Privatisation aéroport Toulouse Blagnac

Qui veut gagner des n’avions ?

Ou comment le projet de privatisation de l’aéroport de Blagnac révèle les impasses du capitalisme sur un territoire.

Pour justifier la privatisation de l’aéroport Toulouse-Blagnac, la première raison avancée est économique : cela rapportera immédiatement 150 millions d’euros au budget de l’État, de quoi permettre de rembourser un peu plus les banquiers pour combler leurs dettes de jeu. Une analyse à courte vue qui fait fi de l’intérêt général car pourquoi céder des parts dans un aéroport rentable et en offrir la gestion à une entreprise privée ?

Un aéroport est-il un service public ?

S’il est difficile de répondre à cette question, ce qui est certain c’est qu’un aéroport est un élément clé pour le développement d’une économie locale. La composition des détenteurs du capital est révélatrice de cet enjeu important ; ainsi, le capital de Toulouse-Blagnac était-il détenu jusque-là par l’État, la région Midi-Pyrénées, la Communauté Urbaine de Toulouse, le département et la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie) de Haute-Garonne.

En choisissant l’intérêt pécuniaire à court terme, l’État se comporte comme n’importe quel actionnaire avide. En vendant sa participation, l’État se prive de la possibilité d’influer sur l’avenir et les choix d’organisation d’un secteur essentiel, le transport aérien. Il abandonne purement et simplement l’idée de gestion maitrisée d’un aéroport (n’avez-vous pas remarqué comment le hall de l’aéroport ressemble de plus en plus à une vaste galerie marchande ?).

Il renonce aussi à contrôler la filière et les coûts de fabrication. Car comme pour les autoroutes, ce sont les fournisseurs (Vinci, Eiffage etc) qui souhaitent être les premiers opérateurs des aéroports. Comme cela, ils contrôleront les débouchés de leurs principaux clients et pourront maitriser leur prix, en déjouant les principes de la concurrence non faussée… Au demeurant, notons qu’il existe des techniques qui permettraient à l’État de recevoir immédiatement les fruits futurs de l’exploitation mais en conservant le contrôle de l’aéroport. Apparemment, nos stratèges inspecteurs des finances ne veulent pas en entendre parler, peut-être parce qu’ils préparent déjà leurs futurs atterrissages dans ces entreprises désormais en inceste flagrant avec l’État.

L’intérêt général à la renverse, les intérêts privés au choc frontal

Au-delà de cette appropriation privée des moyens collectifs, la privatisation de l’aéroport de Toulouse souligne une contradiction. En effet, les maitres des forges locaux que sont Airbus et ses filiales ont fait savoir, par la voix de députées socialistes, qu’ils voyaient d’un mauvais œil cette privatisation : Airbus se sert de l’aéroport comme piste de décollage et d’exposition de ses appareils. Pour cela, Airbus bénéficie de conditions financières très intéressantes et craint qu’un opérateur privé cherche à rentabiliser au maximum en lui faisant payer des services obtenus aujourd’hui à vil prix.

Et l’on se retrouve dans la situation paradoxale qui voit les intérêts privés d’un groupe puissant contrecarrer la rapacité de financiers et de promoteurs. Étonnant, non ?

Après le service des eaux, après une grande partie du foncier municipal, après les concessions des parking, la vente « des bijoux de famille » continue à tous les étages.

« Sans JJ Laffont et Jean Tirole, il aurait été difficile de légitimer la privatisation des grands services publics français » (Jean Gadrey)

Alors, que vaut vraiment le prix d’une banque, fut-il celui de la banque centrale de Suède, si nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question politique essentielle : voulons-nous vivre tel un gibier effrayé, dans un Jurassik Park de multinationales ou dans un monde soumis à des critères démocratiques ?

Casa Nova trouve déplorable que les élu-es ne s’érigent en l’espèce qu’en défenseur-es des intérêts partiels des uns ou des autres et refusent de poser cette question, à défaut de pouvoir la trancher.