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Protection de l’enfance:

Le Conseil Départemental se cache derrière des CRS pour voter à lunanimité une décision unanimement contestée.

Alors que le gouvernement et la majorité parlementaire s’enlisent dans leurs renoncements et ne tentent plus de surnager que par la duplicité ou la provocation, on voit ici et là (et notamment en Haute-Garonne) des responsables locaux du PS annoncer avec un courage mesuré et une molle détermination leur volonté de « peser » sur le virage libéral.
Ils se disent choqués par la forme (le 49.3 de la loi Macron) et sur le fond(la déchéance de nationalité, la loi ElKhomri...). Leurs électeurs aimeraient leur donner crédit pour ce sursaut« de gauche« .
Las, la pratique du pouvoir locapar ces mêmes socialistes vient tristement contredire leur affichage social et démocrateCette semaine, cest au Conseil départemental que ça se passe, avec une démonstration consternante: la rupture avec les vieilles pratiques verticales de linstitution nest pas si nette quannoncée.

Une décision politique bridée par la question des moyens

Les élus du département ont donc planché sur l’évolution, à budget constant, de la politique de protection de l’enfance et des familles.
Et cest dabord là que le bat blesse. Avec un budget extrêmement contraint, un changement dobjectif, de priorité, se fait forcément au détriment des actions en cours, des dispositifs existants. L’objectif, en l’occurrence, est louable. Il s’agit de créer, à destination de populations vulnérables, 430 places fixes d’hébergements en trois ans (dont 40 dès 2016).
La protection de l’enfance n’est pas une lubie des élus haut-garonnais, c’est une compétence majeure du Conseil départemental et cette création de places d’hébergement répond à une demande constante des travailleurs/travailleuses du social d’avoir des réponses pérennes à des besoins criants.
Ces 430 places ont un coût. Et pour les financer les conseillers départementaux ont choisi de couper les crédits alloués jusqualors à lhébergement ehôtel de mères célibataires et de leurs enfants de moins de trois ans, ainsi que de mineurs isolés .Pour offrir un toit à Pierre, on met donc Paul à la rue. Cest la réalité brutale dun changement de priorité politique.
Cest la conséquence douloureuse des orientations budgétaires et fiscales dune majorité parlementaire conduite pales socialistes et leurs alliés radicaux et écolos plus ou moins défroqués.

Un déficit démocratique ?

Nul ne songe ici à contester aux élus du Conseil départemental la légitimité de définir les orientations politiques et les actions financées et menées par l’institution. Les élus sont les élus, ils tranchent à la majorité les choix qui leurs sont offerts. Ils n’ont de comptes à rendre qu’à leur morale et à leurs électeurs.
Mais leurs décisions méritent d’être éclairées. Dans le cas qui nous occupe, ce ne sont certainement pas les enfants bénéficiaires des hébergements financés par le Département, ni leurs familles, qui peuvent sensibiliser et convaincre les élus sur le conséquences de leurs votes, ou qui peuvent construire un rapport de force pour peser sur les décisions.
Pour autant, doit-on vraiment attendre les prochaines élections départementales pour dire si une politique est contraire aux intérêts de la population et de sa part la plus fragile? Certes non.
Mais qui alors en l’occurrence s’est fait le porte-voix des usagers et des citoyens? Ce sont les travailleurs sociaux du Conseil départemental, ce sont les organisations syndicales.
Ces derniers nont pas vocation à co-gérer le département. Leur légitimité nest pas là
Mais les élus, sils nont pas à se soumettre à toutes les demandes des fonctionnaires chargés de mettre en œuvre la politique départementale, peuvent-ils et ont-ils intérêt à ne pas chercher l’éclairage que peuvent apporter les professionnels?

Les vieux réflexes ont la vie dure

Le déroulé du choix de la nouvelle orientation, de la communication de celle-ci aux agents concernés, puis du vote de l’assemblée départementale n’a laissé aucune place à la concertation.
Les chefs de services des Maisons Des Solidarités (MDS) ont été réunis mercredi 6 avril pour s’entendre annoncer l’objectif de création de places d’hébergement et la décision d’en terminer avec la prise en charge d’hébergements hôteliers. Plusieurs chefs de services ont alors alerté sur l’impact concret d’une telle mesure pour ces populations précaires, ainsi que pour leurs équipes (qu’on leur a demandé de ne pas informer de la décision).
Le lendemain, jeudi 7 avril, les syndicats ont été reçus pour la même annonce. Ce rendez vous était reporté à la demande des organisation syndicales qui pensaient quant à elles venir parler d’un audit sur la protection de l’enfance, audit évoqué récemment par les personnels et la structure départementale.Les responsables des syndicats majoritaires (SUD-CT, CGT, FO) ont pris connaissance avec stupéfaction d’une décision imposée sans prise en compte des conséquences (dégradation de la situation de populations très précarisées, tensions prévisibles pour les personnels en charge de ces publics).
Le vote de l’assemblée départementale est programmé au 12 avril.
Pas de concertation, pas d’écoute des préoccupations des agents légitimement inquiets tant pour les usagers que pour l’exercice de leurs missions, un secret imposé sur le projet jusqu’au jour du vote… Elles semblent loin les promesses des nouveaux élus de rompre avec le mode de gouvernance de Pierre Izard.

Syndicats et associations expriment leurs préoccupations sur le fond et leur désaccord sur la méthode

Les organisations syndicales,les chefs de services des structures et les personnels expliquent : « Les conséquences sont très simples : les jeunes mineurs nécessitant un placement seront mis en liste d’attente s’il n y a pas de place agrée par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Et en attendant ?…Les femmes avec enfants de moins de trois ans ne pourront plus bénéficier d’une prise en charge hôtelière. Le CD veut s’appuyer sur la possibilité de les orienter vers des partenaires extérieurs hypothétiques et/ou fantômes (associations). Quant à l’État, il a prouvé son inefficacité et son désengagement depuis des années.L’ambiance est garantie dans les salles d’attentes des MDS. En effet, ce sont bien les équipes de terrain qui devront accompagner ces usagers à la porte, mais en les rassurant… »
Plusieurs organisations (Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature,Ligue des Droits de l’Homme,Syndicat National des Personnels de l’Éducation et du Social de la Protection Judiciaire de la Jeunesse) interpellent : « Ceci ne peut autoriser la mise à la rue de mineurs isolés au mépris des décisions judiciaires dont ils bénéficient. En viendra-t-on à demander à la Justice le placement d’enfants en danger du fait de se retrouver à la rue avec leur mère ?Nous apportons notre soutien aux travailleurs sociaux du département dans leur refus de devoir mettre à la rue dans les mois qui viennent des centaines de personnes en précarité et aggraver ainsi un peu plus la misère sociale dans notre département. »

Manifestation du mardi 12 avril : les forces de l’ordre… et une caricature de réaction de l’instance départementale !

Mardi 12 avril ce sont donc plusieurs centaines de personnes qui se sont rassemblées devant le Conseil départemental qui procédait au vote sur ce sujet.Cette mobilisation s’est trouvée renforcée par une forte implication des travailleurs/travailleuses sociaux mais aussi des soutiens associatifs et des mobilisations encours comme Nuit Debout.
Le dialogue s’est résumé à un Hôtel du Département plus fermé que jamais et la présence de CRS.L’intersyndicale a écrit sur ce sujet « les 600 manifestant-e-s venus dire leur opposition au projet de délibération et leur soutien à ces personnes précaires ont été accueillis par des grilles fermées, des chaînes aux grilles et une compagnie complète de CRS, offrant un décorum jamais vu au Conseil départemental de Haute-Garonne ».
C’est à l’unanimité que l’assemblée départementale a entériné la décision.
Depuis, le Conseil départemental communique largement pour pointer « les dégradations et les violences », mais sans jamais évoquer sa propre responsabilité dans la situation : mesure imposée sans dialogue, absence d’écoute des personnels, provocations devant un mouvement social large. Il aurait décidé de déposer plusieurs plaintes qu’il serait sans doute plus raisonnable de retirer afin de ne pas ajouter à la colère que suscitent sa décision et son mode de discussion.
A Casa Nova, nous avions espéré un moment (juste un moment) qu’en s’inspirant des propositions que nous avions faites lors des élections départementales, le nouveau président du Département et son équipe avaient pris la mesure des dysfonctionnements passés.
Hélas,le naturel est revenu au galop, qui plus est sur les épaules des CRS.
Nous ne pouvons plus que constater amèrement que ce dossier a été engagé de la pire des manières: dans la défiance, la dissimulation et le refus du dialogue.
Nous soutenons l’aspiration à une écoute plus bienveillante,par les élus, de l’expertise des professionnels et des attentes des usagers. Nous invitons les élu-e-s du CD 31 à entendre ce qui s’exprime de la part de tant d’interlocuteurs : personnels, associations, citoyen-e-s.