. Chaque délégation doit apprendre à travailler avec les acteurs de la société. Ce sera une révolution interne. Mais il faut la mener.

Le Conseil Général doit devenir transparent dans ses procédures, expliquer son budget, lui donner une dimension participative en utilisant notamment de façon novatrice les possibililités qu’offrent Internet et les réseaux sociaux. Il doit s’ouvrir au public et cesser d’en avoir peur.

Que le chef de file de l’action sociale se barricade , quel paradoxe !
La grande cour du Département doit être utilisée par les initiatives citoyennes, il faut que cela respire, tout simplement ! Le Conseil Général est à nous, hauts garonnais-es. Les grands jardins inutiles doivent être donnés aux toulousains.

Les collèges doivent s’ouvrir aussi aux initiatives citoyennes. Y compris le week-end.

L’organisation des sessions, aujourd’hui archaïque (lectures in extenso des rapports, sans aucune discussion, avec une parole monopolisée par le Président, en présence d’une administration gelée dans la salle pendant une semaine entière) doit redevenir raisonnable. C’est un lieu de délibération, de décision, d’information des citoyens. Et non la grande messe attendue par le peuple haut garonnais, qui d’ailleurs n’y assiste jamais.

Dans notre conception de la démocratie, la laïcité est centrale. Si des économies doivent être faites, à notre sens, elles doivent d’abord être ciblées sur les actions du Département qui sont contestables de ce point de vue : aide aux familles qui ont choisi l’enseignement privé de nature religieuse et non le service public, aide aux églises qui franchement n’ont pas toutes un grand intérêt culturel.

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2 – Refaire des six mille agents, par l’autonomie et le respect des professionnels, une force d’appui au territoire

La tâche urgentissime est de mieux utiliser le personnel compétent du Conseil Général. Aujourd »hui préoccupé de dresser des « parapluies »et enfermé dans l’exécution et la crainte de l’erreur sanctionnée, il ne peut pas donner le meilleur de lui-même. Les fameux risques psycho sociaux y pullulent. Les « placardisé-es » pourraient y créer une association florissante. Certain-es mobilisent une masse salariale considérable.

Pour assurer un contrôle total, basé sur l’effet tampon et la dilution des pouvoirs concurrents, la Présidence a instauré une armée mexicaine qui décourage l’autonomie et dévalorise le travail. Cette organisation alourdit la réponse à l’usager, et elle est inutilement coûteuse, ce qui prive le Département de marge pour résister à l’austérité, sa masse salariale étant plombante. Elle oblige les services à se concentrer sur leur vie interne, risquée et complexe. L’esprit de protection bureaucratique y est porté aux plus grands excès.

Une réorganisation complète avec comme objectif l’autonomie des équipes, leur valorisation, l’encouragement à l’innovation, doit être menée. La stratégie de division pour mieux régner doit être abandonnée. Cette insitution a besoin d’une révolution culturelle positive. De l’air, enfin !

Les agents doivent pouvoir travailler en transversal, proposer, aller librement à la rencontre du territoire. Les équipes doivent être autonomisées, disposer d’objectifs, et pouvoir s’organiser elles-mêmes pour les atteindre, dans un rapport de confiance sur la base de l’évaluation conjointe des réalisations.

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Les agents départementaux ont beaucoup à apporter. Aujourd’hui, au lieu d’aider les porteurs de projet, ils les plongent dans la perplexité par le silence ou en répondant : « le président décidera ». Ce n’est plus possible. Les associations ne doivent plus attendre la décision finale du Président pour pouvoir élaborer des projets.

Le Conseil général doit cesser d’être le seul financeur dans un tour de table à dire « on verra en dernier quand les autres auront délibéré, et je ne peux rien dire c’est le Président qui signe ».

Cela, ce n’est plus tenable au XXIeme siècle.

Il est certainement nécessaire, au fur et à mesure des départs, d’alléger le mille feuilles hiérarchique impressionnant de cette institution, pour redonner de la motivation aux agents, maximiser leur créativité aujourd’hui découragée, donner priorité aux services sur le front de la lutte contre les exclusions. L’interne doit cesser d’être la priorité. C’est le public la priorité.

3- Faire entrer le Département-bitûme dans l’âge de la transition éco énergétique

 

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Le départ du Président, qui l’est devenu à l’apogée de l’âge automobile, doit marquer une réelle rupture là aussi.

Le Conseil général, alors que des petites communes s’en sont doté il y a quinze ans, n’a même pas d’agenda 21, encore moins de plan climat. Il n’y a pas de plan de déplacement d’entreprise alors qu’il s’agit d’un des principaux employeurs dont uen bonne partie habite hors Toulouse et vient emplir les grands parkings de l’Hôtel départemental. Il faudra y remédier.

Le Département, malgré ses difficultés financières, doit absolument participer du rééquilibrage des transports. Ainsi on doit trouver le moyen d’augmenter la dotation à Tisséo, qui a stagné alors qu’elle a quadruplé de la part de la métropole. Le réseau Tisséo concerne tout le département, qui vit selon des flux en étoile.

Les négociations doivent reprendre avec la droite toulousaine, si le Conseil général reste à gauche. Il est regrettable que le CG ait refusé de revenir dans Tisséo sous le mandat de gauche à Toulouse, parce que le Président ne supporte pas d’être minoritaire. Le Conseil Général doit revenir dans le financement du fonctionnement. La base de l’accord est connue : prévoir une unanimité pour changer le mode de gestion des transports…. Financement contre sanctuarisation de la gestion publique, tel est le compromis à obtenir pour la gauche.

Les questions politiciennes doivent être balayées au profit de l’urgence à développer les transports en commun. Nos territoires ont trop souffert de ces querelles, parfois politiquement justifiées (le combat pour la régie), d’autres fois absolument nombrilistes (la peur d’être minoritaire face à son propre parti).

Le développement des bus interurbains est insuffisant. Les lignes express doivent être développées.

Il est absolument indispensable de retrouver des marges pour ces politiques vitales. Peut-être, pourquoi pas, en reconsidérant le très coûteux projet de TGV tel qu’il est conçu.
Un projet beaucoup moins coûteux permettrait de raccourcir considérablement le trajet Paris Toulouse. Or, le CG avait affiché une aide au TGV estimée à 300 millions d’euros, ce qui est un gouffre (dix ans d’aide à Tisséo).

L’exigence écologique doit devenir un critère réel de financement (voir plus bas).

Le Conseil Général qui durant ces dernières décennies a accompagné la périurbanisaion outrancière, faisant dire à la sociologue urbaine Marie Christine Jaillet que la Haute Garonne est l’archétype même de l’anarchie du nappage urbain, avec son cortège d’embouteillages, de primat automobile, de pollution, de profusion de gros centres commerciaux laids et déshumanisés (songeons à ce Gaumont planté en plein champ que fut le multiplex de Labège), doit virer de cap.
Il doit se doter, notamment par une radicalisation de ses Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT) en « pétales » (on a pas voulu penser global), dans une stratégie globale anti étalement urbain, en usant de son influence décisive sur les communes en ce sens. Revisiter toute son action pour inciter les communes à densifier intelligemment, à contenir l’épandage résidentiel, qui rendrait en se poursuivant ce département invivable.

La gestion spatiale de la Haute-Garonne a été calamiteuse. Il n’y a qu’à essayer d’aller par exemple à Pins Justaret en voiture depuis Toulouse. On contemple la sur consommation d’espace, le gâchis : un espace qui pousse, qui oblige, à produire le maximum de carbone, à perdre son temps dans les déplacements, et à cloisonner autant que possible les catégories sociales.
Un urbanisme d’atomisation humaine. Le Conseil général doit désormais prendre des positions fermes contre un urbanisme commercial laxiste, qui fait de nous les champions des grandes surfaces, vidant les centres secondaires de vie.

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4- Abandonner une culture du social datée pour la rebâtir entièrement

Le Conseil Général, présidé par un pédiatre, a vécu sur une culture des politiques sociales inspiré par la prophylaxie (la visite médicale), et les guichets d’ouverture de droit.

Cette époque de l’Etat providence est dépassée, depuis longtemps. Aujourd’hui chacun comprend que l’enjeu n’est plus de créer des allocations, mais de permettre à chacun de se constituer en acteur politique et social. De s’affirmer comme individu doté de capacités, et entrant dans l’action collective, non pas dans la dépendance.

Ces missions de guichet doivent être modernisées, simplifiées, voire déléguées (à la CAF notamment), le Département devant désormais concentrer son projet, après des années de retard sur le développement social local : aider les habitants à créer leurs projets, à se remettre en mouvement, à accéder eux aussi à l’autonomie.

Le Conseil Général doit apprendre que le social n’est pas que l’individuel, mais une démarche qui relève de l’insertion des individus dans des collectifs dont il ne faut pas se méfier sans cesse. A cet effet les Maisons de la solidarité ne doivent pas seulement changer de nom tous les dix ans, mais dotées d’une autonomie de territoire, appelées à s’adapter à leur public, à diversifier leurs approches, à partir de l’analyse des territoires pour se définir.

Surtout, il est urgent de reconnecter ces services avec les autres acteurs, pour enfin pouvoir discuter de cohérence, de complémentarité, d’action coordonnée (par exemple de guichet unique, ce que le CG n’imagine aucunement), ce qui est aujourd’hui impossible eu égard à la vie verticalisée de l’institution.

Le Département a été marqué par des jeux d’influence qui ont conduit à développer très fortement les maisons de retraite privées, avec l’assentiment de l’autorité départementale.
Une offre qui n’est pas accessible à tous. Il sera, dans le contexte actuel, très compliqué de revenir sur ces années là. Faute de places à créer et dans le système des « appels à projets » qui ont appliqué la rigueur au système social. Mais on devra s’attacher à rééquilibrer l’offre d’hébergement d’une manière ou d’une autre en faveur de l’associatif et du public agréé à l’aide sociale.

5- Transformer toute la politique d’aide aux communes pour l’ériger en projet progressiste

Le soutien aux communes doit cesser de relever de l’épée de damoclès politique.

On doit désormais en faire un levier de transformation, de réduction des inégalités.

Ainsi le Conseil général doit désormais travailler, comme une administration intelligente, par schémas concertés, réellement portés politiquement (et pas écrits pour la forme pour faire plaisir au Préfet).

Les aides doivent être critérisées, en fonction d’une vision équitable du territoire. Ces critères doivent être publiquement discutés, et pas arrangés dans le bureau du Président avec la Direction des finances.

Ces critères doivent prendre en compte la réalité sociale du territoire et pas sa carte politique, ni des représentations individuelles datées.

Les chartes de financement pluriannuelles, permettant de se projeter sur des stratégies d’investissement, et non de décider au coup par coup selon le bon vouloir politique, doivent se multiplier.

Il est nécessaire de ne pas flatter le repli communal mais au contraire d’inciter les communes à se rassembler dans des projets mutuels, à l’heure où la rareté est là.
Il faut continuer à investir autant que possible, pour défendre nos emplois et notre qualité de vie. Le Conseil général doit inciter à un urbanisme cohérent, par ses financements et en travaillant de manière forte dans les schémas de cohérence territoriale. L’exigence écologique doit monter en puissance dans le financement.

Le Conseil général doit se doter de vrais accords de financement avec les porteurs de projet, et non de procédures de réclamation de pièces innombrables, laissant croire qu’on « contrôle » et permettant de différer les décisions si besoin.

6 – Défendre l’idée du Département  et la notion même de Fonction Publique au service de l’intérêt général

CASA NOVA n’est pas du côté des liquidateurs ultra libéraux du Département.

Si la question de la délégation de missions du Département se pose dans les grandes agglomérations, sous réserve de conditions de financement équitables pour tous, l’idée d’éloigner les politiques sociales vers des méga régions semble surréaliste, le social réclamant une proximité.
Les intercommunalités sont bien trop éclatées pour reprendre ces missions sans créer de discontinuité, et cette démutualisation coûterait plus cher !

Quant à la gestion en Agences, elle marque le règne d’une technocratie anonyme. Comme pour l’Hôpital.

Il serait possible de redonner les politiques sociales à l’Etat Républicain, mais celui-ci a été mis en lambeaux par la RGPP. En serait il capable ? Son endettement est tel qu’on ne voit pas l’Etat réclamer une recentralisation.

Donc le Département est nécessaire, les alternatives n’étant pas sérieuses. Le canton clientéliste non, sans doute… Le scrutin proportionnel départemental est une évidence, même si on connait ses défauts aussi (main mise des partis… Mais c’est un autre sujet).

Cette lutte doit être menée. Mais en assumant la modernisation nécessaire dont nous avons parlé, et pas sur des bases conservatrices, féodales, qui ne peuvent pas recueillir le soutien populaire. Le Département ne peut se sauver que s’il se transforme.

Plus grave encore, la droite est désireuse de déborder le gouvernement valls sur sa droite… Une prouesse qui demande la suppression de la fonction publique en tant que statut.

Cette bataille sera centrale. Car le statut de la Fonction publique a garanti à la France les chances d’un développement fulgurant après guerre : par la compétence, la neutralité et la sélectivité liées au concours, la stabilité, l’indépendance envers les intérêts particuliers, et la limitation de la corruption qui minent les pays qui ne protègent pas leurs fonctionnaires. Ces valeurs, dans un monde instable et démoralisé, sont des repères fondamentaux auxquels les territoires s’amarrent.

Mais pour défendre ce statut il faut aussi le populariser. Ne pas l’enfermer dans un bastion incompréhensible, assurer la transparence et la participation des usagers. Promouvoir les compétences et non l’adresse des recrutés.

L’image du Conseil général, à Toulouse et à St Gaudens, est à reconquérir. Elle passera aussi par une nouvelle communication, promouvant l’accès aux droits, relayant les politiques, au lieu de chanter les mérites généraux d’un « département solidaire ».